TEMPLE DE KHONS, A THÈSES
ont observée dans tous leurs édifices (*). Quoique les décombres qui obstruent ce portique alourdissent les colonnes et tour ôtent toute leur élégance, la vue perspective que nous donnons de cet area présente un caractère imposant, dont l’austérité est augmentée par l’exhaussement du sol et le ton sombre de la pierre. Les colonnes ont été élevées à la hâte avec de vieux matériaux qu’on s’est dispensé de façonner de nouveau, afin de s’épargner une dépense inutile de temps et de peine; on s’est contenté de les plâtrer d’un enduit, pour cacher les nombreuses imperfections de l’appareil. Toute cette partie de l’édifice a été construite avec peu de soin, comme si Amoûn-sé-Péhor, ce prêtre-roi dont on voit partout les légendes , eût été pressé de faire quelque chose qui témoignât de sa domination.
Au fond de ce premier portique, une large porte en laisse voir un second encore plus encombré et orné de huit colonnes sculptées sous Rhamsès VIII. Plus élevées que les autres, les quatre qui forment l’avenue médiane portent des chapiteaux formés de campanes écrasées et très-saillantes sur le fût. Les quatre autres colonnes, plus petites que celles du premier portique, mais semblables du reste, portent une architrave ornée d’une corniche qui supporte des claires-voies en pierre, par où jadis l’air et la lumière pénétraient dans ce sombre pronaos, dont les traves de pierre sont maintenant à demi renversées et laissent de toutes parts arriver le jour. La grande porte du fond, qui portait sur sa corniche un globe de métal doré, à en juger par les trous de crampons, fut réparée par Ptolémée Évergète II et Cléopâtre, qui, sur le bas-relief de la soffite, marchent tous deux à la suite d’une longue série de dieux et de déesses adorant le disque et le croissant, symboles du dieu Khons, auquel ce temple était principalement consacré. Ce Ptolémée restaura aussi la porte qui, derrière le sanctuaire, conduisait à une petite salle ornée de quatre colonnes, et qui, depuis l’expédition française, s’est affaissée sous le poids des énormes traves qu’elle portait. On lit encore sur les parties visibles des murs le cartouche de Rhamsès IV et ceux de César-Auguste, qui y fit quelques légères réparations. Dans le mur du fond de cette salle s’ouvraient trois portes qui conduisaient chacune à une petite pièce maintenant à demi comblée. Celle de droite paraît être dédiée à Ammon , celle de gauche à Mauth, et celle du milieu à Khons, leur fils et la divinité principale du temple. Le mur qui sépare cette salle de la circonvallation du sanctuaire recèle un conduit ménagé dans l’épaisseur du mur; c’est le plus ancien que j’aie remarqué, et rien ne peut laisser croire qu’il date de Ptolémée Évergète II, qui fit réparer la porte voisine. Serait-ce que déjà, sous Rhamsès-Meïamoûn, le culte avait besoin d’impostures ? Si je n’ai rien dit du sanctuaire, c’est qu’il n’eu reste que les arases des murs et les fragments d’un piédestal de granit, où l’on posait sans doute la Bari (**) contenant l’image sacrée de Khons, qui, cachée à tous les regards par de longues tentures, ne sortait de ce sanctum sanctorum qu’au jour des grandes solennités religieuses. Ce sanctuaire était isolé au milieu de cette longue salle qui suit le naos , dont les autres portes communiquaient à de petites chambres qui entouraient la circonvallation du sanctuaire et à un escalier qui montait sur la terrasse.
Comme tous les monuments égyptiens , le temple de Khons était colorié ; mais les couleurs , si éclatantes encore dans quelques édifices de Thèbes, n’ont laissé , dans celui qui nous occupe, que de faibles traces ; le
(*) ^es colonnes de ce portique, comme toutes les colonnes égyptiennes, se composent de quatre parties : le dé, le chapiteau, le fut et la base.
