‹ Monuments anciens et modernes (volume 2)Chapitre 52 sur 97 · LE PARTHÉNON A ATHÈNES · texte numérisé non relu

LE PARTHÉNON A ATHÈNES

Le chapiteau , fort simple (fig. 3), u a point d astragale , et ce membre est remplacé par un anglet qui ne fait que couper les cannelures sans les arrêter (*). Le chapiteau est réuni au fût par quatre fdets (fig. 3 et 4); le tailloir n’a point de talon ; cette moulure serait devenue mesquine dans une ordonnance aussi sévère. La hauteur totale du chapiteau est de 0m, 720, dont 0m,350 pour l’échine et les filets, et 0ra,370 pour le tailloir.

Les colonnes sont cannelées à vive arête dans toute leur hauteur ; mais, pour rendre ces cannelures encore plus saillantes par le jeu des ombres, on ne les a point tracées en segments de cercle, ce qui eût permis à la lumière de pénétrer également dans toutes les parties de la concavité , mais on les a faites plus plates dans le fond , afin que leurs extrémités, en se relevant brusquement , projetassent une ombre plus tranchée. Elles ne viennent pas, comme dans la plupart des autres temples grecs, se couper brusquement et à angle droit aux filets du chapiteau, elles se rapprochent plutôt du système romain ; seulement, au Parthénon, au lieu d’être terminées, comme en Italie, par un demi-cercle, elles le sont par une sorte d’arc surbaissé (fig. 3 et 5).

Les colonnes soutiennent un entablement qui a 3m,250 de hauteur, et qui n’est pas moins admirable par la beauté des marbres dont il est orné, que par le caractère mâle qui règne dans ses profils. La face du triglyphe est exactement a plomb de celle de l’architrave , règle que Leroy pense avoir été suivie à Athènes jusqu’au temps d Auguste , et dont les Grecs se seraient écartés alors, et après eux les Romains , en faisant la face du triglyphe en surplomb sur l’architrave. La hauteur des triglyphes du Parthénon est de lm,700, leur largeur de 0m,850. On remarquera encore qu ici, comme dans tous les temples doriques grecs, l’angle de la frise est flanqué par un

triglyphe (fig. 2), tandis que chez les Romains cet angle restait nu , et que le triglyphe était placé à l’aplomb de 1 axe de la colonne.

Il est une particularité bien singulière que MM. Fuente et Travers ont reconnue d’abord au Parthénon, et que depuis ils ont constatée à tous les temples grecs, c’est que le stylobate n’offre pas une ligne parfaitement horizontale, mais bien une courbe légèrement convexe. L’entablement suit cette même courbe, et, de plus sa face forme une ligne concave sur chacun des côtés de l’édifice, de sorte que les angles ne sont pas absolument roits, mais un peu aigus. Ces dispositions avaient évidemment pour but d’ajouter encore à la solidité du

temple en faisant pyramider ses parties, et en opposant à l’écartement une plus grande résistance vers le centre des grandes lignes.

M. Woods, tout en convenant que les façades sont parfaites, préfère le temple de Thésée pour les côtés. « Pourquoi, dit-il, la colonnade continue , couronnée par un entablement droit, demanderait-elle de plus sveltes proportions que celle qui supporte un fronton? Je ne pourrais le dire, mais il me semble que cela est ainsi. Dans le Parthénon , la hauteur des colonnes est de 5 diamètres -|f, tandis que dans le temple de Thésée e e est de 5 diamètres if. Cette différence, si petite en apparence, produit cependant un effet sensible; en outre, les entre-colonnements dans le Parthénon , sont égaux à environ 1 diamètre f , quand dans le temple de lhesee ils sont de 1 diamètre f . C’est sans doute surtout à cette plus grande largeur de l’entre-colonnement qu est due la plus grande légèreté du dernier de ces édifices. »

Le portique est double à chacune des façades du Parthénon; et ce ne sera peut-être pas sans quelque étonnement qu on remarquera dans le plan que les colonnes du second rang , élevées sur deux degrés , étaient d’un plus petit diamètre que celles du portique, et ne correspondaient pas toutes parfaitement à leur axe. Ces irrégularités, que la théorie de l’art ne saurait permettre, sont insensibles dans l’exécution, et concourent, au contraire , a 1 effet de l’ensemble. Ces colonnes plus sveltes paraissant converger vers un point de vue central, donnent au péristyle une profondeur apparente plus grande que celle qu’il a réellement , tandis qu’au contraire si ces colonnes eussent été d’un diamètre égal à celui des colonnes de la façade, n’étant point comme elles environnées dune grande masse de lumière, elles eussent paru lourdes et massives. Leur hauteur, compris le l!aJot,eaU’ CSîde 1(r’250, diamètre de lm,700. La hauteur totale du chapiteau (fig. 5) est de 0"’,550, dont , poui le tailloir, et 0,2G4 pour l’échine et les filets, qui ici ne sont au nombre que de trois (fig. 6). Là les cannelures du fût sont formées de segments de cercle.

