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TEMPLES DE MINERVE- POLIADE, D’ERECHTHEE ET DE PANDROSE, A ATHÈNES

Sur l’un des points de ce petit rocher où s’élève l’acropole d’ Athènes , on voit, depuis une époque assez ancienne, les ruines d’un monument religieux auquel se rattachent les plus grands et les plus mémorables souvenirs de l’histoire primitive de cette cité.

Suivant le récit des historiens et des poètes, on considère ce point comme celui où eut lieu, entre Neptune et Minerve, la célèbre dispute à qui donnerait son nom à la ville, dispute pendant laquelle chacune des deux divinités voulut, par la production de la plus belle création , signaler à la fois et sa toute-puissance et ses prétentions particulières : un coup de trident, frappé par le dieu, fit jaillir une source d’eau salée; mais, au même instant, un olivier, doué d’une végétation immortelle, fut produit par la déesse , et l’Olympe, assemblé pour juger la querelle, accorda la supériorité au symbole de la paix. Or, dès ce moment, Minerve, devenant la protectrice de la ville, reçut le surnom de Polias ou Poliade. — Ce fut, dit-on, sur cette éminence, sur cette acropole, qu’était, à l’origine, la demeure de Cécrops, le fondateur d’Athènes , et, plus tard, celle d’Érechthée ou d’Érichthonius, l’élève de Minerve et l’instituteur de son culte. On croit même que ce fut ce dernier chef qui érigea, le premier, à la déesse, soit un autel ou un sanctuaire, dont Pandrose, fille de Cécrops, devint la première prêtresse.

Quelles furent la forme et les dispositions de ce premier sanctuaire? On 11e le sait; de même qu’on ignore aussi la durée de son existence. Tout ce que l’histoire et les traditions nous apprennent à ce sujet, c’est qu’un monument religieux, dédié, à une certaine date indéterminée, par toutes les tribus de l’Attique à Minerve protectrice, subsista, dans son intégrité, sur cet emplacement jusqu’au temps de l'invasion médique, époque où les édifices de l’acropole éprouvèrent les plus grands désastres. Cependant, s'il faut en croire les témoignages de certains auteurs, celui-ci ne fut pas alors entièrement détruit; car, sur l’ordre de Xercès, les Athéniens, s’étant rendus dans ce temple pour faire des cérémonies religieuses , y retrouvèrent encore , à leur grand étonnement , dit Pausanias , l’olivier sacré, qui avait repoussé, pendant la nuit, d’une hauteur de deux coudées environ.

Mais, quelque temps après ces désastres, le combat de Mycale et la victoire de Platée ayant enfin délivré la Grèce de l’invasion des Perses, une nouvelle Athènes s’éleva bientôt du milieu de ses ruines, et les richesses considérables qu’avait abandonnées l’armée de Xercès servirent aux premiers frais de cette reconstruction. Or, on peut admettre que, parmi les travaux de réédification et d'embellissement, les Athéniens , si respectueux envers leur divine protectrice, ne durent point oublier son sanctuaire, et que c’est sans doute vers cette époque , ou pendant le cours des années suivantes, que fut érigé le nouveau temple de Minerve Poliade. Une inscription, trouvée de nos jours parmi les ruines de cet édifice, nous apprend toutefois que les frais en furent faits, moitié par une tribu et moitié par une autre, sous farcbontat de Dioclès, c’est-à-dire, pendant la vingt-troisième année de la guerre du Péloponèse ; d’où l’on en peut conclure, avec Stuart, que ce monument avait été commencé, sous l’administration de Périclès ; mais que sa construction , interrompue par la mort de ce grand homme , ou par les dépenses de la guerre, ne fut terminée complètement qu’une trentaine d’années plus tard.

Cet édifice présentait, dans son ensemble, une forme assez singulière, qui s’écartait, par ses dispositions, de celle qu’on donnait généralement alors aux temples grecs ; cette forme tenait spécialement à des motifs religieux que nous ferons connaître plus loin.

