VIERGE DIGNE DE TOUTE LOUANGE, PRIEZ POUR NOUS
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VIR(.0 PR-KDICANDA , ORA PRO MlBIS.
A proprement parler, Dieu seul est digne de louanges. Le mérite pourtant a droit à nos éloges , pourvu que ces éloges remontent à celui « de qui procède tout « don excellent i, » et qu'ils restent dans les limites de la vérité. iMais où est-il, sur la terre, ce mérite qu'on peut louer sans crainte d'erreur ou d'exagération? Hélas! «Dieu seul connaît le fond des cœurs; « et souvent ce qui est grand aux yeux des hommes , « est en abomination devant Dieu -. »
En louant Marie , en la proclamant digne de nos plus grands éloges , certes , nous n'avons à craindre ni de nous tromper, ni de l'exalter outre mesure ; car le Seigneur lui-même « a pesé son mérite dans la ba- « lance infaillible^,» et il lui a fait donner en son nom d'incomparables louanges. Avons-nous jamais bien compris tout ce qu'il y a de solennel et de glorieux pour Marie dans la salutation de l'Ange Gabriel? Nous voyons dans la sainte Écriture bien des personnages
' Jai-., I, 17. — - l.uf., xvr, lo. — ^ Job., xxxi, ti.
privilégiés, recevant l'honneur de la visite d'un Ange ; mais nulle part nous n'en voyons qui soient salués par un messager céleste en termes pompeux et magnifiques. « Je vous salue , ô pleine de grâce ; le « Seigneur est avec vous ; vous êtes bénie entre toutes « les femmes ^ : » Se peut-il rien dire de plus honorable à une créature humaine? et n'est-ce pas là, selon la pensée de saint Ambroise et de saint Pierre Chrysologue , « une salutation inouïe , dont on ne « saurait trouver aucun exemple- ?» Cependant, rien n'y est au-dessus du mérite de celle à qui ces paroles si étonnantes sont adressées : c'est un Ange qui les prononce , c'est l'organe fidèle « du Dieu de vé- « rité^, » qui, bientôt après, fait donner à Marie des éloges analogues par la sainte mère de Jean- Baptiste.
L'Évangile nous dit , en effet , que ce ne fut pas d'elle-même , mais « après avoir été remplie du Saint- « Esprit, quÉlisabeth . élevant la voix,» répéta les expressions de l'Ange : «Vous êtes bénie entre toutes « les femmes , » et ajouta : « Le fruit de votre sein est « béni '^. » Paroles qui relèvent admirablement la grandeur de Marie par la grandeur infinie de celui dont elle est la mère ! Elisabeth dit de la très-sainte Vierge . « qu'elle est bénie entre les femmes , » et de son fruit, d'une manière absolue, «qu'il est béni. » « 0 Marie, s'écrie à ce sujet saint Bernard, ce fruit <i précieux de votre sein n'est pas béni parce que vous « l'êtes vous-même entre toutes les filles d'Eve; mais « vous êtes bénie de la sorte, parce qu'il vous à lui-
' Lur,i, 28. — "^S. Ambroise. iH Luc. c.\i; — S. Pierre Chrvsol.. ^erm. 140. — * Ps. xxx, 6. — ■ Lue, i, 41, i'2.
« même prévenue de ses bénédictions. Tandis que « vous êtes bénie entre les femmes, lui n'est pas béni « entre les hommes, ni entre les Anges : il est, selon « les expressions de l'Apôtre^, Dieu au-dessus de tout, « béni dans tous les siècles ^. »
Mais Jésus lui-même n*a-t-il rien dit à la louange de sa divine Mère?... Venant apprendre aux hommes à être, comme lui, « humbles de cœur^, » le Sauveur n'a eu garde d'exalter, devant eux, celle dont il était le fils. Toutefois, quand une femme juive, ravie de l'entendre, s'écria, du milieu de la foule : « Heureuses « les entrailles qui vous ont porté ! heureux le sein « qui vous a nourri ! — Bien plus heureux , dit-il , « ceux qui écoutent la parole de Dieu et qui la prati- « quent ^ ! » Par là , selon la pensée du vénérable Bède , « il mit , avec une exquise délicatesse, le sceau « de son approbation divine à ce magnifique éloge « de son auguste Mère, donnant à entendre que , si « Marie était trop heureuse d'être la Mère de la Sa- « gesse incarnée , elle l'était bien plus encore d'en « observer inviolablement les leçons adorables^. »
Unissons-nous donc pieusement à tous les saints docteurs qui ont épuisé pour Marie toutes les formules de la louange; et disons, à sa gloire, avec saint Basile de Séleucie, que «jamais l'on ne peut crain- « dre de blesser la vérité , quelque éloge qu'on lui « donne , parce que jamais le discours ne pourra « égaler sa grandeur^.» Suppléons à notre impuissance par notre zèle pour son culte; profitons avec
1 Roii)., IX, 5. — 2 Serai, in Assumpt. B. M. — ' Malth., xi, 29. ' Luc, XI, 27, 28. — ' F.iv. iv, c. i<t, ni Uic. xi. — '' Srrm. de Incarnat. ]'i'rh.
empressement de toute occasion de parler d'elle avec le dévouement le plus tendre, et d'inspirer aux autres une confiance filiale en sa protection ; honoronsla surtout par l'imitation de ses vertus , en sorte qu'à nous voir et à nous entendre , on ait lieu de glorifier notre, divine Mère dans ses enfants.
« 0 Marie , comment vous exalter dignement, vous « qui avez renfermé dans votre sein celui dont les « cieux ne sauraient contenir l'immensité^ ! » «Le « Dieu de majesté '^ » mérite seul des louanges infinies ; mais , après Dieu , seule aussi « vous êtes au- « dessus de toute louange^, » « ô vous que les Apô- « très comblèrent d'éloges, répétés ensuite par toute « la terre ' ; » vous que tous les prédicateurs de la parole divine et toutes les bouches des vrais fidèles se sont toujours plu « à proclamer bienheureuse ^ ; » vous dont le nom «sera célébré à jamais parmi les hom- « mes^! » Ah ! puisque nous sommes incapables d'égaler nos louanges à votre mérite, faites que du moins nous nous efforcions de nous acquitter envers vous par notre zèle pour votre gloire, et par notre fidélité à marcher sur vos saintes traces !
Vierge digne de toute louange, priez pour nous! Virgo prsdicanda, ora pro nobisl
' Brév. rom. in festis B. M V. — ^ Ps. xxviii, 3. — ^ Ecdi., XLiii, 33. — '■' S. Cyrille d'Alex., serm. de Virg. contra Nestor. — ^ Prov., XXXI, 28. — * Judith, xiii, "25.