‹ Monuments anciens et modernes (volume 2)Chapitre 11 sur 97 · ENCEINTES. — CROMLECHS · texte numérisé non relu

ENCEINTES. — CROMLECHS

dans le pays sous le nom de Lac-derg. 11 faut bien se garder de confondre ces sanctuaires avec quelques enceintes fortifiées, également ouvrage des Gaulois, telles que la cité de Limes, près Dieppe, et peut-être l’enceinte de Gouriu, dans le Morbihan.

Quelquefois les enceintes sont tracées par des menhirs, ou pierres debout. M. de Fréminville décrit une de celles-ci, qu’il découvrit sur la pointe de Soch, sur les côtes du Finistère ; elle forme un parallélogramme rectangle encore tout entier, dont les grands côtés avaient 8 1 m,66 de longueur, et les petits 4 lm, 60. Cette enceinte présente une particularité sans exemple, c’est que les pierres qui la composent, au lieu d’être, comme à l’ordinaire, simplement plantées dans le sol, étaient fixées dans une espèce d’empierrement en maçonnerie sèche de 0ra,66 de largeur.

Un sanctuaire du même genre, mais de plus petite dimension, existe dans le même département, sur la rive gauche de la rivière de Laber, près de son embouchure et de l’île de Rozan. On en voit aussi dans le Morbihan, à Mendon, et aux environs de Quiberon.

C’est à une destination analogue queM. de Fréminville croit pouvoir rapporter un monument qui existe non loin de Kelivirit (Morbihan), près d’une métairie qui porte le nom de Kerhan ; c’est un cercle de 3ra,33 de diamètre, taillé en saillie sur le rocher, et contenant un second cercle concentrique du même genre, et au milieu une espèce de mamelon en saillie.

Les cromlechs, ou cercles druidiques, que quelques écrivains modernes ont décorés des noms fastueux de thèmes célestes ou cercles astronomiques , sans s’appuyer sur aucune preuve, sont formés de pierres droites implantées circulairement. Ces monuments sont bien moins nombreux en France que les dolmens et les menhirs ; nous pouvons cependant citer ceux de Roscoff et delà presque île de Kermorvan (Finistère), ceux de Locunolé, du Manéet de Kerven (Morbihan). Dans les Iles-Britanniques, au contraire, les cromlechs sont très-communs. C’est dans l’une des Orcades, celle de Stennis, que nous avons trouvé l’exemple que nous donnons ici (fig. 44 et 45), d’un cromlech simple, dont le diamètre n’est pas moindre de 100"’, et qui n’est pas moins remarquable par sa conservation presque complète que par sa position pittoresque.

Au centre des cromlechs, ainsi qu’on le voit à celui de Stennis, s’élevait souvent un menhir autour duquel les Celtes venaient accomplir les rites de leur religion, et qui portait le nom de la divinité dont elle était le symbole. Les poésies d’Ossian font souvent allusion à cette pierre qui dominait les enceintes sacrées ; c'est ainsi que nous lisons dans le troisième chaut de Fingal : « Snivan chantait près du cercle de Lodin. Au son de sa voix, la pierre sacrée du pouvoir était émue et la fortune des combats était changée. « Quelquefois aussi, les cercles druidiques sont accompagnés de dolmens, placés eu dehors de leur enceinte. M. de Fréminville pense, et sans doute avec toute raison, pouvoir en conclure que les druides ne voulaient pas que leurs sanctuaires fussent souillés par le sang des \ictimes sacrifiées sur ces autels.

Je ne ferai qu’indiquer en passant le cromlech de Stanton-Moor, dans le Derbyshire, appelé The nine ladies , les neuf femmes, du nombre de ses pierres ; celui de Biscawen, dans le comté de Cornouailles, composé de dixneuf pierres; celui qui se voit à peu de distance d’Oxford, près de la Tamise, et qu’on appelle Rolle-rich-stones; celui de Salked dans le Cumberland, près de Carlisle, formé de soixante-dix pierres, et je m’arrêterai un instant à celui de Fiddes-hill, situé sur une des montagnes des Highlands, et qui a été décrit par M. Anderson (*). Ce cromlech, ainsi qu’on peut le voir par le plan (fig. 4ü) , n’est pas complètement circulaire ; il présente au fond une très- large pierre, avec laquelle deux rangées, chacune de trois petites pierres, viennent former un angle obtus, et représentent ainsi une espèce de niche découverte; cette disposition est, je crois, sans exemple.

