‹ Monuments anciens et modernes (volume 2)Chapitre 18 sur 97 · MONUMENTS PELAS GI QUE S · texte numérisé non relu

MONUMENTS PELAS GI QUE S

cette ressemblance, que ces deux monuments devaient être, ou ces chambres souterraines dans lesquelles Atrée et ses enfants cachaient, dit-on, leurs trésors, ou les tombeaux des compagnons qu’Agamemnon ramena, ou le tombeau d’Eurymédon, son écuyer, ou celui de Télédamus et de Pélops, enfants de Cassandre, ou enfin le tombeau d’Electre. 11 n’est, donc pas supposable que cette curieuse et simple construction ait été le tombeau du grand roi, ou même celui d’ Atrée , chef de sa race, puisque dans cette ruine rien n’indique la distinction de leur rang. «

Ce qui est certain , c’est que si on ne peut affirmer que ce monument soit le tombeau d’Agamemnon ou le Trésor d’Atrée plutôt qu’un de ceux dont les débris l’environnent, nous verrons par sa disposition qu’il est plus que probable que c'était un sépulcre en même temps qu’un Trésor. Un exemple nous autorise à le croire : Plutarque nous apprend que Pliilopœmen fut enterré dans le Trésor de Messène ; mais il ne donne aucun détail sur la forme de cet édifice. Toutes ces chambres souterraines de Grèce, de Sicile, de Sardaigne, étaient sans aucun doute les premiers sépulcres des grands personnages, dans les temps les plus reculés de l’antiquité; elles sont construites dans le même principe que les pyramides d’Égypte , avec lesquelles elles ont une grande affinité. Houël mentionne des constructions semblables près de Macara en Sicile, et il y en a plusieurs en Sardaigne, où elles sont connues sous le nom de Noragis. Ce nom était peut-être venu de Norax, fils de Mercure et d'Érytée , qui , à la tète d’une colonie ibérienne , vint fonder en Sardaigne la ville de Nora.

Arrivons maintenant à la description du monument qui nous occupe. A l’exception de sa façade, il est entièrement souterrain, et son aspect était celui d’un tumulus. Un corridor ou passage à ciel ouvert, de 6 mètres 25 centimètres de largeur et de 19 mètres 50 centimètres de longueur, formé par deux murailles de construction cyclopéenne, à assises régulières (Détails , fig. 1 et 2), conduit à la façade , qui est tournée vers l’Acropole, dont elle n’est éloignée que de quelques centaines de pas. Ce passage est maintenant entièrement encombré de terre et de débris, et il n’a été déblayé que devant la porte.

Celle-ci {voy. la vue ) est large de 3 mètres 17 centimètres à la base, et de 2 mètres 32 centimètres au sommet. Sa hauteur est de G mètres 30 centimètres; mais il faut remarquer que le sol étant exhaussé, la hauteur de la porte et sa largeur à la hase durent être plus considérables. La construction de cette façade est un appareil régulier et composé, comme tout le reste de l’édifice , de blocs parfaitement équarris d’une brèche très-belle, dont sont formés les rochers voisins. Cette brèche est la plus dure et la plus compacte de la Grèce, et elle ressemble à ce marbre noir appelé Breccia Tracagnina antica , que l’on trouve quelquefois dans les ruines de Rome. Les grains en sont gros, larges, et généralement anguleux; leur couleur la plus ordinaire est le noir; la matière qui les réunit, le pouding , présente différentes nuances de jaune.

La partie la plus remarquable de cette porte est le linteau qui la surmonte , et qui est formé de deux énormes pierres superposées. La plus grande forme pénétration dans la voûte; elle a 8 mètres 15 centimètres de longsur 6 mètres 50 centimètres de profondeur, compris l’équarrissage , et 1 mètre 22 centimètres d’épaisseur, ce qui donne un cube de 64 mètres 63 centimètres, dont on peut évaluer le poids à 168,684 kilogrammes 30 centièmes. Excepté en Égypte ou à Balbee, nulle part peut-être on ne trouve un bloc comparable cà cette masse gigantesque. Le second linteau est de la même hauteur et probablement de la même largeur que l’autre, mais ses extrémités sont cachées par la terre qui recouvre tout l’édifice. La face du linteau est ornée de deux moulures parallèles, qui se continuent sur les jambages de la porte. Notre planche de détails ( fig . 6 et 7) en donne le plan , le profil et l’élévation. Certaines traces de trous qui se retrouvent dans les pierres qui composent la façade, ont fait supposer à quelques antiquaires qu’elle dut être décorée d’ornements maintenus par des crampons; rien ne nous parait moins certain que cette conjecture, et surtout que la restauration tout à fait hypothétique qu’a cru pouvoir proposer M. Donadson, dans son supplément aux Antiquités d’Athènes de Stuart.

