MÈRE DU CRÉATEUR, PRIEZ POUR NOUS
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1«EDITATIU\ \XI,
MATF.K fRF.ATOUIS , Ol!A l'IiO NOIilS.
L'acte di\in de la création est le plus grand , le plus étonnant aux yeux de notre intelligence : elle a beau scruter, approfondir le passage du néant à l'être, c'est un secret que Dieu s'est réservé, qui échappera toujours aux investigations de la raison humaine. Dieu donc qui est si grand sous tant d'autres rapports, se montre à nous, pour ainsi dire , dans toute sa puissance par son titre de Créateur de l'univers ; et l'Église, pénétrée de cette vérité, nous fait invoquer ici Marie sous le nom de Mère du Créateur, afin d'élever notre esprit à la plus haute idée que nous puissions concevoir d'elle.
Mère du Créateur! Ne semble-t-il pas d'abord qu'il y a comme une contradiction entre ces deux termes? Quoi ! le ruisseau peut-il produire sa source? l'ouvrage, celui qui en est l'auteur? Qui vit jamais, qui jamais
entendit des choses semblables? Sans doute, s'il
n'y avait en Jésus-Christ que la nature divine, ce litre ne saurait appartenir à la Très-Sainle Vierge :
la Divinité existe par elle-même de toute éternité, elle n"a d'autre principe qu'elle-même. Mais « le Verbe s'est fait chair ^,» et Marie, par un miracle sans égal, est devenue la mère de sa nature humaine. Or, le Verbe est Créateur comme le Père et le Saint-Esprit, ces trois adorables personnes ayant produit ensemble toutes les créatures par l'acte indivisible de leur volonté.
Écrions-nous donc avec saint Pierre Chrysologue : « Oui vraiment, Marie a mis au monde celui qui l'a « créée et mise au monde elle-même - 1 » Adressonslui nos félicitations les plus empressées, en lui disant avec le même saint docteur : « Soyez bénie à jamais ! « votre Créateur a bien voulu être conçu dans vos « chastes flancs; votre premier principe a bien voulu « vous devoir sa naissance; votre divin père a daigné « se faire votre fils ; votre Dieu a daigné se faire chair « dans votre propre chair '\ »
Mais pour qui le Créateur de toutes choses a-t-il élevé Marie à une si grande gloire ?. . . . C'est pour nous tous : par elle il est venu au monde, il est \enu opérer en chacun de nous un changement plus merveilleux peut-être que la création. Au commencement, « Dieu dit, et tout fut fait ^ : » qu'est-ce qui pouvait résister à la force toute-puissante de sa parole? Mais dans les admirables opérations de « la grâce qui « nous est donnée par Jésus-Christ^, » Dieu permet que notre liberté puisse y faire obstacle, afin de nous rendre capables de mérite; et ainsi la grâce triomphant de notre liberté, tout en la respectant
t Jean, i, I i. — - Scini. \'^'.^. — ' Sciiii. I 12. — ' IV. (Xi.viii, "i. — vl.Mii, 1,1-;.
MÉDITATIONS SUll l.ES LITANIES. «I
et en la laissant agir d'une manière méritoire, offre quelque chose qu'on pourrait dire plus grand, à certains égards, que l'acte de la création primitive. C'est là ce que paraît vouloir nous faire entendre saint Paul, quand il emploie les mots de nouvelle créature pour exprimer la transformation de l'homme par la grâce du Christianisme. « Si quelqu'un est <f en Jésus-Christ, écrivait-il aux Corinthiens, il « est créature nouvelle ^ ; » et aux Galates : « Ce « qui sert en Jésus-Christ, c'est l'être nouveau qu'il « crée en nous 2. Hélas ! nous ne voyons pas cet être nouveau, et c'est pour cela que nous sommes peu touchés de l'acte admirable de puissance divine qui le produit. Habitués que nous sommes, d'ailleurs, à ne connaître la nature humaine que transformée en tpielque sorte par le baptême dès le berceau , nous estimons moins le bienfait parce que nous ne savons pas, par expérience, ce que c'est que de grandir et d'avancer dans la vie sous la funeste influence de la dégradation originelle, sans remède et sans secours surnaturels. Ah ! ils le savaient bien ces païens convertis, auxquels le grand Apôtre disait, après leur avoir fait le tableau rapide des fruits les plus humiliants de la nature corrompue : « Voilà ce que vous avez été au- « trefois; mais vous avez été lavés, vous avez été « sanctifiés, vous avez été justifiés au nom de Notre « Seigneur Jésus-Christ ^. »
Pensons donc souvent à ce que nous serions aujourd'hui sans le baptême, et sans tous les secours si merveilleux dont il nous a ouvert la source; comparons-nous avec les infidèles, « aux([ucls Dieu n'a pas
iCor.,v, 17.— '(ial.il., vr, 1.;. — 1 Coi., vi, M.