Le dé ou abaque est toujours carré et de la largeur même de l’architrave qu’il supporte. Ce dé est d’un excellent effet : il dégage le chapiteau, et 1 empêche de paraître écrasé par l’architbave, qui offre toujours sans cela une apparence de pesanteur.
Le chapiteau, qui affecte différentes formes, joint toujours à la pureté des contours une richesse d’un choix d’ornements remarquables. Les architectes égyptiens prirent le lotus, le papyrus et le dattier pour modèles de la forme et des ornements de leurs colonnes. A 1 époque pharaonique, le bouton ou le calice de la fleur de lotus, placé au-dessus du faisceau de sa tige, était la forme généralement adoptée pour les colonnes. A l’époque ptolémaïque et romaine, le palmier avec sa campane naturelle, formée de feuilles et de fruits, la campane ornée de joncs, de pampres de vigne ou de volutes, de caulicoles et de gouttes, furent les chapiteaux les plus en vogue.
Le fut des colonnes diminue tantôt de la base au chapiteau d’une manière uniforme; tantôt il est renflé, et la partie inférieure est un peu rentrée comme la tige de lotus qui a servi de modèle. Les architectes ont encore imité la manière de croître de cette plante, en ornant cette partie du fut de plusieurs chevrons qui s’appliquent les uns sur les autres, et représentent les écailles ou feuilles avortées qui garnissent à leurs insertions radicales les tiges de lotus et de papyrus. — Les colonnes sont toujours sculptées en relief dans le creux, de façon à leur conserver toute la pureté de leur forme, ce qui n’arriverait pas si la sculpture était en bas-relief ordinaire.
La base est toujours cylindrique et généralement plans parallèles.
(**) Barii espèce d’arche ou de barque sacrée ornée d une déesse. Cette arche affectait différentes formes
un peu courbée, comme si elle était coupée dans une sphère par deux
de têtes symboliques et d’un petit édicule renfermant l’image d’un dieu ou suivant la divinité à laquelle elle était consacrée.
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peu qui en reste suffit pour juger de la richesse, de l’effet suave et harmonieux que la peinture ajoute à l’architecture sans lui ôter l’ensemble et l’unité qui en forme le caractère.
A en juger par les nombreuses inscriptions, les unes hiéroglyphiques, les autres hiératiques ou démotiques, qui couvrent la terrasse, et au dessous desquelles les pèlerins et les voyageurs ont gravé l’empreinte de leurs pieds ou de leurs sandales, ce temple était jadis en grande vénération. Il était consacré à Khons, le fils de la triade thébaine, qui est souvent représenté tenant les attributs des trois pouvoirs, incitateur, modérateur et stabiliteur. Il fut fondé par Rhamsès III ou Méiamoûn, dont on lit les cartouches dans quelques petites salles du fond et du côté droit de l’enceinte du sanctuaire, puis continué par son fils Rhamsès IV, qui compléta le sanctuaire, l’enceinte qui l’isole et la salle écroulée ; Rhamsès VIII décora les murs et les colonnes du pronaos ou deuxième portique; enfin, un autre pharaon, Amoûn-sé-Péhor (*), y ajouta le portique et les pylônes. Ces derniers sont couverts de sculptures exécutées par ordre d’un autre grand prêtre d’Ammon, Pischam ouPihmé (**). Diverses réparations ont été faites à cet édifice ; les plus anciennes datent d’Aomahorte ( Amyrtœus ), qui répara la porte de communication avec l’aréa ou pronaos; les plus récentes sont de Nectanèbe, de Ptolémée et de César- Auguste ; la décoration extérieure ne fut jamais terminée. Tous les murs extérieurs sont couverts de basreliefs précieux pour l’intelligence du mythe. Malheureusement, les plus intéressants sont tellement effacés et fuligineux qu’il serait impossible d’en obtenir une copie exacte, sans être aidé de la connaissance du langage et du génie intuitif d’un Cbampollion.