Il est difficile de savoir comment était fermée cette entrée, car on n’y trouve aucune trace de gonds; c’est ce qui a fait supposer à Dodwell que la principale salle peut avoir été toujours ouverte , et n’avoir été défendue que par le respect religieux. A l’appui de cette supposition, il cite ce que dit Pausanias du vieux temple de Mantinée , qui fut construit par Trophonius et Agamède, et qui n’était fermé que par une simple corde tendue en travers, Æpytus , fils d Hippothoüs , ayant osé la franchir, fut frappé de cécité. , et bientôt mourut misérablement.

Au-dessus du linteau de la porte est une niche ou ouverture triangulaire, que l’on peut supposer avoir contenu dans l’origine quelque bas-relief dans le genre de celui de la Porte des Lions, et appropriée à la destination de l’édifice ; mais il est plus probable encore que ce ne fut qu’une sorte de soupirail destiné à donner de l’air et à servir en même temps de décharge aux pierres qui forment les linteaux ; sa hauteur est de 4 mètres,

— TRÉSORS OU TRÉSORERIES. —

et sa largeur de 2 mètres 70 centimètres. Le sommet de cette ouverture est beaucoup plus élevé à l’extérieur qu a la surface intérieure du monument. L’entrée des pyramides d’Égypte offre la même disposition.

Lorsqu’on a franchi la porte , on est étonné de l’énorme épaisseur des murailles , qui ont près de G mètres, et qui forment un corridor par lequel on pénètre dans l intérieur de l’édifice. On se trouve dans une grande salle circulaire, surmontée d’une voûte de forme parabolique ( [voy . la vue intérieure et la planche de détails, fig. 2 et 3), dont la construction dénote la haute antiquité. Les voussoirs qui la composent , ainsi qu’on peut le voir sur nos deux coupes ( Dèt . , fig. 2 et 3), sont simplement des assises taillées circulairement à l intérieur et posées en encorbellement l’une sur l’autre, de manière à observer la coupe qu’on a voulu obtenir; après quoi les arêtes inférieures de chaque assise ont été abattues pour les affleurer aux arêtes supérieures des assises qui se trouvent au-dessous. Les lits de ces assises sont horizontaux, et les joints latéraux n’étant concentriques que dans une très-courte longueur, les intervalles qui séparent chaque voussoir ont été remplis par de petites pierres. ( Détails , fig. 4.) Les blocs sont tous de forme parrallélogrammatique. Leur largeur n’est pas constamment la même; mais la hauteur des assises, dont trente-six sont visibles aujourd’hui, est partout d’environ 66 centimètres, quoiqu’elles paraissent diminuer vers le haut, ce qui doit être l’effet de la perspective. Ces assises sont unies sans ciment et avec la plus grande précision.

La découverte de ce monument, si intéressant sous le rapport de l’histoire et de l’art de bâtir, a jeté d’abord bien de l’indécision dans l’opinion qu’on s’était formée sur l’époque où la voûte a été introduite en Grèce ; mais l’examen qu’une fouille, opérée sur la partie extérieure, a permis de faire de la construction, ayant démontré que, malgré sa forme apparente, la Trésorerie d’Atrée n’a point une voûte composée de claveaux rayonnant vers un centre commun , mais bien d’assises horizontales placées en encorbellement , on a pu en revenir à l’ancienne conviction , que la véritable voûte était inconnue en Grèce dans ces temps reculés. Dans les plus anciens monuments de l’Italie, on retrouve cette même disposition par assises horizontales; il me suffira de citer le cachot inférieur de la prison Mamertine cà Rome, et les deux salles hémisphériques du fameux tombeau étrusque découvert en 1836 à Cere.

