‹ Monument à la gloire de MarieChapitre 41 sur 69 · ROSA MYSTICA, ORA PRO NOBIS · texte numérisé non relu

ROSA MYSTICA, ORA PRO NOBIS

Les livres saints nous font entendre la voix de l'Époux céleste comparant son épouse à un parterre embaumé, «d'où s'exhalent les odeurs les plus exquises*. « Levez-vous, s'écrie-t-il, levez-vous, aquilons, venez, « vents du Midi, souffler dans mon jardin, et que les par- « fums s'en répandent de toutes parts ^. » C'est la divine Vierge que la piété chrétienne aime à reconnaître sous l'image de toutes les plantes, de toutes les fleurs odoriférantes de ce jardin de l'Époux du Cantique. C'est Marie qu'elle se plaît à appeler, avec sairtt Sophrone , «le vrai jardin de délices, où abondent « toutes les fleurs, avec l'odeur céleste de toutes les « vertus "^ : » fleurs parmi lesquelles l'Église choisit la rose pour en faire le nom de cette bien-aimée du Seigneur, lui donnant ainsi la louange la plus délicate, la plus gracieuse, la mieux faite pour charmer notre esprit et notre cœur.

' Caiit., IV, 14. — ' Gant., iv, 1U. — ' Serra, de Asxumpt.

0 rose, que le Créateur a faite si suave et si belle, si riche d'éclat et d'agréable senteur, ô reine de toutes ces fleurs terrestres qui sont si magnifiques dans leur parure inimitable, et cependant si variées dans les nuances de leurs couleurs et dans leurs émanations odorantes, avec quel bonheur je te salue comme emblème de ma Mère du ciel, de cette Reine de toutes les intelligences, même les plus embellies par la grâce, de cette Reine de toutes les fleurs spirituelles qui font et feront l'ornement de l'Église du ciel et de l'Église de la terre, de cette Reine enfin de toutes les créatures ! Comme toi, mais dans un sens et d'une manière qui l'emportent infiniment sur ton charme délicieux, oh! que Marie est éclatante de beauté, qu'elle est ravissante par la douceur incomparable et l'arôme divin de ses vertus ! ... *

Jamais la belle âme de la très-sainte Vierge n'a subi l'ombre même de l'altération la plus légère; jamais le moindre souffle du mal n'est venu ternir la fraîcheur, l'éclat de cette Rose mystique; jamais le calice si pur de cette merveilleuse fleur, vraiment chérie de Dieu, n'a cessé d'exhaler vers lui l'encens suave de l'amour et de la louange, de l'amour le plus ardent et de la louange la plus pieuse. Quoique plantée, comme ses sœurs , sur une terre où tant d'orages courbent et flétrissent leurs tiges, effeuillent leurs brillantes corolles, jamais elle n'a rien perdu ni de sa beauté originelle, ni de la douceur, de l'excellence de son parfum.

Vous avez eu pourtant des épines. Rose mystique, hélas ! et des plus piquantes, mais pour vous seule. Pouviez-vous, ô Marie ! ne pas ressembler au divin chef

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des élus, à cet adorable Sauveur qui « a du entrer dans « sa gloire par les soufTiances ^ ? »

Ne fallait-il pas, d'ailleurs, que, comme votre divin Fils, vous apprissiez par vous-même « à compatir à «nos infirmités 2, » à ressentir pour nous « cette vive « sympathie que donne l'expérience des mêmes douce leurs ^?...» Mais par rapport à nous qui sommes vos frères selon la chair, vos enfants bien-aimés selon la grâce, vous êtes sans épines. « Vous n'avez rien qui « puisse blesser, dit saint Ambroise, rien qui ne soit « l'expression d'une bienveillance universelle ''^ » « En vous, dit saint Bernard, qu'est-ce qui pourrait <( inspirer crainte ou défiance? Vous n'avez rien d'ef- « frayant, rien d'austère ; vous êtes toute suave en- « vers tous... Parcourez attentivement l'histoire évan- « gélique, ajoute ce saint docteur, fouillez avec soin « dans toutes ses pages sacrées ; si vous trouvez en « Marie le moindre trait qui sente le reproche, la sé- « vérité, si vous découvrez l'indice le plus léger qui « démente la plus grande douceur, je le veux bien, « ne parlons plus de cette divine Mère ^. »

Ah ! laissons-nous « attirer à la céleste odeur » de cette rose immortelle, qui embaume les cœurs innocents, qui fait leur joie et leurs délices; « courons « après elle *". » Gardons-nous de nous laisser enivrer des parfums éphémères d'ici-bas, du fol encens de la flatterie du monde , ou de nous laisser éblouir par l'éclat trompeur des créatures , qui , « comme l'herbe des champs, fleurissent le matin, le

^ Luc, XXIV, 2G. — - Hébr., iv, 15. — ' Hclw., u, 17, 18. — ' Lib. 2 de Virginit., cap. 2. — ^ Scrm. 1 d'' Assumpl. — * Caiit-, i, 3.