On connaît aussi quelques cromlechs en Allemagne; il en est un, entre autres, extrêmement curieux sur le sommet d’une montagne près de Helmstadt, dans le duché de Brunswick; il présente au milieu une pierre isolée, entre deux trilithes. Ce monument peut nous fournir deux arguments sérieux à l’appui des opinions que nous avons émises dans le cours de cette notice. Nous avons vu que les véritables dolmens n’étaient jamais admis dans l’intérieur des cromlechs, qui ne devaient point être souillés du sang des victimes immolées sur ces autels. Ici, au contraire, nous trouvons deux trilithes dans l’intérieur d’un cromlech ; donc, ainsi que nous l’avons supposé, les trilithes ne sont que des autels d’oblation et n’ont jamais servi à des sacrifices sanglants. En outre, la position de ces deux autels d’oblation aux côtés de la pierre centrale du cromlech, ne doit-elle pas faire penser que cette pierre était réellement considérée comme le symbole de la divinité à laquelle s’adressaient les offrandes ?

(*) Jrchæologia Britannica , tome V.

— MONUMENTS CELTIQUES

Dans la Suisse, où l’on rie connaît presque pas de monuments druidiques, M. Cambry dit cependant avoir vu un cromlech au milieu de l’un des sites les plus majestueux du Hasli.

L’Angleterre renferme deux monuments de premier ordre qui paraissent pouvoir être rangés dans la catégorie des cromlechs, quoiqu’ils soient bien plus compliqués, et l’un d’eux surtout, de bien plus grande dimension ; je veux parler du Stone-Henge et du sanctuaire d’Abury.

Le Stone-Henge, que quelques auteurs anciens appellent Chorea Gigantum, et Camden, insana subslruclio , et dont le nom moderne signifie pierre suspendue, est situé dans le comté de Wilts, à six milles au nord de Salisbury ; il est composé d’une double enceinte de pierres droites de 9m de haut sur environ 2m,30 de large, grossièrement façonnées en piliers et portant des pierres de même forme, taillées avec un peu plus de soin, posées en façon d’architraves, et fixées par des tenons réservés dans le sommet du pilier et s’emboîtant dans des mortaises (fig. 48 et 49). Le cercle extérieur a environ GO'11 de diamètre. Au centre de ces enceintes s’en trouvaient deux autres de forme elliptique, ouvertes d’un côté et renfermant un grand menhir isolé. Il est bien à regretter que ce monument si curieux soit aujourd’hui dans le plus triste état de dégradation.

Le Stone-Henge a été le sujet de plusieurs savants mémoires, dus à Iuigo Jones, au docteur Stukely, à sir Hyggins, etc.

C’est également dans le Wiltshire que se trouvent le grand cromlech d’Abury et ses vastes dépendances. Le centre du monument est dans une plaine ; mais comme les avenues et autres travaux qui s’y rattachent s’étendent à environ un mille de chaque côté, on a quelque peine à en saisir l’ensembie.

Le monument, ainsi qu’on peut le voir par le plan général restauré que nous empruntons à sir Hyggins (fig. 53), se divise en quatre parties, le grand cercle d’Abury, les deux avenues de Kennet et de Berkampton l et k, dont l’une se termine par le double cromlech d.

Legrand cercle, partie principale et centrale du monument, est formé par un rempart circulaire ayant un fossé à l’intérieur, ce qui est contraire à la disposition de tout ouvrage de défense, et prouve évidemment la destination religieuse de cet immense ensemble. L’aire comprise dans cette circonvallation a près de 500'“ de diamètre, et la circonférence du fossé est, suivant le célèbre antiquaire Loger Gale, de 1 200"1.