(*) A en juger par son prénom, sa tête rase et les insignes de prêtre qui le distinguent dans les bas-reliefs et les inscriptions de ce péristyle, ce personnage, que Wilkinson croit être Bakhor, le Bocchoris des Grecs, paraît avoir d’abord rempli les premières fonctions sacerdotales de l’État , puis , à défaut d’béritier de Rhamsès VIII , il lui succéda sur le trône.
(**) Cet autre prêtre d’Ammon, qui paraît avoir succédé à Amoûn-sé-Péhor et avoir occupé le trône à l’époque où l’extinction de la dynastie thébaine laissa tomber le pouvoir royal dans les mains des prêtres, n’osa pas prendre dès le commencement de son règne le cartouche et les insignes des pharaons. Sa légende, qui se traduit : « Le grand prêtre d' Ammon-ra , roi\des dieux , Pischam ou Pihmé ,fds de Pionkh , » est écrite comme les noms des simples particuliers, excepté dans les parties les plus élevées où il entoure sa légende du globe et de deux uræus coiffés des symboles de la haute et de la basse Égypte; enfin sur la partie occidentale du temple qu'il avait commencé à décorer d’une large frise ou bandeau, il prit les insignes royaux complets, et renferma dans le premier cartouche un prénom très-significatif — Soleil dominateur du monde , approuvé d'Ammon.
— BIBLIOGRAPHIE
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8" Prisse d’Avennes. Monuments égyptiens, bas-reliefs, peintures, inscriptions, etc., d’après les dessins exécutés sur les lieux. Paris, Didot, 1847. 1 vol. grand in-fol.
TEMPLE D’AROERIS A EDFOU
Sur la rive gauche du Nil , à un quart d’heure des eaux basses de ce fleuve , qui parait avoir rejeté son lit loin du monument vers la chaîne arabique , se trouve le temple d’Edfou ; il est situé dans la haute Égypte , à vingt lieues environ au-dessus de Thèbes , vers le 25° latitude nord.
Ce temple, qui s’appelait temple d’Hatfouli au temps des Égyptiens, puis temple d 'Apollinopolis Magna (?) au temps des Grecs , était principalement dédié à Aroëris , l’Apollon des mythologies grecque et romaine ; cet Aroëris était fds et faisait partie de la triade du temple ((*) **) , complétée par le dieu Har-Hot , science et lumière célestes personnifiées, et dont le soleil est l’image dans le monde matériel , et par la déesse Atlior , la Ténus égyptienne.
Ce grand et magnifique temple est un des plus intéressants et des plus complets de toute la vallée du Nil ; il est malheureusement enterré par des cahutes de fellahs qui ont été successivement groupées et superposées à l’intérieur, autour et sur la terrasse de ce monument. Si ce temple et le mammisi qui le précède étaient dégagés de la terre dans laquelle ils sont à moitié ensevelis , on pourrait compléter la description forcément tronquée que j’essaye d’en donner.
En commençant l’examen par le grand temple (V oir la planche de Détails , fîg. 1 ) , qui n’a pas moins de 138 mètres de longueur sur 65 environ de largeur, on voit deux colossaux pylônes AA, tournés vers le Sud, qui, de loin, annoncent majestueusement l’entrée du temple. De gigantesques sculptures (Voyez V élévation géométrale des pylônes ), évidées dans la masse, ornent ces pylônes; au sommet, sur la grande face extérieure et sur un double rang, on voit les divinités du temple et celles des temples du nome ou province, assises sur leurs trônes , recevant les offrandes des Ptolémées Soter II et de son frère Alexandre , qui se firent représenter dans ces sculptures, et qui firent graver leurs noms et prénoms (***). A la partie inférieure du pylône, côté Ouest , on voit , à moitié enseveli dans les décombres , un Ptolémée représenté d’une manière colossale, qui, avec la harpé divine , châtie les populations rebelles , qu’il tient d’une seule main groupées par les chevelures. Vers le bas du massif de droite , on trouve un mauvais petit bas-relief, ajouté après coup, qui représente l’empereur Claude adorant les divinités du temple et celles des temples du nôme ; enfin, sur la face interne du même massif, on remarque, au milieu des autres sculptures d’offrandes et de dévotion , un Ptolémée qui élève figurativement, sans doute, un obélisque avec une chaîne (****).