« soir tombent et se dessèchent ^. » Souvenons-nous que tout nous a été donné dans ce monde pour élever nos âmes à Dieu, et que, loin d'y fixer notre cœur comme si c'était là notre fin dernière, nous devons nous en servir pour nous exciter au désir et à la recherche empressée de cette patrie véritable où il n'y a que des fleurs immortelles, et où la Rose mystique fait l'admiration des Saints et des Anges.

0 Marie ! « vous êtes élevée comme le rosier de Jéri- « cho -; vous avez fleuri comme la rose sur un rivage « plein de fraîcheur ^ ; votre éclat est pur comme ce- « lui du lis '*, et vif comme celui de la reine du prin- « temps ''. » Mais qui nous donnera une juste idée « de la bonne odeur de Jésus ®, » que tout respire en vous? Qui nous dira combien le parfum de vos vertus surpasse l'arôme « de la myrrhe la plus exquise et de « l'encens le plus suave '' ? » Oui, vous êtes cette fleur choisie qui seule, dans l'aride vallée de ce monde, avez attiré en vous « la rosée divine, le juste par excel- « lence ^. » Rose bénie, Rose merveilleuse. Rose du ciel , c'est là-haut seulement qu'il nous sera donné de vous bien connaître, et de vous louer dignement. Faites que « nous marchions à l'odeur de vos parce fums ^, dans la voie pure et immaculée ^^» des vrais enfants de Dieu, pour avoir un jour le bonheur de vous voir et de glorifier votre Fils de toutes les faveurs dont vous avez été comblée !

Rose mystique, priez pour nousl — Rosa mystica, ora pro nobis 1

' Vi. Lxwix, G. — - Eccli., XXIV, 18. — '- Eccli., xxxix , 17. — ' Is., XXXV, I. — ^ Eccli., L.8. — 6 il Cor., ii, Ij. — ' Eccli., \xiv, L'O, -M. — ' ]<., XI.V. R. — "Ciiiit., 1, ô. — '' Pj. c, 2.

TURRIS UAMDICA, ORA l'RO -NOBIS.

Si « la toui- de David, couronnée de créneaux, dans « laquelle on voyait mille boucliers suspendus aux « murs, et toutes les armes des forts d'Israël S » était l'ornement et le boulevard de Jérusalem, Marie n estelle pas la gloire et la forteresse invincible de 1 Lglise . D'ailleurs, le sang de David ne coule-t-il pas dans ses veines, le sang de ce saint roi qui, avant d arriver au trône, avait su allier aux modestes attributs de pasteur les nobles insignes de vainqueur du géant philistin . Combien donc Marie peut justement être appelée Tour de David, elle en qui nous admirons tant d humilité unie à tant de grandeur et à tant de gloire !... Mais sous quel rapport devons-nous spécialement appliquer à la Vierge l'image d'une «grande et hau e « tour 2 » dont le front inaccessible défend une vdle de -uerre? C'est surtout sous le rapport de sa protection contre les assauts que Satan a toujours livres a l'Église comme dépositaire de la vérité apportée du

'Cdul.,iv,4. -MI E^clr. m, 27.

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ciel par Notre Seigneur Jésus-Christ. « Oh ! qu'elle « est puissante contre l'enfer cette auguste Reine , « s'écrie saint Bonaventure ! Elle lui est bien plus ter- « rible qu'une armée rangée en bataille ^... » Aussi, l'ange pervers n'a-t-il jamais manqué, en attaquant l'Église avec violence, d'attaquer en même temps la très-sainte Vierge, qui en est comme la citadelle inexpugnable.

Depuis le second siècle , où l'impie Cérinthe osa contester l'un des privilèges que la foi catholique assure à Marie, il n'est presque pas d'hérésiarque qui, directement ou indirectement, n'ait voulu lancer contre elle le venin de sa funeste doctrine ; il n'en est pas un seul dont Marie n'ait confondu la folle audace par l'autorité foudroyante de l'Église, toujours prête à défendre Jésus-Christ attaqué dans son auguste Mère. Voilà pourquoi cette gardienne fidèle de la doctrine céleste se plaît à nous montrer « l'ancien serpent - » s'efforçant toujours en vain de relever la tête sous le pied toujours vainqueur de la divine Vierge, dont il semble que le Seigneur a voulu, dans les temps modernes, faire éclater encore davantage la puissance admirable contre l'erreur.