Ce mode de construction a deux graves inconvénients : le premier, de rendre trop aiguë , et par conséquent facile à éclater, l’arête supérieure des assises; le second , de présenter peu de solidité, en permettant à ces assises de glisser l’une sur l’autre, ainsi que cela est arrivé dans la partie de la Trésorerie d’Atrée qui fait face à la porte.

Le sol actuel étant à environ 1 mètre 50 centimètres au-dessus du sol antique, la hauteur comme le diamètre de la salle s’est trouvée diminuée. Aujourd’hui, le diamètre, pris à la hauteur des lits des troisième et quatrième assises ( vog . le plan et les coupes ), est de 14 mètres. En enlevant une des pierres de l’espèce d’anneau qui forme l’assise supérieure de la voûte (Dét. , fig. 3 et 5), on a pu passer un fil à plomb et s’assurer de la hauteur de la chambre, qui est aujourd’hui de 12 mètres 50 centimètres.

il paraîtrait que cette chambre dût être ornée de quelques décorations intérieures; car un grand nombre de clous de bronze sont encore fixés dans les joints des pierres même aux assises les plus élevées. Ils sont enfoncés d’environ un tiers de leur longueur; leurs tètes sont larges (voy. pl. de Détails , fig. 8), et sans doute ils durent soutenir des lames de marbre , ou plutôt de bronze. C’est ce que nous sommes autorisés à conjecturer, d’après ce que nous savons sur le monument souterrain garni de bronze que l’histoire place à Argos, et dans lequel on rapporte que la fille d’Acrisius fut renfermée.

A droite, dans la grande chambre circulaire , est une seconde salle plus petite, qui sans doute fut spécialement destinée à servir de sépulture. (Voy. le plan.) La hauteur de la porte, sous laquelle aujourd’hui on passe difficilement (voy. coupe 2), était de 2 mètres 90 centimètres, et sa largeur, à la base, de l mètre 50 centimètres, au sommet de 1 mètre 30 centimètres. Au-dessus du linteau est une cavité triangulaire semblable à celle qui surmonte l’entrée de la grande porte.

L’arrière-salle est de forme rectangulaire; sa longueur est de 8 mètres 60 centimètres, sa largeur de 6 mètres 25 centimètres , et sa hauteur actuelle de 4 mètres 50 centimètres : avant l’exhaussement du sol, elle dut être de 6 mètres.

Cette chambre ayant été entièrement taillée dans le roc , ses parois n’ont pas été recouvertes de maçonnerie. On ne remarque aucun reste du monument funéraire qui sans doute dut s’y trouver. Peut-être qu'un jour le déblayement de ce caveau nous apprendra qu’en cet endroit , connue dans presque tous les tombeaux souterrains , il existe un sarcophage taillé dans la masse.

Divers fragments ont été trouvés dans les ruines qui encombrent le passage qui conduit à l’entrée du mo-

— MONUMENTS PÉLASGXQUES. —

miment. C’est à tort, je crois, qu’on a cru pouvoir les y rattacher. La richesse et le style des ornements qui les couvrent nous paraissent étrangers à l’austère simplicité d’un monument contemporain de la guerre de Troie. Quoi qu’il en soit, nous donnons ici le dessin de quelques-uns de ces fragments, qui ont été employés par Donaldson , dans son essai de restauration.

Les fig. 4, 5, 6 et 7 ( Vue extérieure) sont des fragments de rouge antique qui ont été transportés à Londres.

La fig. 3 est un fragment de marbre, provenant également des ruines de Mycènes. La fig. 2 est la base d’un pilier qui existait encore en 1829 à l’extrémité du passage, et duquel W. Gell a essayé une restauration que nous reproduisons ici, fig. 1.