Sur le bord du fossé était une rangée de pierres brutes (Tig. 52), et dans l’intérieur, se trouvaient deux sanctuaires formés de deux doubles enceintes également circulaires. Le cercle extérieur de chacune de celles-ci consistait en trente pierres, et le cercle intérieur en douze. Les centres des deux sanctuaires étaient éloignés de 173m. La seule différence que le docteur Stukely, qui visita Abury en 1722, ait pu découvrir entre ces deux parties du monument, est que le sanctuaire du midi avait un obélisque central, tandis que le milieu de celui du nord était occupé par trois menhirs, dont l’un avait déjà été renversé en 1713.

On comptait encore au monument soixante-seize pierres debout en 1722 ; sur un plan dressé par ordre de sir Hyggins, en 1812, on trouve encore dix pierres debout et cinq renversées de la circonvallation extérieure ; du sanctuaire septentrional, il reste deux des pierres centrales, trois debout et une tombée du cercle extérieur, et une seule du cercle intérieur. Du cercle extérieur du sanctuaire méridional, deux pierres sont debout et trois renversées. Tel est le triste état de ce gigantesque monument, qui bientôt disparaîtra entièrement. Nous avons déjà dit, et nous devons rappeler ici, que dans le voisinage du vaste sanctuaire d’Abury, s’élève une foule de tumulus, partagés en trois groupes, f, i et kg, et que l’un de ces tumulus est celui de Silbury, dont nous avons donné le dessin (figure 26).

ALIGNEMENTS

De tous les monuments druidiques, les plus inexplicables, ceux dont il est le plus difficile, pour ne pas dire impossible, d’expliquer la destination, ce sont ceux qui se rencontrent fréquemment en Bretagne et qu’on désigne sous le nom d 'Alignements. Nous aurons occasion de revenir, en parlant du plus important de ces monuments, celui de Carnac, sur les diverses conjectures auxquelles ils ont donné lieu, et nous verrons si, dans l’état actuel de la science, il peut nous être permis d’en adopter une de préférence aux autres. Ces alignements sont ordinairement composés de pierres implantées dans le sol ; cependant ou en a trouvé en Angleterre quelques-uns, indiqués seulement par des fossés (*).

Les alignements forment le plus ordinairement des lignes droites, soit parallèles entre elles, soit se coupant à angle droit. Cette disposition n’est cependant pas générale, et souvent certains alignements présentent les

,*) IL Rooke, Archæolocjia Drit ., tome X.

— ALIGNEMENTS

formes les plus bizarres. Tel est celui que M. de Fréminville désigne sous le nom de sanctuaire de Landaoudec en Crozon, dans le département du Finistère. Ce grand monument, dont nous donnons le plan d’après le savant antiquaire breton (fig. 49), est situé dans une lande voisine d’un chemin conduisant de Lanveoch au manoir de Lescoat. Quelques gros blocs de pierre et trois menhirs dispersés autour du moulin d en annoncent l’approche. Deux rangs parallèles de pierres, les unes plantées, les autres posées simplement sur le sol, forment une espèce d’allée ou d’avenue longue de 154m, et qui conduit à l’angle oriental de la première enceinte. Cette enceinte, de figure triangulaire, est formée de même par des blocs de pierre posés ou plantés debout sur le sol. Deux des côtés du triangle sont droits ; le troisième est un segment de cercle : c’est celui du nord. Celui du sud a 1 28 m de longueur, et celui de l’ouest , qui forme avec lui un angle droit, en a 26. A cette enceinte triangulaire, est adjacente, du côté de l’occident, une seconde enceinte de figure carrée, ayant avec la première un côté commun. Ce rectangle a 68mde l’est à l’ouest, et 52m du nord au sud. De l’extrémité méridionale du côté qui lui est commun avec l’enceinte triangulaire, part une rangée de pierres formant le demi-cercle, et au bout de laquelle s’élève uu dolmen a, très-mutilé, dont la présence semble en effet venir à l’appui de la supposition qui fait, des pierres de Landaoudec, un monument religieux.

Non loin de là, à l’orient, on voit un autre alignement , composé de pierres peu élevées, et assez rapprochées les unes des autres; il se dirige d’abord en ligne droite du sud au nord ; mais il prend à son extrémité une légère courbure. Cet alignement semble avoir fait partie d’une enceinte particulière qui entourait un terrain tout couvert de grosses pierres posées sur le sol , et qui fut sans doute un carneillou ou cimetière.

