‹ Monument à la gloire de MarieChapitre 6 sur 69 · KYRIE ELEISON · texte numérisé non relu

KYRIE ELEISON

Après avoir pénétré nos cœurs du sentiment de l'espérance clirétienne, en réveillant notre foi au divin Médiateur, l'Église nous fait redire : Seigneur, ayez pitié de noiisl C'est que, le nom adorable de Jésus- Christ une fois invoqué pieusement, ce nom de Seigneur donné à Dieu ne doit plus avoir rien de redoutable pour nous. Si l'Homme-Dieu, en effet, daigne nous couvrir de ses mérites infmis comme d'un bouclier, pourrions-nous désormais trembler à l'excès devant la Majesté suprême? Pourrions-nous ressembler à Adam qui, devenu prévaricateur, eut peur de Dieu jusqu'à tomber dans une espèce de déraison? car il cherchait à se dérober à sa présence^, comme s'il n'avait pas su que « nulle créature n'est invisible « pour lui , que tout est à nu et à découvert devant ses , « yeux 2, que pour lui la nuit n'a point de voile, et qu'elle « est éclatante à l'égal du jour^. . . » Ah ! plutôt, au nom de ce doux Sauveur, comment pourrions-nous ne pas

' (ien., m, 10. — - Hebr., iv, 13. — " P». cxxxviii. II.

parler au Souverain Maître avec une confiance filiale, puisque c'est lui qui « a envoyé son Fils pour nous ren- « dre ses enfants adoptifs, et que l'Esprit de ce Fils crie « dans nos cœurs : ô Père! ô Père* ! » Prodigieux honneur, bienfait prodigieux accordé à l'homme coupable! Ce Dieu, qui ne nous devait que la réprobation, ne s'est pas contenté de nous racheter, de nous réhabiliter par son Fils unique, il a voulu « que nous fussions « appelés ses enfants et que nous le fussions en effet^. « Voyez doMC jusqu'où il nous a montré un amour pater- « neP ; » voyez ce que nous ont valu les mérites de Jésus- Christ! ils ont si admirablement «réconcilié toutes « choses^, » qu'ils ont fait de l'homme, repoussé jusqu'à l'enfer par la sainteté infinie et la justice infinie de Dieu, l'enfant chéri de Dieu même !

Il est vrai que nous avons méconnu cette haute dignité qui nous avait été conférée par le baptême ; il est vrai que nous avons amoindri, par des fautes « qui « n'allaientpasjusqu'àlamortdel'àme^,» ou que nous avons perdu même, par le péché mortel, les droits qui accompagnent ce beau titre. Mais, quoi (ju'il en soit, nous n'avons pu perdre celui de nous appuyer sur les mérites du Sauveur, pour remonter, par les moyens qu'il a destinés à nous les appliquer, jusqu'à l'insigne honneur d'où nous pouvons être déchus. Oui, ce trésor infini de sa vie mortelle, de ses souffrances et de son immolation sur le Calvaire, Jésus-Christ l'a mis irrévocablement entre nos mains ; il nous Ta donné, il en a fait en quelque sorte notre propriété inaliénable ; et jusqu'à notre dernier soupir nous pouvons en

KJ.ilat., IV, i, 0, 0. — 2 \ Jean, m. I. — ■ I Jean, m, i . — '' Coloss.,1,20. — ^ I Jean, v, Ki.

user pour implorer le Seigneur, et pour obtenir les grâces dont nous avons besoin. Car Jésus a dit luimême : « Si vous demandez quelque chose à mon Père « en mon nom, il vous le donnera^. » Oh ! de quel honneur, de quelle richesse, de quelle puissance il a donc plu à Dieu de doter l'âme chrétienne ! Et quel cœur animé par la foi ne trouvera du bonheur cà emprunter ici les sublimes accents du saint homme Job : « Qu'est- « ce que l'homme pour que vous daigniez le traiter «avec tant de magnificence 2? »