Ces pylônes, couverts de sculptures sur leurs différentes faces , à l’exception toutefois des facettes internes, contiennent les évidements inférieurs et les trous qui servaient à ériger et à retenir les immenses mâts pavoisés qui s’élevaient par- dessus les pylônes (*****). ( Voir la planche représentant l’élévation géométrale des pylônes.) Ils contiennent intérieurement des escaliers conduisant des terrasses des galeries de la cour aux terrasses des pylônes et aux quatre étages de chambres , éclairées par des jours à travers les sculptures des pylônes , ce qui prouve que les sculptures sont postérieures ; une petite terrasse , au-dessus de la grande porte du temple $ sert de communication entre les deux pylônes.
On remarque que la corniche manque sur presque toutes les faces des pylônes ; on pense , avec quelque
(*) Au nord à' Apollinopolis Magna était Apollinopolis Parva, qu’il ne faut pas confondre avec Apollinopolis Minor, sur la rive gauche , en face d ’Antéopolis.
(**) Tous les grands temples d’Égypte étaient dédiés à une divinité principale faisant partie d’une triade réunie en principe d’unité divine, composée d’un principe masculin, d’un principe féminin, et d’un fds, produit de ces deux principes.
(***) La lecture de ces noms et prénoms, gravés dans des cartouches (ovales contenant les noms), n’est plus aujourd’hui révoquée en doute; on commence enfin à rendre justice aux merveilleuses découvertes de notre illustre Champollion jeune. Chanrpollion est mort en 1831.
(****) Cette représentation d’érection d’obélisque estla seule que l’on connaisse en Égypte. Il est assez extraordinaire de penser que les Égyptiens, qui nous ont transmis , par leurs nombreux bas-reliefs de monuments , toutes les phases de leur existence , qui ont représenté leurs étonnants transports de monolithes, tous leurs travaux des constructions et de tous leurs corps d'état, n’aient pas une seule fois représenté les moyens qu’ils ont employés pour l’érection de leurs obélisques. On n’a encore rien trouvé à ce sujet depuis qu’on explore l’Égypte. On pense généralement qu’ils faisaient des plans inclinés enterrasses, et que la difficulté de représenter ces plans, pour eux qui ne savaient pas la perspective , a peut-être été la cause de cette absence de représentation.
(*****) Dans les spéos, monuments creusés dans le roc, d 'El-Tell, et dans le temple de Chons , à Thèbes , on trouve des basreliets représentant les pylônes et leurs mâts pavoisés. On compte quelquefois jusqu’à dix mâts pour annoncer l’entrée d’un temple. On suppose que les rubans dont les couleurs bleue, jaune et rouge, se distinguent encore , représentaient la haute, la moyenne et la basse Égypte.
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raison , que les assises composant cette corniche ont été jetées à terre pour servir à des constructions modernes, à moins qu elles n’aient été renversées par le seul esprit de destruction , et qu’on 11e les retrouve dans les décombres avec les obélisques BB , qui ont dû exister adroite et à gauche de l’entrée du temple (*).
La porte par laquelle on entre dans le grand temple C est encore très- haute, quoiqu’elle soit à moitié enterrée à sa hase ; son chambranle est recouvert de sculptures d’offrandes et couronné d’une corniche à profil égyptien, ornée du globe à serpents ailés (*¥). Cette porte est remarquable à cause des deux consoles ou pierres d’attente qui sont à droite et à gauche de la traverse supérieure. De semblables pierres ne se trouvent dans aucune porte des monuments connus d’Égypte ; on peut croire qu’elles supportaient un grand rideau ou qu’elles se reliaient à un léger porche en bois supportant une vêla , ainsi qu’on le voit fréquemment dans les bas-reliefs des monuments. Cette grande porte donne entrée à la cour D du temple qui est entourée de portiques E de trois côtés et qui précède un beau pronaos de dix-huit colonnes F , qui existe au fond de la cour; ce pronaos, la cour et les portiques sont malheureusement très- enterrés.
