LE PARTHÉNON A ATHÈNES
labiés tableaux , et, par conséquent, pour remplacer la sculpture; 3° enfin, on employait la couleur comme achèvement des parties proprement plastiques. Dans ce cas, l’application des couleurs, entièrement subordonnée aux lois de la sculpture polychrome , n’appartenait à l’architecture qu’autant que ces ouvrages y tenaient comme décoration essentielle. » Nous joignons à cette notice un superbe exemple de l’architecture polychrome du Parthénon : c’est une vue perspective de l’entablement et des chapiteaux , restaurés avec le plus grand soin par M. Travers , d’après les traces qu’il a retrouvées sur le monument même.
Passons maintenant à l’examen des admirables travaux dont Phidias avait enrichi le Parthénon. Cinq grands ouvrages de sculpture avaient fait de ce monument la merveille des merveilles ; c’étaient les deux frontons , les métopes , la frise de la cella , et la statue de Minerve.
Selon Pausanias, le fronton , àsvcx;, de la façade, représentait la naissance de Minerve , et le fronton postérieur la dispute de Minerve et de Neptune. Or, ceux qui avaient vu le fronton occidental intact , sinon dans ses détails , au moins dans toutes ses masses , avant l’explosion de 1 G87 , sans s’arrêter à l’examen approfondi des sculptures , s’étaient accordés à y reconnaître la naissance de Minerve , ou plutôt sa présentation par Jupiter aux dieux de l'Olympe. Ollier de Noiiitei , ambassadeur de France en 1G74 , partagea la même opinion , et les esquisses qu’il fit faire des figures déjà mutilées de ce fronton , servirent encore à accréditer une erreur qu’elles eussent dû détruire (Y). Stuart, le premier, reconnut l’erreur, et avança que le fronton occidental était le fronton postérieur et représentait la dispute de Neptune et de Minerve , tandis que c’était le fronton oriental qui offrait la naissance de cette déesse. M. Quatremère de Quincy adopta cette opinion, et en a fait le texte d’une savante dissertation en réponse à l’avis contraire émis par M. Barbie du Bocage, dans son atlas d’Anacharsis. M. Bronsted s’est rangé du côté de M. Quatremère. Le fronton oriental se composait environ de vingtquatre figures, détachées et entières , et plus ou moins colossales , dont quatre chevaux. De ces groupes , dont il restait encore, lorsque Carrey exécuta ses dessins , environ douze figures entières , il n’existe plus que douze ou treize fragments au musée britannique.
Le fronton occidental, qui représentait la dispute de Minerve et de Neptune , était formé, selon toute apparence, du même nombre de figures et de chevaux. Carrey avait dessiné sur place vingt-deux figures; il ne reste plus que cinq fragments conservés au musée britannique. Deux figures placées dans un angle , et dans lesquelles il était facile de reconnaître Adrien et Sabine sa femme , avaient paru à Spon , à Wheler , à Leroy , une preuve suffisante pour avancer que les frontons avaient été refaits sous cet empereur. Cette assertion est démentie par le style des sculptures mêmes , et il est bien plus probable que , par une flatterie dont on a plus d’un exemple, ces tètes avaient été substituées à d’autres du temps des Romains; si d’ailleurs nous nous en rapportons à Plutarque , à l’époque où vivait cet historien , les monuments élevés par Périclès n’avaient pas encore besoin de restauration.
La seconde suite de sculptures du Parthénon était composée des métopes qui décoraient la frise extérieure. Ces métopes ont une hauteur de lm ,335 sur une largeur de 1"’ ,270 ; celles qui sont voisines des angles sont un peu plus étroites. Cet excès de la hauteur sur la largeur fait voir que l’architecte avait en vue de les faire paraître carrées , malgré la saillie de la bande de l’architrave. Les figures avaient plus de relief que celles de la frise intérieure du portique, parce qu’elles étaient destinées à être vues de plus loin. Les métopes étaient au nombre de quatre-vingt-douze ; un assez grand nombre avaient échappé aux ravages du temps et des hommes , quand, par malheur, lord Elgin, qui était ambassadeur à Constantinople , obtint, en 1801 , du gouvernement turc , un firman qui l’autorisa à élever un échafaudage autour de l’ancien temple des idoles , pour mouler en plâtre les ornements et les figures, et, de plus, à enlever les pierres où se trouvaient des inscriptions ainsi que les statues conservées. On assure qu’il en coûta 74,000 liv. sterl. (1,850,000 fr.) à lord Elgin pour s’approprier les belles parties du monument qu’il fut possible de transporter à Londres. Du reste , cette spéculation barbare ne fut guère profitable à son auteur, car, eu 1816, la collection entière ne lui fut achetée, pour le musée britannique, que 35,000 liv. sterl. (875,000 fr.) ; et un des plus illustres compatriotes de lord Elgin, lord Byron, voyant son nom gravé sur le Parthénon , écrivit au-dessous : Quod non fecerunt Gothi, Scotus fecit. Il est vrai que lord Elgin s’est acquis ainsi une célébrité que lui eût enviée Érostrate.
