VASE HONORABLE, PRIEZ POUR NOUS
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MÉDlTATIOfi Xnill.
V\>; HONORABII.i: , (»lî\ VKC) NOBIS.
C'est un grand honneur à un corps d'être uni à une àme, qui est «l'image de Dieu ^ ; » et plus cette âme est belle et enrichie des dons du Seigneur, plus grande est la dignité à laquelle cette alliance si intime élève le corps : il devient par là comme un vase d'autant plus précieux que le parfum qu'il contient est, aux yeux de la foi, plus rare et plus exquis. Quel honneur n'est-ce donc pas pour le corps de Marie, d'être uni à une âme qui, après celle de Jésus, est la plus noble, la plus pure, la plus sainte, la plus ornée des faveurs du Ciel !
Mais combien plus honorable est ce corps sacré, sous le rapport de la maternité divine ! Ce fut jadis, sans doute, un grand honneur pour Abraham de recevoir le Seigneur sous la forme d'un Ange, et de pouvoir s'entretenir familièrement avec lui 2; mais Dieu ne s'unit pas substantiellement avec ce saint patriarche. Ce fut un grand honneur pour Moïse de pé-
' (ien,, I, 27. — ^ TtOh., xviii.
nétrer dans le nuage redoutable qui couvrait le mont Sinaï, et de pouvoir également, même au milieu des éclairs et des éclats de la foudre, converser face à face avec le Très-Haut ^ ; mais Dieu ne s'unit pas substantiellement avec ce législateur immortel. Ce fut un grand honneur pour Élie d'entendre et de voir des signes frappants de la grandeur infinie de l'Être suprême -: mais Dieu, en lui manifestant son adorable présence, ne s'unit pas substantiellement à ce fidèle prophète. Ce fut un grand honneur pour Zachée de recevoir Jésus-Christ à sa table ^ ; pour Lazare et ses sœurs, de lui donner l'hospitalité, de jouir même de l'insigne faveur de son amitié divine '': mais que toutes ces relations si précieuses, si honorables, sont loin du rapport intime, du rapport incomparable de l'Homme-Dieu avec sa Mère !...
Ah ! ne nous étonnons pas que les saints docteurs,
frappés d'admiration devant cette Mère divine, aient
salué en elle, dans les termes les plus expressifs , ce
sein auguste oii le Verbe a pris la nature humaine.
« La chair de Marie, dit saint Augustin, est la chair
« même de Jésus ^. C'est un ciel vivant, dit le bienheu-
« reux Pierre Damien, c'est le sanctuaire corporel de
« la plénitude de la divinité ^. Le Seigneur, dit saint
« Thomas de Villeneuve, en faisant d'une fille d"Adam
« sa mère, l'a élevée à une telle grandeur, que tous
« les regards de l'homme et de l'Ange ne sauraient y
« atteindre^, »
Nous honorons, et à juste titre, les vases précieux
lExod, XIX ; XX. — ^ ]ii R^jg^ ^ix. — ' Luc, xix. — * Luc, x; — Jean, xi. — ^ Serm. de Assumpi. B. M. I^,cap.o. — " Orat. de Nativ. R. V. — ' Serm. 3 de Nativ. R. M.
MÉDITATIONS SLUi LES LITANIES. 139
où l'Église reufVu'ine la sainte et adorable Eucharistie. Mais y a-t-il aucune proportion entre cet argent ou cet or, relevé par les ornements les plus magnifiques, et le corps auguste et à jamais vénérable qui a fourni à notre divin Sauveur le sang adorable de notre rédemption?... Oui, c'est là, par excellence, «le vase « choisi par le Seigneur^, » infiniment plus précieux « qu'un vase d'or enrichi de toutes sortes de pierres « précieuses '-; » c'est là cette chair si pure et si sainte (jui, après avoir si dignement « porté Dieu en elle- « même^, » n'a pas connu la corruption du tombeau, mais au contraire, d'après la pieuse tradition de l'Église, a été glorifiée par la résurrection comme le corps du divin Jésus.
Ranimons ici notre foi; souvenons-nous que parle mystère ineffable de l'Eucharistie notre corps, tout corruptible qu'il est, se trouve élevé à une sublime union, qui en fait aussi un vase honorable, et que nous devons craindre constamment de le profaner par la souillure la plus légère?... Oh! nous ne saurions trop méditer, trop approfondir cette vérité, sous toutes ses faces. Par la communion, nous devenons des temples de Jésus : ce n'est point assez, des sanctuaires de Jésus, des tabernacles de Jésus; ce n'est point assez, des vases sacrés, de véritables vases vivants dans lesquels repose Jésus... que dis-je? ce n'est pas encore assez, des vases vivants avec lesquels il s'unit d'une manière si intime « qu'il ne fait plus « qu'un avec eux, dit saint Cyrille -'. » Nous donc qui
' Actes des Ap., ix, l.i. — - Eccli., r., 10. — * I Cor., vi, -20. — '■" Lib.W-, in .loan. rap. 17.