Un autre sanctuaire du même genre existe également dans le Finistère, près du hameau de Kercolleoc’h. Le principal des alignements a 370 m d’étendue; il forme un angle obtus , et aboutit à une enceinte trapézoïde, accompagnée d’une avenue. A côté est une autre enceinte carrée formée d’un double rang de pierres plantées très-près les unes des autres, et assez élevées. Cette enceinte , la seule que nous connaissions à double rang porte dans le pays le nom vulgaire de Maison du curé.

Dans le même département, entre la pointe de Toulinguet et celle de Pen-hir, se trouve un monument extrêmement remarquable ; c’est un alignement de quarante et une pierres se dirigeant en ligne droite du nord au sud. Deux autres alignements parallèles entre eux viennent le rencontrer à angle droit vers le milieu. Près de ces alignements se trouvent un menhir isolé et un dolmen.

M. de Fréminville a remarqué que presque toujours ce menhir isolé se trouve dans le voisinage des sanctuaires druidiques ; il croit qu’il était destiné à prévenir de leur approche , et il l’appelle en conséquence la pierre d’avertissement.

C’est dans le Morbihan que se rencontrent les plus importants de tous les alignements druidiques , ceux d’Ardeven et de Carnac ; mais avant d'arriver à leur description, je dois dire quelques mots de ceux de Plouhinec, qui, quoique moins étendus, méritent cependant d’attirer un moment notre attention.

Les alignements de Plouhinec consistent en deux files parallèles de pierres brutes , dont les unes sont plantées debout , et les autres simplement posées sur la surface du sol. Ces deux files, très-bien alignées, sont séparées l’une de l’autre par un intervalle de 7 m, et se dirigent du nord au sud sur une longueur de 90 m envirou.

La plaine d’Ardeven est une lande inculte et couverte de bruyères, au milieu desquelles s’étendent d’immenses alignements disposés régulièrement sur neuf files parallèles se dirigeant du nord au sud, sur une longueur de près de 2 kil. Ces rangées de pierres présentent quelquefois des lacunes, parce que beaucoup ont été détruites ; quelquefois aussi elles se trouvent interrompues par une baie , un fossé ou un sentier, mais elles reparaissent toujours au delà, et se continuent ainsi jusqu’auprès du village de Kercouno. Il est à remarquer qu’en cet endroit, c’est-à-dire vers leur extrémité méridionale , les alignements dévient un peu de la ligne droite, et prennent une courbure sensible vers l’ouest.

Arrivons enfin au plus gigantesque , au plus prodigieux de tous les monuments érigés par nos ancêtres, aux alignements de Carnac.

Le bourg de Carnac , dont le nom dérive , selon toute apparence . du celtique carn , pierre , est situé dans le département du Morbihan , à 12 kil. environ de la petite ville d’Auray. C’est près de ce bourg , non loin de la mer, et dans la direction de l’ouest à l’est , que sont disposées les pierres dont le calcul le plus modéré porte encore le nombre à environ douze cents, quoiqu’une grande quantité de ces blocs ait été détruite, et que tous les jours, malgré les ordres les plus sévères, on porte encore atteinte à l'intégrité de ces enceintes monumentales. La majeure partie , ou , si l’on veut , les trois quarts environ des pierres de Carnac sont de

— MONUMENTS CELTIQUES

véritables menhirs , ou pierres plantées verticalement en terre , et dont les hauteurs varient autant que les formes. Les plus élevées ont 6 à 7m de haut, beaucoup ont 3 à 4m, quelques-unes seulement 1 ou 2m ; d’autres enfin sont de gros blocs simplement posés sur le sol, mais dont la masse est si énorme qu’on évalue le poids de quelques-unes à 40,000 kil.

Ces monuments, qui excitent toujours la curiosité sans pouvoir la satisfaire , ont donné lieu à une multitude de conjectures. Il était naturel que ce grand ouvrage, si grossier quant à l'exécution, mais si original et si imposant dans sa masse, occasionnât beaucoup de recherches, et fit naître des opinions très-diverses sur la fin qu’on s’était proposée.

