‹ Monument à la gloire de MarieChapitre 26 sur 69 · MÉDITATION XXIV · texte numérisé non relu

MÉDITATION XXIV

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Tout ce qui est noble et grand , la science , la vertu, un beau caractère, fait sur nous une impression plus ou moins vive, qui nous porte à nous incliner et à rendre hommage ; et quand cette science , cette vertu, ce caractère se trouvent unis, dans une même personne, à une haute dignité, notre respect est encore bien plus profond .

Contemplons Marie avec les yeux de la foi. Jamais science humaine put-elle entrer en comparaison avec les communications sublimes dont le Seigneur se plut à la favoriser? Ah ! pour en juger, il n'est pas nécessaire de se rappeler ici que, dans sa vie si intime avec Jésus à Nazareth, elle puisa, pour ainsi dire, à souhait, dans les « trésors de la sagesse et de la science « divines 1 ; » il suffit de penser à ce regard surnaturel de son àme qui, même avant la naissance du Sauveur, voyait, dans toute la suite des siècles, son Dieu glo-

' Coioss., Il, .{.

rifié en elle par les hommages perpétuels qu'elle devait

recevoir de tous les peuples de la terre ^.

Où trouver d'ailleurs , parmi toutes les créatures , une vertu si élevée, si pure, si douce, si héroïque? Pour n'en indiquer que quelques traits , quelle étonnante chasteté que celle qui , dans un âge si tendre , s'imposa un vœu dont le lien lui interdisait naturellement l'honneur de donner le jour au Messie ! honneur pourtant si ambitionné chez les Juifs , qu'ils regardaient la stérilité comme un opprobre. « Quelle « humihté sublime, dit saint Bernard, que celle qui « se soutient au faîte des grandeurs, et ne fléchit pas « sous le poids de la plus grande gloire! Marie est la « Mère de son Dieu , et elle se dit sa servante -.» Et ({uelle prévenante et délicate charité , lorsqu'elle prie son divin Fils de faire un miracle, pour épargner aux époux de Cana la confusion d'un accident survenu dans la modeste fête à laquelle il a daigné prendre part^! Puis, quelle force d'àme, incomparable, (piand elle assiste au sacrifice du Calvaire! « Les dis- « ciples ont fui, dit saint Ambroise; la mère est là <( debout au pied de la croix; elle contemple, avec « un attendrissement inexprimable, mais avec un « courage surhumain , les blessures sanglantes de son « Fils bien-aimé ; elle pense , non qu'il va mourir, « mais qu'en mourant il va sauver le monde '. »

Que dirons-nous entin de sa dignité presque divine, couronnée au ciel par une gloire inférieure à celle de Dieu seul ? « Ce qu'il y a de plus respectable sur la M terre, s'écrie le saint abbé de Clairvaux, c'est le sein

* Luc, I, iS. — - Houicl. IV, super Mnsus esl . — ' Jeun, ii, '.i. — * Coinmenl. in Evang. S. Lurrr.

« virginal où le Fils de Dieu s'est incarné ; ce qu'il y « a de plus éminent dans le ciel, c'est, après le trône « de Jésus, celui de sa sainte Mère, dont la gloire est u en propoition avec le comble de grâce qui lui fut « donné, dès ce monde, au-dessus de toute autre « créature ^ . »

Elle est donc bien digne de nos humbles hommages la très-sainte Vierge : elle a droit à une vénération profonde pour son auguste nom , pour ses fêles, pour ses autels, pour les sanctuaires qui lui sont dédiés, pour tout ce qu'embrasse le culte spécial d'honneur et d'amour qui lui appartient. Ah îremplissonsfîdèlementce devoir sacré envers Marie, devoir dont la pratique a son fondement dans le respect sans mesure qui est du à Dieu, et y influe à son tour d'une manière si heureuse. Car, s'il est vrai que l'Église catholique est la plus grande école de respect qu'ait jamais vue le monde, d'abord envers Dieu, et par suite envers tout ce qui est plus ou moins son image, on peut dire aussi que, dans notre sainte religion , la dévotion à Marie donne à ce sentiment, à l'égard de la majesté divine, une consolante suavité. Quand une mère pieuse insinue dans l'àme de son enfant la vénération et l'amour de la très-sainte Vierge , elle l'appelle du nom si doux de Mère du hon Dieu , nom qui lui fait voir, dans une fdle d'Eve, d'une nature semblable à la nôtre, celle par qui ce Dieu si grand a daigné descendre jusqu'à nous pour nous sauver : n'imprime-t-elle pas ainsi dans ce jeune cœur, à l'égard du Très-Haut, une respectueuse confiance , qui tient le milieu entre la crainte proprement dite et la familiarité pré-

' Scrm. I in Assumpl.

somptueuse, et qui est pleine d'une douceur exquise?

Jadis, ô Marie, le roi Salomon, voulant rendre honneur à sa mère, se leva de son trône, alla audevant d'elle , et, l'ayant saluée respectueusement, la fit asseoir sur un second trône à sa droite^. C'est à nos yeux, auguste et très-sainte Vierge, une bien faible image des égards dont vous honora Jésus, pendant sa vie mortelle, et de la gloire dont il vous a couronnée, lors de votre assomption dans le ciel. Heureux de rendre hommage à celle que noire divin Sauveur a ainsi honorée , « nous vous offrons, du fond « de notre cœur, et avec l'affection la plus dévouée , « le tribut de notre vénération - , » qui est , dans le langage des hommes, la plus haute expression du respect. Ne permettez pas que « nous oubhions jamais « en rien celui qui vous est dù"^ ; » et, afin de nous éviter ce malheur, obtenez-nous d'avoir le cœur toujours pénétré d'un respect sans bornes pour Dieu, et de révérer aussi, selon sa volonté, tout ce qui est respectable au ciel et sur la terre.

Vierge vénérable, priez poor nous! — Virgo veneranda, ora pro nobis!

' m Rois, 11, 19. — 2 S. Bernard, Serm. de Nativ. B. M. V. — ' Paralip., XXIX, 18.

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