STELLA MATUTINA, ORA PRO ISOBIS
Immortelle Étoile du matin, ô divine Marie, vous êtes aussi douce à nos yeux que radieuse, étincelante! Si vous ne versez pas, comme le soleil, des flots éblouissants de lumière qui éclairent, échauffent et fécondent toute la nature, vous resplendissez du moins comme l'astre qui précède la marche de « ce « géant des cieux * ! »
Mais qui pourra dire la beauté de ce jour nouveau que vous avez annoncé à la terre, ô heureuse « étoile « de Jacob , qui avez paru sur Vhorizon de l'humanité « idolâtre 2, pour éclairer ceux qui étaient assis dans « les ombres de la mort ^ ? » Qui saura peindre le bonheur qu'a eu l'univers de pouvoir saluer en vous l'approche de sa délivrance, l'auguste et sainte aurore de cet adorable « soleil de justice ^' » qui , après avoir comme voilé sa splendeur dans votre
* Ps. xvm, 0.— ' Nombr., xxiv, M. — ' Luc, i, 79. — '' Malach.,
chaste sein , s'est montré ensuite à nos yeux a\ec un immense éclat, répandant de toutes parts ses rayons bienfaisants , donnant à ceux que l'erreur abusait la lumière de la vérité, communiquant aux malheureux (( enfants de la mort * » la vie seule digne de ce nom, la vie éternelle? Étoile de salut, «vous avez montré « unesplendeur digne du flambeau céleste qiiichassede- « vaut lui les ténèbres ~ ; » vous avez été véritablement « l'Étoile brillante du matin ^ » de ce jour bienheureux où le monde a vu se lever sur lui l'astre divin de sa rédemption et de sa régénération ineffable! Oh! soyez bénie , à jamais bénie , par tout cœur et par toute langue ! car vous avez été comme le gage inestimable « de la réconciliation de la terre avec le ciel ^, « de notre sanctification par Jésus-Christ ^, de notre « salut éternel '^% de notre vocation au royaume et à « la gloire de Dieu '' ! »
Et encore aujourd'hui, cette mystique Étoile du matin ne nous est-elle pas un gage d'espérance, un gage de salut? «Otez Marie, dit saint Bonaventure, « qu'en serait-il de nous, infortunés? que devenir au « sein des ténèbres du siècle , si nous étions privés de «son doux éclat ^?» Hélas! qui ne sait qu'il est des moments périlleux où la lumière de la foi paraît s'éclipser pour faire place aux pensées les plus contraires à ses divins enseignements ; des moments où l'on se sent violemment enclin à ce qu'on méprise et qu'on déteste par le fond de la volonté; où l'imagination s'embrase , s'emporte jusqu'à se complaire dans des
' 1 Rois, XXVI, 16. — '^ Eccl., l, 7. — '^ Apoc. xxii, iC-. — * Coloss., I, 20. — ' 1 Cor., I, 30. — 1^ Hébr., v, 9. — ' I Thcssnl., n, 12. — " hi sper. B. M. r.
objets qui font horreur, dès que le faux charnit' tombe, et que le eahiie renaît ? Mais si nous élevons alors une voix, suppliante vers cette Étoile de bénédiction, elle ne tarde pas à montrer ses rayons consolants, et à ramener la sérénité. Qui ne sait aussi, par une triste expérience, qu'il est des heures de dégoût amer, d'ennui dévorant, d'humeur sombre et noire, de découragement profond, où le cœur semble prêta manquer, s'il n'est soutenu par une puissance surnaturelle? Mais si, dans ces heures d'accablement et d'angoisse, des soupirs fervents appellent Marie au secours, son front radieux dissipe bientôt l'orage, et nous rend à nous-mêmes; car, « dans toutes les tem- « pètes qui peuvent nous assaillir ici-bas, dit saint « Bernard , il suffit de regarder cet astre tutélaire, « pour échapper au naufrage ^. »
Implorons donc avec ferveur le secours de Marie ; supplions-la de mettre en fuite « les puissances des «ténèbres-, » comme les premiers rayons de la lumière du jour font rentrer « les bêtes féroces dans « leurs tanières ^ ; » supplions-la de nous conduire heureusement sur la mer si dangereuse de cette vie jusqu'au céleste rivage. Elle se plaît à sauver le matelot qui se confie eu sa sainte protection; et le matelot reconnaissant se plaît à redire aux plages lointaines la gloire de « TÉtoile de la mer ^, » et à chanter, avec enthousiasme, le nom de la Vierge-du-Port, de la Yierge-de-la-Garde, de la Yierge-du-Bon-Secours. Ah! combien plus la douce Marie aime à soutenir, à diriger, à sauver le pieux chrétien qui l'invoque au milieu
* Homél. — - Supi'r Mis.sK.s, Ephés., vi, 12. — l's. cm, i'i; — '' Ave. maris niella.
des orages du cœur, des orages de l'esprit , des orages des sens! Combien plus, nous qui souvent peut-être avons été consolés par le doux éclat de cette étoile chérie, nous devons être reconnaissants et fidèles envers notre céleste bienfaitrice, et l'honorer par une vie pure comme les rayons inaltérables de sa lumière!
0 vous, asile assuré du marin en péril, Vierge toujours secourable , éloignez de nous les tempêtes et les naufrages sur cet océan plein d'écueils où se trouve lancé le frêle esquif qui porte notre éternité, heureuse ou malheureuse? Des nuées redoutables dont les flancs recèlent d'affreux ravages, peuvent nous environner, nous assaillir, nous livrer à des ballottements effroyables ; jamais elles ne pourront vous dérober à nos yeux. « Étoile toujours radieuse , toujours conso- «lante, toujours protectrice! en suivant votre douce «( lumière, on ne dévie jamais, en vous implorant, on « conserve l'espérance; par votre appui l'on ne saurait « failhr ; sous votre égide , plus de crainte ; sous votre «conduite, plus de fatigue; sous vos auspices, l'on « arrive au terme de tous les vœux ^ ; et comme l'é- « toile de la mer dirige le nautonier vers le port , «ainsi vous conduisez les chrétiens à la gloire-.» Daignez, oh ! daignez réaliser tous ces effets merveilleux de la piélé envers vous, ô Marie, en faveur de ceux qui , dans le calme comme dans l'orage, veulent vous redire sans cesse, avec un tendre amour :
Étoile du matin , priez pour nous ! — Stella niatulina, ora pro nobisl
^ S:iinl Hernaitl , liom. 2, siip. Misxus. — - Saint Tlioiin», op. 8.