TEMPLE DE THÉSÉE A ATHÈNES
Le temple que nous allons décrire est, parmi les édifices sacrés d’Athènes, celui dont la construction remonte à l’époque la plus reculée. Plutarque nous apprend que les Athéniens élevèrent un temple à Thésée après son retour de Crète, et sa victoire sur le Minotaure. Thésée lui-même ordonna que le revenu destiné à l’entretien de ce temple et les frais des sacrifices qui s’y feraient, seraient pris sur le tribut que l’on payait au roi Minos, tribut dont il avait par sa valeur affranchi les Athéniens. Il confia le soin des cérémonies qu’on y devait célébrer, aux descendants de Phytalus, aux Phytalides qui étaient allés le recevoir près du fleuve Céphyse à sa première arrivée à Athènes, et qui l’avaient purifié à sa prière. Ce temple ne fut pas le seul qui fut élevé à Thésée de son vivant; les Athéniens lui en consacrèrent un grand nombre ; mais il 11e s’en réserva que quatre, et fit dédier tous les autres à Hercule, en reconnaissance de ce que ce héros l’avait délivré de la prison où il avait été renfermé par OEdoneus, roi des Molosses; il fit même changer le nom de ©viceia que portaient ces temples, en celui d’Hpax.À£ioc (*).
Aucun vestige de ces temples 11’est parvenu jusqu'à nous ; mais nous possédons presque intact celui qui fut élevé plus tard en 1 honneur du même héros. Ce monument fut bâti 4G5 ans avant J. C., dans la quatrième année de la 77e olympiade, près de huit siècles après la mort de Thésée, quarante ans avant celle de Périclès, et trente ans avant la construction du Parthénon.
Malgré l’opposition de quelques archéologues, il nous semble qu’il ne peut s’élever aucun doute sur la dédicace de ce temple au vainqueur du Minotaure; nous en trouverons des preuves irrécusables dans les sujets des sculptures qui le décorent, et dans lesquelles, toutes mutilées qu’elles soient, il est impossible de ne pas reconnaître plusieurs des exploits du héros athénien. C’est bien là le temple que Plutarque et Pausanias placent près du gymnase de Ptolémée (**). Il existe encore des restes assez considérables de ce gymnase, et leur situation à l’égard du temple répond exactement aux indications que ces auteurs nous ont laissées. Ce sont eux aussi qui nous apprennent quel fut le motif des honneurs rendus à Thésée. Plutarque, après avoir raconté ses actions héroïques, l’ingratitude dont les Athéniens en proie aux factions payèrent ses services, puis son bannissement et sa mort dans l’exil, ajoute : « Plusieurs siècles après, les Athéniens, déterminés par le concours de diverses circonstances, honorèrent Thésée comme un héros. A la bataille de Marathon, un grand nombre de leurs guerriers prétendirent avoir vu son spectre armé se précipiter à leur tète sur les barbares. Ap rès la guerre Médique, sous l’archontat de Phédon, les Athéniens ayant consulté l’oracle d’Apollon, la Pythie leur répondit qu’ils devaient rapporter chez eux les ossements de Thésée, les déposer avec honneur dans l’enceinte de leur ville, et les y conserver religieusement. » Cet ordre fut exécuté lorsque Cimon , fils de Miltiade, eut conquis Scyros. Après d’assez longues recherches, il découvrit les restes du héros, consistant en un squelette d'une haute stature, avec un fer de lance d'airain, et une épée du même métal. Les ayant embarqués sur son vaisseau, il les transporta à Athènes, où on institua des fêtes et des jeux eu l’honneur du fils d’Égée. Ce fut à cette occasion qu’eut lieu le concours fameux entre Eschyle et Sophocle, concours à la suite duquel Eschyle vaincu se condamna à un exil volontaire, et se retira en Sicile.
Le temple élevé à cette époque pour y déposer les dépouilles du héros, est celui-là même dont nous voyons aujourd’hui les ruines si importantes. Il fut dans l’antiquité un lieu d’asile pour les esclaves, et pour les citoyens de condition inférieure poursuivis par quelque homme puissant, et cela en mémoire de Thésée dont la vie entière avait été consacrée à la défense de l’infortune et de la faiblesse. Ce temple fut aussi employé à différents usages civils; il servit de lieu d’assemblée aux Thesmothètes ; par la suite 011 y plaida même quelques causes , et il devint une espèce de prison publique (***).
Le temple de Thésée est situé sur une petite éminence qui se détache de la montagne de l’Aréopage. 11 est hexastyle et périptère, et ressemble beaucoup au Parthénon, auquel probablement il a dû servir de type. 11 se composait d un péristyle et d’une cella comprenant le pronaos , le naos ou sanctuaire, et le posticum ou opistodôme. (Voy. le plan.)
La façade principale du temple est tournée à l'Orient, et dans le portique antérieur on voit une ligne gravée sur le sol, que l’on suppose avoir été destinée à servir de méridienne. Le temple repose sur un stylobate com-
(*) Plutarque, Fie de Thésée.
(**) « Il fut enterré au milieu de la ville, près du lieu où est aujourd’hui le gymnase. » (Plut. Thés.) — « Dans le gymnase, qui n’est pas fort éloigné de l’Agora et qui s’appelle Ptoleniæum, du nom de celui qui l’a fait construire , il y a des hermès de pierre qui méritent d’être vus. On y voit aussi la statue d’airain de Ptolémée et celle de Juba, le Libyen. Près du gymnase est le temple de Thésée. » (Paus. Alt. ch. 27.)
(***) Æsch., Orat. in Ctesiph.