« avons reçu un si grand honneur, ne soyons pas as- « sez malheureux pour le méconnaître, si//7oî/f jusqu'à « descendre au rang de la brute, à qui n'a pas été « donnée l'intelhgence *. » Nous qui sommes pleins d'une juste vénération pour les vases sacrés de nos autels, ah ! sachons en tout lieu, en tout temps, nous respecter nous-mêmes ; sachons tenir nos pensées , nos affections, nos désirs, nos vues, tous nos actes à la hauteur de la noblesse, de la grandeur, de la gloire admirable où nous élève une seule communion.
0 Marie , vous qui méritez tout hommage après Dieu, vous avez renfermé, neuf mois, dans votre chaste sein celui dont les Anges adorent l'éblouissante majesté, « en se voilant de leurs ailes -. » Que pourrons-nous donc vous offrir pour l'honneur qu'il vous a fait d'emprunter à votre propre substance le corps dont il s'est revêtu, et de vous donner ainsi avec lui « une espèce d'identité ineffable ^ ?.. . » Recevez ici l'humble expression de tous les sentiments que tant d'élévation et de grandeur doivent inspirer au cœur des vrais fidèles. Faites que nous sentions combien la divine Eucharistie nous place haut nous-mêmes parmi les créatures, et que, devenus, par elle, plus augustes que les vases sacrés qui la contiennent, nous nous traitions, en tout et toujours, comme des « va- « ses d'honneur, préparés pour la gloire céleste ^. »
Vase houorable, priez pour nous I — Vas honorabile, ora pro oobis I
1 IV. \r.viii, 13. — - Is., \i, i. — ' H. I*ienc namieii, de Soi. yirg. — ' Kom., ix, 21, 23.
VAS I.\SH.M; DKVOIIOMS, (IHA l'IlO \Ol!IS.
Piété, (Icvulion, ferveur, mois impuissants à rendre ce qu'il y a loujoui's eu dans Marie de zèle brùlanl pour le service du Seigneur. Qui pourrait peindre la vive ardeur de sa prière, son union si intime avec Dieu, son silence d'extase, sa paix, sa joie spirituelle, si suave, si délicieuse, ses aspirations continuelles vers son bien-aimé, la sainteté de ses pensées, la pureté (lèses affections et de ses désirs, son dévouement si généreux, si magnanime, si absolu pour la gloire de son Créateur?
Temple de Jérusalem, où elle coula si pieusement les premières années de sa vie, (5h! quels secrets, dignes de notre admiration , tu as renfermés dans ton enceinte sacrée! Maison auguste de Nazaretb, où elle vécut si longtemps en la présence et dans la contemplation continuelle de son Dieu, devenu sonlils; loi. dont les nuns \énérables paileiit si éloquennnenl an cœur fin pèlerin de Loicltc . dis-nous donc (|n('i-
14^2 MEDITATIONS SLR LES LLlANiES.
(jiie chose de toutes ces merveilles d'adoration, de louange, d'amour, d'épanchement surhumain de l'àme de Marie dans le ca^^ur du divin Jésus! Et toi, sainte demeure qu'elle partagea avec l'Apôtre bienaimé, après la mort du Sauveur ^ , ah! quels élans de dévotion incomparable tu as dérobés à la connaissance des hommes! quels transports, quels ineffables soupirs, lorsque Jésus fut monté aux cieux ! « quelle <( impétuosité d'amour, à laquelle concourait tout ce « que la nature a de tendre, tout ce que la grâce « divine a d'efficace 2 ! »
Si la reine Esther osait dire à Dieu : « Vous savez « que jamais votre servante n'a mis sa joie et son bon- « heur qu'en vous seul ^ ; » si le saint roi David pouvait se rendre ce témoignage, que « la louange du « Seigneur était toujours sur ses lèvres '' , » s'il s'écriait dans l'ardeur de son àme : « Oh ! quand me « sera-t-il donné de vous voir, sans cesse et sans fin, « ô mon Dieu ^ ! » si l'apôtre saint Paul a pu dire : « Je vis, mais ce n'est plus moi qui vis, c'est Jésus- « Christ qui vit en moi ; je brûle du désir de voir bri- « ser les liens de mon corps, pour être uni à jamais « avec lui ^^ ; » si enfin l'illustre missionnaire des Indes, au milieu des enivrantes émotions de sa tendre piété, se sentant défaillir d'amour, priait Dieu de modérer ses faveurs : « C'est assez, Seigneur, oh ! c'est « assez "... » que faut -il penser de la Mère auguste du Sauveur, de celle que les Saints ont appelée