La plus singulière de ces suppositions est sans doute celle de la Sauvagère (*} , qui pense y voir les traces d’un ancien camp qu'il attribue à César dans sa guerre contre les Vénètes. Les monuments d’Ardeven, selon cet antiquaire , eussent indiqué l’emplacement de la garde avancée. Quant à cette quantité de pierres plantées et posées debout, il suppose que les Romains n’ont eu d’autre objet en les élevant, que de mettre leurs tentes ou leurs baraques à l’abri des coups de vent.

CaylusQ*), qui cependant avait précédé la Sauvagère , est loin de partager ces idées de romanomanie ; il reconnaît dans la disposition constante de ces pierres l’œuvre d’un peuple, et le produit d’une superstition. Seulement il tente une explication qui n’est guère plus heureuse que celle de la Sauvagère. Selon lui , les côtes de la France, sur l’une et l’autre mer, offrent des quantités immenses de ces monuments de pierres brutes, et de là il conclut (quoiqu’il en existe un grand nombre dans l’intérieur des terres, et que lui-même en cite quelques-uns) qu’ils sont dus à un peuple étranger qui serait venu par mer s’établir dans nos contrées maritimes. Il est impossible de s’arrêter à cette supposition gratuite de je ne sais quel peuple inconnu dans l’histoire, qui serait venu, dans un but également inconnu, ériger sur notre sol des mouuments gigantesques qu’il aurait dû ensuite y abandonner.

D’autres auteurs ont pensé trouver à Carnac un champ funèbre , où des braves, des héros furent honorés; mais supposera-t-on que tant d’efforts aient été prodigués pour la sépulture de simples soldats , même après la bataille la plus mémorable? Cette conjecture pourrait, il est vrai, s’appuyer sur un passage d’Ossiau qui semble prouver que cette érection d’une immense quantité de pierres sépulcrales sur un champ de bataille n'est pas sans exemple : « Élève des tombeaux à tous ceux qui ont péri; si tous n’étaient pas comptés parmi les chefs, tous étaient également braves (***). » Si l’on admettait cette hypothèse, nous pourrions demander à ce sol funéraire les restes qui lui avaient été confiés ; mais les fouilles qui ont été faites à plusieurs époques, n’ont rien produit qui puisse fortifier cette opinion.

« Aucune inscription, dit M. Cambry, n’explique ce monument , aucune analogie ne porte à le connaître. Les hommes que vous appelez, le voyageur que vous interrogez , le regardent et tournent la tête , ou vous

racontent des folies . Un vieux matelot cependant me répondit deux choses assez frappantes: 1° Qu’une

de ces pierres couvre encore un immense trésor ; que pour le mieux cacher on a dressé des milliers de pierres, et qu’un calcul dont on ne trouverait la clef que dans la tour de Londres, pourrait seul indiquer la place du trésor ; 2° qu’au mois de juin , chaque année, les anciens ajoutaient une pierre aux pierres déjà dressées , et qu’on les illuminait à grands frais la nuit qui précédait cette cérémonie. »

La première de ces croyances, celle d’un trésor caché sous les pierres de Carnac, est malheureusement trèsrépandue ; elle a été cause de la destruction d une grande partie de ces monolithes, et plus d'un chercheur de trésor a payé de sa vie sa fatale tentative, et a été écrasé par la pierre qu’il déracinait.

Quelques observateurs ont cru voir dans les pierres de Carnac des colonnes d Hercule, un serpent, des emblèmes du culte du soleil , ou un zodiaque; selon d’autres, ce sont des thèmes célestes , ou même l’effet d’un bouleversement naturel arrivé sur cette côte. Croirait-on que celte dernière opinion si étrange , qui prouve aussi peu de connaissance de la cosmogonie que des antiquités, a été émise par M. Deslandes, commissaire de la marine, dans un recueil de physique?

Quant à nous, nous ne prétendons pas décider quelle a pu être positivement la destination des champs de Carnac ; nous nous attacherons à les faire connaitre par une description exacte, et mieux encore par des dessins fidèles. Réduits, comme nos prédécesseurs, à de simples conjectures, sur le motif qui fit ériger ces monn-

(*) Recueil d'antiquités dans les Gaules.

