TEMPLES DE MINERVE-POLI ADE , D’ÉRECHTHÉE, ETC., A ATHÈNES
fut malheureusement point ainsi. En 1828, lors du dernier siège de l’acropole, un capitaine ayant choisi, pour y loger sa famille, le seul endroit du monument qui fut resté habitable, en fit couvrir de terre la partie supérieure afin d’empêcher les bombes d’y pénétrer. Or, il arriva que ces précautions, loin de protéger l’édifice ainsi que ses habitants, leur furent au contraire fatales : une colonne, située à l’angle nord-ouest, ayant été abattue par les assiégeants , cette chute entraîna bientôt celle de la moitié du temple , que le poids énorme des terres qu’on y avait accumulées ne fit encore qu’accélérer. Et ainsi s’accomplit peu à peu la destruction, sinon complète , au moins presque entière, d’une des œuvres les plus intéressantes de l’architecture grecque. De nos jours, il ne reste plus debout que les portiques et le mur du passage qui conduisait au sanctuaire de Pandrose.
Tous les voyageurs et les antiquaires qui ont examiné les ruines de cet édifice, se sont particulièrement attachés à les étudier avec le plus grand soin et jusque dans les plus petits détails ; leur ensemble présente aussi des dispositions singulières qu’on ne peut évidemment attribuer qu’à des causes particulières, résultant, soit de l’irrégularité du terrain ou de quelque intention religieuse, ce que nous allons faire connaître.
Le plan de cette construction décrit une figure qui n’a aucun analogue dans l’architecture grecque, et qui tient essentiellement aux motifs qui l’ont fait construire. 11 est assez raisonnable de penser que l’architecte qui le composa reçut probablement l’ordre d’y renfermer certains lieux vénérés par les Athéniens , et que celui-ci, pour satisfaire à cette demande, dut évidemment s’écarter des dispositions ordinaires à ce genre d'édifices. Nous devons encore ajouter qu’il dut aussi tenir compte de l’inégalité du terrain ; et alors on comprendra pourquoi cet ensemble de trois sanctuaires, formant cependant une seule et même construction, présentait, touchant leur niveau, différentes hauteurs de sol. Quant à ses dimensions , elles n’étaient pas très- considérables : la longueur du temple double ne dépasse pas 22 mètres 24 centimètres, sur 1 1 mètres 27 centimètres de largeur.
Trois constructions distinctes formaient cet ensemble : la principale occupait le centre et constituait un temple double, dédié à Minerve-Poliade et à Erechtbée ; l’appendice, situé à gauche, était consacré à Pandrose, et le portique de droite, ayant un double usage, servait également d’entrée commune et au sanctuaire de Minerve et à celui de sa première prêtresse.
La façade du temple double offrait un portique composé de six colonnes d’ordre ionique, surmontées vraisemblablement d'un entablement et d'un fronton. Des murs, élevés à droite et à gauche , composaient le corps de l’édifice, dont l’intérieur était encore divisé en deux cella par d’autres murs transversaux, servant de clôture. La face postérieure du temple, qui correspondait au portique, présentait, dans sa composition, une particularité assez remarquable, qu’on comprend aisément par son office de galerie ; elle était percée de trois fenêtres destinées à donner du jour dans cette partie du monument. On avait élevé, entre ces ouvertures, quatre demicolonnes d’ordre ionique qui servaient de décoration.
La construction , disposée en saillie, du côté du nord , à la partie postérieure de l’édifice, formait un portique composé de six colonnes d’ordre ionique, dont quatre à la façade et deux en retour d’angle, sur chaque côté. Il servait, comme nous l’avons dit, d’entrée à la galerie qui donnait accès au sanctuaire de Pandrose , et peut-être aussi à celui de Minerve -Pohade. On doit toutetois remarquer qu’ici l’espacement des colonnes est beaucoup plus large qu’au portique du temple double.
Enfin, à l’extrémité sud, se trouve le sanctuaire de Pandrose ; sa disposition est bien certainement une des particularités les plus remarquables de ce monument si singulier par lui-même. 11 se compose d'un soubassement rectangulaire sur lequel on a agencé six statues de jeunes filles grecques en costume panathénaique (*), et dont la tête, surmontée d’une espèce de chapiteau, de forme bizarre, supporte un entablement.
