‹ Monuments anciens et modernes (volume 2)Chapitre 7 sur 97 · PIERRES PERCÉES · texte numérisé non relu

PIERRES PERCÉES

On trouve quelquefois en France, et plus fréquemment en Angleterre, dans le pays de Galles et dans la Cornouaille insulaire , des pierres verticales percées de part en part. Les antiquaires anglais les désignent sous le nom de stone-hatched , pierre taillée, hachée. Voici ce qu’en dit Strutt (*) : « Ajoutez à cela ces pierres immenses où il y a des trous qu’on trouve souvent dans le comté de Cornouailles et dans d’autres parties du royaume, que Borlase (**) présume avoir été élevées par ordre des druides, pour quelque usage de religion. » Il est fort difficile d’expliquer la destination de ces singuliers monuments ; peut-être, ainsi que le suppose M. de Fréminville, ces pierres percées passaient-elles , chez les Celtes , pour avoir des vertus miraculeuses , et lorsqu’on avait un membre blessé, ou affligé de quelque infirmité, allait-on, après quelques cérémonies superstitieuses, le plonger dans le trou d’une de ces pierres, croyant par là être infailliblement guéri. M. de Fréminville se fonde principalement sur ce que cette croyance se serait transmise jusqu’à nous. En effet, une pierre de ce genre s’élevait pi'ès du village de Gouesnou (Finistère), et on a été forcé de l’enlever et de l’enfermer dans une chapelle pour mettre un terme à la superstition des paysans, qui allaient y fourrer leurs bras pour se guérir de différentes maladies.

D’autres antiquaires, tels que M. Renouard (***), supposent que ces monuments purent être des gnomons dont se servaient les druides pour connaître la hauteur du soleil , principalement au solstice. Malheureusement pour ces diverses conjectures , le monument même qui a donné lieu à la dissertation de M. Renouard vient donner à toutes deux un démenti formel. Je veux parler de la pierre fiche de Duneau, près Conneré (Sarthe). Le trou qui la traverse ( fig . 23) est percé à plus de 2™, 75 de terre; par conséquent, un homme n’aurait pu y atteindre pour passer le bras, encore moins la jambe. D’un autre côté, si M. Renouard eût examiné attentivement cette pierre, il eût sans doute remarqué, comme nous, que, vu l’inclinaison de l’axe de cette espèce de lunette, pour que les rayons du soleil y passassent , il faudrait que cet astre fût près de l’horizon ; mais il a disparu à l’égard du monument derrière les collines longtemps avant d’être arrivé à ce point. De

(*) Traité sur les mœurs et sur les usages des Anglo-Saxons, page 151.

(*4) Antiquités de Cornouailles.

(,***) Histoire du Maine, 1. 1, p. il.

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