I1EI)IT\TI0\ VII
FILI KEDEMPTOR Ml'MIl DEIS , MISERERE NOBIS.
Cette invocation du Fils de Dieu, « consubstantiel «au Père, vrai Dieu de vrai Dieu^, » rappelle à l'âme chrétienne le grand mystère , le mystère ineffable de la rédemption du monde : mystère ineffable en lui-même, ineffable dans ses effets merveilleux.
Il est donc vrai , depuis la rédemption opérée sur le Calvaire, le salut de l'homme se trouve payé par la mort d'un Dieu. Celui qui n'a pas craint de se trop rabaisser « en se faisant chair -, » n'a pas cru faire un trop grand sacrifice en souffrant et en mourant pour nous de la mort la plus ignominieuse et la plus cruelle. Oh ! que « nous avons donc été rache- « tés à haut prix -^ ! » mais aussi que nous devons avoir une grande estime pour notre âme ! Que nous devons attacher d'importance â tout ce qui peut accroître sa dignité devant Dieu, et contribuer à embellir « sa couronne immortelle '^ ! » Et avec quelle ardeur et quelle vigilance nous devons éviter tout ce qui peut nuire, même indirectement, à son salut !
' Syinliole deNyrée. — - Jean, i, 14. — ^ \ Cor.,vi,20. — M Pior.,i,4.
Nous étions perdus, perdus pour jamais : par suite delà chute criminelle du premier homme, nous étions tous frappés d'un anathèrae éternel. Il fallait une expiation, et une expiation d'un prix infini, pour satisfaire aux droits d'une majesté infinie blessée par le péché. Mais qui en était capable? Étaient-ce les hommes? Non, certes. Étaient-ce les Anges? Ils sont purs, élevés, sublimes; toutefois, d'eux à l'infini il n'y a rien moins que l'infini. Notre malheur était donc sans remède, sans espérance..,. Oui, si le Fils éternel de Dieu ne fût devenu « notre \ictime de « propitiation ^. » Il s'est revêtu de notre nature, et, « entrant dans le monde, il a dit au Très-Haut : Me « voici prêt au sacrifice - ; » il a pris « sur lui toutes « nos iniquités ^ ; » il s'est dévoué « à être meurtri, « à être brisé pour nos crimes ^, afin que la justice « et la miséricorde se donnassent le baiser de paix « en sa personne ^. » Il a même poussé l'héroïsme jusqu'à désirer, avec une ardeur sans égale, de souffrir et de mourir pour nous 6; et ce désir brûlant il l'a comblé par sa passion. Oh! oui, comblé : qu'estce que la passion du Sauveur, sinon une suite continue de souffrances de l'esprit et du corps, une suite de douleurs et de sacrifices inouïs pour des indignes, pour des ingrats?...
En présence d'un dévouement si capable d'émouvoir toute notre sensibilité, de faire battre nos cœurs de la gratitude la plus vive et du plus tendre amour, taisons-nous d'abord; adorons dans le silence de l'admiration ce mystère qui ravit les Anges. Puis con-
1 Jean, ii, 2. — - Hébr., x, 7. — ' Is., i.iii, (i. — ' !»., nu, "i. — ' Ps. i.xxxiv, IL — ^' Luc, XII, !iO.
iMKOlTATIONS SUR LES Lll ANIKS. 3r>
leiiiploiis « CL' grand œuvre ^ ; » étudions, pénétrons, autant (ju'il est possible à notre faible intelligence , les secrets abîmes de la miséricorde et de l'amour de notre Dieu. Perdons-nous dans cet océan sans fond et sans rivage, et livrons nos cœurs à tous les pieux transports dont il plaira au Seigneur de les animer... Après quoi nous admirerons « les richesses surabon- « dantes de la grâce -, » dont la rédemption est la source.
La grâce sanctifiante, don sublime et surnaturel! Elle unit merveilleusement notre âme à Dieu, elle lui communique une vie divine, une vie qui est le commencement de la vie du ciel ; car saint Paul a dit que « la grâce c'est la vie éternelle ^. » Et cette vie divine de notre âme , que les sacrements sont destinés à donner, à entretenir, à augmenter, à rendre quand nous avons eu le malheur de la perdre, communique elle-même à tous nos actes une puissance admirable, celle de mériter une céleste récompense , et d'accroître incessamment notre gloire et notre bonheur éternels. Oui , par la grâce sanctifiante, nous pouvons faire , de nos moindres actions, des chefsd'œuvre d'une si grande valeur , que chacune soit préférable à tous les trésors de la terre ; nous pouvons, en un instant, faire plus, par un seul acte secret de la volonté qui aime Dieu, que tous les hommes ensemble ne sauraient faire, en des milliers de siècles, par toutes leurs forces naturelles.