Très-vraisemblablement , le portique oriental couvrait la source que fit jaillir Neptune, et le sanctuaire de Pandrose renfermait la place où Minerve fit croître l’olivier sacré.
Par un bonheur singulier, et qu’on doit à la construction des murs d’entre-colonnement qui furent établis au portique du nord, cette partie de l’édifice conserva, dans son état primitif, une porte antique qu’on a retrouvée de nos jours, lorsqu’on opéra la démolition de ces murs . Or, cette œuvre est incontestablement, par le mérite de son dessin et le fini de son exécution, un des morceaux les plus importants de la sculpture monumentale des Grecs.
Quoique de hauteurs différentes, l’entablement qui couronne la construction centrale, ainsi (pie celui du portique septentrional, sont, comme composition, identiquement les mêmes; mais celui du sanctuaire de Pandrose, par sa nature, en diffère complètement.
(*) Une fausse interprétation avait fait donner à ces statues le nom impropre de cabiatides.
- STYLE GREC
Les trous , probablement de crampons , qu’on remarque sur l’entablement de la façade et des côtés du temple double, de même que sur celui du portique conduisant à la galerie, font penser qu’il y eut là, du temps des Grecs, certaines appliques dont on ne sait trop déterminer aujourd’hui le genre, la matière, ainsi que la destination.
Jusqu’ici, tous les monuments de style grec que nous avons étudiés, furent, comme on l’a vu, décorés de chapiteaux d'ordre dorique. L’édifice que nous décrivons en ce moment présente, dans son ensemble, deux variétés d’un autre ordre, qu’on a qualifié d’ionique. Or, ce dernier ordre n’a point, par sa forme, un caractère aussi grave et aussi sévère que le précédent, et les deux exemples que nous avons fait reproduire sur notre Planche de détails, sont d’une grande élégance et d’une extrême richesse. Les ornements qui les décorent paraissent surtout du meilleur goût et exécutés avec une délicatesse admirable. Au reste, et c’est là une remarque à faire, que tous les travaux de sculpture du temple de Minerve-Poliade, tels que chapiteaux , moulures, chambranles de portes, impostes, etc., montrent une exécution des plus achevée.
La peinture avait encore, par son emploi, concouru à l’embellissement de cet édifice, et les nombreuses traces qu’on en découvrit récemment sur les chapiteaux, sur les bases des colonnes et jusque dans les caissons des portiques , prouvent évidemment que l’Erechtheum , comme beaucoup d’autres sanctuaires de la Grèce , avait aussi reçu, sur plusieurs de ses parties , l’application brillante de ce genre de décoration.
On peut, par cette rapide analyse, se faire à peu près une idée de ce que pouvait être, à l’origine, ce temple dont le plan, la forme et la décoration offrent encore à l’observateur un si grand nombre de particularités; et l’on doit regretter d’autant plus alors les mutilations nombreuses qu’il eut à subir pendant le cours des âges.
1° Pausanias. Description de la Grèce.
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4° Le Roy. Les Ruines des plus beaux monuments de la Grèce.
5° Stuart et Rewett. The Antiquities of Athe ns.
6° Legrand. Monuments de la Grèce
7° Chandler. Voyages dans l’Asie Mineure et en Grèce, etc.
8° Winckelmann. Histoire de l’art.
9° Wilkins. The Antiquities of Magna Grœcia ; Cambridge, 1807,
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11" Leake. Topography o/Athens. — Travels in Morea.
12° Woods. Letters of an Architect.
13“ Ross (L.). Die Akropolis von Atlien nach deu weues< ; Berlin, 1839, in-l°.
14° Pittakis. L’ancienne Athènes.
15° Rochette (Raoul-). L’Acropole d’Athènes.
16° Kugler. llandbuch d.er kuntsgeschichte.
17° Curtius (Ern.). Die Akropolis von Athcn ; Berlin, 1844,in-8°, pl. 18° Inwood’s The Erechtheion of Athens.
1 9° Quast (A. F. de). Das Erechtheion zu Athen, etc.