Ce n’est pas ainsi qu’en avait agi l’ambassadeur de France, M. Ghoiseul-Gouffier , qui avait fait mouler
(*) Ces dessins à la mine de plomb et à la sanguine, par J. Carrey, ne rendent nullement le caractère des sculptures grecques ; mais ils sont précieux cependant, parce que seuls ils nous ont conservé celles des compositions du Parthénon qui aujourd’hui sont détruites. Ce recueil existe au cabinet des estampes de la Bibliothèque royale (n° 616), où il est connu à tort sous le nom de dessins de Nointei. Il porte le titre plus extraordinaire encore de : Sculptures du temple de Minerve à Athènes, bâti par Adrien.
— STYLE GREC
divers plâtres qui sont au musée du Louvre , et ne rapporta qu’une seule métope détachée depuis longtemps et dont l’acquisition lui fut facilitée par notre consul à Athènes, M. Fauvel. C’est cette métope qui, en 1818, après la mort de M. de Choiseul, fut acquise par le musée pour la somme de 25,000 fr.
Aujourd’hui, quatorze métopes sont encore en place; quelques fragments ont été retrouvés dans les déblaiements exécutés au Parthénon, sous la direction de M. Pittukis ; seize métopes ont été enlevées, dont quinze sont à Londres et une à Paris ; les autres ont été détruites par le temps ou par l’explosion de 1687 , et il n’en reste d’autres traces que les dessins de Carrey. Les métopes de Londres et de Paris, provenant toutes du côté méridional qui était le mieux conservé, représentent des épisodes du combat des Centaures et des Lapitlies ; mais d’autres sujets se trouvent dans celles qui sont restées ou qui ont disparu. Les métopes du Parthénon ont été publiées maintes fois, et entre autres par Stuart, Legrand et Bronsted. Celles que nous donnons, fig. 7 , 8 et 9 , sont toutes trois au musée britannique.
Le morceau de sculpture le plus considérable est ce qui reste encore de la frise qui était placée sous le soffite ou plafond du périptère, à 13m environ du sol. Cette frise a 1 ni 425 de hauteur sur une longueur qui était de 159"' 80. M. Bronsted évalue à trois cent vingt le nombre des figures qu'elle devait contenir , et dont les groupes variés représentaient la procession de la grande fête quinquennale des Panathénées. Ces sculptures ont trèspeu de relief, ce qui était admirablement calculé pour permettre de les voir d’en bas , et sans se reculer, ainsi que l’exigeait leur position sous un portique assez étroit. Stuart et Revett dessinèrent une partie considérable de ce qui existait encore de leur temps (1751-1753). Un fragment contenant sept figures fut acquis par M. de Choiseul, et se voit au musée du Louvre. Lord Elgin , à son tour, détacha une grande suite d’environ 77m de long , et la transporta à Londres. Dans cette frise , les harnais des chevaux étaient en métal , et on reconnaît encore facilement les trous qui reçurent les crampons qui servaient h les attacher. Cette frise a été publiée plusieurs fois , en tout ou en partie , par les mêmes auteurs que j’ai déjà cités pour les métopes ; nous en donnons trois fragments sous les nos 10, 11 et 12. On croit que le premier représente les Dioscures présentés à Jupiter.
Enfin , nous devons encore mentionner le chef-d’œuvre de Phidias , la fameuse statue de Minerve , placée dans le sanctuaire , et que malheureusement nous ne connaissons que par la description que nous en ont laissée les auteurs grecs et latins. Cette statue qui , au dire de Pline , avait 26 coudées (1 lm ,70) de haut, peut-être en y comprenant le piédestal, était d’or et d’ivoire, et les ornements, faits de la première de ces matières, montaient au poids de 44 talents d’or (3,000,000 fr.). Celte statue fut placée dans le temple la première année de la 87e olympiade ( 430 av. J. C.). Après que l’or eut été pillé par le tyran Lacliarès, qui enleva le manteau d’or et le remplaça par un manteau d’étoffe, disant qu’il tiendrait plus chaud à la déesse, elle parait avoir été définitivement détruite par les Goths conduits par Alaric.
Tel était ce temple qui a passé, à juste titre , pour le chef-d’œuvre de l’architecture chez les anciens comme chez les modernes.
BIBLIOGRAPHIE
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