MEDITATION XXVIII
\iiu.u nutLis, ouA l'ito Noms.
Oh ! que ce titre de Vierge fidèle caractérise \mn celle qui fut toujours si tidèle au Seigneur, si iidèle à tous les devoirs, si fidèle à la grâce, si iidèle à la volonté du ciel, jusque dans une de ces circonstances extrêmes où l'on serait naturellement porté à pardonner au cœur d'une mère de succomber à la douleur!
Il faut que la fidélité soit chose noble et belle devant Dieu, puisqu'il s'appelle lui-même « le Fidèle et « le Véritable *, » et que, pour désigner les justes qui sont l'objet de sa tendresse, il fait de ce nom de fidèle leur titre d'honneur et de distinction : « Mes « yeux, dit-il, regardent avec complaisance les fidèles u de la terre-. » Mais s'il en est ainsi de tous les justes, avec quelle complaisance le Seigneur doit-il donc reposer ses regards sur cette Vierge , en qui la fidélité, loin de jamais souffrir la plus légère atteinte, a été, au contraire, croissant de jour en jour, « s'éle-
' Apoc, XIX, II. — - l's. C, (i.
« vant de vertu en vertu ^ » jusqu'au moment glorieux où « le juste Juge a posé sur sa tête la couronne « due à ses mérites -l » Conçue, non « dans le pé- « ché ^, » comme le reste des hommes, mais « dans « la justice et la sainteté'^, » par un privilège unique, inestimable, elle appartint à Dieu dès le premier instant; et non-seulement elle ne laissa jamais se relâcher par la moindre faute le lien précieux qui l'unissait à lui, mais elle ne cessa de le resserrer de plus en plus que lorsqu'elle passa de l'exil à la patrie céleste. Aussi, saint Anselme s'ècrie-t-il, dans son admiration pour elle : « Quand je contemple « l'immensité de la grâce qui est en vous, ô bienheu- « reuse Vierge, mon esprit se perd, ma langue devient « muette ^. » « Oh ! que vos pas oui été beaux, pou- « vons-nous ajouter avec l'Époux du Cantique*^ ; oh ! « ({uils ont été sublimes dans les voies de la grâce, '( fille chérie du Roi des cieux '', Vierge toujours fi- « dèle, en tout fidèle aux yeux de Dieu ^ ! » Le peu (|u'il a plu au Seigneur de nous en faire connaître est ravissant : que doit-ce être de « ce qui est resté caché « dans le sanctuaire intime, où peuvent seuls -pénétrer « ses regards adorables ^ ! »
L'Évangile nous apprend, en effet, de vous, o Marie, que vous avez porté lamour du devoir jusqu'à n'accepter l'éblouissant honneur de la maternité divine, qu'après avoir reçu du messager du Très-Haut l'assurance que cette gloire si prodigieuse se conciliait avec le vœu qui vous avait consacrée pour ja-
' P.S. Lxxxiii, S. — -Timoth., iv, S. — ■ l's. i., 7. — ' Luc, i, 7.». — ' Lib. de r.rrpllonl . Vhuj. — '• C.aiil., Vil, L — ' l*s, \LIV, II, \1. — " liicli., M.viii,2.i, — " (liinl., iv, I.
MKHITAÏIONS SUR LES [JTANIKS. HO
mais au Seigneur. 11 nous apprend aussi que vous avez été fidèle à la loi jusqu'à vous soumettre à la cérémonie humiliante de la purification, vous qui, à tant de titres, étiez exempte de cette obligation des autres mères. Et nous vous admirons, et nous bénissons Dieu qui nous montre en vous de si beaux et de si nobles exemples. Mais quand nous vous considérons sur le Calvaire, quand nous vous y voyons fidèle aux desseins adorables de la Providence jusqu'à triompher si héroïquement de votre nature de mère au pied de la croix du Rédempteur, ah ! nous sommes profondément émus, nous sommes ravis de votre sublime résignation et de votre dévouement surhumain. Quel fils c'était que Jésus ! Quelle mère vous étiez, ô Marie ! De part et d'autre quelle indicible tendresse!... Oh! qu'il est donc bien vrai de vous, dans toute la force de l'expression, que vous avez été « fidèle jusqu'à la « mort ^ ; » oui, jusqu'à assister, jusqu'à vous unir, de toute la puissance de votre volonté, à la mort la plus hinniliante et la plus douloureuse du Fils unique le plus aimable et le plus tendrement aimé !
Après cet acte sans égal de dévouement à Dieu pour les hommes, faut-il s'étonner « qu'il soit inouï, dans « tous les siècles, que Marie ait jamais dédaigné les « soupirs de ceux qui ont imploré son assistance 2?...» Ah ! cette constance admirable de sa miséricordieuse bonté pour tous ceux qui l'invoquent, ne s'expliquet-elle pas assez par le sacrifice que son cœur magnanime a eu le prodigieux courage de faire en notre faveur? Mais si telle est sa bonté envers « tout enfant d'Èvcî « qui, du fond de son exil, crie vers cette mère de
' A|>0('., II, iO. — - Mi'iiiiyrarc.
i'iO MÉDITATIONS SUR LES LITANIES.
<( miséricorde^, » quel doit être son zèle pour les intérêts de ceux qui font profession de lui être particulièrement dévoués, d'être « ses bons et fidèles servi- « teurs-! » Puissions-nous appartenir à cet heureux nombre, en nous rendant également agréables au Fils et à la Mère !
0 Marie, vous avez toujours montré envers Dieu, sur la terre, « un cœur d'une fidélité parfaite •^. » Vous l'avez toujours montré de même, du haut du ciel, envers les hommes, qui depuis plus de dix-huit siècles n'ont cessé de trouver en vous, après Dieu, le plus doux et le plus sûr asile. Oui, vous leur êtes fidèle d'une manière incomparablement supérieure à toute obligeance humaine, à tout dévouement humain : à peine est-il permis de se souvenir, devant vous, de la fidélité de Rahab qui sauva les envoyés d'IsraëH, ou de celle de Michol qui, pour sauver son époux, ne craignit pas de s'exposer au ressentiment de son père ^. Ah ! daignez nous obtenir d'être toujours nous-mêmes fidèles à Jésus et à vous, pour que nous méritions de ressentir constamment les heureux effets de votre spéciale protection.
Vierge fidèle, priez pour nous 1 — Virgo flilelis, ora pro uobis !
' Salve Reg. — ^ Matth., xxv, 21. — Ml En\\\, ix, 8. — ''Jos., ii. — ^ I Rois, XIX.
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