' Jean, XIX, 27. — - Rossnet, 1. Serm. sur TAssompt. — ^ Ksili., XIV, 18. — '• |»s. xxxiii, 2. — ■ Ps. xi.i, .î. — MIalal., il, 20; — fMiili|»|i., I, -20.— ■ Vir dv S. [•'ninrois-Xaiier, I. I". \k 2i.\
« une fournaise, un brasier d'amour divin ^, » et (jiic l'Époux du Canti([ue compare à « une lampe de feu « et de flammes -? » Fut-il pour elle un jour, une heure, un instant où sa pensée, sa parole, sa volonté, toute l'activité de son être n'eut Dieu seul pour objet? un instant oii elle ne « fît ce qui était le plus agréable « au Père céleste ^, » et avec un empressement, une pureté d'intention, un dévouement qui ne se peuvent concevoir? Demandons-le plutôt aux Anges et aux Séraphins, « ravis, dit saint Bernard, de l'ardeur et « de l'éclat de la sainte flamme de sa dévotion ^... » Et qui pourrait dire les joies, les suavités, les délices merveilleuses dont cette dévotion inondait son cœur? Vous nous en faites assez juger vous-même, ô Marie, par cette exclamation si expressive de votre saint cantique : « Mon âme est transportée d'allégresse en « Dieu mon Sauveur ■^. »
0 piété ! ô douce et tendre piété chrétienne, ô toi, qui es le principe et le soutien de toutes les œuvres magnifiques de la charité; toi, qui donnes la résignation au cœur déchiré par la douleur, la force à l'âme que vient assaillir le désespoir; toi, qui fais couler des yeux du repentir des pleurs mêlés de tant de consolation, et des larmes presque célestes de ceux de l'innocence enivrée du divin amour, viens, oh ! viens nous pénétrer de ton onction si précieuse ; viens faire de nous « des vases d'honneur et de sainteté uti- « les au service du divin Maître, préparés pour toute « sorte de bonnes œuvres ^ ! » Que par ta céleste in-
S. Jean Damasc, De dormit. B. V.; — S. Bernardin de Sienne, Serm. 9, de Visit. — 2 Cant. viii, <!. — ' Joan., \m, 20. — ''Snrm. 11 in Assumpt. — ^ Luc, 1, i7. — 'Il Timoih., 11, 2f.
lU MEDITATIONS SUR LES LITANIES.
fluence tous nos membres soient en la main do Dieu « comme des armes de justice, pour combattre et pour « vaincre le péché ^ ! Que nos corps deviennent une « hostie vivante, sainte, agréable à ses yeux 2 ! »
Daignez, ô Marie! « vase admirable où le Trèsce Haut a déployé les richesses de son amour ■% » daignez nous obtenir la grâce d'être pieux, et de nous montrer doux et forts dans notre piété. Jadis, sur la parole du prophète Elisée, une malheureuse veuve, poursuivie à outrance par un créancier intraitable, se fît présenter par ses enfants un grand nombre de vases vides ; elle y versa successivement une partie du peu d'huile qui lui restait ; miraculeusement tous les vases furent remplis, et elle eut de quoi payer sa dette, et même de quoi s'entretenir ainsi que sa famille '. A vous aussi, Vierge sainte, sur la parole de l'Ange qui vous salua « comblée de grâce ^, » sur la parole de l'Église qui vous appelle Vase insigne de dévotion , nous présentons nos cœurs, hélas! trop vides de la piélé chrétienne et des bonnes œuvres dont elle est la source. Ne refusez pas d'y verser sans cesse votre surabondance, de sorte que nous puissions non-seulement satisfaire à la justice divine par notre ferveur, mais acquérir de précieux mérites pour le ciel. Il est écrit que « la piété a les promesses de la vie présente « et de la vie future ^ ; » afin que ces promesses si consolantes se réalisent en notre faveur.
Vase insigne de dévotion, priez pour nous ! Vas insigne devolionis, ora pro nobis !
I Rom., VI, Ki. — -Rom., xii, I. — 'Rcrl., xi.m, 2. — ' IV Rois, iv. — ^I.u^, 1.2.S — -^ ITimolli.,iv. S.
Coy 7 Mb 10 ,.0^x7 >-l inoi^Jn^iq inl nvnov r.l oh .JnrHno .o.l
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3UOH nUOq 5 31119 .MOITOVàO 30 3MOI2MI 32AV
Son amour a tout.; lanlcur du ft-u et l'éclat de la llaiiiuu\ Cant., viii. li.
I.cs onfauls de la veuve lui présenlaient les vases, et elle v versait
riiuile. IV Rois, iv, 5.
Vase admirable, chef-d'œuvre du Très-Haut. Eccli. xt.iii, 2.