Chose remarquable ! ce sont les peuples les plus dévots à Marie qui ont été préservés ou qui ont eu le moins à souffrir des ravages de l'hérésie du wi*" siècle. Voyez l'Italie, l'Espagne, la Belgique; voyez la France... , la France où la protection de la Reine du ciel s'est manifestée de nouveau , et d'une manière frappante, à la fin du xvni*. C'était alors plus qu'une hérésie, c'était l'impiété, armée du pou-

^ Ciint., VI, ô. — - Apoi-, XII, 9.

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voir politique, régnant en souveraine absolue. Plus (le temples, plus d'autels, plus de prêtres; la seule foi était un crime digne de mort... 0 Marie! oublierez-vous donc que la France fut toujours pour vous un pays de prédilection ; qu'elle vous fut consacrée par un de ses rois, de pieuse mémoire ^ ? IN'entendez-vous pas les ardents soupirs de vos serviteurs restés encore si nombreux au milieu de tant d'apostasies désolantes ? et sur la terre d'exil, nos confesseurs de la foi ne joignent-ils pasleurssupplications les plus ferventes à celles de ces brebis fidèles dont la fureur de la tempête les a forcés de s'éloigner?... Oh ! cette bonne et tendre Mère ne délaissera pas son peuple chéri; tous les efforts de l'impiété triomphante se briseront enfin contre la nouvelle tour de David. Bientôt, en effet, les temples se rouvrent, les autels se redressent, les pasteurs sont rendus à leurs ouailles; et c'est le jour même de l'Assomption glorieuse de la très-sainte Vierge, qu'est signé par le Souverain Pontife le célèbre concordat qui fut le gage de la restauration de l'Église de France.

Félicitons-nous ici, devant Dieu, du bonheur que nous avons d'être nés sur une terre qui appartient à Marie par une consécration solennelle, gage consolant de la conservation du trésor si précieux de la foi dans notre belle patrie. Toutefois, n'oublions pas que jadis les Apôtres, quoique certains, d'après la parole de leur divin Maître, que la persécution de la Synagogue serait impuissante contre l'Église, à son berceau, « éle- « vaient tous leur voix à Dieu dans l'union d'un même « esprit -, » pour lui demander la victoire. Nous aussi

» Louis XUI. — 2 Acles ilcs A|i., iv, 24.

demandons instamment au Seigneur de ne pas permettre que jamais la foi s'éteigne parmi le peuple bien-aimé de Marie; et dans nos tentations, dans celles surtout qui sont contraires à cette vertu fondamentale du Christianisme, recourant promptement à elle, réfugions-nous dans cette tour de David où les traits de l'ennemi ne sauraient nous atteindre.

0 divine Mère de celui qui s'appelle lui-même « la « Vérité ^, » c'est à vous que votre Fils adorable semble avoir confié la garde de son Église ; car c'est à vous que cette même Église - rapporte la gloire de ses triomphes sur toutes les erreurs qui ont essayé d'ébranler les plus saintes croyances, et jusqu'aux fondements «de la cité de Dieu ^. » Vous êtes pour elle w un refuge , une forte tour contre ses ennemis ^; » vous êtes « la tour invincible^ )^ qui sauve chacun de ses enfants «au jour de la tribulation ^. » Ah! protégez-nous, Vierge sainte, contre les assauts de l'enfer, et particulièrement contre tout danger que pourrait courir notre foi; protégez-nous surtout à l'heure de la mort , et pour nous préparer à la dernière lutte qui doit assurer notre triomphe éternel, obtenez-nous de Dieu une foi vive, inébranlable.

Tour (le David, priez pour nous! — Turris Davidica, ora prouobis!

' Jean, xi\ , G. — " Brév. rom. iti feslis B. M. V. — ^ Ps. lxxxvi, Tt. — '' Ps, i.x, 4. — ^ Piov., XVIII, 10. — •* Ps. XIX, 2.

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Etlf nous protège coin itir nnt' tour iiicxpii^ni ililc. ProiK, xviii, 10. Fllv est pour nous celle tuiii ik- David eoiircuiuéf de civneaiix, et ;ti imirs (le laquelle sont suspendus mille boucliers. Cant., iv, 4. C'est une tour invincible contre l'ennenii. P.v. , r.\, 4.

TOUR DE DAVID, PRIEZ POUR NOl'S.

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Elle .si vciililuljlf ;i uiic him- d'ivoiiL'. Vaut., vu, 4.

Elle est admirable comme le palais .l'ivoire élevé par le scplieme nu

d'Israël. III Huis, xxu, ÔO.

L.' roi Saloinon (il .iffsscr m. ma-i.in.iue trône .livoirc. lll Hois, \. 18.

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