CAUSE DE NOTRE JOIE. PRIEZ POUR NOUS
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CAUSA NOSTH.i: I.I.TITI.T. , OltA l'Bi» NOUIS.
Lorsque l'univers élait plongé dans les plus épaisses ténèbres, lorsque nul rayon de cette espérance chrétienne si douce et si ferme, n'éclairait Ihumanité au delà du tombeau, lorsque les malheureux enfants d'Adam étaient livrés à la triple dégradation des sens, du cœur et de l'intelligence, la vraie joie était inconnue à la terre. Marie vient au monde; Dieu veut qu'elle coopère à notre salut : elle donne le jour au Rédempteur. Bientôt tout est changé : l'homme réhabilité reçoit les lumières les plus sûres et les plus consolantes sur la noblesse de sa nature , sur la magnificence de sa destinée, sur les moyens de l'atteindre ; les secours les plus abondants pour la guérison de ses plaies morales et pour l'adoucissement de toutes les misères de la vie. 11 peut, désormais, ressentir ici-bas des joies pures et délicieuses, qui sont comme le gage et l'avant-goùt des joies divines, éternelles , (jue le Seigneur lui promet dans l'autre monde.
Où étiez-vous avant la venue de ce « bon et doux « Sauveur % » qui nous a été donné par Marie , où éliez-vous, saintes joies de la charité, de la pudeur, de la modestie , de l'humilité ; saintes joies du dévouement inspiré par la foi ; saintes et suaves joies de la piété catholique, délices ineffables de l'adorable Eucharistie?... Oui, c'est à Marie, après Dieu, que nous sommes redevables de tout ce qui , dans la religion de Jésus-Christ, émeut, dilate, élève le cœur. C'est elle qui nous a assuré tant de biens si précieux, tant de bonheur, même dès ce monde, par son acquiescement à la parole de l'Ange que le Très-Haut « avait chargé « de venir comme lui demander son consentement , « avant de se donnera nous par son entremise -. » Aussi l'illustre martyr saint Irénée, presque contemporain des Apôtres, appelle-t-il cet acquiescement de la très-sainte Vierge « la cause du salut de tout le genre (( humain ^. » « Elle a procuré, dit après lui saini ((Augustin, la rédemption à l'homme qui, laissé à (( lui-même , était perdu sans ressource ^. » (( Par ((Marie, ajoute le bienheureux Pierre Damien , en (( Marie et avec Marie, le Fils de Dieu a voulu régé- (( uérer l'humanité : sans lui rien n'avait été fait ^ ; (( rien n'a été réhabilité, restauré sans elle ^. »
C'est donc en cette Vierge, digne à jamais de notre reconnaissance et de notre amour, que tous les membres de l'Église trouvent leur joie et leur bonheur. Elle avait été l'objet des vœux les plus ardents des anciens
' Tit., m, i. — ^Bossuet, Deuxièinc Seimou sur rAnnonciaîion. — -^ Livre v, Conirà Ilœres., c. 19. — ' Scrm. ."i."), di' Sanclis. — ' Joiin,i, 3. — *'Sern). de Annunlial.
MÉDITATIONS SUR LES MTANiliS. 131
justes, qui, do loin, avait^nt salué en sa personne la mère du divin Libérateur, et ([ui, dans les Limbes, avaient attendu sa naissance comme l'aurore du beau jour de leur entrée triomphante dans le royaume de Dieu. Elle fut sur la terre , après l'ascension du Sauveur, l'appui « et la consolation de tous les fidèles* .» Elle est, dans le séjour immortel, la joie des élusdonl elle embellit la noble famille : car, en montant au ciel, « elle a ajouté, dit saint Bernardin de Sienne, à '( l'allégresse de ses heureux habitants -, » « et leur « plus grande gloire, après la vue de Dieu, dit saint « Bonaventure, c'est de la voir elle-même ^. » Elle est aussi, d'après la pieuse croyance de l'Église, la consolation et la joie des âmes détenues dans le séjour expiatoire, où elles achèvent de se purifier, avant d'entrer dans la vie bienheureuse : « Vous êtes leur zélée u libératrice, lui dit André de Crète ^; » « J'en suis « la mère, disait Marie, elle-même, à sainte Brigitte, « et je ne cesse de les soulager par mon intercession ^.)) Elle est enfin, dans ce monde, la joie de tous les chrétiens : dans tous les âges, dans toutes les situations, votre saint nom, ô Marie ! n'est-il pas pour eux plein de douceur et de charme, plein de soulagement et de force ?