Merveille ! merveille ! c'est tout ce que l'on peut dire, ô Fils adorable du Père éternel, quand on considère l'œuvre ineffable de notre rédemption par vo-
• I Tinioth., III, l(i. — -' Kpliés., !i,7. — ' Koiii., vi, 21!.
36 MÉDITATIOxNS SUR LES LITANIES,
tre sang, et les fruits si précieux que nous en recueillons tous les jours. Oh ! que l'Apôtre saint Paul a bien raison de nous dire que « vous nous avez ai- « mes à l'excès M... » Et que nous avons bien sujet de nous écrier : « Les pensées de votre amour sont « trop profondes ^ pour que notre intelligence les « comprenne ; vous êtes trop digne de louanges ^ «. pour que notre langue puisse les chanter; vous êtes « plus grand que notre cœur ^ : » il ne saurait suffire à payer, même par tout son amour, un tel amour. « Vous vivez , divin Rédempteur , nous le savons , et M c'est là le fondement de notre espérance^; vous « vivez toujours pour intervenir en notre faveur^. » Ne permettez pas que votre sang dont les mérites coulent sans cesse sur la terre, nous devienne inutile par notre faute. La voix de ce sang précieux dit à votre Père : « Sauvez mon peuple ^, ce peuple que j'ai « conquis '^ ; » et Marie lui dit avec vous : « Ce peuple « pour lequel j'intercède''. » Ah! ne souffrez pas que, par l'abus des grâces, nous paralysions l'efficacité de votre médiation et l'intercession de celle que nous saluons avec bonheur : Mère du Fils de Dieu .'...
0 Fils, rédemptear du monde, qui êtes Dieu, ayez pitié de nous! Fi!i redemplor mundi Deus, miserere oobisl
• Éphés., II, i. — - Ps. xci, 6. — ^ Ps. cxliv, 13. — ' i Jean, m, 20. — ' Job.,xix, 25, 27. — '• Hébr., vu, 23. — 'Esth., vu, 3. — " I Pier.. Il, (t. — •' Eslh., vu, 3.
IIIEI)ITAT10.\ VIII.
SPIRITUS SAXCTE, DEi;S, MISERERE NOBIS.
« Dieu est amour, a dit saint Jean ^. » Le Père est donc amour, le Fils est amour, le Saint-Esprit est amour. Toutefois les œuvres de l'amour divin, par conséquent les opérations de la grâce , soit sur notre intelligence, soit sur notre cœur, sont attribuées au Saint-Esprit, quoiqu'elles appartiennent également aux trois personnes. Le motif en est que le Saint- Esprit procède du Père et du Fils par voie d'amour, et qu'il est l'amour substantiel et réciproque de l'un et de l'autre.
Aussi Jésus disait-il à ses disciples que « nul ne « pourrait entrer dans le royaume de Dieu sans renaî- « tre de l'eau et du Saint-Esprit ^ ; que les grâces de « cet Esprit divin ressembleraient à des fleuves d'eau « vive coulant du cœur du fidèle ^. » Et le grand Apôtre nous enseigne que « c'est par le Saint-Esprit, que « l'amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs "' :
' Jeun, IV, Ifi. — ■ JcHii , III, 'i. — • Jean, vu, :{,S, 3'.». — ' Koiu.,
« qu'il est l'Esprit de sagesse et de lumière ^ ; que « c'est lui qui nous renouvelle-, qui nous aide dans « notre faiblesse, qui nous fait prier avec des soupirs « ineffables ^ . »
Ignorants et impuissants que nous sommes, avec quelle ardeur devons-nous donc demander au Saint- Esprit cette lumière «qui éclaire et qui échauffe ^, » qui dissipe les nuages de l'intelligence et qui anime et enflamme le cœur! Avec quelle ardeur nous devons le supplier de nous faire juger de tout, « non d'après , « la sagesse de la chair ^, » mais d'après la sagesse de l'Évangile ; de diriger et de soutenir en tout notre volonté; de rendre toute notre conduite surnaturelle. Car c'est là le caractère distinctif du véritable enfant de Dieu, du véritable chrétien ; et c'est ce qui met la différence du ciel à la terre entre ses pensées, ses affections , ses vues, ses désirs, ses actions , et les pensées, les affections, les vues, les désirs, les actions de l'esclave du monde.