Entre tous les écrivains de l’antiquité, Pausanias est le seul auteur qui nous ait laissé quelques renseignements sur cette dernière construction ; mais, ces renseignements, il faut le dire, sont bien vagues ; car, ils ne font connaître aucune date, et leur contenu consiste plutôt dans l’énonciation des différents objets qui s'y trouvaient que dans l’analyse ou la description particulière du monument lui-même. Voici, au reste, une traduction littérale de son récit : « On donne le nom d’ Erechtheum à un édifice devant l’entrée duquel est l’autel de Jupiter, très-haut; on n’y sacrifie rien qui ait eu vie ; 011 y offre seulement des gâteaux, et 011 11e se sert point de vin dans ces sacrifices.

• — En entrant dans ce monument, vous trouvez trois autels : le premier est consacré à Neptune ; on sacrifie aussi, sur eet autel, à Érechthée, d’après un oracle ; le second est dédié au héros Butés, et le troisième à Vulcain. — - Les peintures qu’on voit sur les murs sont relatives à la famille des Butades (*). — Cet édifice est double , — on

(*) Voyez, à ce sujet, la discussion qui s’est ouverte entre deux de nos plus célèbres archéologues : 1° Letronne, Lettres d’un antiquaire à un artiste sur l’emploi de la peinture murale chez les Grecs et les Romains ; pages 120 à 12G; — 2“ Raoul-Rochette, Recherches sur l’emploi de la peinture dans la décoration des édifices sacrés et publics, chez les Grecs et chez les Romains; pages 183 à 188.

— STYLE GREC

y trouve un puits d’eau salée, ce qui n’est pas surprenant , car il y en a dans plusieurs endroits au milieu des terres, entre autres à Aphrodisias, dans la Carie. Ce que celui-ci offre de remarquable, c’est que, lorsque le vent du sud souffle, on y entend un bruit pareil à celui des flots. — Il y a, sur le rocher, l’empreinte d’un trident ; cette empreinte et ce puits sont les signes que Neptune fit paraître pour prouver que le pays lui appartenait. — On voit, dans le temple de Minerve Poliade, une statue de Mercure en bois, qui est, à ce qu’on dit, une offrande de Cécrops; on l’aperçoit à peine à cause des branches de myrte qui la couvrent. — Les offrandes les plus remarquables sont, parmi les anciennes : un siège pliant, ouvrage de Dédale ; quelques dépouilles des Mèdes, savoir : la cuirasse de Masistius, qui commandait leur cavalerie à la bataille de Platée, et un sabre qui passe pour celui de Mardonius. — Quant à l’olivier, les Athéniens savent seulement que c’est celui que la déesse produisit pour prouver que le pays lui appartenait; il fut brûlé, ajoutent-ils, lorsque les Mèdes mirent le feu à la ville, et il repoussa pendant la nuit de près de deux coudées de hauteur. — Le temple de Pandrose est contigu à celui de Minerve ; Pandrose est la seule des filles de Cécrops qui ait respecté le dépôt fait par la déesse (*). »