THEATRE, A IASSÜS
Les monuments antiques de l’Asie Mineure , surtout ceux qui existent dans la partie occidentale et près fies côtes de la mer Égée, présentent dans leurs dispositions et dans leur style architectural la plus grande analogie avec ceux de la Grèce européenne; cette similitude n’a rien d’étonnant, si l’on considère que ces deux contrées étaient habitées par un même peuple, ayant partout des mœurs semblables, des besoins du même genre. Les théâtres, plus encore peut-être que les autres édifices, justifient ce que nous avançons; nos lecteurs pourront s’en convaincre par la description succincte que nous allons leur donner de celui qui existe encore au milieu des ruines d’Iassus.
D’abord colonie d’Argiens, puis ensuite de Milésiens, Iassus, qui se nomme à présent Ayas ou Assin-Kalesi, était située dans un îlot séparé de la côte de Carie par un bras de mer si étroit et si peu profond , qu’aujourd’hui il se trouve comblé par des attérissements et converti en marécage : cette ville , qui n’eut jamais une bien grande importance, est maintenant presque inhabitée; elle était assise sur les flancs d’une montagne en forme de cône, au sommet de laquelle était l’acropole, qui occupait ainsi le point central et culminant; c’est à cent et quelques mètres seulement des murs de cette forteresse , et sur le versant oriental de la montagne , que se trouve le théâtre, qui est l’édifice le plus ancien et le mieux conservé de la ville antique. Une inscription en grands caractères , gravée sur un bandeau lisse régnant sur l’un des murs de rampe de la partie demi-circulaire, et à la hauteur du quatrième gradin, nous apprend qu'il fut construit aux frais d’un certain Zopatros, fils d’Épictète, qui fut ehorége, agonothète et stéphanophore , et qui dédia à Bacchus et au peuple cet édifice avec ses gradins et sa scène ; une autre inscription très-longue, et disposée en cinq tableaux, se trouve sur un pilastre dans le voisinage de l’orchestre; mais la petitesse de ses lettres et leur état fruste ne permettent pas de la bien lire.
Le théâtre d’Iassus affecte la forme commune à tous ceux des anciens, c’est-à-dire qu’il offre un plan demi-circulaire d’un côté et rectangulaire de l’autre , et , comme dans ceux qui appartiennent à l’antiquité grecque, les murs ou rampes sur lesquels s’appuie la précinction sont obliques par rapport à l’axe général de manière à ce que le demi-cercle qui les circonscrit extérieurement outre-passe son diamètre. Une porte unique donne entrée à un escalier qui conduit au sommet de l’édifice, c’est-à-dire sur une espèce de galerie découverte ou Diazoma de près de 4m,00 de large, qui, semblable à une ceinture, couronne et circonscrit la masse des gradins; ceux-ci, qui, pour la plupart, sont encore en place, sont au nombre de vingt, et disposés en un seul étage. Quatre escaliers desservent cette précinction, et, comme dans tous les autres théâtres antiques, ils rayonnent vers le centre et sont composés de marches taillées aux dépens des sièges, de manière à occuper deux à deux la hauteur de chacun. Ces gradins, qui ont en largeur environ le double de leur hauteur , sont en marbre blanc, comme le reste de l’édifice ; leur face antérieure est profilée de moulures galbées de telle sorte que les spectateurs puissent, comme au théâtre de Taormine en Sicile, y placer leurs pieds et les tenir un peu en arrière, ce qui offrait plus d’un genre de commodité : chacun était donc décoré d’une grande moulure en talon reposant sur un petit cavet avec filet; ces deux dernières se poursuivant sur la face des marches, les faisaient participer de deux en deux à cette recherche décorative, dont il reste peu d’exemples. Une autre particularité plus remarquable, c’est que le point où chaque assise de gradins s’appuyait sur les escaliers, était orné d’une griffe de lion qui complétait ainsi la décoration de la précinction. Un appui en marbre tout uni, mais couronné de moulures, séparait les spectateurs de l’orchestre, qui se trouvait à environ 0in,70 plus bas que le sol inférieur de la précinction. Les murs de la scène et de ses dépendances existent encore en grande partie, mais dans un état de ruine tel, qu’ils s’élèvent peu au-dessus du sol; construits en petits matériaux liés avec du mortier, ils paraissent de beaucoup moins anciens que le reste de l'édifice; on remarque, dans celte partie du monument, les trois portes et les dispositions principales qu’exigeait la mise en scène des œuvres dramatiques de l’antiquité grecque.
