‹ Monument à la gloire de MarieChapitre 7 sur 69 · MEDITATION V · texte numérisé non relu

MEDITATION V

i;iiniSTK, EXAIDI >os.

Ce n'est pas assez d'avoir dit à Jésus : Ecouteznous; l'Église répète l'adorable nom du Christ, et ajoute : Exaucez-nous. Pourquoi redire ainsi un nom qui vient d'être prononcé à l'instant même? C'est qu'un nom si dou\ et si précieux, un nom de secours et de consolation , un nom de bénédiction et de salut veut être dit et redit , sans danger d'ennui ou de dégoût : tout au contraire , plus il revient à l'oreille et au cœur, plus il apporte avec lui une onction , une suavité, un délice inexprimables. C'est que, d'ailleurs, de malheureux enfants dégradés, tels que nous le sommes tous depuis la chute du premier père, de malheureux exilés, de malheureux voyageurs sur un océan si exposé aux tempêtes , si plein d'écueils, si fécond en naufrages, ne sauraient trop recourir à un nom si puissant. Ah! quand on croit, quand on sait que « ce nom est le seul qui ait été donné aux hommes « pour qu'en sa vertu ils soient sauvés* ; qu'à ce nom

' Ar.l., IV, 12.

« tout genou fléchit au ciel , sur la terre et dans les « enfers ^ ; » que par ce nom jadis les Apôtres opéraient les plus grands miracles ^ ; qu'encore tous les jours s'opèrent, au nom de Jésus-Christ, par les sacrements, des effets merveilleux qui, pour être invisibles, n'en sont pas moins d'admirables prodiges , on ne peut que trouver du bonheur à prononcer, à invoquer ce nom divin. On puise dans cette invocation un sentiment profond de soulagement et de joie, une douce lumière qui guide sûrement à travers les ombres de cette vie , un courage ferme , une énergie persévérante contre tous les ennemis du salut. Car le nom de l'Époux des Cantiques « est semblable à une huile ex- « quise^: » «il éclaire, dit saint Bernard, il nourrit et « il adoucit , il fortifie , il sauve Tàme même du dés- « espoir ^ . »

Mais pourquoi dire à Jésus-Christ : Eœaucez^nous? Écoutez-nous n'avait-il pas, nous l'avons vu, sa douceur et son charme? Les perdrait-il en passant une seconde fois sur nos lèvres?... Non sans doute; mais l'Église veut nous insinuer que Jésus semble parfois nous ouïr, nous écouter sans vouloir répondre à nos vœux. En effet, il diffère, dans certaines circonstances, de nous accorder l'objet de nos demandes, quelque humbles et ferventes qu'elles soient, pour animer notre foi de plus en plus . pour enflammer notre ardeur et notre zèle , pour nous procurer le grand mérite de la persévérance. Et comme nous sommes tentés trop souvent de nous décourager dans de telles épreuves, nous supplions Jésus de nous affranchir de ce danger.

* Philip., Il, 10. — ••! Art., m, (î. — ■• Cant., i, 3. — ^Scrm., xv, super Canlira.

MÉDITATIONS SUK LES LITAMKS. 27

Ah ! conjurons donc instamment ce iMédiateur si bon , si bienveillant, si dévoué à nos intérêts, de «hâter « son divin secours^. » Si néanmoins il entrait dans les vues adorables de sa providence de nous soumettre à la sainte épreuve du délai , relativement au succès de nos demandes, conjurons-le , avec non moins d'instance , de nous accorder la grâce si précieuse de la persévérance dans la prière. Le découragement, en effet, est injurieux à la bonté , à la miséricorde infinie de Dieu , à la vérité de ses promesses , aux mérites infinis de Jésus , de l'efficacité desquels nous semblons douter en discontinuant d'implorer le Seigneur quand nous n'obtenons pas aussi promptement que nous le voudrions. La persévérance, au contraire, dans la fidélité à prier, lors même que Dieu paraît sourd à tous les gémissements de notre cœur, est un bel hommage rendu à ses perfections. Elle nous fait adorer sa bonté, sa miséricorde, son infaillibilité, quand elles semblent se cacher à nous ; sa sagesse , sa providence, quand leurs voies sont le plus inexplicables, avec autant de foi que si elles se rendaient , pour ainsi dire, visibles dans le succès de nos demandes. Elle nous fait , d'ailleurs , appuyer toutes nos espérances sur les mérites infinis du Sauveur, quand ils semblent n'avoir plus pour nous leur efficacité, avec autant de fermeté que si nous en ressentions les effets puissants.

