MEDITATION \LV
AIXII.ILM amiSTIANORLM, URA PRO NOBIS.
Dans tous les temps, ô Marie ! vous fûtes le secours, le bras protecteur des disciples de votre Fils , et de l'Église leur mère ; mais quevous le fûtes surtout admirablement dans certaines circonstances mémorables, où tout semblait conspirer pour l'anéantissement de l'œuvre admirable du divin Jésus!
L'islamisme, au xvi^ siècle, menaçait denvahir l'Europe, et de ruiner la chrétienté. Une flotte formidable se développait, avec orgueil, sous le signe du croissant, dans le golfe de Lépante ; les vaisseaux des peuples fidèles, quoique inférieurs en nombre, n'hésitent pas à se ranger, sous vos auspices, devant elle en front de bataille, et Juan d'Autriche, leur chef, fait vœu d'aller en personne visiter votre auguste sanctuaire de Lorette. Cependant, la ville de Rome entendait dans ses murs les solennelles processions du Rosaire, vous adresser les va^ux les plus ardents pour le succès de l'armée catholirpie. Tout à coup le
saint Pape Pie Y s'écrie à votre gloire : « La flotte «chrétienne a vaincu...» L'on ne tarde pas, en efïet, à recevoir la nouvelle officielle de l'entière défaite des Musulmans; et, en mémoire d'un si magnifique témoignage de votre protection, le même saint Pontife enrichit les Htaniesque nous aimons à chanter en votre honneur, de cette nouvelle invocation : Secours des chrétiens, priez pour nous!... Ce beau titre, ô Marie, vous vous êtes plu à le justifier bien des fois, depuis cette immortelle journée de Lépante. Sous les remparts de Vienne, au xvii' siècle, deux cent trente mille soldats turcs sont mis en déroute par une armée chrétienne incomparablement moins nombreuse; et c'est dans l'octave de votre Nativité, c'est le jour même où de solennelles supplications étaient offertes, dans la ville de Munich, à Y Auociliatrice des chrétiens; et Thonneur de ce brillant triomphe vous est rapporté par le vainqueur lui-même, qui, le maîin de l'action, ayant assisté au saint sacrifice et participé aux divins mystères, avait encouragé ses officiers en leur promettantlesecoursdu ciel parvotreintercession. Trente ans après, l'empereur Charles VI remporte sur les mêmes ennemis du nom chrétien une victoire signalée, le jour oii à Rome l'on implorait pour lui votre protection, ô divine Vierge ! et bientôt après encore, le jour de l'octave de votre glorieuse Assomption, Corfou vous bénit de voir s'enfuir, loin de ses remparts, ces infidèles qui la tenaient assiégée.
Admirable série de victoires remportées par Marie sur le croissant 1 Elles vivront à jamais dans le cœur reconnaissant de tous les pieux fidèles, qui leur doivent la consolation de célébrer, chaque année, la
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solenuitc du saint Rosaire, flans toute l'étendue du monde catholique !
Mais ce n'était pas assez pour la gloire de la trèssainte Vierge : la Providence voulait que son titre de Secours des chrétiens fiU consacré par une fête spéciale. Dans sa longue et douloureuse lutte contre le prince et le capitaine le plus redouté des temps modernes, le Pape Pie VII n'avait cessé d'invoquer cette céleste Auxiliatrice. Sa confiance ne fut pas trompée. Napoléon, ce puissant colosse, tomba; le vénérable vieillard put rentrer triomphant dans la ville éternelle ; et il voulut que le jour anniversaire de son retour de la captivité fût , chaque année , solennisé par la fête spéciale de Marie Secours des chrétiens.
Oui, secours constant, secours puissant, secours universel ! Secours contre la force des armes, secours contre les violences du pouvoir pohtique; secours contre les persécutions ; secours contre tous les orages que l'enfer peut susciter à l'Église de Dieu sur la terre . et qui tendent à retarder ses précieuses conquêtes, à diminuer le nombre des fidèles, à entraîner une foule d'àmesà leur perte. Contre ces funestes effets invoquons tous les jours, avec une ferveur nouvelle, la Vierge Auxiliatrice. iMais pour nous aussi nous devons l'implorer : pour notre affermissement dans la foi et dans la vertu ; pour notre persévérance contre les scandales de toute espèce qui nous environnent; car il est écrit: « Que celui qui est debout prenne « garde de tomber ^ » Adressons-nous donc à elle avec
' 1 Cor., X. 12.
ISS MÉDITATIONS SLR LES LITANIES,
tuutc la confiance qu'elle mérite. « Tout obéit à son empire, dit saint Antonin * ! » «Votre nom seul « est tout-puissant, après Dieu, s'écrie saint Bona- « venture - ! »
0 Marie! « invincible bouclier^» des chrétiens, (jui avez manifesté, avec tant d'éclat, la protection ((ue vous leur accordez, à vous, bien plus qu'à l'illustre Judith il appartient de dire : «Malheur à la na- « tion qui s'attaque à mon peuple ! car le Seigneur «tout-puissant se vengera d'elle ^. » Soyez glorifiée « à jamais d'avoir brisé, en notre faveur, la force des « armes ^, » et de nous avoir donné des motifs si consolants d'espérer en vous contre tous les ennemis des enfants de Dieu et de sa sainte Église. Avec elle nous aimons à vous dire : « Daignez secourir constamment « ceux qui gémissent sous le poids de leur misère ; « daignez animer les pusillanimes, fortifier les faibles, « consoler ceux qui pleurent. Daignez prier pour « tout le peuple chrétien, intervenir pour les mem- « bres du sacerdoce, intercéder pour le sexe qui vous « est particulièrement dévoué. Que tous les fidèles res- « sentent les effets de votre aide salutaire, mais plus « encore ceux qui se souviennent de vous avec bon- « heur ^, » et qui vous implorent avec une douce et liliale confiance.
Secours des Cliréliens, priez pour nous ! AuxiliuDi christianoruiii, ora pro Dobis.
> SiMiii. (il.— ^/« Canl. i. — ■ Sii^r., v, 20. •- ' Jiulilli, xvi, 20. — l's. \.\\\ , i. — " Saiirta Maria, siurunc Diiscris, etc.