Le théâtre d’Iassus , comme on le voit par ce que nous venons d'en dire, est peu compliqué daus ses distributions; en effet, on n’y trouve aucun des portiques et des vestibules qui étaient ordinairement annexés aux édifices de ce genre, et derrière la scène il n'existe que les constructions strictement nécessaires. L’exiguité de ce théâtre sera encore plus frappante pour nos lecteurs, si nous leur donnons la mesure de ses dimensions principales : ainsi la partie circulaire a en totalité 18m,00 seulement de rayon, et l’orchestre 5m,25; la hauteur de l’étage de gradins est de 4m,00; les constructions de la scène occupent un espace de I lm,70 de long sur 4m,40 de large.
Tout l’édifice est bâti en marbre; les murs sont en blocs de grande dimension posés à sec sans aucun
— STYLE GREC
mortier, et taillés extérieurement en bossages à arêtes arrondies; néanmoins cet appareil, qui est d’un beau caractère et qui respire la solidité, ne se fait pas remarquer par la symétrie de ses assises, qui sont toutes de hauteurs différentes, ni par celle de ses blocs, dont la longueur varie de 0m, 80 à 3m,25 ; l’intérieur des murs est rempli par une maçonnerie en blocage.
La petite porte qui donne entrée au théâtre (comme on peut le voir par la ligure que nous en donnons) est carrée, de lm,70 de large sur 2m,45 de haut; au-dessus du linteau qui forme sa partie supérieure, on a ménagé, pour donner du jour dans l'escalier, une baie dont les pierres posées en encorbellement sont taillées de manière à lui donner la forme d’un triangle à peu près équilatéral , espèce d’arcade rudimentaire dont on trouve des exemples dans des constructions grecques qui remontent quelquefois à une assez haute antiquité.
Ce monument, dans lequel rien ne semble indiquer l’existence d’un velarium, parait peu postérieur aux premiers théâtres construits d’une manière stable et en matériaux durables; capable de contenir tout au plus deux mille six cents spectateurs assis, il ne pouvait guère suffire qu’aux besoins peu complexes de son époque et à ceux d’une ville coloniale.
— BIBLIOGRAPHIE
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2° ch. Texier. Description de l’Asie-Mineure. 3 vol. in-fol. et pl. Paris, 1833 à 1837.
MONUMENT CHORAGIQUE DE LYSICRATES, A ATHENES
A l’imitation de leurs ancêtres, les Grecs du siècle d’Alexandre eurent aussi des fêles solennelles en i honneur des dieux,- et ces fêtes, ils les célébraient surtout par des jeux qui avaient alors un immense retentissement. Ces jeux étaient de deux espèces, scéniques ou gymniques. Les uns comprenaient les exercices où se déployaient la force et l’agilité du corps, tels que la course, la lutte, le saut, le disque, etc. ; les autres consistaient en œuvres de l’intelligence, c’est-à-dire, en compositions poétiques et musicales, ou en représentations dramatiques ; mais, si les premiers avaient lieu dans le stade, les seconds, au contraire , ne s’exécutaient qu’au théâtre ou à l'odéon. Or, l’histoire nous apprend que, parmi ces grandes fêtes de la Grèce, celles consacrées à Bacchus, dites les Dionysiaques , étaient célébrées par les Athéniens avec une pompe et une splendeur extraordinaires, et elle ajoute que, pendant la durée de leur célébration, on représentait sur le théâtre des comédies ou des tragédies, et qu’on chantait à l’odéon des hymnes en l’honneur de ce dieu. Lorsque l’époque des fêtes approchait , les magistrats d’Athènes ouvraient, dit-on, un concours auquel pouvaient prendre part toutes les tribus de l’Attique; et, pour engager, en cette circonstance , un plus grand nombre de concurrents à s’y présenter, comme aussi afin d’exciter, parmi eux, une plus grande émulation, ils annonçaient une distribution de prix particuliers, consistant en trépieds de bronze, qu’on désignait plus spécialement, à cause de la nature des jeux, du surnom de choragiques. Dès ce moment, chaque tribu faisait le choix d’un de ses plus riches citoyens, auquel elle assignait la charge de chorége , c’est-à-dire, celle de pourvoir de ses deniers à tous les frais qu’entraînait cette fonction, soit ceux du chant et de la musique ; et chaque tribu faisait, on le pense bien, tous ses efforts pour triompher de ses concurrents. Mais, là ne se bornaient pas seulement et la charge et les obligations du chorége; car, lorsque sa tribu parvenait à obtenir le prix , il devait encore consacrer cette victoire par l’érection d’un monument durable, destiné à faire passer ce triomphe à la postérité ; il était donc tenu d’ériger un édicule quelconque, au sommet duquel on fixait le trépied choragique , à moins que le vainqueur, assez riche par lui-même, ne réclamât l’honneur de cette construction; mais, dans tous les cas , le chorége obtenait toujours le droit de faire graver son nom sur une inscription commémorative. Cependant , on doit ajouter ici que quelquefois la tribu défrayait elle - même de la dépense du chœur ; et ce cas, ou le sait, se reproduisit plusieurs fois.