En redisant ici à Dieu : Seigneur, ayez pitié de nous, prosternons-nous donc intérieurement devant lui jusque dans la poussière; soyons saisis d'admiration, immobiles d'étonnemcnt, de ce que nous pouvons, à toute heure, parler à un Dieu si grand, et de ce qu'un Dieu si grand daigne prêter l'oreille aux soupirs de créatures avilies par le désordre du péché. Mais en même temps élargissons nos cœurs, dilatons-les comme dans le sein d'un père qui ne saurait se défendre d'un tendre amour pour ses enfants. Car dès lors que nous nous unissons à Jésus, et que nous paraissons devant Dieu en la personne adorable de son Fils, il n'est pas possible que ce cri du cœur qui réclame instamment sa pitié, son secours, ne soit pas oui favorablement. Notre voix, unie à la voix de notre divin Médiateur, change, pour ainsi dire, de nature ; elle perd ce qu'elle a, comme voix humaine, de faible, d'indigne même et de souillé, pour participer à la force, à la pureté, à la sainteté divines, à la divine efficacité de la voix de Jésus.

Seigneur, c'est au nom et par les mérites infinis du

^ Jean, xvi, 23. — - Jolt, vu, 17.

Médiateur que vous avez eu la charité ineffable de nous donner, c'est en lui et par lui que « nous répan- « dons notre prière en votre présence, que nous épan- « clîons devant vous nos angoisses^, » en nous écriant : Ayez pitié de nous l «Nous ne sommes plus vos servi- « leurs, mais vos enfants, vos héritiers par Jésus- «Clirist-, dont le sang nous donne la liberté d'en- «trer avec assurance dans votre sanctuaire^. Nous u sommes ses frères, il est notre aîné'^, mais nous «sommes ses cohéritiers^. C'est donc avec confiance « que nous nous présentons devant le trône de la « grâce , afin d'y recevoir miséricorde "^j » et que nous vous supplions d'avoir pitié de nous comme vous auriez pitié de lui-même si , par impossible, il était dans les nécessités, dans les défaillances, dans les douleurs, dans les tentations, dans les périls où nous sommes. Ah ! Seigneur, ce n'est plus nous qui vous le disons, c'est lui-même, lui notre divin frère, qui vous dit par notre cœur et par notre langue : Aijez pitié de nous! Et avec lui son auguste mère, cette fille bienaimée du ciel, ne vous dit-elle pas «^w'elle est notre « sœur^, qu'elle est d'un même sang que nous selon la « chair ^ dans laquelle est venu Jésus-Christ^?» Au nom de ce divin Sauveur, et en union avec Marie, nous nous écrions encore une fois :

Seignenr, ayez pitié de nous! — kyrie eleison !

* Ps. cxLi, l. — "^ Galat., iv, 7. — ■' Hebr., x, 19. — '' Rom., viii, 29. — = Rom., VIII, 17. — ^ Hebr., iv, 16. — " Geo. xii, 13. — * Rom., IX, 3. — '1 Jean, iv, 2.

MEDlTATlOîi IV

CHHISTE, AUUl NOS !

Plus nous unissons notre cœur et notre voix au cœur et à la voix de Jésus pour implorer la bonté, la miséricorde divines, plus notre prière monte vers le trône de l'Éternel comme « une oblation de suave odeur ^, » Ici donc, afin d'exciter plus vivement notre foi et notre confiance envers ce « Médiateur du Nouveau Testa- « ment 2, qui peut sauver toujours ceux qui s'approchent « deDieu par son entremise^; » afin d'entrer intimement dans les admirables dispositions de son cœur adorable ((priant solennellement , la veille de sa mort , pour ceux «qui devaient croire en lui^, » nous nous adressons à lui de nouveau, en le suppliant de nous écouter. Non que son oreille ne nous soit toujours ouverte, ou qu'elle repousse la voix de ceux qu'il a aimés plus que luimême ;maisnous le supplions de nous écouter, comme un bon père écoute ses pauvres enfar^is, comme une bonne mère, les fruits chéris de ses entrailles, quelque

» Ephes., V, 2. — - HcIm., i\, l.i. — Hulir., mi, i'i. — '' Jean, XVII, 20.

ingrats que nous ayons pu être dans le passé. Nous lui demandons pour nous cette oreille du cœur, qui écoute avec un tendre intérêt une voix aimée, qui répond à cette voix par un épancliement de bienveillance et d'amour, qui va jusqu'à établir entre l'âme chrétienne et lui un commerce ineffable de sentiments digne à jamais de l'admiration des Anges mêmes. Ah! bienheureuse mille fois l'àme qui, possédant le don inestimable de la grâce sanctifiante, peut parler ainsi à Jésus comme un ami à son ami, c'est trop peu, comme l'épouse des Cantiques à son époux bien-aimé, à son adorable époux! Mille fois bienheureuse celle qui peut se dire avec une juste confiance : « Il est à moi et je suis à lui^, » et qui mérite d'entendre, dans ses rapports intimes avec le divin Jésus, cette parole si consolante , cette parole céleste : « J'aime à « ouïr ta voix , ô ma bien-aimée ^ ! ... »

