‹ Monuments anciens et modernes (volume 2)Chapitre 20 sur 97 · MURS ET ACROPOLES · texte numérisé non relu

MURS ET ACROPOLES

« Les traditions les plus anciennes, dit M. Petit-Radel, et, à leur défaut , la raison seule , disent que les peuples dispersés sur la terre ont d’abord mené la vie nomade jusqu’aux temps plus ou moins reculés où , se multipliant et se rapprochant , ils furent forcés de s’entourer de clôtures murées et fortifiées , pour se mettre à l’abri des autres peuplades qui ne vivaient que de rapines. Telle est l’origine des premières sociétés, et celle des mots nôAt; et civitas (réunion de citoyens , cité , ville). La fondation des premières villes marque donc le passage de la vie nomade à la vie civile et politique. »

On éleva des remparts pour protéger les villes , et dès lors de simples murs , qui ailleurs n’étaient que de la bâtisse , devinrent une œuvre d’art , et comme tels, dignes de notre intérêt et de notre examen.

Les grands États , ainsi que le remarque avec raison M. Quatremère de Quincy , soumis à la domination d’un seul, défendus par un peuple nombreux, éprouvèrent bien moins le besoin de garantir leurs villes d’agressions fréquentes et subites. C’est ainsi qu’en Égypte les quelques restes de murailles en briques crues qu’on pourrait croire avoir fait partie de fortifications , n’ont jamais appartenu qu’à des enceintes de temples ou de palais. La Grèce, au contraire, partagée en une foule de petits États indépendants et presque toujours rivaux , dut penser dès les premiers temps à la sûreté de ses villes. La plupart même furent d’abord fondées sur les éminences , plus favorables à la défense. Difficilement accessibles par leur position , entourés d’épaisses murailles, ces lieux forts étaient la meilleure sauvegarde contre les invasions. Quand , plus tard , la population augmentant , se trouva à la gêne sur ces étroits plateaux , elle descendit dans la plaine , et s’étendit autour de l’éminence qui, devenue citadelle, continua de la protéger, et retint de sa destination première le nom d”AxpoTïoXiç , Acropole , ville haute. Dans l’acropole on continua à renfermer tout ce que la ville avait de plus précieux , le trésor public , les archives , le temple de la divinité protectrice , etc. Enceinte sacrée et forteresse tout à la fois , l’acropole était pour les Grecs ce que depuis le Capitole fut pour les Romains.

Presque toutes les villes de la Grèce eurent donc une acropole , et aujourd’hui encore cette contrée nous offre sur sa surface un grand nombre de ruines de constructions de ce genre , dont les plus anciennes sont les murailles cyclopéennes ou pélasgiques. « L’histoire de l’antiquité grecque ou latine , selon le savant auteur de la Théorie pélasgique , nous montre jusqu’à présent quatre cents villes environ qui sont reconnues comme ayant été murées en blocs de pierre de construction dite cyclopéenne, et qui indiquent les chefs-lieux d’autant de colonies pélasgiques. Chacune de ces colonies , partie successivement sous les auspices des oracles , allait chercher au loin des terres à cultiver et des lieux propres à recevoir des villes , emportant avec elle le feu sacré qu’elle devait entretenir , et qui ne pouvait être rallumé qu’au foyer métropolitain , à l’Tspov (hiéron lieu sacré, temple) de la colonie même où il avait été pris. »

Parmi les ouvrages gigantesques de ces peuples qui se voient sur le sol de la Grèce , les ruines des remparts de l’acropole de Tirynthe paraissent tenir le premier rang , et par leur importance et par leur antiquité ; c’est donc par elles que nous commencerons notre examen.

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