La périodicité de ces jeux dut , on le pense bien , faire naître un assez grand nombre de victoires de ce genre , qui furent consacrées par l’érection d’autant de monuments spéciaux. Or, d’après le témoignage des auteurs de l’antiquité , témoignage confirmé de nos jours par les recherches et les découvertes des voyageurs et des antiquaires, il se trouvait naguères à Athènes un certain nombre de constructions, de formes diverses, destinées à rappeler ces triomphes des tribus attiques dans les grandes fêtes , ainsi que les noms des choréges. Ces monuments avaient été érigés sur un même emplacement, situé non loin du théâtre, et sur les bords d’une voie publique, qui portait, sans doute à cause de leur présence, le nom de rue des Trépieds. C’est en effet dans cet endroit que se voit encore aujourd'hui , parmi les ruines et les débris de plusieurs autres de la même espèce, celui dont nous devons vous entretenir dans cette notice.
Une inscription en trois lignes, gravée sur les bandeaux de l’architrave, fait connaître l’époque et l’origine de ce monument. On y lit :
AY2IKPATH2 AY2I0EIAOY KIKYNEY2 EXOPHAEI AKAMANTI2 IIAIAÎÎN EN1KÀ 0EDN HYAEl AY 21 A AH 2 A0HNAIO2 EAIAA2KE EYA1NET02 HPXE
« Lysicrates, de Cicyne, fils de Lysithidès, avait fait la dépense du chœur. La tribu Acamantide avait rem- « porté le prix par le chœur des jeunes gens.Théon était le joueur de flûte. Lysiades, Athénien, était le poète ; « Evaénète, l’archonte. »
Le contenu de cette inscription ne laisse aucun doute sur l’âge ainsi que sur la destination de cet édifice; car il apprend qu’il fut érigé sous l’archontat d’Evaénète, c’est-à-dire, au siècle d'Alexandre, vers l’an 335 ou 336 avant l’ère chrétienne, et en souvenir d’un triomphe choragique remporté par la tribu Acamantide, dont le chorége, Lysicrates, transmit la notion à la postérité. Mais, il est, parmi les antiquaires, quelques individus qui vont plus loin, et qui veulent faire dire à ce monument beaucoup plus que n’en comporte sou inscription. Suivant eux , et d’après leurs conjectures, ils pensent que le choix du sujet, représenté dans les sculptures de la frise, pourrait bien faire allusion à celui qui fut composé par le poète , et que chanta le chœur de la tribu Acamantide lorsou’elle remporta le prix ; et ils en concluent que ce choix du sujet, pris dans l’histoire de Bac-
— STYLE GREC
chus, semblerait indiquer positivement que c’est aux fêtes de ce dieu qu’eut lieu le concours. Quoi qu’il en soit , les particularités caractéristiques que présente à l’observateur ce monument , ne permettent guère de douter qu’il n’appartienne à la catégorie de ceux qu’on a désignés sous le nom de choragiques. Ru effet, l’analogie de son inscription, comparée à celles qu’on plaçait sur les édifices de même genre; la présence des trépieds, sculptés à la partie supérieure de l'édifice; la disposition du monument; la forme triangulaire du fleuron d’amortissement, où se trouvaient des cavités qui semblent destinées à recevoir les attaches du trépied; sa position, enfin, aux environs du théâtre et dans cette rue des Trépieds dont parlent Plutarque, Pausanias et d’autres auteurs, tout semble se réunir ici pour confirmer l’opinion générale sur sa destination.