Cette enceinte sert aujourd’hui de magasins à denrées et dîmes du gouvernement de Méhémet-Ali ; toute la journée, des petits fellahs, montés sur les terrasses et sur de petits murs en terre , font du bruit pour empêcher les oiseaux de venir se nourrir aux frais de 1 État.
On voit surgir des décombres les montants et corniches de l’entrée du pronaos {fiy. 3); les corniches, comme on peut le voir Planche de Détails , fuj. 2, sont plus élevées que celles qui couronnent les petits murs reliant les autres entre-colonnements. On remarque dans le pronaos deux chapiteaux palmiers qui contribuent puissamment à l’élégance de sa façade (***). {Voyez V élévation géométrale de la façade clu pronaos.)
Toutes les colonnes, toutes les frises, toutes les corniches, toutes les faces des murailles intérieures et extérieures de cette cour et du pronaos , sont recouvertes de sculptures symboliques , d inscriptions hiéroglyphiques , de tableaux d’offrandes et de dévotion , et de cartouches des Ptolémées , parmi lesquels on reconnaît ceux de Philopator , de son fils Philomalor , d’Évergète II et de Soter II.
Dans le pronaos, Champollion jeune a remarqué, parmi les sculptures qui le décorent, le dieu du lever, Har-Hot , identifié avec le soleil, son coucher et ses diverses formes symboliques à chacune des douze heures du jour, avec les noms de ces heures.
Les décombres empêchent à présent de pénétrer plus avant dans le temple du côté du pronaos ; ce n’est qu’en passant par un trou sur la terrasse, et en rampant par un étroit et obscur couloir, que l’on arrive au naos G, à la suite du pronaos dont il est parlé ci-dessus. Ce naos , sans jour ni air, est aujourd’hui rempli de chauvessouris qui , réveillées de leur sommeil léthargique par le bruit et les lumières , menacent sans cesse , dans leur ronde funèbre , d éteindre l’indispensable flambeau du visiteur. L’élévation des décombres contenus dans cet infect séjour est telle que c'est à peine si l’on peut reconnaître le dessus de quelques chapiteaux des douze colonnes contenues dans ce naos et que la porte conduisant au sanctuaire H est complètement obstruée. Ce n’est qu’extérieurement qu’on retrouve les traces des escaliers qui conduisaient de l’intérieur à la terrasse du monument, et que l’on peut reconnaître les proportions du sanctuaire I et des salles adjacentes (****). Des basreliefs d’offrandes et des demi-lions , en ronde-bosse , sont sculptés à la surface et au sommet du mur postérieur du sanctuaire K . Ces lions, contenant des gargouilles, servaient à rejeter l’eau et les ordures de la terrasse {*****).
Plus loin sont les enceintes qui protégeaient le sanctuaire contre les profanations extérieures. Observons qu’en sus des enceintes indiquées au plan L, il devait y avoir une enceinte générale, qui, aujourd’hui, est complètement enterrée.
Le mammisi , ou lieu d’accouchement , qui est en avant et planté obliquement par l'apport au grand temple ( voir la PI. de Détails, fig. 4,5,6), est un petit monument contenant les traces d’un vestibule, d’une petite pièce et d’un escalier pour monter à la terrasse. Dans le fond est la salle d’accouchement avec des colonnes au
(*) Une rupture qui existe à la corniche de la porte ne peut avoir été faite que par la chute des assises de la corniche supérieure; on remarque, d’ailleurs, qu’un morceau d’angle de corniche, figurée au grand ouvrage de la commission française, 11’existe plus aujourd’hui.
(**) Ce globe, qui se retrouve sur tous les monuments égyptiens, représente le soleil avec les symboles de l’immortalité et du mouvement. ( ï'oir Planche de détails, fig. 3.)