Tel était , à cette époque , ce sanctuaire ; et tel , assez vraisemblablement , subsista-t-il pendant la durée de la domination romaine en Grèce. Cependant, il est plus que probable qu’il subit, lors de l’établissement du christianisme en ce pays, une appropriation au nouveau culte. On sait d'ailleurs qu’il fut, aux jours de l’empire d’Orient, transformé en une église, et qu’alors ses parois intérieures reçurent, comme système de décoration, des peintures religieuses. Protégé , dès ce moment, par sa nouvelle destination, le monument dut, sans aucun doute, traverser, d’une manière à peu près intacte, la période du moyen âge, et servir d’édifice religieux jusqu’au temps de la conquête de ce pays par les Turcs, époque où commença pour lui toute une ère de vicissitudes, si elle n'avait déjà commencé antérieurement. On trouverait, peut-être, sur son état à la fin du XVe siècle, quelques renseignements précieux parmi les dessins d’un manuscrit qui existe à Rome, dans la bibliothèque Barberini (**). Vers la fin du XVIIe siècle , au moment où les premiers archéologues entreprirent leurs explorations des ruines de l’antiquité, ce monument avait déjà subi les injures du temps. Spon et Wheler nous apprennent qu’il servait alors d’habitation à un officier, ce qui les empêcha d’en étudier l’intérieur. Mais, un des événements les plus malheureux qu'eut à supporter cet édifice fut, sans contredit, le siège d’Athènes par les Vénitiens ; car il est plus que probable que le désastre du Parthénon dut être partagé par le sanctuaire de Minerve Poliade, qui n’en est pas fort éloigné. Les atteintes qu’il reçut , assez vraisemblablement alors , s’étendirent peut-être à plusieurs parties de l’édifice; et, dès ce moment, la destruction, que l’insouciance ottomane ne fit qu’accroître, marcha sans doute pour lui avec une certaine rapidité. Au commencement du XVIIIe siècle, Pococke semble néanmoins l’avoir trouvé dans une certaine intégrité. Mais , entre l'époque de ce voyageur et l’arrivée de le Roy et celle de Stuart en cette ville, l’état de l’édifice change complètement d’aspect : toutes les parties supérieures ont été en partie détruites ; des pans de murailles se sont écroulés ; les frontons ont disparu, et les débris, épars ou amoncelés, gisent au pied du monument, enfouis sous le sol ou exposés à sa surface. Dès cette époque, c’en est fini du temple de Minerve-Poliade ; ses différentes parties vont perdre peu à peu un grand nombre des éléments qui constit uaient naguère son ensemble, et ses ruines devront attendre désormais les explorations ou les recherches que la science sera obligée d’y consacrer, un jour, afin de lui rendre, par la pensée, sa forme première. Il était doncen cet état, lorsque, par une fatalité qui devait être funeste aux monuments d’Athènes, une brutale spoliation de la part d’un ambassadeur anglais, lord Elgin, vint de nouveau compromettre son existence par l’enlèvement d'une des parties qui semblait devoir se conserver plus longtemps que les autres. Une malheureuse passion de l’art lui fit renouveler au sanctuaire de Pandrose les mutilations détestables qu’il avait déjà commises au Parthénon et ailleurs. En effet, muni d’une permission de l’autorité, il fit enlever l’une de ces statues de jeunes filles qui y ont été placées à l’origine, laissant ainsi ce monument dans un état qui devait, à tout jamais , rappeler et l’acte et le nom de celui qui ne recula point devant les trop justes reproches delà postérité. A partir de ce moment, on devait croire que le temple, tout mutilé qu’il était, serait désormais à l’abri des outrages, et respecté comme un objet d’art et d’étude. 11 n’en

(*) Les traditions mythologiques rapportent que Minerve, ayant voulu cacher Erichtbonius après sa naissance, l’enferma dans un coffret dont elle confia la garde aux trois filles de Cécrops , Agraule , Hersé et Pandrose , avec défense de l’ouvrir ; mais que , mues bientôt par un irrésistible sentiment de curiosité, les deux premières prirent la résolution de satisfaire leur désir. A peine l’eurent-elles ouvert qu’elles durent s’en repentir ; car la déesse, pour les punir de leur désobéissance, les fit aussitôt poursuivre et tourmenter par les Furies, ce qui les porta, dit toujours la fable, à se précipiter du haut des murs de l’acropole. Quanta Pandrose, qui avait été fidèle à sa promesse, Minerve la choisit pour être la première prêtresse de son culte.

( * *) Nous voulons parler ici de celui que signalent Spon et Wheler, dans la relation de leur Voyage, tome II, page 104.

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