« fait la même grâce qu'à nous ^, » et nous livrerons nos cœurs, sans réserve, à tous les sentiments que la reconnaissance la plus vive peut inspirer.
Daignez nous faire comprendre, ô Marie, tout ce (|ue nous impose de gratitude et d'amour le changement prodigieux que la grâce de votre divin Fils opère en nous : faveur ineffable qui nous fait passer des limites de notre nature à un ordre surhumain, incomparablement plus élevé que le plus bel ordre moral ! Devant le bienfait « de la rénovation « baptismale - » et de ses suites bienheureuses, dont le prix n'a pas de nom, « notre cœur devrait « s'enflammer, nous devriom être anéantis d'admira- « tion "^ ; » hélas ! et nous sommes froids, ingrats, volontairement pécheurs. Ne permettez pas, ô Marie, que nous retardions plus longtemps « de rendre à Dieu ce « qui est à Dieu ^, d'offrir au Créateur dont la ma- « jesté a reposé dans votre sein ^ » les sentiments qui lui sont dus à tant de titres ; et afin que désormais nous soyons reconnaissants et toujours fidèles.
Mère da Créatear, priez iwar nous ! — Mater Creatorls, ora pro nobls I
1 Ps. cxLvii, 20. — - Tit., m, 'ù. — •' Ps. lxxii, 22. — '' Luc^xx, 25. — ' Eccli., XXIV, 12.
IIÉDITATIOX nil.
MATKR SALVATORIS, OIU l'IlO KUBIS.
Voici le titre le plus touchant de Marie considérée comme mère; voici son titre le plus cher à la piété chrétienne. Mère du Sauveur! c'est-à-dire, ô \ous qui, par votre coopération à l'incarnation divine, nous avez donné celui dont l'Ange Gabriel révéla jadis le nom de Jésus à votre chaste époux ; « celui qui « devait opérer le salut du peuple, en le délivrant de « ses péchés^ !... » Mère du Sauveur! ô vous à qui nous devons celui dont chaque battement de notre cœur dirait et redirait sans cesse le nom adorable, si nous sentions vivement l'obligation que nous avons à votre divin Fils ! Pour bien comprendre ce que nous est Marie , tâchons donc de bien apprécier ce que nous est ce doux Sauveur qu'elle a mis au monde.
Deux choses donnent de la valeur à un service : rim[)ortance de ce qui en fait l'objet, et la générosité avec laquelle il est rendu. Oh! ((u'il est donc précieux . qu'il ('sl véiilablcmeul incsliniable celui
' .M.itih., I, -il.
94 iMÉDITATIONS SUR LES LITANIES.
dont nous sommes redevables à l'adorable Fils de
Marie !
Quel sort éternel eût été le nôtre sans ce divin Sauveur ! L'Esprit saint, pour nous le peindre, l'appelle « une mort éternelle ^, » c'est-à-dire un état qui ne prend jamais de fin et où les horreurs de la mort à chaque instant se renouvellent : dès lors, une vie impérissable, mais privée du souverain bien, avec un désir incessant et immense de le posséder, avec la certitude de ne jamais l'obtenir; une vie éternelle livrée « à d'éternelles souffrances - » Mais, comme
si c'était peu de nous affranchir d'une si déplorable destinée, Jésus nous a mérité l'inappréciable avantage « d'être un jour assis avec lui dans les cieux ^, d'y « jouir de sa gloire ^, d'y vivre et d'y régner éternel- « lement avec lui ^, de lui être éternellement semblables ^; » c'est-à-dire d'être heureux toujours, heureux au delà de toute expression humaine, heureux au delà de toute pensée, au delà de tout désir. Et ce double service, il nous l'a rendu au prix du dévouement le plus désintéressé, le plus magnanime.
Qu'étions-nous par rapport à Jésus, pour que son cœur dût lui inspirer la pensée de notre salut par son sang? Étions-nous comme d'excellents frères pour lesquels il est doux de faire un sacrifice ? Oh ! non certes... Étions-nous comme de tendres amis dont le sort inspire un vif intérêt? Non encore...; comme des étrangers, du moins, dignes de pitié par leur vertu autant que par leur malheur? Hélas! non, encore une fois : nous n'étions que de misérables créatures pé-
' llThc>^;il., I, m. — ' ll.i'l. — " Kplu's., M, (•.— ' Hoiii., VIII, 17, — ■ II. Timnili.. 11. |-j.' 1 .Ir.in, m. -1.
eheresses, indignes d'un seul de ses regards, et dont il n'avait pas à attendre même la gratitude la plus vulgaire; que dis-je? dont il n'ignorait pas que tout le retour serait le plus souvent une froideur déplorable, ou même une multiplicité d'offenses, hélas ! trop volontaires. Et néanmoins, il nous a aimés «jusqu'à la « mort, et à la mort de la croix ^. » Aimer, aimer jusqu'à l'héroïsme celui qui ne mérite aucune sympathie ; aimer celui qui n'aime point et qui ne témoignera jamais une juste reconnaissance, quel amour!... Mais se dévouer pour celui en qui l'on ne trouve que misère, insensibilité, de qui l'on n'attend que noire et opiniâtre ingratitude, quel amour plus pur, plus fort, plus généreux peut-on imaginer!