(***) Ces chapiteaux palmiers n’ont été exécutés en Egypte qu’à l’époque grecque.
(****) Ce 11e fut qu’au temps des Grecs que les portes furent ouvertes (sans traverses), parce que ce ne fut qu’à cette époque que les représentations des divinités sortaient des sanctuaires et étaient processionnellement portées d’un temple à l’autre.
(*"***) On se rappelle qu’il pleut fort rarement en Égypte, surtout dans la haute Égypte; ces animaux qui entourent quelquelois les sanctuaires étaient-ils donc là comme épouvantails ?
— TEMPLE D’AROERIS A EDFOU. —
milieu; au pourtour est une galerie, encore existante sur trois côtés seulement. Les chapiteaux de ce monument sont à fleurs de lotus surmontées de dés, dont les quatre faces sont décorées d’une figure de Typhon ( fig . 6) , auquel le mammisi est dédié. Cette divinité , ou mieux ce génie du mal , a donné naissance au mot de typhonium , par lequel on désigne aussi le mammisi (*) .
Les bas-reliefs qui décorent l’intérieur de la salle d’accouchement représentent l’allaitement , l’enfance et l'éducation du jeune Har-Sont-Tho , fils et divinité de la triade du grand temple, sous les traits d’Évergète II. Cette figure , accompagnée de son cartouche , y est représentée au milieu de divinités de tous ordres qui prennent soin du jeune Ptolémée.
Le mammisi d’Edfou est un des plus grands mammisis connus. Ce petit temple , que l’on retrouve toujours là où une triade est adorée, était l’image de la demeure céleste dans laquelle la déesse de la triade était censée avoir enfanté le troisième personnage de la triade. Les reines venaient y donner le jour aux Pharaons, que l’on considérait comme des demi-dieux.
Bien que le temple d’Edfou et son mammisi soient des monuments à moitié ensevelis dans les décombres et les cahutes de fellahs ; bien qu’ils soient détruits et mutilés en partie ; bien que l’ornementation , dans sa recherche et dans sa profusion maladroite , dénote une sensible décadence de la noble et majestueuse gravité des monuments de la belle époque pharaonique , le temple d’Edfou , tel qu’il est aujourd’hui , peut encore donner une très-haute idée de la magnificence et du grandiose de l’architecture chez les anciens Égyptiens. On sait, en effet, que les Grecs, sous lesquels ce monument fut élevé, n’ont pas tout détruit , comme le firent avant eux les Perses , mais qu’ils ont au contraire restauré , construit et laissé construire par les Égyptiens mêmes les temples de la religion égyptienne. L’observateur qui visitera le monument d’Edfou y remarquera une grande simplicité dans les masses , une gravité , une sévérité de lignes qui sont bien le cachet de ce sentiment de durée éternelle que les Égyptiens se sont toujours efforcés de donner à leurs monuments, si déjà cet observateur n’est frappé des soins extraordinaires apportés dans la construction proprement dite de ces blocs immenses si bien dressés, si bienéquarris et réunis entre eux, que les joints apparaissent à peine. Dans la disposition du plan si admirable et si simple de lignes, il reconnaîtra qu’en sus de la grande enceinte, aujourd’hui enterrée, et qui contenait le mammisi et un bassin d’eau lustrale, si le Nil n’était près le temple , il reconnaîtra , dis-je, que ce n'était que de la grande cour que l’on pouvait pénétrer dans la première enceinte du temple proprement dite , et que ce n’était que par des salles de plus en plus rapprochées du sanctuaire que l’on pouvait pénétrer dans les salles et enceintes les plus rapprochées de ce sanctuaire , qu’enfin ces salles et enceintes sont de plus en plus petites, ce qui indique que peu de prêtres initiés pouvaient pénétrer dans le sanctuaire (**). Dans l’ornementation, qui n’est pas futile comme celle de tant d’autres architectures, l’observateur reconnaîtra tous les végétaux, tous les animaux et symboles consacrés de l’Égypte (***); dans les représentations des personnages roides , il verra des formes et positions