— STYLE GIEC.
posé de deux degrés. Sa longueur en dehors dustylobate est de 3 3m, 80, sa largeur de 15m, 80. La dimension du temple même au sommet du soubassement est de 3lm,80 sur 14m,25. Le temple est formé entièrement de marbre pentélique, à l’exception des fondations, qui sont composées de grands blocs quadrangulaires de pierres du Pirée. A l’angle N. O., des fouilles ont mis à découvert plusieurs assises de ces fondations, ainsi qu’on peut le voir sur notre planche qui représente la partie postérieure ou occidentale du temple, et leur dégradation par la pluie et les injures du temps compromet la solidité de cette partie de l’édifice.
Les portiques qui entourent le temple ont une largeur de 1 m ,80 à partir du nu de la base des colonnes, jusqu’au pied de la cella. Les colonnes d’ordre dorique, cannelées et sans bases, n’ont point d’astragales, et ce membre est remplacé par un anglet qui ne fait que couper les cannelures sans les arrêter; il en est de même au Parthénon. Ces colonnes sont au nombre de six à chacune des deux façades; leur diamètre est au pied du fût de 0m,95, et à la naissance du chapiteau de 0m,85. La hauteur du fût est de 5ni,30, celle du chapiteau de 0m,38, ce qui donne une élévation totale de 5m,G8. La largeur des entre-colonnements est de Im,65, excepté aux angles de l’édifice, où elle n’est que de lm,45, afin de donner plus de solidité à la construction, et surtout pour apporter les triglyphes aux angles et ne pas choquer l’œil par l’inégalité des métopes. Ces colonnes supportent un entablement composé d’une architrave haute de 0m, 75, d’un filet de 0m,08, d’une frise deOm,95, enfin d’une corniche de 0m,25, sur laquelle le fronton prend naissance.
Les ailes du pérystile sont formées de onze colonnes, sans compter celles des angles. M. Woods reproche aux chapiteaux leur peu d’élévation ; nous regardons ce blâme comme mal fondé; les chapiteaux du temple de Thésée ont proportionnellement autant de hauteur que ceux des autres temples de l’ordre dorique grec. Ces chapiteaux ne présentent au-dessous de l’échine que trois filets, comme les colonnes intérieures du portique du Parthénon ; les colonnes extérieures de ce dernier temple ont cinq filets. (Foi/. PL de Détails , ftg. 4.)
Les plafonds du portique sont disposés d'une manière singulière; ils présentent des espèces de grandes poutres de marbre à la hauteur de la corniche, lesquelles répondent à très-peu de chose près à chaque triglyphe, et donnent l'idée de la première disposition des pièces de hois qui formaient les temples dans les temps les plus reculés. La plupart de ces poutres, d’un seul morceau de marbre de plus de 2ni de longueur, sont encore en place.
Les caissons compris entre ces poutres sont plus singuliers encore. Entre chaque poutre se trouvent seize caissons disposés sur deux rangs et travaillés dans trois plaques de marbre juxtaposées, et réunies entre elles par des crampons. Deux de ces plaques contiennent chacune six caissons; la troisième n’en contient que quatre. Le centre de ces caissons est entièrement percé à jour, et il est rempli par des espèces de couvercles posés dessus et s’ajustant dans des feuillures, comme on peut le voir dans notre seconde planche de détails, ftg. 5. Sur les poutres sont peints des oves, ainsi que sur les bords des couvercles des caissons, dont le fond était occupé par des étoiles également peintes. On ne trouve qu’en fort peu d’endroits des traces de couleurs, mais cependant on ne peut douter qu’elles n’aient existé. Presque partout on reconnaît encore le contour de ces ornements qui avait été tracé préalablement à la pointe, et il est encore facile de constater la présence de la couleur en divers endroits ; on voit du bleu dans les triglyphes, du rouge dans le fond des métopes, etc. Jusqu’à présent on n’a rien découvert de semblable aux chapiteaux. 11 paraît certain que cette décoration, au moins à l’intérieur du portique, ne dut être appliquée au temple de Thésée qu’à une époque postérieure à sa construction, car Pline ne fait remonter l’emploi de la couleur dans l’ornementation des plafonds qu’au règne d’Alexandre. M. Dodwell suppose que les sculptures durent être coloriées, comme celles du Parthénon; M. Leake dit y avoir observé des restes de couleur, des vestiges de bronze et d’or, des draperies vertes et rouges sur un fond bleu, etc. ; mais M. Prestat, auquel nous devons nos dessins et qui a étudié le monument avec le plus grand soin, n’a pu découvrir le moindre vestige de cette décoration.
Ainsi que je l’ai dit et qu’on peut le voir sur le plan, la cella comprenait le pronaos , le naos et le posticum ou opistodôme. Le pronaos et Yopistodôme étaient formés par un prolongement des murs de la cella, terminés par des antes, et leur plafond était soutenu par deux colonnes. Ces deux colonnes ont disparu du pronaos pour faire place à l’abside et à l’autel, lorsque le temple fut converti en église grecque. A la même époque fut détruit le mur qui séparait le pronaos du naos; mais sa situation est indiquée de la manière la plus positive par les arrachements que l’on voit encore sur les murs latéraux. Les colonnes de l’opistodùme ont été très-endommagées. Le pronaos et le posticum ne sont pas de même dimension. Le pronaos a 5m,10 de profondeur sur 6m,35 de largeur; le posticum n’a de profondeur que 3m,80. Comme au Parthénon, P opistodôme n’avait pas originairement de communication avec la cella (Y. le plan), tandis que le pronaos présentait la grande porte d’entrée ; mais quand le temple devint église, une grande porte fut percée dans la muraille occidentale, et cette porte se trouve indiquée sur le plan donné par Stuart. Quand Athènes fut prise par les Turcs, pour empêcher les