Quand donc rendrons-nous à l'amour de notre Sauveur ce que nous lui devons? Nous qui détestons les ingrats, quand donc cesserons-nous de l'être?.... Un homme qui, au péril de ses jours, nous aurait sauvé la vie corporelle, cette vie si fragile, si misérable, si pleine d'amertumes et de larmes, nous l'aimerions : ne pas lui être reconnaissants nous indignerait ; l'outrager nous ferait horreur. Oh! que nous sommes donc coupables envers l'adorable Fils de Marie, qui, par la plus ignominieuse et la plus cruelle des morts, nous a délivrés du sort éternel le plus funeste, et nous a mérité le sort éternel le plus heureux ! Mais que nous le serions bien davantage, si, après avoir médité des vérités si propres à toucher notre cœur, nous refusions encore d'acquitter envers lui une dette à tous égards si sacrée ! Soyons donc, soyons désormais, non plus à nous-mêmes, car
' Philii.!»., VI, S.
m MÉDITATIONS SUR LES LITANIES.
« nous 110 nous appartenons plus ''. » mais à celui qui « a acheté, à si grand prix -, » notre amour, notre fidélité, notre dévouement.
0 Marie , votre qualité de Mère du Sauveur vous associe à l'œuvre de la rédemption des hommes, opérée par sa Passion, dont les instruments douloureux, qui rappellent ses souffrances et les vôtres, parlent si éloquemrnent à tout cœur sensible. Amour, oh î amour ardent, amour inviolable, éternel à Jésus! Après Jésus, à vous, Vierge sainte, ardent et fidèle amour jusqu'à notre dernier soupir ! Mère auguste et chérie de ce divin Fils, dont un Ange révéla le nom « de Sauveur ^ » aux bergers appelés h visiter son berceau et à adorer sa naissance , combien ce titre de « Sauveur du monde » lui convient-il mieux, lui appartient-il plus justement qu'à Joseph le sauveur de l'Egypte ^ ! Joseph l'avait mérité par un service rendu au peuple de Pharaon, mais sans aucun sacrifice personnel; et Jésus porte, pour ainsi dire, ce nom écrit sur son front adorable avec son propre sang. Faites, ô Marie, que notre cœur lui rende, sinon sang pour sang, du moins amour pour amour; « quil lui rende un amour véritable qui se « manifeste par les œuvres ^ ! »
Mère du Sauveur, priez pour nous ! — Maler Salvatoris, ora pro nobis !
' I S. Paul, VI, 10. — -Ihicl., 20. — M.I1C, II, II. — ' Gpn., xi.i, 4.'). — ' I Jean , vi , 18.
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front adorable avec son ailes, ô Marie, que notre cœur lui >ang, du nioins amour pom un amour véritable "•■
ivear, prier pnnr tum*. — Malcr Salvaforis, orapro nobis!
Il lui iliiiiii.i le iiiiiii di' Sim\L-lir illi .MdiuIc. (•in. il i.").
Il vous esl né iuijdiiiiriiui un Sauveur. Liiv. 2, Il .
KIU' eiifautci'.i un Fils au(|uol vousiJoniiercz le nom de Jésus : car ce sera
lui (|ui sauveia son peuple en le ilélivranl de ses péchés. Malllt. I .
MÈRE DU SAUVEUR, PRIEZ POUR NOUS. i^i-
MATER SALVATORIS.
r.JCAML'S Edlt,.ur Rue .'..ss^-ll,- ;i^
' ' Il |„; inulM 1 '■' ■ t ' "''^ "iLs.siin., ,H^.s
VIRGO PKUDK^TiiSSlMA .
IM CAMUS. Kditeur. Riir Casscllr
OiiPl ost (lonrcfUù <\\\] a doiiiuVau coq la vigilance? Joh, xxxviii, 3fi. MInz à la fourmi ; ello vous donnera des leçons de piudenre. Prov. VI, 6.
Que votre prudence égale celle du serpent. Mallli. x, 16. Les vierges sages ne manquèrent pas de se pourvoir de l'iiuile nécessaire. Matth. XXV, li.
r,'é(ait une fennnc remplie de prudence. I /îo/s , xxv, 3.