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PYRAMIDES DE GIZEH, DE DASCHOUU, D’ABOUÇIR, ETC

Depuis l’antiquité jusqu’à nos jours, on a propagé les opinions les plus étranges et les plus contradictoires sur la destination des pyramides. L’opinion la plus généralement reçue est que ces monuments furent des tombeaux : cependant il y a encore beaucoup de gens, des académiciens même, qui ne peuvent se persuader que les Égyptiens , dont la sagesse était proverbiale , aient dépensé autant de temps et d'argent pour préserver simplement un cadavre; que ces constructions colossales aient une destination si vulgaire; enfin, que cette énigmatique Egypte n’ait pas caché de grands secrets sous cette forme éminemment symbolique. Nous ne nous arrêterons pas à citer et encore moins à réfuter toutes les hypothèses émises sur la destination mystérieuse ou utilitaire de ces monuments: leur description suffira pour montrer le peu de créance qu’on doit accorder à toutes les théories qui prétendent y trouver autre chose que des sépulcres.

Chez tous les peuples, tant de l’ancien que du nouveau monde, les premiers monuments funéraires ont été des buttes factices , des accumulations de pierres, des tombelles ou tumulus , qui prirent , avec le développement de la civilisation, des formes différant plus ou moins de leur origine commune. Il est trèsvraisemblable que les pyramides sont l’imitation des tumulus primitifs, et que la manie monumentale des Égyptiens arrivaassez vite, et dès les temps les plus reculés, des simples buttes aux vastes proportions de ces masses cyclopéennes régulièrement conformées en talus sur quatre faces , solidement bâties en pierres parfaitement orientées, et qui sont devenues, à ces divers titres, des merveilles du monde.

Les pyramides étaient, pour la moyenne Égypte, ce que les syringes royales étaient pour laThébaïde. Les hypogées les plus vastes appartiennent , comme on le sait , aux rois thébains dont le règne a été le plus Ion" • de même, les plus grandes pyramides sont dues aux pharaons memphites, qui passèrent de nombreuses années sur le trône. Dès qu’un roi était solennellement investi du pouvoir, on s’occupait de son tombeau cette dernière habitation, que les anciens Égyptiens considéraient comme la plus importante, et appelaient la demeure éternelle. On creusait un couloir dans le roc, et en même temps l’on élevait au-dessus un massif carré en grosse maçonnerie , dans laquelle on englobait souvent une élévation du sol, pour épargner la besogne La syringe et le noyau pyramidal se développaient, et s’étendaient peu à peu et simultanément durant l’existence du pharaon auquel le monument était destiné. En quelques années, cette masse formait une petite pyramide à gradins qu’on pouvait revêtir immédiatement ou augmenter encore progressivement err élargissant la base et en superposant de nouvelles assises, de façon à avoir toujours une forme pyramidale dont les degrés servaient à la pose et à l’élévation des matériaux. ( Les fig. 5 et 6 de la pl. II peuvent donner une idée de ce travail, que le défaut d’espace nous empêche d’exposer ici plus longuement. ) Quand le roi venait à mourir, l’architecte s’empressait d’arrêter les travaux d’agrandissement et deprocéder à l’achèvement du sépulcre. Pendant que les taricheutes , les cholc/njtes et autres membres de la caste sacerdotale vaquaient aux cérémonies de l'embaumement , les ouvriers s’occupaient de couvrir les degrés d’un revêtement dont les pierres, de bon appareil , étaient disposées également en gradins, et superposées à partir de la base au sommet. On y mettait la dernière main en abattant, de proche en proche, l’excédant de matière formé par la saillie de chaque degré, aplanissant graduellement la surface jusqu’à la base, de façon à obtenir sur les quatre faces des talus réguliers. Plus la pyramide était colossale, plus l’on pouvait aussi y employer d’ouvriers ; et, peu de temps après le dépôt de la momie royale dans son sarcophage de granit , les couloirs des chambres funéraires étaient comblés , les talus étaient parés ; et le tombeau achevé ne présentait plus que quatre immenses surfaces planes, sans aucune ouverture apparente, et décorées seulement de quelques légendes hiéroglyphiques.

Ce mode de construction par développement progressif, annuel, aussi simple que le travail des formations géologiques dont les Égyptiens semblent avoir pris modèle, est aujourd’hui bien connu, grâce aux fouilles faites dans les pyramides par les soins du colonel Vyse. Les plans et le mode d’édification de ces divers monuments ont subi quelques modifications, suivant le génie de l’architecte; ainsi, au lieu de couches horizontales , on voit à Sakkara des plans inclinés ; mais le mode de développement revient toujours au même. Il a dispensé d’employer de gigantesques échafaudages , des chaussées de terre et de nitre, ou de coûteuses machines pour effectuer le levage et la pose de la quantité de pierres énormes dont les pyramides sont composées. Les Égyptiens ne connaissaient que le plan incliné, le levier, le rouleau ou le chariot ; et c’est avec ces simples éléments qu’ils ont accompli ces prodigieuses entreprises.

Les pyramides qu’on voit aujourd'hui en face du Kaire, sur le plateau qui domine la plaine de Gizeh, sont les plus célèbres monuments de ce genre , les plus anciennes constructions qu’il y ait en Égypte , et probablement à la surface du globe, où, depuis plus de quarante siècles, elles excitent l’étonnement et l’admiration des

— STYLE EGYPTIEN

hommes. Le plan topographique annexé à cet article donnera une idée de la disposition des pyramides de Gizeh, dont les trois principales portent les noms de Chéops , Chéphren et Mycérinus.

