MEDITATION \XV1I
VIRr.O CI.EMF.NS , OItA l'HO NOlilS.
Pourquoi l'Église nous fait-elle implorer la clémence plutôt que la bonté de Marie? La bonté a quelque chose de si doux, de si propre à toucher le cœur; et dans Marie cette qualité si précieuse pour nous est si aimable, si parfaite! Ne réunit-elle pas dans son cœur immaculé toute la complaisance de la plus tendre des mères, toute la compatissance, toute la charité des âmes les plus éminentes par leur inclination à faire du bien à tous ceux qui pleurent , à tous ceux qui souffrent, à tous ceux qui gémissent sous le poids de l'infortune?... Ah! sans aucun doute, Marie est bonne, et sans mesure : elle a un cœur si sensible qu'il n'est surpassé que par celui de son divin Fils. Mais l'Église, en nous faisant invoquer ici sa clémence, veut nous faire entendre que notre profonde misère de créatures pécheresses, notre ingratitude détestable envers Dieu nous rend naturellement indignes de la protection bienveillante de cette auguste Mère, Ne faisant qu'un avec Jésus, à l'égard du-
Ili MI-iUITATIONS SUR LES LITANIES,
quel noussommessi coupables, n'a-t-elle pas beaucoupà nous pardonner pour s'intéresser à nous? Et d'ailleurs, ne suffirait-il pas de notre peu d'empressement à imiter les vertus que nous contemplons en elle, pour l'empêcher de répandre sur nous les bienfaits que nous pouvons en attendre, si elle n'était la Vierge pleine de miséricorde et de douce compassion, la Vierge pleine de clémence?
Oui , cette noble qualité des grands cœurs éclate admirablement dans celui de Marie. « C'est bien d'elle, « dit saint Bernard, qu'on peut entendre cette ma- « gnifique image d'une mortelle revêtue du soleil, vue « jadis par le prophète de Pathmos : car tout comme (( cet astre du jour verse indifféremment ses flots de « lumière sur les bons et sur les méchants, ainsi Marie « ne regarde pas, dans celui qui l'invoque, s'il a été « plus ou moins coupable par le passé ; mais elle se « montre douce, miséricordieuse, clémente envers « tous ceux qui réclament son aide ; elle embrasse, « comme dans les étreintes d'une charité extrême , « tous leurs besoins et toutes leurs misères^. » Et comment pourrait-on concevoir qu'il en fût autrement? N'est-ce pas elle « qui nous a enfantés à l'Église « par sa charité, dit saint Augustin 2? » Et cette charité ineffable ne doit-elle pas lui inspirer constamment pour nous tous les sentiments dune mère, mais d'une mère dont « le cœur se fond, pour ainsi dirCy de com- « patissance , comme la cire devant la flamme •" ? » « Oui, certes, reprend à ce sujet l'immortel évêque de wMeaux, elle est toujours la même pour nous; elle
' Serm. de Assuinpl . fi. M. — - De sanclà Virginilate, u" G, t. vi. — ' l»s. XXI, 15.
« est toujours hoinio , elle est toujours mère. L'ace mour do notre salut vit toujours en elle, et il n'est « ni moins fécond, ni moins efficace qu'il était lors « de son consentement à l'auguste mystère dellncar- « nation ^ .
Ce n'est donc pas sans fondement que la piété se plaît à se représenter Marie, aussi bien que Jésus, sous l'emblème du pélican, qui, pour apaiser la faim de ses petits, les nourrit, en quelque sorte, de sa propre substance ; sous celui de la poule qui , au cri d'alarme des siens, les couvre de ses ailes maternelles avec la plus touchante tendresse. En nous donnant son Fils pour Sauveur, n'a-t-ellepas donné son propre sang à nous tous , que Jésus honore du litre de « frères-, » et qu'elle chérit elle-même comme « les « membres du corps de ce divin Fils ^ ? » Et telle que cette mère qui , aux cris de ses poussins, court si affectueusement les abriter contre tout péril, Marie, dès qu'elle entend nos gémissements et nos soupirs , ne nous couvre -t-elle pas de sa protection pour nous sauver de tout ce qui peut nous devenir funeste?... Aussi, de quelque ingratitude que nous nous sentions coupables envers le Fils, jamais, non jamais ne désespérons de la clémence de la Mère ; mais joignant la confiance au repentir, jetons-nous dans ses bras sans nulle crainte , bien sûrs de n'être pas délaissés. Après avoir jadis éprouvé les doux effets de cette même clémence, sommes-nous assez heureux pour être encore fidèles , combien plus nous devons compter, en toute occasion, sur le secours de celle
' Serui. pour lii fètode rAiiiionciiit. — ' Jean, xx, 17. — '■ Éphés., V, 30.
qui chérit si tendrement « les bien-aiinés de Dieu le
Père, conservés par la grâce de Jésus-Christ * ! »
« Vierge pleine de clémence, de douceur et de ten- « dresse 2, » oh ! que l'on peut bien dire de vous, comme du Seigneur, « qu'autant vous avez de puis- « sance, autant vous avez de miséricorde^ ! Si sur la terre, une exquise bonté, qui laisse infiniment au-dessous d'elle la prévenance de Rébecca pour Éliézer^, vous a portée à demander, de vous-même , à votre divin Fils le miracle du changement de l'eau en vin ^, quelle doit être dans le ciel l'étendue prodigieuse de cette bonté envers nous, quand, « du fond « de cette vallée de larmes 6, nous vous conjurons humblement de venir en aide à des malheureux rachetés du sang adorable de Jésus! 0 vous « dont les lèvres « sacrées gardent inviolablement la loi de la clé- « mence ^, » vous en qui cette noble vertu est sem- « blable pour nous à une rosée de l' arrière-saison ^ » qui vient rafraîchir la terre , vous qui « êtes propice «à tous ceux qui vous invoquent^, » soyez-nous, malgré notre indignité, soyez-nous favorable jusqu'à notre dernier soupir!
Vierge clémente, priez pour nous î — Virgo démens, ora pro nobis !
» Jude, I, 1. — 2 Salve Reg. — ^ p^ ,x,^ 12^ 13. — ^ Gen., xxiv, 19. — ^ Jean, 11, 3. — ^ Salve Reg. — ' Prov., xxxi , 2G. — * Prov., XVI, 15. — » Ps. cxLiv, 18.