Le vrai chrétien, en effet, pense à Dieu comme à son centre ; au ciel , comme à sa patrie ; au salut, comme à « l'unique nécessaire ^. » S'il affectionne les créatures, c'est en Dieu et pour Dieu : à lui seul il s'attache comme à son souverain bien, comme au rocher qui seul demeure immobile au milieu des flots précipités du temps. Le mondain, au contraire, pense aux créatures, oublie le ciel et le salut; il cherche son intérêt ou son plaisir dans tous les attachements qui partagent son cœur. Il désire, il ambitionne tout ce qui passe et qui périt en un clin d'œil ; il se pas-
■^ Kphés., 1, 17. — - Ti(., III, .). — l{oiii., \iii, 2<i. — ' Jean, v, .J.). — ' 11 Cor., K \i. — " Luc, X, i2.
sionne follement pour des biens fragiles, « qu'il croit « tenir et qui lui échappent, semblables à de l'eau ge- « lée dont le vil cristal se fond entre les mains qui le « serrent et ne fait que les salir ^. »
Le vrai chrétien et l'esclave du monde font souvent les mêmes œuvres, traitent les mômes affaires, subissent les mêmes accidents , mais avec des intentions , des dispositions si dissemblables, mais d'une manière si disparate, si contraire même, que dans la main de l'un, c'est de l'or pour Téternité ; dans celle de l'autre, un plomb maudit qui, loin de pouvoir lui « former un trésor dans le ciel -, » ne peut que « le précipiter dans la damnation ^. »
Lun « animé de l'Esprit saint , se conduit par « l'Esprit saint '' ; » toute sa vie a quelque chose de noble, d'élevé, de grand, en rapport avec le ciel, avec Dieu. L'autre ne vit que de la nature basse et corrompue , en rapport avec l'Ange du mal et son affreuse destinée.
Ah ! supplions donc, encore une fois, le Saint-Esprit de nous faire agir en tout d'une manière surnaturelle, et de ne permettre jamais que nous ayons le malheur « d'éteindre en nous sa divine influence^, » ou même « de le contrister ^. » Disons -lui, avec la résolution sincère de correspondre fidèlement à toutes ses grcàces :
0 Esprit saint , « source de vie, flamme de cha- « rite, onction divine '', conduisez-nous dans la voie « droite, faites-nous vivre selon la justice '^ ; entre-
' Orais. funèbr. d'Anne de Gonzague, par Bossuet. — ^ Matth., vi, 20. — ' iTimoth., VI, 9. — '' Galat., v, 2o. — ^ I Thessal., v, 19.— " Ephés., IV, :{0. — ' Hymne Veni Creator. — ' Ps. cxui, 10, 11.
u tenez sans cesse en nous cette charité qui procède « d'un cœur pur , d'une bonne conscience et d'une « foi sincère^. Nous osons même vous demander « humblement que notre charité croisse de plus en « plus en lumière et en prudence, afin que nous « soyons remphs de fruits de justice -, nous avan- « çant de \ertu en yeriu, jusqu'à ce que Dieu se fasse « voir à nous dans la Sion céleste ^ ; » Daignez , daignez nous accorder cette grâce par Marie, à qui nous rendons honneur et respect comme à votre divine épouse. Elle a pu vous dire, lors de l'accomplissement du mystère auguste de l'incarnation : « Le Seigneur « m'a fait un don magnifique ^. » Vous avez pu dire d'elle « comblée de grâce ^ : Ma colombe est unique, « elle est parfaite ^; que sa beauté est ravissante^, et « qu'à bon droit sa mère peut l'appeler bénie du Sei- « gneur ^ ! » Au nom de cette Vierge, objet de votre prédilection.
Esprit saint , qnl êtes Dieu , ayez pitié de nous 1 Spirilns sancte, Deus, miserere nobis I
' 1 Timoth., 1, a. — - Philip., i, 9, 10. - ' Ps. lxxxiii, 8. — ' Gen., XXX, 20. — ^ Luc, i , 28. — «^ Canf. vi , 8. — ' Cant. iv, I . — " Ruth, m, 10.
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Dieu ma fuit un don niagnifi'iue. Gen. \\\, 20.
Que vous êlcsbelle,maLi.n-aimée,quevous6tc.l.ellclCan(. ., M.
Ma fille, que le Seigneur vous bénisse. Ruih. m, »0.
Salut, éiiouse du Saint Esprit.
Ma colombe c.l unique, elle est parfaite, il n'y a qu'elle pour sa
mère ; elle est le choix de celle .pii lui a donné le jour. Canf. m, b.
ESPRIT SftINT . OUI ÊTES OiEU , AtEZ PITIÉ OE NOUS. 8