Comme on le pense bien, ce monument subit, pendant le cours des âges, des vicissitudes diverses qui lui ont successivement fait perdre quelques-uns de ses éléments primitifs. Ces mutilations tiennent surtout à plusieurs causes, qui ne sont, bêlas ! que trop fréquentes dans les destinées des œuvres de l’architecture. Nous voulons parler ici de l’action du temps, qui est toujours le résultat de l’abandon des hommes ; de la cupidité, qui pousse à la destruction dans l’espoir et par l’appât de la découverte d’un prétendu trésor; enfin, de la barbarie, qui anéantit les anciens édifices afin d’en tirer les matériaux qu’on juge convenables à la construction de nouveaux monuments. Mais, nous passons, touchant celui-ci, à l’état dans lequel il se trouvait au moment où Pococke, Spon, Le Roy et Stuart se rendirent à Athènes pour en étudier les antiquités. A cette époque, le monument était enclavé dans l’intérieur d'un hospice de capucins français ; et, par suite des atterrissements du sol , la base se trouvait presque entièrement enterrée. On comprend que , dans cet état , il n’était guère possible d’en faire une étude complète; aussi, Stuart fut-il obligé d’y pratiquer des fouilles , afin d’en déterminer les proportions exactes. — Cet édifice fut, avons-nous dit, enclavé dans une propriété française qui subsista jusqu a ces dernières années; cependant, des motifs particuliers ayant amené la destruction du couvent des capucins, les constructions qui l’entouraient et qui l’abritèrent autrefois , n’existent plus aujourd’hui; mais, quoique dégagé de toutes parts et isolé, le monument n’a pas cessé un seul instant d’appartenir â la France, qui sans doute veille à sa conservation. Eli bien, c’est sans doute à la vue de cette démolition et de ce dégagement qu’un de nos compatriotes, M. Buchon, pensant alors aux sauvages et brutales spoliations d’Elgin , a dit, avec cet accent d’un noble cœur et d’une haute pensée nationale, que, quoique le terrain où il se trouve appartienne à la France , nous n’aurons assurément jamais la grossière ignorance de l’arracher du sol pour lequel il fut construit (*).
11 existe, â l’égard de cet édifice, une erreur d’appellation qui remonte à une époque assez ancienne , et qui s’est perpétuée chez les modernes habitants d’Athènes jusqu’à nos jours. On ne sait trop d’où lui vient cette fausse désignation qui l’a fait passer, simultanément, et pour la Lanterne de Diogène et pour l’endroit où Démosthène s'enfermait afin de se livrer a l’étude. Probablement, sa forme, qui présente quelque analogie avec celle d’une lanterne ou d’un pavillon isolé, a pu seule faire naître une semblable idée, qu’un bon mot et l’ignorance des hommes auront accréditée sans aucun fondement véritable.
Bien des antiquaires, en considérant les ruines de cet édifice , l’une des plus intéressantes productions de l’art grec , se sont vraisemblablement demandé quel en avait été l’auteur, sans avoir pu toutefois trouver une réponse catégorique; car, l’histoire garde, touchant cette question, un silence quelle ne paraît pas vouloir rompre de longtemps. Mais , par une bizarrerie singulière, voici que, tout récemment, à propos d’une découverte fortuite, la conjecture et l’hypothèse commencent à se produire. Un archéologue, d’un zèle et d’une affection admirables pour les antiquités de sa ville, l’Athénien Pittakys annonce que, en fouillant le sol près de cet édifice, il a trouvé un fragment de marbre sur lequel on lit : I1PAS1TEAH2 E1Î0IH2E1N ; et il en infère que le célèbre artiste a travaillé ou coopéré à l’exécution de cette œuvre. Dans l’impossibilité où nous nous trouvons de savoir si ce fragment appartenait réellement à l’édifice et quelle place il en occupait, ce que l’antiquaire athénien ne désigne point, nous pensons qu’il pourrait, peut-être, provenir d’une œuvre quelconque de sculpture, sortie du ciseau de Praxitèles, dont l’atelier, suivantle rapport de Pausanias [Allie., c.xx), se trouvait dans la rue même des Trépieds.
