‹ Monument à la gloire de MarieChapitre 25 sur 69 · VIRGO PRUDEISTISSIMA , ORA PRO NOBIS · texte numérisé non relu

VIRGO PRUDEISTISSIMA , ORA PRO NOBIS

Après nous avoir fait honorer dans Marie toutes les grandeurs de sa maternité, l'Église nous la fait célébrer comme vierge , et présente d'abord à nos hommages la prudence qui la distingue entre toutes les filles d'Eve, même les plus parfaites.

Dès son enfance, elle fuit l'atmosphère corrompue du monde , pour aller respirer l'air pur du sanctuaire : elle met sous la garde de la prudence la plus prévoyante un cœur qui n'a pourtant rien à craindre de la séduction du siècle; car le Seigneur le possède, dès sa conception , et ne permet pas qu'il connaisse les dangers ni les attaques de la concupiscence.

Lorsqu'un prince du ciel vient lui porter le message le plus glorieux, Marie se trouble . Elle est habituée aune vie si solitaire , si pleine de réserve, que « la présence « de l'Ange qui avait revêtu la forme d'un mortel , «suffit, dit saint Ambroise, pour lui inspirer une « pieuse crainte ' ; » et cette crainte redouble , lors-

1 Traité deOfficiis, lib. i, c. 8.

qu'elle entend de sa bouche l'annonce d'une dignité naturellement incompatible avec le vœu qu'elle a fait, et qui est si cher à son cœur. Alors , (ô prudence véritablement admirable ! ) loin d'arrêter son esprit à la gloire de la maternité divine , Marie ne pense qu'au devoir d'éclairer sa conscience avant de donner son consentement. Elle expose sa perplexité à l'Ange avec une modeste simplicité. L'envoyé céleste lui donne un éclaircissement qui la rassure ; aussitôt , sans scruter davantage , elle acquiesce avec une humilité, un abandon à Dieu vraiment sublimes : « Voici la serre vante du Seigneur, que Yotre parole s'accomplisse « en moi ^ . »

Maintenant que va-t-elle faire? Ne s" empressera- 1elle pas d'annoncer elle-même ce grand mystère à son digne époux? Non , elle se tait , guidée par une prudence surhumaine. Mais du moins, quand bientôt « le juste Joseph ~ » sera livré , à son sujet , aux inquiétudes les plus cruelles, qui ne pourront manquer de se trahir au dehors, Marie parlera sans doute : ne semble-t-il pas que ce sera pour elle un devoir de protéger ainsi son honneur?... Oh! admirons ici déplus en plus la Vierge très-prudente. Elle comprend que, pour rassurer son époux, il faut plus que la parole d'une mortelle, surtout d'une mortelle qui semblerait n'être inspirée que par son propre intérêt; elle sait, d'autre part , que « celui-là n'est jamais confondu « qui se confie en la bonté du Seigneur ^ ; » elle se tait donc , et attend le moment marqué par la Providence divine, qui bientôt, en effet, justifie sa confiance.

Plus tard, quand elle entend dire des merveilles de

' Luc, I, 38. — ■^ Malth., i, 10. — ^ Ps. xxx, 2.

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son fils nouveau-né, loin de joindre ses paroles à celles qui viennent frapper ses oreilles , elle fait violence à son amour inexprimable, et « garde tout dans son « cœur ^ , sachant que Jésus ne doit pas encore être manifesté au monde. Lorsque le jour de la Purification arrive , elle accomplit fidèlement la loi mosaïque, « quoiqu'il n'y ait rien eu que de pur, dit saint Ber- « nard , dans l'enfantement de celui qui est la source « de toute pureté ^i en cela, sans doute, elle veut donner l'exemple d'une obéissance qui va au delà du devoir; mais elle veut aussi laisser ignorer un miracle que la prudence ne permet pas encore de divulguer. Et c'est pour le même motif que, lorsqu'elle trouve Jésus dans le temple au milieu des docteurs , elle lui parle en termes qui ne laissent soupçonner ni la divinité du Fils , ni la miraculeuse virginité de la Mère.

Mais qui ne sait que, sous un autre rapport, Marie a toujours été d'une prudence incomparable? Qui ne sait qu'elle a été constamment le modèle parfait de ces vierges sages dont parle l'Évangile , qui sont toujours prêtes à être admises « au festin des noces de «l'Agneau^, conservant toujours dans leurs lampes « l'huile précieuse de l amour de Dieu et des bonnes « œuvres ^'h> « Oui, dit saint Bernard , la lampe de (< cette glorieuse Vierge n'a jamais perdu son éclat , « et sa lumière a été toujours si brillante que les Anges « mômes l'ont admirée comme un prodige ^. »

Et nous aussi nous sommes tous conviés à cette fête céleste, et c'est « à l'heure où nous n'y penserons

' Luc, 11, I!). — - Serin. Depurilate. — ' A[i c, xix, 'J. — ' Matth. . XXV, i, 10. — 'Serin, ii in Assiimpl. h. M. V.

« pas^, qu'à notre oreille retentira ce cri soudain: a Voilà l'époux, il faut aller au-devant de lui 2. » De bonne foi , prévoyons-nous suffisamment cette heure si incertaine ? Nous pouvons être appelés « le soir, à « minuit, au chant du coq ^, » à tout moment ; sommes-nous prêts?...

Hélas! ô Marie, nous, «enfants de lumière, nous « avons été jusqu'à ce jour moins prudents que les en- « fants du siècle ^ » Bien plus , le Seigneur a donné « la vigilance ^ » à l'oiseau dont le chant devance l'aurore , « la prévoyance à l'insecte laborieux qui « pendant l'été fait sa provision ^, au serpent la pru- « dence''; » à nous il a donné cette intelligence au regard perçant qui peut observer, calculer, prévenir un malheur, préparer un succès : nous en usons, avec le plus grand zèle, pour la conduite des affaires du temps; et pour les intérêts éternels, nous agissons comme des aveugles , « comme des ennemis de notre « âme^. » Daignez demander pour nous au Seigneur la grâce de faire passer le salut avant tout, ô vous en qui nous admirons une prudence bien autrement éminente que celle d'Abigaïl, louée par la sainte Écriture d'avoir su , au prix d'un généreux sacrifice, gagner la bienveillance d'un cœur justement irrité ^. Daignez obtenir que nous apportions les précautions les plus sages à tout ce qui regarde notre àme et la vie éternelle :

Vierge très-prudente, priez poar noasi Virgo pradentisslnia , ora pro nobis !

' Luc, XII, 40. — - Matth., xxv, 6. — ' Marc, xm, 3.j. — ' Luc, XVI, S. — ' Job, XXXVIII, 36. — «^ Prov., vi, fi. — ' Matth., x, Ifi. — ' Tob., XII, m. — -^ I Unis, XXV, .i.

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