Avant de terminer cette notice , nous devons dire quelques mots d’un autre édifice du même genre , que j’ai déjà mentionné en passant, et qui dut être plus important encore que celui de Mycènes, et par sa grandeur, et par la richesse de la matière : il s’agit du Trésor de Mynias , à Orchomène. Pausanias (*) nous apprend que ce Trésor était de forme circulaire , et que sa voûte se terminait en pointe; il le désigne comme une des merveilles de la Grèce. Sa forme était évidemment la même que celle du Trésor d’Atrée à Mycènes, que Pausanias ne fait que citer; mais il parait qu’il avait des dimensions plus grandes que ce dernier. La voûte du Trésor de Mynias est aujourd’hui entièrement écroulée , mais la porte reste encore entière. Elle est encombrée, dans la plus grande partie de sa hauteur, par l’élévation successive du terrain, de manière qu’on ne découvre plus audessus du sol que six assises d’une construction régulière. Cette porte, dans sa partie encore visible, a 2 mètres 33 centimètres de hauteur, et 2 mètres 50 centimètres de largeur au sommet; elle va en s’élargissant vers sa base. On peut croire que sa hauteur totale était au moins de G mètres. Le linteau est d’un seul bloc, qui a près de 5 mètres de longueur, et 1 mètre d’épaisseur, ce qui représente un poids d'au moins 24,000 kilogr. Ce linteau , formant à l’intérieur un segment de cercle , a fourni le moyen de déterminer approximativement le diamètre de l’éditice, qui, à cette hauteur, dut être d’environ 20 mètres 30 centimètres, dimension bien supérieure à celle du Trésor d’Atrée. Le Trésor d’Orchomène est tout entier construit en marbre blanc, qui doit avoir été apporté d'assez loin , car il ne s’en trouve pas dans le voisinage.

(*) Liv. IX , ch. 38.

1° Quatremère deQuincy, Dictionnaire d’Architecture, article : Trésor ; Paris, 1832, 2 vol. in-4°.

2° Poucqueville, Voyage en Morée, à Constantinople, en Albanie et dans plusieurs autres parties de l’empire ottoman, de 1798 à 1801 ; Paris, 1805, 6 vol. in-8°, pl.

3° Gell( W.) , Argolis. — The itinerary of Greec'e with a commentary on Pausanias and Strabo, and an account ofthe monuments of antiquily at présent existing in tliat counlry compiled in tlie years 1801, 02, 05 an 00; London, 1810, in-4u, pl.

4° Stobhouse , A Journey in Greece; London, 1813, in-4°.

5° Clarke ( Edw . Dan.), Travels in various countries of Europa, Asia and Africa ; Cambridge, 1810-1819 , 5 vol. in-4°, pl.

G° Dodwell ( Edw .), a Classical and topographical tour through Greece , during the years 1801, 1805 and 1806; London , 1819 , 2 vol. in-4°, pl.

7° Dodwell ( Edw.) , Views in Greece , a sériés o/G9 engravings , published to ïllustrate lus travels in Greece ; London , 1819 , in-f°, pl. coloriées

8° Stackelberg (baron O. M. D.) , La Grèce; Vues pittoresques et topographiques; Paris, 1830-34, in-f°, pl.

9° Leake (Col.), Travels in the Morea; London, 1830, 3 vol. in-8° avec 30 plans, cartes et inscriptions.

10° Gell ( W.) , Probeslucke von Stadte Mauern des allen Griechenlands; Munich , 1831, in-4°, pl.

11° Blouet, Ravoisier, etc., Expédition scientifique de Morée -, Architecture et Sculpture ; Paris, 1831, 3 vol. in-f°, pl.

12° Dodwell (Edw.) , Views and descriptions of Cyclopian, or Pelasgic Remains in Greece and Italy, with constructions of a later period; London, 1834, in-f°, litliog.

Vues et descriptions de constructions cyclopéennes ou pélasgiques trouvées en Grèce et en Italie , et de constructions antiques d’une époque moins reculée, d’après les dessins de feu M. Éd. Dodwell; ouvrage destiné à servir de supplément à son voyage classique et topographique en Grèce, pendant les années 1801, 1805 et 1806 ; Paris, 1834 , in-f°, litliog.

13" Pouqueville, La Grèce, publiée dans VUniv. pïitor.; Paris, 1835,in-8°.

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