‹ Monument à la gloire de MarieChapitre 51 sur 69 · MÉDITATION \LVI · texte numérisé non relu

MÉDITATION \LVI

HEGINA AiNGELOUL'M, ORA l'KO NOIilS.

Élevons-nous, sur les ailes de la foi, jusque dans celte immortelle patrie où « Dieu lui-même est la (( récompense infinie des élus ' et donne à chacun se- <( Ion son mérite - ; » que verrons-nous ? Les trônes des pontifes, ceux des martyrs, ceux des apôtres, ceux des prophètes, ceux des patriarches; et nos yeux contempleront, avec ravissement, tant de grandeur et tant de gloire. Mais là vainement nous chercherons Marie. Montons plus haut; voici le chœur des Anges: les Chérubins, les Séraphins, tous « ces mille millions ^ » d'esprits purs, qui rayonnent devant « le Saint des «saints '^ » comme d'inaltérables soleils; est-ce là que la Vierge par excellence jouit de la béatitude ? Non, non : plus haut encore. Au-dessus des Anges et des Archanges, près du trône adorable de l'Homme- Dieu ressuscité, un autre trône frappera nos regards éperdus, un autre trône moins élevé que celui de .lé- Mien., xv, I.— - Miillli., XVI, 27, — 'Dan., VII, 10.— ' Man., ix, 2i.

sus, plus élevé que ceux de tous les autres habitants des cieux ; et sur ce trône , une fille d'Eve revêtue d'une gloire moins éblouissante que celle de Jésus, plus riche, plus éclatante que celle même des Anges les plus haut placés dans la hiérarchie céleste : c'est la très-sainte Vierge Marie, c'est le chef-d'œuvre du Créateur, c'est la Reine de tous les Anges.

«Elle est, en effet, dit saint Épiphane, au-dessus « de tous les êtres, Dieu seul excepté ^. » « Sa dignité « de Mère du Créateur, dit saint Jean Damascène, fait « d'elle la Reine de toutes les créatures ^. » «Celle qui « a le droit d'appeler Dieu son Fils, s'écrie saint Ber- « nard, peut-elle ne pas être supérieure à tous les « chœurs des Anges? Ah ! rendez, rendez hommage, « esprits célestes, à la Mère de votre divin Roi, vous qui « adorez le fruit béni de notre Vierge bien-aimée ^ ! » « Jésus a mis sur sa tête, dit encore saint Antonin, « un diadème de magniiîcence et de gloire, qui assu- « jettit à cette divine Reine tous les Anges ^. »

Et n'est-ce pas cette grandeur et cette gloire future de la très-sainte Vierge qu'honorait d'avance l'Archange Gabriel, quand il la saluait avec tant de vénération, et en termes si pompeux et si magnifiques? vénération, honneur bien légitimement dus à celle qui allait être revêtue du titre admirable de Fille bien-aimée du Père, de Mère bien-aimée du Fils, d'Épouse bien-aimée du Saint-Esprit, et aux pieds de laquelle le rang subhme où elle allait être élevée par la maternité divine mettait toutes les grandeurs du ciel et de la Icrre î Comment, d'ailleurs, le messager du Très-Haut

' Delaudib. Vtiij. — Lib. 4 Fhkt oilhod. v. ['■'. — lloinél. 1 fuper Misms est. — ■ Scim. de .Issumiif.

aurait-il pu ne pas reconnaître « sa Reine dans celle « qu'il saluait Mère de son divin Roi ^ ? » Et si les Anges sont infiniment au-dessous de la nature humaine du Verbe incarné, puisque « jamais, dit saint Paul, à « nul Ange Dieu n'a pu dire comme à Jésus : Vous êtes « mon Fils , je vous ai engendré aujourd'hui ~ , » comment ne seraient-ils pas au-dessous de celle qui a pu dire, elle aussi, à ce même Jésus : « Vous êtes mon « Fils ^ ; je vous ai porté dans mon sein et vous ai « nourri de ma propre substance ''' ? »

Mais quelle est donc cette créature si grande, devant qui tous les Angess'inclinent, pénétrés de respect, saisis d'admiration ; cette créature qu'ils s'empressent <{ de servir et d'entourer de leurs hommages •"% » répétant avec un saint transport : « Régnez, régnez éler- « nellement sur nous , vous aussi bien que votre « Fils *5 !... » Ah! c'est l'humble fdle d'Anne et de Joachim : c'est la jeune vierge obscure, fiancée à un pauvre artisan ; c'est la jeune mère si digne de compassion, qui ne trouva jadis à Rethléem qu'une étable, une crèche, un peu de paille pour coucher son nouveau-né; qui fut réduite à s'exiler au loin, sur une terre étrangère, pour sauver les jours précieux de son adorable enfant; qui vécut toujours simple, toujours cachée, même après larésurreclion et l'ascension glorieuse de son divin Fils. Le chemin de la gloire, de la solide gloire, de la gloire seule digne de ce nom, de la gloire éternelle, est donc la voie de l'humihté dans ce monde. Être petit aux yeux des autres,

^ Saint Athanase, serm. de Deip. — - H.br. , I, :>. — ' Ibid. — 'Il Mâchai)., VII, 27. — ^ Daii. vu, 10.— "Jug., vin, 22.

petit à ses propres yeux, et grand devant le Seigneur par une haute vertu sans fard, sans éclat, c'est là le précieux secret que Marie nous enseigne par toute sa vie, comme Jésus nous l'enseigne par ses divines leçons et ses divins exemples , qu'il continue encore sous nos yeux, dans l'ineffable mystère de l'Eucharistie. Imitons-le , imitons sa divine Mère, sachons descendre pour « être un jour éternellement élevés*. » « Salut, Reine du ciel, salut, souveraine des An- « ges - ! » Ou y a-t-il, après Dieu, de plus grand que vous, qui avez reçu dans votre sein la majesté infinie, et à qui celte même majesté a daigné se soumettre : « Miracle de part et d'autre, dit avec raison saint (( Bernard ! Dans le Fils miracle d'humilité, dans la « Mère miracle d'élévation et de grandeur ^ ! » Ah ! du haut de votre trône sublime n'oubliez pas vos serviteurs sur la terre ; abaissez plutôt sur eux des regards de douce complaisance et de bienveillant amour, comme sur des frères malheureux, sur des enfants infortunés. Daignez nous aider, nous soutenir sans cesse dans le chemin du salut, jusqu'à notre sortie de ce monde d'épreuve ; daignez nous faire visiter et consoler par nos Anges, si la justice divine nous condamne au feu temporaire de l'expiation, et nous faire bientôt conduire au ciel. Puissions-nous mériter ces inestimables faveurs, en vous disant toujours avec une piété sincère :

Reine des Anges, priez pour nous. — Regina Angeiorum, orapro nohis.

^ Malth., XXIII, 12. — ^ Ave. Rcg. cœl. — " Homéi. 1 super Missus est.

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MilU' millions .iMwf/eA' la sorvaiciil, et dix millions se tenaient ilevaiit elle.

Dan., vti, 10.

Hégno/ sur nous, vous et votre Fils Jttcj. viii, Th.

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