‹ Monument à la gloire de MarieChapitre 47 sur 69 · MÉDITATION XLII · texte numérisé non relu

MÉDITATION XLII

SALUS INFIRMORIM , URA l'RU .NOBIS.

Les souffrances! voilà l'apanage de l'humanité. A côté d'un enfant d'Adam qui s'avance alerte , joyeux , dans le voyage de la vie , mille autres, en proie à des infirmités plus ou moins cruelles, traînent leurs pas avec effort , avec larmes , et font entendre une voix gémissante, et parfois des cris déchirants.

Mais au milieu de ce triste concert qui s'élève du sein des souffrances de l'humanité, un nom auguste et doux, un nom plein de charme, retentit dans la bouche de l'infirme chrétien; et ce nom pieusement invoqué calme les douleurs, ranime les forces, soulage et peut même guérir les maux les plus invétérés , mettre fin aux maladies les plus incurables : c'est le nom de la divine Marie. A quel cœur, après celui de Jésus , à quel cœur mieux fait pour le comprendre, pourrait s'adresser le fidèle souffrant? Ah ! Marie n'a-t-elle pas assez appris à compatir en contemplant les longues et indicibles douleurs de son adorable Fils sur le bois du supplice? N'a-t-elle pas, au pied do la croix . recueilli

de ses lèvres divines , comme un héritage inaliénable , tous les fidèles en la personne « du disciple « chéri ^ ? » Ne nous a-t-elle pas, dès lors , tous embrassés, avec une tendresse ineffable, dans les douces étreintes de son incomparable charité?... Et celui qui , dans l'infirmité , invoque cette Mère céleste, ne sait-il pas que sa puissance égale son amour?...

C'est seulement dans certains lieux que la dévotion des peuples a élevé aux autres Saints des monuments de confiance et de gratitude ; mais , pour Marie, c'est dans toutes les parties de l'univers chrétien. Qui n'a ouï parler de ces sanctuaires célèbres dédiés à cette divine Mère, et qui a pu avoir le bonheur d'en visiter quelqu'un, sans être pieusement ému d'y voir des témoins irrécusables des innombrables faveurs corporelles obtenues par son intercession?... Inscriptions gravées parla reconnaissance; présents divers offerts à son autel; membres humains d'or ou d'argent, déposés à ses pieds comme un trophée de sa puissance contre les maladies rebelles à tout l'art des hommes ; pauvres instruments de bois qui ont aidé celui qui venait réclamer son secours à se traîner jusqu'au seuil du lieu saint, et que son intercession a rendus désormais inutiles, suspendus aux murs sacrés, comme un naïf et touchant hommage à sa gloire : oh ! que vous parlez éloquemment à la foi ! que vous excitez vivement la confiance envers celle que l'Église appelle si bien le Salut des infirmes l

Sans doute , elle ne nous obtient pas toujours ce <{ue nous désirons, parce que la réalisation de nos

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vœux , loin d'être utile à notre véritable bonheur, qui est celui de l'autre monde , nous serait souvent préjudiciable. Mais toujours cette « Mère de grâce i » devient notre salut dans rinllrniité : toujours, si le cœur qui pousse vers elle le pieux soupir de la prière, n'y met un volontaire obstacle, elle lui obtient de faire tourner ses souffrances au profit de ses intérêts éternels; elle le revêt de force et de patience, le remplit de résignation, de calme, durant les longues nuits sans sommeil , et les longs jours sans relâche ; toujours elle le pénètre du sentiment qui animait le saint homme Job, lorsqu'il s'écriait : « Ah ! que, dans mes « douleurs extrêmes , il me reste au moins cette conu solation, que Dieu ne m'épargne point dans ce séjour « d'épreuve, et que je ne murmure en rien contre sa « providence adorable ^ !... » Et quand sonne l'heure marquée par le Seigneur, la mort vient , pour celui qui souffre sous les auspices de Marie, non pas affreuse, terrible, comme un grand supplice, mais paisible et sereine comme un doux passage de la fin du combat aux joies de la victoire , de a la vallée des lar- « mes ^ » à ce magnifique royaume où « Dieu lui- « même essuie les pleurs des yeux de ses élus ^. »

Recourons donc, avec une entière confiance , à la très-sainte Vierge, dans tous les maux corporels dont il plaît à Dieu de permettre que nous soyons affligés ; et ne nous lassons pas d'implorer son crédit auprès de l'adorable Jésus, nous souvenant de ces paroles de saint Bernard : « Dieu lui a donné un pouvoir absolu

1 Hymn. in offic. parv. H. M.— Mol., vi, 10.— ' Salve Reg.~ ' Ap. VII, 17.

I7r. MF'DTTATIONS SUR LES LITANIES.

« au ciel et sur la terre; il a mis notre vie et notre « mort entre ses mains ^. » Implorons-la surtout pour nos derniers moments , et afin de nous assurer son aide puissante à cette heure qui doit décider pour nous de tout et à jamais , « vivons comme devant « mourir chaque jour ^. »

0 vous dont le cœur si tendre peut nous dire bien mieux que le grand Apôtre : « Qui est dans la souf- « France sans que j'y compatisse ^ ? » soyez glorifiée de ce que vous faites si souvent , et d'une manière si admirable , éclater votre puissance pour le soulagement ou la guérison de nos souffrances corporelles. Ah ! vous êtes pour nous tous, et « pour toutes nos in- « firmités une ressource vivante '', » tandis que la piscine probatique de Jérusalem n'offrait de salut que de loin en loin , et à celui-là seul qui le premier avait le bonheur d'y descendre quand l'eau était agitée par l'Ange du Seigneur^. Nous bénissons mille fois votre divin Fils de ce qu'il fait émaner de vous, comme jadis de son adorable personne pendant sa vie mortelle, «une vertu secrète qui remédie à tous les maux ^ ; » et nous le supplions de nous la faire surtout ressentir à cette heure décisive où nous toucherons à l'éternité. 0 douce Vierge, qui «daignez recueillir avec une « bonté maternelle le dernier soupir de celui qui se « recommande à vous avec confiance '', » faites qu'au moment suprême nous goûtions, dans toute son étendue, l'efficacité de cette pieuse invocation de l'Église :

Salut des infirmes, priez pour uous! -^ Salas infirmorum, ora pro nobis !

1 Serm. 1 sup. salve. — -1 Cor., xv, 31. — MI Cor., xi , 29. — 4 Ps. cii, 3. — '" Jean, v, 4. — '^ l.iic. vi, 19. — ' Saint Jérôme, ep. 2 ad Emtorh.

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l'arelle toutes sorlos (rinfiimitt's sont guéries. Ps. en, '^.

Qui (lo vous est en proio à l'infirniitt^ sans que j'y rouipatissp? II Cor., ii, 20

De sa personne sortôil une vertu secrète qui guérissait tous les maux.

Luc, VI, 19.

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