MÉDITATION \VI
MATER CASTISSIMA , ORA l'RO .\0B1S.
Est-il rien de plus noble, rien de plus grand que la vertu qui laisse à l'esprit toute sa liberté pour le bien, en le dégageant de la servitude et, pour ainsi parler, du poids du corps, qu'elle maintient constamment dans la loi du devoir? Aussi, dans tous les temps, chez tous les peuples, les plus civilisés comme les plus abâtardis par le paganisme, la chasteté a-telle été en honneur ^ On dirait que, par une sorte d'instinct, Memphis, Athènes, Rome et les huttes sauvages de l'Amérique ont eu le sentiment de la prééminence de cette vertu, qui élève l'homme au-dessus de sa propre nature, presque au niveau des purs esprits.
Mais voyez de quel éclat merveilleux brille la chasteté dans la divine Mère de Jésus! Quoique liée, comme tous les enfants d'Adam, à une chair passible et mortelle, Marie, qui avait été préservée du péché d'origine, fut affranchie des suites les plus humiliantes de cette tache de naissance. Aurail-il été
' DuPapp, par do Maisdv, I. u, eh. m.
convenable, en effet, que le Seigneur, en l'exceptant de la transmission du péché d'Eve , lui eût laissé le fonds malheureux de concupiscence qu'Eve ellemême, encore innocente, n'avait pas connu?... Il aurait donc fait de Marie une créature inférieure à la compagne du premier homme dans sa condition primitive ; et la Mère de Dieu aurait eu à pousser vers le Ciel ce gémissement de l'àme chrétienne : « Malheu- « reuse que je suis ! qui me délivrera de ce corps de « mort *?... h Ah ! quel cœur vraiment pieux ne repousserait de telles pensées comme indignes à la fois et du Fils et de la Mère! «Que cette chair sacrée. «qui avait fourni au Christ son corps virginal, dit «saint Augustin, eût été livrée aux vers après la <( mort, c'est ce que j'aurais horreur de dire-. » Mais si elle a du être affranchie de la décomposition du tombeau, laquelle après tout n'est pas en soi désordonnée , combien plus a-t -elle dû être préservée par le Seigneur de toute espèce de tendance au désordre moral !
3Iarie a donc été dans son corps, autant qu'on peut comparer la matière à l'esprit , ce qu'elle a été dans son àme, toute pure, toute sainte. On peut dire d'elle. en lui appliquant à la lettre ce que saint Augustin dit, par figure, de la virginité : « qu'elle a eu dans la chair « quelque chose qui n'était pas de la chair ^ ; >■ quelque chose qui tenait de la nature angélique plutôt que de notre nature, quelque chose de surhumain, (pii a fait (jue « le Pioi de gloire n'a pas eu horreur de se ren- 'X fermer dans le sein d'une mortelle^. »
' Hum., vil, 2i. — - De Assuinpt., t. i\, n. "23. — ' ftc Sanria Virgiiiil., u. 12, I. vi. — ' Hviiiiio Te f^riim.
Mais gardons-nous de penser que, quoique Marie n'ait pas eu de combat à soutenir, la gloire de sa chasteté en ait été moins éclatante. Quelque beau que soit le péril quand la victoire le termine , quelque gloire qu'il y ait à triompiier dans une lutte dont Dieu est le spectateur, le prix et la couronne , certes il est bien plus honorable d'être respecté par cet esprit impur dont les attaques ont fait gémir les plus grands Saints, et de ne pas essuyer de sa part même l'assaut le plus léger. Telle a été, par nature, la prérogative de l'adorable Jésus; tel a été, par grâce, le privilège de sa Mère , « dont l'œil a toujours pu regarder avec assu- «rance^ les puissances infernales vaincues par la croix de son divin Fils-. »
Pour nous qui n'éprouvons que trop souvent les «atteintes du mal qui est au fond de notre nature, « et les combats dont il est la source^, » réfugionsnous avec une filiale confiance sous la protection maternelle de Marie. Souvenons-nous (j[ue, quelque faibles que nous soyons , « nous pouvons tout par la « grâce de Dieu qui nous fortifie^, » et que, par l'entremise de sa Mère , nous devons espérer de ne pas manquer à la grâce. Mais ne comptons pas sur sa protection sans prendre les précautions et les moyens que la foi nous indique : ce serait vouloir rendre Marie complice de notre présomption et de nos coupables imprudences. «Veillons et prions^. » Veillons sévèrement sur nos sens, sur notre imagination , sur les impressions de notre cœur; fuyons jusqu'à l'apparence même du danger : ce n'est que par la fuite
'Ps. LUI, 9. — -Colos.s., II, 1o. — ^ Rniii., vu, 21. — ' Philipp., iv, i:t.— 'Marc, XIV, 3S.
r2 MÉDITATIONS SUR LES LITANIES,
que la chasteté s'assure la victoire. Prions. « prions en '( tout temps ^ ; » prions surtout au moment du péril, u afin de ne pas succomber à la tentation 2. »
0 Marie , nous bénissons le Seigneur de ce que, dès l'instant de votre conception , « votre cœur et votre « chair ont tressailli dans le Dieu vivant^; » nous le bénissons de ce qu'en vous se sont réalisées, d'une manière admirable, ces paroles du grand Apôtre : « que « les fruits de l'Esprit saint sont la continence et la « chasteté^. » Quelle continence pourra-t-on jamais comparer à la vôtre? Quelle est la chasteté qui ne s'éclipse devant celle que Dieu a préservée de toutes les attaques de la concupiscence , et à qui , par la puissance « du lion invincible de la tribu de Juda^, il a « donné la gloire d'un perpétuel triomphe ^ ?.. . » Hélas! que notre partage est bien différent, et qu'ils sont redoutables pour nous, pour notre éternité, « les « combats que livrent à notre àme les désirs charnels ^ « et les malins esprits qui nous environnent^ ! » Au nom de votre gloire , ô Marie , ne souffrez pas que ceux qui implorent votre secours, et qui combattent à l'ombre de votre puissance tutélaire , succombent jamais dans la lutte. Priez pour nous, afin que « le « Dieu qui porte la paix dans les cœurs écrase Satan «sous nos pieds®, et que nous fassions mourir par « l'esprit les œuvres de la chair ^^ ; » encore une fois ,
Mère irèschasie, priez poar nous! — Mater castissima, ora pro nobisl
* Ephés., M, 18. —2 Marc, xiv, 38. — ■' Ps. lxxxiii, 3. — '' Galaf., V, 23. — ^\poc., V, 5. — Ml Cor., ii, 14. — ' I Pier., ii, 11.— ' Ephés., VI, \2.— ' Rom., xvi, 20.— '" Rom., viii, 13.
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