SEIGNEUR, AYEZ PITIÉ DE NOUS
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JIÉUITATIOX PREllIERE.
KVIUK ELEISON ,
Pourquoi l'Église nous fait-elle pousser vers Dieu l'humble soupir de la prière , avant les invocations diverses qu'elle nous fait ensuite adressera Marie?.. C'est pour nous rappeler cette vérité de foi si énergiquement exprimée par l'Apôtre saint Paul : « Tout « est de Dieu , tout est par lui , et tout est pour lui ; « à lui la gloire dans tous les siècles* . » Oui, certes, la créature , même la plus auguste, la plus ornée de vertus, la plus brillante d'éclat et de puissance, n'est rien devant lui, rien sans lui, rien que par lui. Si la très-sainte Vierge peut nous secourir merveilleusement par sa protection , c'est donc à lui que nous devons cet inestimable avantage : de lui seul vient ce pouvoir, de lui seul viennent toutes les grâces dont ce pouvoir est la source.
L'Églisea pour but encore de nous inspirer une haute idée de la grandeur suprême de Dieu, un sentiment vif et profond de respect, de crainte religieuse,
' Hoin., XI , '.U>.
de pieux abaissement de toutes nos facultés devant « Celui qui est ^.» Lui seul ne doit rien à personne; tout ce qui pense et qui veut, tout ce qui respire, tout ce qui vit , tout ce qui existe doit à lui seul la pensée, la volonté, le souffle, la vie, l'être et la conservation de l'être. Seul existant par lui-même. « seul bienheureux, seul « puissant -, seul immortel par sa propre essence^, {( seul auteur de toute merveille^, seul grand, seul « éternel^, seul principe et fin de tout ^, seul Dieu^,» il mérite seul le titre de Seigneur par excellence ; et par ce titre l'Église veut exciter notre foi sur la majesté infinie de celui à qui nous avons l'honneur immense de parler. Ah! sentons devant lui notre infériorité extrême , notre indicible petitesse de créatures devant sa grandeur infinie de Créateur ; et en l'implorant tenons-nous aux pieds de sa majesté suprême, tout humiliés, tout anéantis de respect et d'adoration. Reconnaissons, de toutes les puissances de notre àme, que « nous ne sommes que cen- « dre et poussière^; qu'en sa présence nous ne som- « mes rien ^: » que nous ne méritons pas de lui parler même par l'adoration muette du cœur.
Pourquoi encore l'Église, dans cette première invocation du Seigneur, nous fait-elle dire , comme si nous poussions un cri de détresse : Ayez pitié de nous?... C'est qu'en effet nous sommes bien à plaindre ; c'est que notre misère est grande , profonde , presque sans mesure. Dans le corps fragilité . infirmité, douleur, souffrance parfois presque intolérable ;
* Exod., m, 1 i. — - 1 Timoth., vi, 15. — M Tinioth., vi, 16. — '' P?;. t.xxi, IS. — ' Mach., i, 21, •2."). — '' Apoc, xxii, 13. — ' Deul., xwii, 3!i. — ^ (îen., XVIII, 27. — ' Ps. xxxviii, 7.
dans l'ànie ennui, tristesse, chagrins cuisants, j)assions dévorantes ; nuages dans l'intelligence , alVections déréglées dans le cœur; dangers, honteux penchants, désordres pleins d'ignominie dans les sens; en nous et hors nous , nombreux ennemis de notre salut éternel ; dans notre volonté faiblesse . indécision , souvent et trop souvent lâcheté , somnolence et même fatale léthargie. Oh ! oui , encore une fois , nous sommes bien à plaindre : notre misère est inexprimable. A tout instant nous courons la chance de tout perdre sans retour , la chance de tomber dans un malheur sans égal , sans mesure et sans terme. Nous n'avons donc ([ue trop sujet de nous écrier avec sainte Thérèse : « Hélas ! Seigneur, tant « que dure cette vie mortelle, l'éternelle est toujours « en péril. 0 vie ennemie de mon bonheur, que « ne m'est-il permis de te terminer ? Je te souiïre « parce que mon Dieu te souffre ; j'ai soin de toi, « parce que tu es à lui. Mais ne me trahis pas, et ne « me sois pas ingrate. Hélas! Seigneur, que mon « exil est long!... Il est vrai que tout le temps est « court pour acquérir votre éternité. Mais un seul « jour et une seule heure sont trop longs à ceux qui « craignent de vous offenser, et qui ne savent pas « même s'ils vous offensent M » Nous n'avons que trop sujet de nous écrier avec les Apôtres battus par la tempête : « Seigneur, sauvez-nous , nous périssons 2, » et avec l'Église, notre mère : Seigneur, ^ ayez pitié de nous l C'est à nous de prononcer toujours ces paroles avec un vif sentiment du besoin immense que nous avons d'une commisération divine , d'une pitié infi-
' XVII'' élévalioii ;i lUcu. — ' Mnltli., viii, -i.i.
nie qui surpasse l'excessive étendue , la profondeur excessive de notre misère. Prosternés ici humblement devant la majesté infinie du Seigneur, disons-lui donc comme des pauvres qui sont au comble de l'indigence, comme des malades qui sont travaillés par des souffrances cruelles, comme des naufragés qui ont la mort devant les yeux :
Être souverain, Ëtrepar excellence. Être des êtres, du haut de votre grandeur suprême , daignez prêter l'oreille à notre voix. C'est le cri du dénùment, le cri de Tinfirmité, de la douleur, du péril; c'est le cri du cœur qui invoque, qui implore votre toute-puissance et votre bonté infinie ; c'est le cri de la foi qui nous fait voir en vous le «Dieu des miséricordes*, » en même temps qu'elle nous fait dire : Seujneiir, ayez pilié de nous! C'est le cri de la foi qui nous montre aussi dans le ciel, près du trône de votre gloire éternelle, une mère que votre Église nous fait appeler mère de miséricorde -, une mère dont vous avez voulu que « la « terre entière » publiât les louanges comme «elle pu- « blie les vôtres^, » une mère qui prie pour nous, qui « nous bénit devant vous^, » et à laquelle nous nous unissons pour vous redire :
Seigneur, ayez pilié de nous ! — Kyrie eleison.
' II Esdr., IX, 31. — ' Salve Regina , etc. — ' Habac, m, .{. — '' Gen., xxvii, 7.