Mais, hélas! notre peu de fidélité, notre peu de zèle, notre peu de foi et d'amour nous privent le plus souvent de ces délicieuses communications avec notre Dieu. Nous admettons des tiers entre lui et nous : nous partageons un cœur dont il est le maître souverain à tant de titres. Nous ménageons obstinément des inclinations, des passions, petites il est vrai, mais qui lui déplaisent, mais qui blessent le droit absolu de préférence universelle qui lui appartient; et il nous en punit trop justement par la privation de ces faveurs dont nul homme, dont nul Ange ne saurait dire le prix, ne saurait exaller assez les suavités merveilleuses.

Ne nous décourageons pas toutefois, si notre infir-

' Ciuil. II. Hi. — - Ciiiii. Il , 11.

mité ne nous laisse pas espérer d'entretenir jamais avec Jésus ces rapports ineffables, partage des âmes d'élite. Qui que nous soyons, nous pouvons et nous devons aspirer à entrer assez dans l'intimité de son adorable cœur pour jouir de son amitié, pour persévérer dans sa grâce, pour vivre et pour mourir dans son saint amour... Ah! mettons nos soins les plus empressés à éviter tout ce qui serait capable, non-seulement de rompre, mais de relâcher le lien sacré qui nous unit à ce divin Sauveur : puissions-nous même employer tout notre zèle à le resserrer de jour en jour, d'heure en heure, puissions-nous mourir dans ce saint exercice du cœur véritablement chrétien!

0 Jésus ! ô vous qui « savez si bien être ami^, » qui êtes si admirable dans vos épanchements d'amour envers les cœurs que vous trouvez vides des créatures et d'eux-mêmes, soyez glorifié sur la terre comme dans les cieux de ce que vous daignez chérir si merveilleusement des âmes qui se sentent si peu dignes de vous! Que celles surtout qui ont eu le bonheur de «goûter et « de voir combien vous êtes doux 2 » dans vos faveurs divines, s'unissent pour chanter avec transport le nom et le cœur de leur époux adorable?... Mais que celles qui ne peuvent qu'admirer de loin les mystères ineffables de votre amour, célèbrent du moins avec un vif sentiment de gratitude la bonté incomparable avec laquelle vous daignez prêter l'oreille, l'oreille du cœur, aux misérables accents de leurs prières. 0 tout bon et tout aimable Jésus, il nous semble vous entendre dire du haut du ciel : « J'ai ouï les cris gémissants des enfants «du nouvel IsraëP; je les exaucerai, je leur serai

' \\o. desaiiifo Thérèse, rh. xxv. — ^Ps. xxxiii, H. — • Kxode, vr, li.

« propice^ ». Ah! c'est par tous les soupirs de notre cœur que nous vous supplions de nous préserver de jamais vous déplaire, surtout jusqu'au point de perdre votre grâce. Et si nous avions ce malheur, nous osons vous supplier d'avance de nous sauver des suites fatales qu'entraîne si souvent la privation de votre divin amour. Qu'elle est grande la faveur que nous vous demandons! Mais c'est Marie, notre mère, qui porte au pied du trône de votre miséricorde les humbles vœux de ses enfants, que nos anges lui présentent comme à leur souveraine. Oh! par elle préservez-nous de tout péché; préservez-nous des justes rigueurs de votre amour méconnu , outragé ; préservez-nous de l'esprit impur, de tout ce qui déshonore l'homme devant vous; préservez-nous de toutes les maladies de l'âme et de tous les maux corporels qui peuvent nuire à l'âme; préservez-nous des coups de foudre de votre justice, de la mort subite et imprévue. Daignez, daignez nous accorder la grâce « d'être toujours à vous « et à la vie et à la mort^ ; »

Divin lésus, écoulez-nous! — f.hrisie, audi nos!

^ Paralip., vu, 14. — ^ Rom., xiv, 8.

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nie, (le la mort suliile, de l'espril de forniealion. d.'livre/.-nous,

Seigneur!

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