La plus grande et la plus célèbre, celle du roi Chéops, le Schoufou des légendes hiéroglyphiques, fut dépouillée tout à fait de son revêtement en 1 395 , sous le soultan Berqouq. Elle présente aujourd’hui une véritable pyramide à degrés, dont les énormes assises sont formées de pierres calcaires inégales, maçonnées avec un mortier composé de chaux, de terre et d’argile. La première assise est encastrée dans le rocher même, qui a été aplani et taillé régulièrement en forme de socle. La plate-forme qu'on voit maintenant au sommet a environ 10 mètres de côté, et s’accroît constamment par les dévastations de l’homme, bien plus que par l’effet du temps. Quoique les savants ne soient point d’accord sur la manière dont cette pyramide et celles qui l’avoisinent se terminaient au sommet, nous n’hésitons pas, d’après la pyramide de Daschour et les représentations figurées , à affirmer qu elles étaient toutes couronnées par un pyramidion monolithe.

On a publié des mesures fort différentes de cette pyramide. Pour obtenir la largeur exacte de la hase, il a fallu la déblayer des amas de sable et de décombres qui avaient élevé autour d’elle le terrain de plusieurs mètres. La mesure prise alors, d’angle en angle, par le général Grobert, a donné 728 pieds ou 236m 48e de largeur à sa base. Pour avoir la hauteur perpendiculaire, il a eu recours au procédé le plus pénible, mais le plus simple et le plus infaillible: il a mesuré la hauteur partielle de chaque assise ou de chacun des degrés par lesquels on peut arriver aujourd’hui au sommet; il en a formé une table qui indique la différence de hauteur des 205 assises qui composent ce monument; assises dont la hauteur varie depuis un pied jusqu’à quatre, sans ordre établi dans l’emploi de ces différentes dimensions, que le hasard a contribué seul à entremêler. L’addition de toutes ces cotes partielles donne pour hauteur verticale, dans l’état où il se trouve actuellement, 447 pieds ou I45m 20e. Les mesures que nous donnons ci-après sont traduites des mesures anglaises publiées par les ingénieurs Andrews et Perring. L’ensemble des degrés, ou la hauteur verticale de la pyramide de Chéops, atteint aujourd’hui 137m30' , et sa largeur à la base, 227m37c. Lorsque la pyramide était intacte et revêtue de calcaire blanc compacte, dont on retrouve encore quelques pierres en place, sa base n’avait pas moins de 232 mètres, et sa hauteur verticale devait atteindre 146 mètres.

Sur la face nord-est, à la hauteur de la quinzième assise, c’est-à-dire à 15 mètres environ au-dessus de la base, on remarque une espèce de portail auquel on parvient par un monticule de sable et de débris. Au-dessous de ce portail , formé de grandes pierres posées en chevron pour servir de décharge à la masse supérieure, se trouve une ouverture carrée par laquelle on descend dans l’intérieur de la pyramide. Ce couloir de I m 82e de large sur autant de hauteur, et long de 36m, conduit, suivant une pente d’environ 26°, à un petit repos, où l’on rencontre deux blocs de granit qui fermaient ce conduit mystérieux. Les fouilleurs, arrêtés par cet obstacle, ont tourné autour des blocs, et forcé un passage dans le massif de la construction. Les parements du canal que nous venons de descendre, ainsi que ceux dont nous allons parler, sont formés par des pierres calcaires soigneusement appareillées. Au point où nous sommes parvenus , le couloir se bifurque dans la hauteur : le premier continue à se diriger, suivant sa pente primitive, au centre du monument, vers une salle inachevée et taillée dans le roc; le second prend une direction ascendante, dont la pente, en sens contraire, est aussi roide que celle du premier : il a les mêmes dimensions, sur une longueur d’environ 24 mètres. En descendant, on parvient à un palier d’environ trois mètres, où se trouventdeux autres conduits : un horizontal qui mène à la chambre dite de la Reine ; un autre, beaucoup plus grand, faisant suite à celui qu’on vient de quitter; et un peu à droite, un conduit vertical, irrégulier, taillé comme un puits. Son ouverture, de forme ovale, a dans sa plus grande largeur un peu plus d’un mètre : on y descend au moyen d’entailles pratiquées aux côtés opposés pour placer alternativement les pieds et les mains. On parvient ainsi, tantôt perpendiculairement, tantôt en suivant plusieurs coudes, à l’entrée de la chambre souterraine, dont les travaux ont été abandonnés, probablement pour construire une salle sépulcrale plus digne du monument, qui prenait avec les années des dimensions colossales.

En revenant au palier, si l’on suit le couloir horizontal de 38m de longueur, on arrive à la première salle, dite de la Reine. Les murs sont en granit : le plafond, en forme de toit à double pente, est bâti avec de grandes travées degranitqui se réunissent, s’arc-boutent au milieu de l’angle. Cette disposition, qui tient lieu de voûte, lui a été donnée pour mieux soutenir le massif. Du reste, cette chambre, qui a environ 6m de longueur sur 5m,20 de large, n’est décorée d’aucun membre d’architecture, et l’on n’y remarque aucun vestige de sarcophage. Si cette pièce était destinée à contenir une autre momie que celle du roi, il y a eu probablement intervalle entre les deux décès, et des blocs de granit ont dù clore immédiatement toute communication.

Revenons sur nos pas à l’entrée du couloir horizontal où commence le grand corridor par lequel on monte à la chambre principale, appelée salle du Roi. Le bas de ce passage, auquel on parvient en se hissant de quelques pieds , est divisé en trois parties : deux forment banquettes le long des murs ; la troisième, celle du milieu,

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