MÉDITATION XXXIX
FOEDERIS ARCA, ORA PRO NOHIS.
Si le magnifique temple de Salonion, où, pour ainsi dire, tout était d'or, nous offre un emblème de Marie, ce qu'il y avait de plus auguste dans cette « maison « du Seigneur ^, » l'arche d'alliance est une figure bien plus significative encore de cette divine Vierge,
L'arche était faite d'un bois qui n'était pas sujet à la corruption-, quoique le germe en fût corruptible. Et vous, ô Marie! quoique issue d'une tige coupable, vous avez été préservée de la tache originelle, et nulle corruption n'a jamais pu vous atteindre.
Des lames d'or pur couvraient l'arche au dehors et au dedans; elle était surmontée d'une couronne d'or, et fermée par le propitiatoire qui était fait aussi de ce métal précieux ; deux chérubins, également d'or, les ailes étendues, ombrageaient le propitiatoire, du haut duquel la majesté de Dieu rendait ses oracles aux enfants d'Israël ^. Et vous, ô Marie ! « comblée de « grâce ^, » de quel or éclatant, sans mélange, de quel or sans prix n'avez-vous pas été revêtue ! quel trône
MllRois,viu, 11.— 2Exoil.,xxv, 10. — ^ Exod.,xxT. — '■ Luc, i,
vous avez offert en vous-même au Seigneur ! Ne pouvons-nous pas dire de vous, avec André de Crète, que «vous êtes le propitiatoire universel du monde*, » le sanctuaire vivant d'où « le Verbe incarné - » a fait entendre l'oracle du salut à toute la terre?
Dans l'arche étaient déposés « un vase d'or rempli « de manne, la verge d'Aaron qui avait fleuri miracu- « leusement, les deux tables de l'alliance ^ » , données à Moïse sur la montagne de Sinaï. Et vous, ô Vierge auguste ! vous avez eu le bonheur de concevoir et d'enfanler celui qui s'est fait pour nous la vraie manne céleste, «le pain vivant, descendu du ciel ^. » Vous avez eu l'honneur infini de devenir la Mère d'un Fils qui a été formé en vous et qui est né de vous par un prodige bien plus étonnant que celui qui frappa d'admiration les douze tribus, quand elles virent couverte de feuilles, de fleurs et de fruits la verge aride du souverain sacrificateur ^. Vous avez renfermé en vous , par une faveur à nulle autre pareille, l'auteur même des deux tables de l'alliance ; vous êtes devenue comme la « dépositaire des titres sacrés de l'an- « cien et du nouveau Testament ®, l'abrégé de tous « les divins oracles ^, le livre du Verbe divin, dont le « Père éternel ouvre les pages sacrées aux yeux de « tout l'univers ^. »
Dieu imprima jadis à son peuple, quelquefois même aux Gentils, un profond respect pour l'arche d'alliance par divers prodiges dont elle fut l'occasion ^ ; devant
^ De dormit, y^irg. — - Jean, i, 14. —^ Hébr., ix, 4. — * Jean, vi, ni. — -^Nombr. , xvii. — ^Ruperf, in cap. iCant. — ' André de Crète, serin. deAssump. — '^ Serm. de laitdib. Virg. attribué à saint Epipbane. — ^ Exod., xxv; Jos., m, vi ; | |{ois, v, vi.
elle les Israélites se prosternaient, pour se rendre le ciel propice ^, et son séjour dans la demeure d'Obédédom attira sur lui et sur sa famille la bénédiction du Seigneur-. Devant vous, ô Marie ! les fidèles se prosternent pour obtenir de votre divin Fils les faveurs qu'ils sollicitent, sachant bien qu'il se plaît à répandre par vous ses dons sur les hommes, et que « toute grâce « découle de vos mains ^^. » Par vous mille et mille prodiges, dans l'ordre temporel et dans celui du salut, s'opèrent à la grande admiration des hommes de foi ; et votre sainte image pieusement vénérée dans les familles chrétiennes, n'attire-t-elle pas sur elles de précieuses bénédictions ?
Qui pourrait enfin ne pas voir dans l'entrée si solennelle que David fit à l'arche dans Jérusalem, la figure de votre glorieuse et triomphante Assomi>tion , ô vous ! « arche de sainteté, qui vous êtes élevée « de la terre an ciel, pour entrer dans le repos duSei- « gneur ^, et pour vous asseoir à la droite de Dieu ^,» auprès duquel vous ne cessez de « vous montrer notre « bonne mère ^? »
Ah ! puissions-nous nous montrer nous-mêmes de vrais enfants de Marie, et trouver dans cette arche auguste de la nouvelle aUiance une sauvegarde continuelle, et une source de célestes bénédictions ! « Celui « qui néglige le service de la très-sainte Vierge, dit « saint Bonaventure, court bien le risque de mourir « dans ses péchés; mais celui qui l'honore dignement « sera justifié, sera sauvé ^, » car elle est, suivant les
' Jos., Ml, 6. — 2 11 Hois, VI, il. — ^ S. Bernard, serm. 3 de nomiue Mariœ. — '' Ps., c.\.vxi, S. — ' Miirc, wi, I!). — ' Hymii. Ave, Maris Stella. — ■ In Puall .
I6i MÉDITATIONS SUR LES LITANIES,
expressions de saint Pierre Chrysologue, « médiatrice « heureuse entre l'homme et l'Homme-Dieu ^ ; et si « les mérites de celui qui prie, ajoute saint Anselme, ne « peuvent le faire exaucer , ceux de la divine Mère qui « intercède pour lui, font qu'il obtient sa demande -. » Comme l'arche précédant les Hébreux dans le passage du Jourdain les introduisit dans la terre promise, ainsi \ous nous faites traverser heureusement, ô Marie ! les ondes périlleuses du fleuve de la vie présente; vous êtes pour nous « l'arche vivante de l'al- « liance du souverain Seigneur de tout l'univers ^. » Ah ! sans doute, l'alliance dont «le Dieu de majesté ^n daigna honorer jadis Abraham, Isaac et Jacob, et les enfants d'Israël, était bien précieuse. Mais ce n'était pourtant qu'une image, une ombre de celle dont le Fils de lÉternel nous a gratifiés en se faisant homme pour nous dans votre sein, en nous régénérant par son sang adorable, dont il nous applique les mérites par des rites sacrés qui nous sanctifient dès le berceau . nous aident, nous fortifient, nous consolent pendant la vie, et à la dernière heure nous encouragent et nous disposent à franchir avec confiance le seuil redoutable de l'éternité. 0 vous par qui tous ces biens nous sont venus, « paradis du nouvel Adam ^, palais vi- « vant du Très-Haut ''. » obtenez-nous la grâce d'en faire un saint usage , et de vous dire toujours avec l'élan d'un cœur fidèle :
Arche d'Allianre, priez ponr nousl - Fflpderis arca, ora pro nobis!
*Serm. de Annuntial. — - De excellent. Vlrij. — ' Jo?., m. 11. — ' r>s. x.wiii, ;{. — ^ s. Jean Damasc. Oral, de dormit. H. M. — ' S. Chi ysosf. Homil. 2, <n [est. S. Joaiu