Le monument choragique de Lysicrates est d’autant plus intéressant à étudier, parmi les œuvres de l’art architectural, qu’il présente dans son ensemble, soit sous le rapport de la composition, soit sous celui de son exécution , plusieurs particularités des plus remarquables. En effet, à part même sa forme, qui lui donne un caractère tout spécial et un aspect unique, il offre encore ce mérite d’être le seul exemple de l’ordre corinthien
(*) La Grèce continentale et la Morée (page 74); Paris, 1843, 1 vol. grand in- 18.
— MONUMENT CHORAGIQUE DE LYSICRATES , A ATHÈNES. —
grec proprement dit, et celui qui nous permet d’apprécier ce que fut cet ordre en Grèce, bien longtemps avant qu’il eût été usité par les Romains.
Vu géométralement et en élévation, son ensemble se compose de trois parties distinctes : d'un soubassement rectangulaire, d une colonnade circulaire, et d’une espèce de calotte ou coupole surmontée d’un amortissement. Dans cette élévation, que nous reproduisons d’après les travaux de Stuart et Revett , ces architectes ne se sont permis que les restaurations qu’autorisaient les fragments trouvés sur les lieux mêmes, ou l’addition des parties mutilées par les analogues existants, ce qui permet de l’accepter comme étant d’une rigoureuse exactitude; et, ainsi reconstitué dans son état primitif, le monument présente une composition aussi svelte que gracieuse et d’un dessin fort harmonieux de proportions. — La partie inférieure , de forme carrée, comprend d’abord les quatre gradins en retraite servant de base au piédestal; puis, au-dessus de ceux-ci, s’élève le soubassement rectangulaire, dont les joints sont accusés par un léger refend. La corniche qui le surmonte est assez simple; mais elle reçoit, sur son plan carré, la saillie des deux gradins circulaires destinés à soutenir la colonnade. Yient ensuite la partie intermédiaire : elle est formée de six colonnes, disposées circulairement à des distances égales, mais dont les entre-colonnements sont fermés par des panneaux, encastrés dans d’étroites feuillures, et au haut desquels on a sculpté les trépieds dont nous avons parlé. Parmi les nombreuses particularités qui distinguent cet édifice, Stuart fait surtout remarquer la singulière disposition des cannelures des colonnes; celles-ci se terminent, à la partie supérieure, sous la forme de feuilles d’eau; le canal annulaire qui se trouve au-dessus de ces feuilles, et qui sépare le fût du chapiteau, lui paraît avoir été destiné à recevoir une astragale ou un collier de bronze. Quant au chapiteau lui-même, il exigerait ici une étude trop étendue, que les limites de cette notice ne nous permettent pas d’aborder; nous nous contenterons donc d’en signaler l’élégance à l’attention de nos lecteurs. Reste maintenant à analyser la partie supérieure de l’édifice. L’architrave se compose de trois bandeaux superposés, où se trouve l’inscription précitée, et la frise est décorée d’un bas-relief représentant l’aventure deBacchus chez les pirates tyrrhéniens; puis, se détache, en saillie, une rangée de denticules dont l’existence, à cet endroit, est encore une nouvelle particularité à signaler. Celte disposition de l’entablement, observe l’architecte Legrand , pourra sans doute paraître une bizarrerie ; mais, continue-t-il, le résultat qui justifie la hardiesse de la tentative me confirme dans cette opinion, qu’un sculpteur, travaillant par sentiment plutôt que par méthode, fut probablement l’auteur de celte construction (¥). Le couronnement, ainsi que l'espèce de calotte terminale , présente encore de nouvelles singularités. Ce sont d’abord l’agencement de deux rangées de palmettes et de postes , où manquent des issues d’écoulement pour les eaux pluviales , remarque qui vient ici à l’appui de l’opinion de Legrand; et ensuite l’énorme fleuron, composé de diverses parties , dont le but et la destination semblent accusés, indépendamment de la cavité centrale, par celles des tiges secondaires, qui décrivaient dans leur position un triangle équilatéral, s’accordant parfaitement bien avec la disposition inférieure des trépieds représentés sur les panneaux de la colonnade, et dont un analogue surmontait, probablement, l’édicule.