L intérieur du temple avait une disposition analogue à celle des basiliques élevées plus tard par les Romains, pon et îelei y uient encore de trois côtés la galerie que nous avons indiquée sur notre plan (fig. 1), et qui était composée de deux ordres superposés formés de 22 colonnes. Ces colonnes sont aujourd’hui toutes renver-

ornen^en^auraû Tu diamètre? leurs colonnes doriques, n’y mirent peut-être pas d’astragale parce que cet

hauteur, et au contraire beaucoup de saillS ^ Pa‘aitra,t ^ Pr°UVer’ ^ £JU’HS d°nnèrent à '’échine de leurs chapiteaux peu de

— STYLE GREC

sées et détruites ; mais on a pu relever leur plan , et retrouver assez d’éléments de l’ordre inférieur pour pouvoir en donner les dimensions. Le fût avait 4m,73; son diamètre était de 0m,612. Le chapiteau, composé d’un tailloir, d’une échine et de trois filets , avait 0m,319 de hauteur, l’architrave 0'n,453, et le triglyphe 0m,50; la largeur de l’entre-colonnenient était, d’axe en axe, de 2m,510. Il est à remarquer qu’environ le tiers inférieur de ces colonnes (lm,605) n’offre que des cannelures plates comme à Pompéi ; le reste du fût est seul évidé. Ces colonnes formaient autour de la partie découverte du temple un portique de 2m,30 de large ; l’hypètre avait 4m,90, ce qui donne 9m,50 pour la largeur intérieure du temple, qui avait 15m de longueur.

Le temple était éclairé par la porte et par l’ouverture centrale du toit. Lorsque les chrétiens le consacrèrent, ils firent à l’orient une fenêtre, et construisirent un sanctuaire en demi-cercle. Les Turcs n’avaient presque rien changé à cette disposition. Cette ahside a été démolie jusqu’à hauteur d’appui. C’était dans la partie hypètre du temple et vers le fond , comme on peut le voir sur notre plan , qu’était placé le piédestal de la fameuse Minerve, dont nous parlerons tout à l’heure. On peut encore voir en partie la hase de ce piédestal, qui avait 3m,30 sur chacune de ses faces.

A la partie postérieure du temple était cet opistodôme pris si longtemps pour un vestibule , précédant le temple même. Sa largeur est la même que celle du temple, et sa longueur est de 6"’, 55, c’est-à-dire, près du tiers de celle de la cella.

Par une erreur inconcevable, Stuart, Chandler et plusieurs autres, ont indiqué, et dans leur texte et dans leurs plans, que l’opistodôme était soutenu par six colonnes, disposées sur deux rangs; il n’y en avait que quatre ; M. Bronsted les a figurées ainsi dans son plan, et récemment le fait a été vérifié par M. Leake et M. Travers, auquel nous devons le plan rectifié que nous publions. Une des colonnes, qui était brisée, avait été remplacée par les Turcs par un pilier carré en maçonnerie qui n’existe plus aujourd’hui, non plus que les trois colonnes. Celles-ci, suivant Stuart, étaient de même dimension que celles du petit ordre du péristyle.

Dans l’opistodôme, outre l’argent provenant des revenus publics et des contributions des villes de la Grèce, on conservait toujours 1 ,000 talents pour les dépenses imprévues de l’État. Au commencement de la première guerre du Péloponèse(432 av. J. C.J, époque de la plus grande puissance d’Athènes, 6,000 talents (32,400,000f.), selon Barthélemy, et 9,700 talents (plus de 53,000,000), selon M. B. Rochette, étaient déposés dans l’opistodôme. Là étaient inscrits les noms de tous les débiteurs de l’État, nommés ’E^reypaugÉvot ev xîj ’AxpoTroXei, et après l’acquittement de leur dette, ’E? 5Axpo7xdXcox IçaX-^XitqUvoi. Les particuliers y mettaient en dépôt les sommes d’argent qu’ils n’osaient pas garder chez eux; on y conservait les offrandes faites à la déesse, les ex-voto , AvccO-zipt-axa , enfin, les dépouilles précieuses enlevées aux Perses, et, entre autres, le trône à pieds d’argent sur lequel Xerxès se plaça pour être témoin du combat de Salamiue. D’autres trophées, des boucliers enlevés à l’ennemi dans le cours de la guerre médique, étaient suspendus sur 1 architrave en dehors du temple, et alternaient avec des inscriptions de bronze, à en juger par les marques des clous qui les attachaient. Les deux gardiens du trésor déposé dans l’opistodôme du Parthénon étaient Jupiter Swxrjp , et Plutus, dieu des richesses, représenté avec des ailes , et, par une exception particulière à ce dieu, jouissant de la vue (*).

Il n’est plus permis aujourd’hui de douter de l’emploi que firent les Grecs de la peinture dans la décoration de leur architecture ; les travaux des II ittorff , des Raoul-Rochette, des Letronne , des Bronsted ; les recherches récentes sur les temples doriques de la Grèce et de la Sicile ne laissent plus aucune incertitude ; elles ont confirmé d’une manière positive l’assertion de Vitruve (**) au sujet de la cire bleue, cera cœrulea , qu’il indique comme étant la couleur d’usage pour les triglyphes ; les métopes paraissent avoir été généralement rouges. Nous savons, par des témoignages antiques, que tous les sculpteurs célèbres avaient sous leurs ordres un peintre habile chargé de peindre leurs œuvres ; plusieurs noms de ces artistes sont parvenus jusqu’à nous. « 11 n’y avait pas dans toute la Grèce , dit M. Bronsted, un seul temple construit avec soin qui ne fût plus ou moins coloré , c’est-à-dire , peint de manière à contribuer à l’effet et au riche aspect du monument par la couleur harmonieuse des parties symétriques, et surtout des parties supérieures de la construction. L’application était de trois espèces : 1° la couleur était employée comme couche et sans aucun effet d’illusion pour soutenir l’architecture proprement dite, c’est-à-dire, pour relever la teinte insignifiante et monotone de la pierre; 2° la couleur servait pour produire de l’illusion dans certaines parties de la construction, c’est-à-dire, pour l’effet des ombres et des jours , des reliefs et des enfoncements sur un plan uni , en un mot , pour faire de véri-

(*) Aristoph. Schol.; Plut. Etymologus ; Thucydide, L. II ; Philostrate, Eîxov.,42 ; Démosthène, Schol. oral. 3, in Timocrat.

(**) I- IV ch. 2, § 2.

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