0 Jésus ! qui pour nous faire connaître la plénitude de votre miséricorde , vous êtes fait « notre avocat au- « près du Père-, » ne permettez pas que nous cessions jamais de vous implorer, quoique nos prières nous

' Ps. i.xix, I . — - I Jean, ii, I .

paraissent inutiles. Faites plutôt, par votre grâce toute-puissante , sans laquelle nous ne saurions même « prononcer votre nom^, » faites que nous redoublions d'ardeur et de confiance, quand vous différez d'exaucer nos vœux. 0 vous dont la tendresse a daigné se peindre à nous sous l'image touchante de la mère « qui rassemble ses poussins sous ses ailes-; » la confiance nous fait épancher dans votre cœur adorable nos peines et nos douleurs , nos soupirs et nos supplications. Ah ! que toujours la persévérance nous attache à lui , par l'intercession de votre divine mère ! C'est par ses mains sacrées que nous vous présentons toutes nos demandes ; c'est par elle que nous espérons obtenir de ne pas cesser de prier jusqu'à ce qu'elle dise à nos Anges : « Le Seigneur m'a exaucée ^ en fa- « veur de mes fidèles suppliants; allez, Anges aux ailes « légères^, » rapportez les bénédictions de mon Fils à ceux qui ne se lassent pas de lui redire :

Christ, exaucez-nons : — Clirisie, exaiidi nos!

* 1 Coi-., XII, 3. — - M.ittli., xxiii, 37. — ^ Ueiit., ix, 11). — ^ ]«., xviu, 2.

IIÉDITATION VI.

l'AJKU I)K COKLIS. llKlS, MISKKKUK NOBIS.

Appuyés sur les mérites tout-puissants de Jésus- Christ, et unis intimement à lui connue à notre divin Médiateur par la supplication précédente, nous pouvons et nous devons implorer, avec une confiance nouvelle, la très-sainte et très-auguste Trinité. L'Église nous en fait invoquer successivement les trois adorables personnes, et d'abord la première à qui elle nous tait dire : Père qui êtes Dieu, du haut du ciel ayez pitié de nous '.

Du haut du ciel... Est-ce que la Divinité n'est pas sur la terre comme dans les cieux? Est-ce qu'elle ne i-emplit pas l'univers de sa présence et de sa majesté? Le roi-prophète , s' élançant sur les ailes de la foi et de l'amour, ne la trouvait-il pas également présente, égalementadoral>le. « au pUis haut desairs, au plus pro- « fond desabîmes, aux. extrémités des mers, au milieu de « la clarté du jour, et sous les voiles de la nuit la plus « sombre 1 ?...)) Ah ! sans doule Dieu est partout. Il y est

' IV. CWXVlll, S, !), 12.

par sa science, car il voit tout et connaît tout. Il y est par sa puissance, car en tout lieu il n'a qu'à vouloir, et à l'instant tout ce qu'il veut se réalise : le néant même lui obéit soudain. Il y est par son essence, car il est l'infini , et l'infini ne connaît ni mesure , ni distance, ni limite quelconque. «En lui nous avons l'être, «le mouvement et la vie *.» Il nous environne, il nous pénètre de sa science, de sa puissance, de son essence invisible, comme le soleil environne et pénètre le cristal de ses rayons impalpables. Malheur donc à nous, si nous allions, dans notre pensée, le reléguer en (juelque sorte dans le ciel , comme dans un palais lointain, où nous aurions à faire arriver la voix de nos prières ! Nous tomberions dans une erreur capitale, et nous rendrions notre malheureuse situation d'enfants d'Adam pire qu'elle ne l'est en réalité , en isolant ainsi Dieu de cette triste terre.

Non certes, Dieu n'est pas loin de nous : il est en nous, nous sommes en lui. Point d'effort nécessaire pour faire monter vers lui les vœux et les soupirs de notre exil : celui dont nous réclamons la pitié nous est plus présent que nous ne le sommes à nous-mêmes. Puissions-nous ne l'oublier jamais!...

