‹ Monuments anciens et modernes (volume 2)Chapitre 21 sur 97 · RUINES DE L’ACROPOLE DE TIRYNTHE · texte numérisé non relu

RUINES DE L’ACROPOLE DE TIRYNTHE

Tiryns ou Tirynthe , maintenant Palæo-Anapli , ville de l’Argolide , à peu de distance de Nauplie , aujourd hui Napoli , en Morée , était située dans une plaine , autour de l’éminence qui portait son acropole , appelée,

— MONUMENTS PELAS GIQUES. —

selon Strabon , Lijcimna. En vain de nos jours chercherait-on d’autres vestiges de cette antique cité, dont les fortes murailles sont vantées par Homère (*) et par Hésiode (**).

« La forteresse de Tirynthe , dit M. Petit-Radel , est un des monuments les plus remarquables de l’antiquité ; on y a trouvé des constructions moins irrégulières les unes que les autres ; ce sont évidemment des ouvrages de divers règnes. J’attribue à Prætus la plus régulière ; et je considère les autres comme devant dater de la fondation de la ville par Tiryns , fils d’ Argus. »

Suivant Pausanias , et dans le langage des anciennes traditions , une ville avait toujours été primitivement fondée par le héros le plus anciennement nommé dans l’histoire de la ville ; mais comme Apollodore , Pausanias et Strabon ont dit que Tirynthe fut l’ouvrage des Cyclopes amenés de Lycie par Prætus , on a droit d’exiger qu’il soit prouvé que Tirynthe existait avant le règne de Prætus. Or, Pausanias lui-même en fournit la preuve.

« Les anciennes traditions, dit-il, portaient que Pirasus avait consacré à Tirynthe une statue de poirier , existant encore de son temps ; elle était considérée connue la plus ancienne de toutes celles conservées dans ÏHœreum d’Argos ; elle représentait J unon. « k

La ville existait donc dès lors , et ce fait s’explique par sa fondation par Tiryns , fils d’Argus. Si , au contraire, Prætus en avait été le premier fondateur, Tirynthe daterait seulement de l’an 1379 environ (***) avant J. C. ; mais tout concourt à nous prouver que c’est à l’époque de Pirasus, roi d’Argos, c’est-à-dire, vers l’an 1710 avant J. C. , qu’il faut placer la fondation de Tirynthe.

Pausanias nous apprend encore que cette ville fut détruite par les Argiens , qui en transportèrent les habitants à Argos, qui avait besoin d’être repeuplée. Suivant les traditions mythologiques, Hercule passa son enfance à Tirynthe , et y fit dans la suite un assez long séjour. C’est aussi là qu’il amena d'Espagne les troupeaux enlevés à Géryon.

La description que Pausanias nous donne des murs de Tirynthe représente exactement le style le plus ancien des constructions cyclopéennes. « Ces murs , selon cet auteur, sont construits en pierres brutes , toutes d’une telle dimension que deux bœufs attelés au joug n’ébranleraient pas même la plus petite. Les interstices sont remplis par de plus petites pierres qui servent de liaison aux grosses. »

La masse imposante et la solidité remarquable de ces constructions ont conduit Pausanias à les comparer avec d’autres monuments fameux aux mêmes titres : « Des écrivains célèbres, dit-il, se sont attachés à décrire avec la plus grande exactitude les pyramides de Memphis, et ils n’ont pas daigné faire la moindre mention du trésor de Minyas et des murs de Tirynthe. »

Tels Pausanias les vit au second siècle de notre ère , tels ces murs se présentent encore aujourd’hui à nos regards étonnés ; car il ne paraît pas que la ville ait été rebâtie ou repeuplée après sa destruction par les Argiens , environ 4G8 ans avant J. C. On ne peut douter que les ruines actuelles n’appartiennent à la citadelle existant du temps d’Homère , et que les murailles ne soient celles qui firent donner par le poète à la ville le nom de TîpuvQa Tei/ioWav. Quelque longue que soit une pareille durée , elle ne présente rien d’incroyable , lorsqu’on considère les masses gigantesques dont ces murs sont composés , et la force invincible de résistance qu’ils opposaient aux causes ordinaires de destruction.

L’acropole de Tirynthe est construite sur un rocher oblong qui , dans sa plus grande hauteur , ne s’élève pas à 10 mètres au-dessus de la plaine , et qui , dans plusieurs endroits , se confond presque avec elle ; sa direction est du nord au sud. Au nord , elle fait face à Nauplie ; au sud , à Mycènes. Les murs de l’acropole renferment une superficie d’environ GO mètres de longueur sur 18 mètres de largeur ; ils sont construits en ligne droite , et, par conséquent , ne suivent pas les sinuosités du rocher. « Une forteresse si petite, dit Dodwell , peut nous paraître indigne du héros de Tirynthe ; mais , malgré le peu d’étendue de terrain qu’elle occupe , son mur d’enceinte nous offre des dimensions que, sans exagération , on peut nommer herculéennes. Il a, en général, G mètres d’épaisseur, et, dans quelques endroits, 7 mètres 70 centimètres. Sa hauteur actuelle, dans les endroits où il est le mieux conservé , est de 1 3 mètres. »

(*) Iliade , chant n, v. 559.

(**) Scutum Herculis, v. 81.

(***) M. Petit-Radel fixe cette première date à l’an 1450 avant l’ère chrétienne.

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