ENCEINTES SACRÉES. — CROMLECHS
On sait que chez les Grecs c’était la coutume de consacrer aux dieux certaines portions de terre, et de les séparer des lieux profanes par quelques clôtures; de là venait le nom qu’on donnait à ces enceintes, celui de TÉfAevY], témène, nom que quelques antiquaires se sont efforcés d’introduire dans notre langue, et qui dérive du mot Téfxvw, pris dans le sens de séparer. Les poètes parlent souvent de ces enceintes sacrées, et quelquefois ils y placent des autels ; témoin ce passage d’Homère : « La riante Yénus prend le chemin de Cypre et se rend à Paphos où elle a un témène , et un autel sur lequel les parfums exhalent une fumée odorante (*). » Les Romains avaient aussi de ces enceintes sacrées qu’on appelait sacella. Nous lisons dans Festus : Sacella dicuntur loca diis sacrata sine lecto.
Nous retrouvons également cet usage chez les Celtes. Chez eux, ces enceintes sacrées étaient en telle vénération, que, suivant Tacite (**), « personne n’y entrait qu’il ne fût lié, pour rendre hommage, par cette attitude humiliante, à la majesté du dieu qui I habitait ; si l’on venait à tomber, il n’était pas permis de se relever, même sur les genoux ; il fallait sortir en se roulant. » Il y avait de ces sanctuaires qui jouissaient du droit d’asile.
Ces enceintes avaient les formes les plus variées ; nous allons nous occuper d’abord des plus irrégulières, réservant pour la fin de ce chapitre celles que leur forme circulaire a fait nommer cromlechs , pierres courbées, et qui sont au nombre des plus importants parmi les monuments druidiques.
Le plus ordinairement, les enceintes carrées, ovales, polygonales ou circulaires, sont formées par des levées de terre, souvent mêlée de cailloux, d’une hauteur et d’une étendue très- variables, et accompagnées de fossés; telles sont, dans le Morbihan, les deux enceintes qui se voient à Neuillac, celles de Sainte-Avée, du Petit-Conlo, et surtout celle de Kermurier, la plus vaste du département. Celle-ci a la forme d’un fer à cheval, dont la base est fermée par une ligne droite ; la plus grande hauteur de son parapet est d’environ 4m, et il est ceint d'une douve ou fossé; sa longueur est d’environ deux cent quarante pas, et sa largeur de cent quatre-vingts. Comme toutes les enceintes de ce genre, elle n’avait pas d’entrée ; mais aujourd’hui elle est coupée par des chemins modernes, et la culture a envahi une partie de sa surface et rasé un de ses flancs.
On voit une enceinte du même genre aux environs de Bégars, dans le département des Côtes-du-Nord ; elle consiste en une ellipse qui peut avoir 1000m de longueur du N. au S. A son extrémité nord, est une espèce d’esplanade demi- circulaire plus élevée que le reste de l’aire, et sur laquelle sont rangées en demi-cercle douze gros blocs de pierre simplement posés sur le sol; sept autres blocs semblables sont disposés en ligne droite sur le diamètre de ce demi-cercle. A l’autre extrémité de l’enceinte, s’élève un menhir de 8m de hauteur.
Les mêmes enceintes de terre se retrouvent dans les Iles-Britanniques; on en connaît, entre autres, plusieurs près de Donegall, en Irlande, dans le comté de Tyrconnel : elles sont voisines les unes des autres, et désignées
(*) Odyssée, 1. VIII, v. 302.
(**) De Moribus Germanorum , 39.