Pourquoi donc, encore une fois, pourquoi ces paroles : Dm haut du ciel ?... Ah ! c'est que dans le ciel Dieu a préparé à ses élus un séjour délicieux , une patrie permanente, un royaume éternel où, sans être plus présent qu'ailleurs, il manifeste sa présence adolable aux Anges et aux Saints. Là il se fait voir à eux , car il est écrit : « Nous le verrons tel qu'il est-, » c'està-dire dans sa beauté, dans sa vérité, dans si sain-

' A.l., wii, 2S. — ■ I Jean, m, II.

MÉDITATIONS SUK LES LITANIKS. * 31 teté, dans sa bonté, dans sa puissance, dans son amour, dans toutes ses perfections. Ici-bas rien ne saurait contenter nos désirs : quelque fortunée, selon le monde, que puisse être notre vie; quelque multipliées, quelque variées que puissent être nos jouissances, toujours l'exil se fait sentir par quelque endroit. D'ailleurs, pour la plupart des hommes, presque toule la vie n'est-elle pas un tissu de fatigues, d'ennuis, de dégoûts, de chagrins, de souffrances de toute espèce?. . . Aussi, plus ou moins tous nous soupirons, plus ou moins nous mangeons tous un pain amer et même trempé de larmes. Quand donc la bonté gratuite de Dieu ne nous offrirait qu'un bonheur naturel après cette vie, ah ! nous devrions l'en béuir à jamais, nous devrions rechercher ce bonheur avec le plus vif empressement. Être éternellement exempt de tous les maux de ce monde , être éternellement à l'abri de l'indigence, de la maladie, de la douleur, de tout deuil , de toute peine, de toute tristesse, ne serait-ce pas déjà trop , beaucoup trop pour de misérables créatures coupables?... Mais, ô prodige de bonté! Dieu est généreux envers nous jusqu'à nous appeler à une félicité surnaturelle; à une félicité avec laquelle notre nature n'a aucune proportion; qui est à une hauteur incompréhensible au-dessus de tous les élans de notre cœur, de tous les rêves de notre imagination ; à une félicité qui n'est rien moins « qu'une participation à la «nature divine^. » Comment ne pas estimer, comment ne pas désirer ardemment, sans mesure, un tel bonheur? Comment l'estimer et le désirer sans être dans la plus vive appréhension de ne pas remplir assez fîdè-

'II Pier., I, i.

lement les conditions qui nous sont imposées pour l'obtenir? Comment donc ne pas crier à Dieu, de toutes les forces de notre àme :

Du haut du ciel ayez pitié de nous, « ô Père qui nous « avez prédestinés à ladoption des enfants par Jésusce Christ ^, et qui nous avez aimés jusqu'à faire de nous « vos héritiers et ses cohéritiers^. Daignez éclairer les « yeux de notre cœur pour que nous sachions quelle « est Tespérance à laquelle vous nous avez appelés, « quelles sont les richesses et quelle est la gloire de « l'héritage des Saints -^ » Que la vue de cet héritage où « vous les enivrez d"un torrent de délices divines^, » nous inspire l'ardeur, le courage, la force nécessaires pour « courir dans la lice, de telle sorte que nous rem- « portions le prix^ et la couronne de vie promise à « ceux qui vous aiment^ ! Et vous, ô Marie! montrez- « nous, par les effets de votre protection , de qui vous « êtes la fille hien-aimée' . » Nous nous plaisons à vous offrir cet hommage des pieux fidèles : Salut, fille de Dieu le Pèrel Vous fêtes à un titre infiniment plus précieux que les autres filles d'Eve , ô vous ! mère du «Verbe fait chair ^; » et tandis que vous étiez encore sur la terre, vous pouviez lui dire avec mille fois plus de confiance que nous tous ses enfants adoptifs : Notre Père qui êtes aux deux. Agréez donc, ô Marie, que, par votre heureuse entremise, nous lui adressions cette humble prière : Père, qui êtes Dieu, du haut du ciel , «qui est le trône de votre gloire^, »

Ayez pitié de noiisl — Paler de cœlis, Deus, miserere nobis.

1 Eiihcs., I, ;j. — ''Roiu.,Mii, 17. — 'Ephe*., 1, IS.— 'Ps. xxxv, 9. M Cor., IX, 2i. — ^ Jar., i, |-2. — ' r.en., xxiv, Tl. — * Jean, I, \i. — ■ U., i.xvi , I.

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.le vous salue , fille de Dieu le Père. De iiiii ("Ics-voiis la fille? Dites-le moi. Gen. \xiv, '2i.

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