consacrées, calquées, uniques pour toute l’Egypte, et peut-être cette sagesse du législateur, qui ne voulut pas laisser donner à la copie un culte qui n’était dû qu’à l’original (****); dans les petits jours qui traversent les plafonds des terrasses , et qui suffisent pour éclairer de grandes salles , il reconnaîtra le voisinage des tropiques et de la ligne ; enfin , par cet ensemble de remarques, l’observateur reconnaîtra que l’architecture égyptienne n’est pas une architecture d’emprunt, mais bien le résultat de la constitution du sol , du climat, des productions , et la juste expression des besoins religieux et politiques de l’époque , et que
(*) Le Typhon, que l’on retrouve toujours dans les mammisis, était représenté sous les formes les plus laides ; le plus souvent comme un jeune imberbe , court, trapu, difforme. On voit que chez les Égyptiens , comme chez beaucoup de peuples, l’homme , dans sa faiblesse , a presque toujours honoré par crainte le génie du mal autant que les dieux dont il sollicite les bienfaits. (Voir la restauration de ce mammisi dans le grand ouvrage de la commission d’Égypte.)
(**) C’est à tort qu’on a cru que les Égyptiens avaient adoré les animaux ; ce n’est que comme œuvre de la divinité insaisissable , invisible, que ces animaux furent soignés, alimentés dans les sanctuaires. C’est aussi à tort que l’on a cru que les cérémonies religieuses n’étaient que basées sur la superstition. Elles consistaient surtout en offrandes aux divinités des meilleures productions animales et végétales de la terre : les solennités religieuses, entourées d’une grande pompe , étaient imposantes aux yeux de tous. Les prêtres étaient législateurs; les lois, qui venaient d’un sanctuaire divin, impénétrable, étaient sacrées et religieusement exécutées; toutes étaient faites pour le plus grand bonheur du peuple. Les prêtres , habiles législateurs , savaient ce que d’autres ont oublié, c’est que l’art de se cacher aux hommes est nécessaire pour bien les gouverner.
(***) L’usage d’écrire avec des figures lit que les anciens parlèrent aussi par figures; on parla comme on écrivit, allégoriquement; de là les fables, discours énigmatiques plus anciens que l’histoire.
(****) Cette restriction, qui empêchait l’artiste de s’approcher de la nature, consistait à faire toutes les sculptures au carreau ; elle n’existait pas pour les animaux, qui sont tous représentés et posés très-naturellement sur des formes déterminées.
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cette architecture , par son grandiose et sa magnificence , donne une très-haute idée de la pompe religieuse, et place la civilisation de ce peuple plutôt au-dessus qtf au-dessous de son incroyable réputation.
11 ne nous reste plus qu’à faire des vœux pour que le temple d’Edfou, si complet et si important, soit entièrement dégagé des immondices dans lesquelles il est à moitié enseveli , pour que l’on puisse voir en réalité ce que nous ne pouvons que supposer, et pour que de dignes élèves de Champolliou jeune récoltent tous les précieux documents contenus dans ce magnifique monument sur la théogonie si étendue et si peu connue des anciens (*).
(*) Dans les innombrables sculptures peintes qui recouvrent toutes les parois des monuments d’Égypte, on trouve des processions religieuses , des batailles de terre et de mer , des victoires , des fêtes , des danses , des chasses, toutes les phases de la vie religieuse , politique et privée des Égyptiens , tout cela si bien exécuté, si bien peint jusque dans les moindres détails , et si bien conservé, lorsque des mains vandales ne sont pas venues les mutiler, qu’après quelque temps d’étude et d’observation, on est parfaitement bien identifié , reporté à ce que pouvaient cire les anciens Égyptiens ; excepté les entendre parler , les voir agir , on les aura visités comme on peut visiter un peuple de notre siècle.
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