Nous n’ajouterons plus que quelques mots, et ceux-ci doivent se rapporter à la coupe, qui a pour but de faire connaître plusieurs notions qui ne manquent point d’intérêt. Celle-ci nous montre l’épaisseur des différentes parties dont il est composé, et elle nous indique aussi, par des ligues horizontales qui coupent transversalement les motifs , toutes les assises de la construction ((*) **). On a également figuré la forme ainsi que les dimensions de la cavité du soubassement; enfin, l’exploration intérieure de la colonnade a fourni ce rensei-
(*) Cette opinion est évidemment bien grave et d’une haute portée , lorsqu’on la rapproche de la découverte de Pittakys ; car elle ne tendrait à rien moins qu’à dépouiller les architectes grecs du mérite de composition d’une de leurs principales œuvres, pour l’attribuer au talent et au génie d’un sculpteur qui aurait possédé de grandes connaissances et tenté des innovations dans l’art de bâtir. Mais, pour admettre une telle hypothèse, il faudrait reconnaître que l’erection d’un petit édifice, du genre de celui de Lysicrates, n’exigeait point impérieusement, de la part de son auteur, des notions spéciales et telles que pouvait en réclamer, d’un architecte, la construction d’un grand monument, soit celle d’un temple ou d’un théâtre, et qu’ainsi c’était plutôt ici une question de goût, de la part de l’artiste, qu’une œuvre où la pratique de l’architecture était tout à fait indispensable ; alors, peut-être, la découverte venant appuyer l’hypothèse, on se permettrait de penser que le chorége de la tribu Acamantide en avait chargé Praxitèles. Toutefois, et malgré la présence des travaux de sculpture , travaux qu’on pourrait, à la rigueur, attribuer à ce grand artiste , nous doutons encore de la réalité d’une opinion basée uniquement sur la simple découverte d’une inscription isolée. C’est la d'ailleurs une de ces questions difficiles que la haute science ainsi que l’érudition profonde d’un Rochette pourraient seulement éclaircir.
(**) A l’exception cependant d’un endroit où l’un de nos graveurs, avec son insouciance et sa légèreté habituelles, a fait une omission. Cette assise doit se trouver au point de jonction de la colonnade circulaire sur la corniche rectangulaire de la base.
— STYLE GREC
gnement précieux, que les chapiteaux n’ayant point été terminés de ce côté, leur état rudimentaire nous initie aux moyens à l aide desquels les artistes grecs préparaient ces sortes d’ébauches, moyens ou procédés qui s’écartaient peu du système d’épannelage usité, de nos jours, pour la préparation du travail des sculpteurs d’ornement.
Nous terminons ce qui a rapport à cet édifice en disant qu’à l’exception d’une partie du piédestal , qui est en pierre, tout le reste du monument a été construit en marbre pentélique , et en ajoutant aussi que la plupart des assises sont en blocs monolithes.
Peut-être n’est-il pas hors de propos de signaler maintenant à nos lecteurs un de ces exemples de restitutions hypothéquées auxquelles s’exposa très-souvent, depuis une époque déjà ancienne, l’imagination un peu trop inventive d’un certain nombre d’architectes. Nous les engageons donc à ouvrir le Vitruve de Cesarino (édit, de 1521), au verso de la page xxiv; ils y verront une grande gravure sur bois, représentant l’élévation de la Tour des Vents , telle qu’on la concevait au XVIe siècle. Cette composition , à part quelques dispositions ou ornements qui tiennent spécialement à la description de Vitruve , nous parait inspirée des horloges qu’on disposait alors, et depuis plus d’un siècle, sous la forme de monuments isolés, dans certaines parties des églises ou cathédrales. Nous n’en dirons pas davantage sur ce sujet , laissant à nos lecteurs toute liberté de se former eux-mêmes une opinion sur ce système de restitutions.
— BIBLIOGRAPHIE
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