Bénissons Dieu de nous avoir donné en Marie une cause de joie si pure, si douce, si vraie, si <lurable ; l)énissons Marie de nous en avoir donné le principe et la source. Ah ! si les Juifs témoignèrent autrefois leur reconnaissance à l'égard de Judith et d'Esther.
' Bossuot, 11'' Serin, sur rAssoinpI. — - Sermon de Assumpt. — '/n Spec, Lerf. (i. — ''Oral, i de Donn. — ^ Lib. iv, Révélât., c. 138.
par des réjouissances et des acclamations publiques*, que ne devons-nous pas faire pour honorer cette divine Vierge , à qui nous avons des obligations incomparablement plus grandes ! Quel ne doit pas être notre dévouement pour ^on auguste personne , notre empressement à célébrer ses fêtes avec autant de joie filiale que de fervente piété !
0 vous, bonne et tendre Marie, dont la seule salutation suffit jadis «pour faire tressaillir d'allégresse le « saint Précurseur dans le sein de sa mère -,» vous qui savez « changer en joie toutes les tristesses des « vrais fidèles ^, » vous qui, après Jésus , êtes « notre « espérance ^ , oh ! en attendant que nous puissions jouir avec les Â.nç:es et les Saints du bonheur de vous contempler, nous voulons sans cesse nous rappeler le charme de vos vertus, et redire vos saintes louanges. Oui , nous aimons à nous écrier ici , du fond de nos entrailles émues par la gratitude et par la tendresse : « Que notre main droite tombe dans Toubh, si jamais « nous oublions, ô douce Mariel les droits sacrés que « vous avez sur nos cœurs ; que notre langue se des- « sèche , si nous ne vous plaçons , après votre ado- « rable Fils , au commencement de nos pieux can- « tiques ^ ! » Puissions-nous , au souvenir perpétuel de vos bienfaits , répéter toujours avec un élan toujours nouveau :
Causede notre joie, priez pour nous! — Causa noslrae [«liiiic, orapro nobis I
' Judith, xvi: — Esth., xvi. — î Luc, i, 4L — ' Jean, xvi , 20. — * Salve lier/. — • P<. rxxxvi , M, (t.
VAS SlMIUlLIAI-i: , OUA l'IlU .NOIÎIS.
Autant l'esprit est au-dessus de la matière, autant le corps s'ennoblit en s' élevant par la pureté , par la droiture de ses actes, vers la dignité, vers la sublimité naturelle de l'âme. Et de môme autant l'ordre de la grâce l'emporte sur tout ce qu'il y a de plus éminent dans l'ordre de la nature, autant le corps du chrétien qui s'efforce, par des motifs surnaturels, de sanctifier l'usage de toutes ses facultés , prend un caractère de grandeur et de noblesse admirables. C'est pour honorer dans Marie cette noblesse , cette grandeur , que l'Église l'invoque ici sous l'emblème d'un vase précieux, image souvent employée dans la sainte Écriture * ; et c'est pour nous faire comprendre le haut degré de cette même grandeur qu'elle l'appelle Vase spirituel.
N'est-ce pas, en effet, nous dire que cette Vierge des vierges jouissait d'avance, pour ainsi parler, d'une sorte de transformation approchante de celle qui se
' I*rov.,.vx, lii; — A<:t.,ix, lo; — Koin.,ix, 2o; — H Thesï-., iv, i; — lITiinolli., M. 2t.
réalisera dans les élus au grand jour de la résurrection générale? (jue son corps sacré, possédant par anticipation quelque chose « des qualités de l'esprit *,» son âme n'en ressentait ni la pesanteur ni la gêne dans ses rapports avec Dieu , mais pouvait s'élancer déjà librement vers son créateur, et se nourrir de son adorable présence , comme s'il lui était donné de n'être pas assujettie à l'action des sens?
Marie avait été préservée du péché d'origine et de la concupiscence qui en est la suite déplorable 2. « Elle a donc joui , dit Louis de Blois , des privilèges « de nos premiers parents dans le Paradis terrestre , « où , tant que dura leur innocence , les facultés « de leur âme étaient unies à Dieu, et tous leurs «sens, parfaitement soumis à l'esprit ■'*. » Mais ne fallait-il pas de plus qu'une chair qui devait , selon l'expression de saint Augustin, devenir la « chair di- « vine de Jésus ^, fût rendue digne de cet immense honneur par des qualités analogues à la beauté de l'âme qui l'animait? Celle-ci était toute à Dieu ; elle « était comme transformée en Dieu^, » dit encore le même Père après saint Denis '^ : comment supposer (|ue son corps, créé par le Seigneur pour avoir une part si intime au mystère du Verbe incarné, pût en rien contrarier le saint essor de cette belle âme, pût ne pas être en parfaite harmonie avec sa destination sublime?