(**) Recueil d'antiquités égyptiennes , romaines et gauloises.

'***' Temora, chant III

— ALIGNEMENTS

ments , s’il était une idée qui nous semblât plus raisonnable , plus plausible , elle ne nous entraînerait pas jusqu’à affirmer ce qui ne peut l’être dans l’état actuel de nos connaissances. Nous regarderons donc ces pierres innombrables, ces parties d’un tout irrégulier, comme destinées à divers usages, en raison des grands espaces qui séparent chaque champ ; toute cette côte nous paraît une dépendance du sanctuaire druidique. Chaque enceinte pouvait avoir une destination différente ; elles peuvent avoir servi aux besoins du commerce, de la législation , de la justice, de la religion ; peut-être Carnac fut-il un champ de mai , une espèce de forum.

La première enceinte qu’on rencontre en soldant du bourg de Carnac est désignée sous le nom de lande du Menec (fig. 56) ; elle est voisine de plusieurs fermes. On y peut compter bien distinctement onze rangs de pierres dans la direction de l’ouest à l’est. Dans la partie occidentale , on remarque une portion d’un demicercle qui commandait l’enceinte; ce qui en reste offre encore un segment dont la corde aurait 54 m de longueur. La courbe est décrite par cinquante-quatre pierres hautes seulement d’environ lm 50. Les pierres les plus remarquables de cette enceinte sont celles qu’on a nommées le Vaisseau et le Mainguet. La première porte ce nom, parce qu'effectivement sa forme lui donne quelque ressemblance avec la proue d’un navire ; elle est renversée à terre ; on a tenté plusieurs fois de la briser, et même on voit auprès un éclat énorme qui en faisait partie. Dans ses plus grandes dimensions elle a 5m sur T'. Te Mainguet, pierre d’observation , n’a pas moins de 4m de haut sur lm 33 de large , et 2m 66 d’épaisseur. Le champ de la fontaine Verguselle se présente ensuite ; les pierres y sont bien alignées, mais généralement moins hautes que celles des autres enceintes.

La troisième enceinte est celle de Kervarieau (fig. 57) , à l’Est de laquelle on voit un dolmen fort en désordre, nommé le Roc. Enfin , en suivant la direction de l’est à l’ouest, on trouve près du moulin de Mainieau, un autre espace dont l’entrée semble avoir été formée par une suite de pierres très-rapprochées. On y compta encore treize rangées de pierres droites, dans la direction de l’est-nord-est et de l’ouest-sud-ouest.

Telle est encore aujourd’hui cette immense énigme de pierres qui semble avoir été tracée par quelque sphinx ennemi du repos des antiquaires. Plus tard , peut-être, quelques faits nouveaux viendront-ils nous en donner le mot, que pour le moment, nous sommes forcés d’en convenir, on doit regarder comme perdu.

Nous voici arrivés au terme de la tâche que nous nous étions imposée ; nous nous sommes efforcés de faire connaître, d’une manière aussi complète que possible, les diverses formes sous lesquelles se présentent ces monuments de nos ancêtres ; nous avons évité, autant qu’il a été en nous, les utopies dans lesquelles trop souvent les écarts de l’imagination ont entraîné les archéologues qui nous ont précédés, et nous avons préféré avouer notre ignorance , lorsque les faits ne nous ont pas paru assez établis pour asseoir un système positif ; nous avons adopté la classification qui nous a paru la plus simple, évitant ces distinctions subtiles, ces sousespèces que quelques auteurs ont déduites du plus ou moins grand nombre de pierres composant tel ou tel monument. Puissions-nous avoir réussi à éviter à nos lecteurs ce qu’ont d’aride les premiers pas dans l’étude de ces monuments grossiers, et pourtant si intéressants , lorsqu’on interroge les souvenirs qui s’y rattachent ! puissions-nous leur avoir inspiré le désir de les visiter à leur tour, et surtout d’user de toute leur influence pour conserver les derniers restes de la civilisation de nos pères !

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