Accueillons donc avec un pieuxempressementceque nous transmet , après plusieurs saints docteurs de
' lCor.,xv, ii. — -Médit. XVI précéd. — -^ Inslilut. Spiiil.,append. I, r. 2. — ■' Srriii. S dr Assiiinpt. B. \' — ^ St-rm. li.'i de Sanriis. — '' In Kpisi. ,td s, /'(/(//
MKDITATfONS SUR I,KS LITANIES. 135
rKglisc, Ricliard do Saint-Viclor, (jue « son extérieur « était tout angéli(jiie, aussi bien que son intérieur i» cl reflétait admirablement les merveilleuses communications de son âme avec Dieu. Si, en elïet, «les yeux « de Jean-Baptiste , destinés à voir le Christ annoncé • « par les autres prophètes, dédaignèrent de regarder « aucune créature 2, „ on ne saurait douter que Marie n'ait concentré en son divin Fils l'usage de tous ses sens, et que tout en elle n'ait montré la vie d'une pure intelligence, plutôt que celle d'une créature humaine.
Hélas! que nous sommes loin d'un tel modèle, nous qui nous attachons si vivement à de vaines idoles que le temps défigure, emporte avec tout le reste; nous qui dévorons de nos regards avides les biens fragiles de ce monde, et qui usons si malheureusement notre activité à en poursuivre la jouissance trompeuse ; nous qui semblons n'avoir qu'une foi douteuse « aux biens « invisibles de l'éternité ^; » nous qui, trop souvent, nous laissons accabler par ce corps dont le poids incommode rend difficile notre communication avec Dieu dans la prière , et nous empêche de marcher d'un pas joyeux dans le service de notre adorable Maître ! Ah ! désormais, faisons de généreux efforts pour devenir « des hommes spirituels^, » nous souvenant que « celui qui sème dans l'esprit, recueil- « lera la vie éternelle &. » Si nous ne pouvons, même
^ In Cant., cap. 20; — S. Anilwoise, de Instilut. Virt/., c. 7; 2 de Virgin.; — S. Thomas, Sent., dist. :f,q.|, art. 2 ad 4; — S. Bonav., dist. 3 , pari, i, art. 2. — S. iévùmo, Ep. iv, — •< ]| Cor., iv, i8.' — * 1 Coi-., III, 1. — Mialiil., M, S.
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(le loin , ressembler à Marie, divinement privilégiée, corrigeons du moins , par « notre fervente dévo- « tion*,» la funeste influence de «la chair qui alourdit l'âme, et rabaisse « le vol sublime qu'elle aspire à « prendre vers son Auteur -. »
0 Marie ! le Seigneur avait fait de vous , dès le commencement, « un vase de pureté merveilleuse^.» Mais, lorsque « le Saint-Esprit descendit en vous^,» pour opérer dans votre chaste sein « le grand mystère « de piété d'un Dieu qui s'est fait voir dans la chair ^,» et pour vous élever en même temps à la dignité la plus auguste parmi toutes les créatures, il vous rendit pure et sainte de plus en plus; il vous remplit de plus en plus de « cet esprit surnaturel '^ » qui fait vivre l'homme pour Dieu et pour les biens de l'éternité. Nous honorons en vous cette vie surhumaine, si parfaite, et tous les privilèges dont il a plu au Très-Haut de l'embellir. Puissions-nous vous imiter selon nos forces, en nous dégageant de la captivité des sens en toutes choses, en « nous avançant vers Vautre inonde « comme des enfants de lumière, en nous appliquant « aux œuvres de la justice et de la vérité, à tout ce « qu'il y a d'agréable au Seigneur ''. » Oh ! ne nous refusez pas d'en demander pour nous la grâce.
Vase spiriluel, priez pour nous ! — Vas spirilnale, ora pro nobis !
» Rom., xu, 2. — '^ Sae., ix, lo. — ■" Prov. xxv, 4. — '' Luc, i, 3.). — 5 Timoth., m, 10. —^' Ps. l, 14. — ■ Éphés., v, 8, 9, 10.
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hniuiioz 1110 lorliCior pnr voirc osprit souvorain. Ps. l\, \i.
!.<' Sainl-Ksprit discoiulra cii vous. Luc. i, 3S.
Viisf" d'une piiroté adiiiinlilo. l'rov. xxv, 4.