AMPHITHÉÂTRE FLAVIEN A ROME
Une médaille frappée sous le règne de Vespasien , et qui est reproduite dans une de nos planches de Détails, fig. 2 , indique d’une manière certaine que ce fut cet empereur qui fit commencer, l’an 72 de notre ère , la construction de l’amphithéâtre Flavien, le plus vaste monument de ce genre qu'on ait jamais élevé dans l’antiquité. Le lieu qui fut choisi pour établir cet immense édifice était un terrain bas, situé entre les monts Palatin, Cœlius et Esquilin, à l’Orient de la Velia et du quartier des Carènes. 11 fut achevé en peu d’années, et tout le luxe de l’architecture et de la statuaire contribua à sa décoration. Titus, qui le termina f), lui donna le nom d’amphithéâtre Flavien , pour rappeler aux Romains qu’ils le devaient à l’empereur Vespasien , son père , issu de l’ancienne famille Flavia. Ce monument, célèbre dans l’histoire de Rome par les fêtes qu’y donnèrent les empereurs , et dans le Ras-Empire par les sanglantes exécutions des chrétiens, est encore de nos jours un des plus beaux ornements de la ville papale; les restes imposants nommés ruines du Colisée, en italien Colosseo , doivent cette dénomination soit aux dimensions de l’édifice, soit au colosse de Néron, qui s’élevait dans le voisinage.
Le plan du monument présente la forme qui fut généralement adoptée pour les amphithéâtres : il est elliptique; legrand axe AR a 200 mètres de longueur, le petit CD, 167 ; quatre-vingts arcades, distribuées régulièrementsur la circonférence, conduiscntà deux galeries parallèles, situées à rez-de-chaussée, vers la partie externe du monument ; arrivé dans la seconde, le public se dirigeait , par vingt-quatre corridors, dans deux autres galeries concentriques, comme les premières, situées au milieu des constructions, et destinées à conduire aux places les plus distinguées de l’amphithéâtre : celles du podium, réservées aux sénateurs, aux vestales, aux ambassadeurs, etc. , et celles des chevaliers, situées derrière. Ces deux précinctions , ou divisions de gradins, que l’inscription des frères arvali désigne par le mot mamiano , étaient desservies, la première par douze escaliers pratiqués dans l’épaisseur du gros mur inférieur le plus rapproché du podium; la seconde, par seize autres contenus entre des murs se dirigeant de la troisième galerie vers le centre de ledilice , et par le corridor E , situé au niveau du premier étage. Le peuple montait directement et de fond à la troisième précinction , par les nombreux escaliers qui débouchaient dans les galeries voisines de la circonférence; enfin les affranchis, les serviteurs et les courtisanes étaient , suivant un décret d’Auguste , relégués aux degrés supérieurs , à la summa cavea. ils y parvenaient par des escaliers secondaires, appuyés sur les voûtes de la galerie du second étage. (Voir la coupe générale de l’édifice et le plan à la lettre G.) Dans les axes du monument, le plan était disposé de manière à établir des arrivées plus vastes que partout ailleurs, pour donner un accès facile aux tribunes d'honneur; celle de l’empereur, située au point E sur le petit diamètre, était annoncée sur la façade par deux colonnes en saillie portant un fronton. Deux autres tribunes, placées sur le grand axe, contenaient des chars de victoire , le munerarius (Suétone), éditeur qui donnait les jeux , et les magistrats qui y présidaient.
Toutes ces constructions, dont nous venons de décrire le plan, formaient un massif de 60 mètres d épaisseur, enveloppant dans son circuit l’arène, destinée aux jeux et aux combats ; sa forme était ovale, ovi speciem concludens (Cassiodore). Enveloppé par le mur inférieur ou podium, cet espace tirait son nom du sable ( arena ) que des esclaves éthiopiens y répandaient avant le spectacle. Sous l’arène étaient de nombreuses constructions voûtées (voir le plan, fig. 1), destinées à réunir les gladiateurs avant le combat, à renfermer les animaux et les malheureux condamnés an supplice des bêtes. Les voûtes servaient aussi au jeu des machines théâtrales nommées pegmata par Martial. Selon Stace et Trebellius Pollion, ou donnait aussi le nom de cavea à l'ensemble de ces voûtes souterraines.
La décoration extérieure secomposait dequatre étages, couronnés chacun d’un entablement complet faisantle tour de l’édifice ; les trois premiers ordres offraient des colonnes engagées, doriques, ioniques et corinthiennes, entre lesquelles s’ouvraient deux cent quarante arcades, dont quatre-vingts pour chaque étage. La partie supérieure du monument formant attique était percée de quarante haies carrées disposées symétriquement ; des pilastres corinthiens portant des piédestaux, comme les ordres du premier et du second étage, décoraient cette muraille élevée. Entre les pilastres de l’attique régnait , aux deux tiers de la hauteur de l’ordre, une suite de deux cents quarante consoles, destinées à porter un pareil nombre de poteaux en bronze, qui , traversant la corniche supérieure, s’élevaient au-dessus des constructions pour maintenir les câbles d’un immense velarium tendu sur la totalité du monument, dans le but de mettre les spectateurs à l’abri du soleil pendant la durée des spectacles. Afin que le bon ordre pût s’établir dès l’arrivée du public dans un aussi vaste édifice, les arcades du rez-de-chaussée
(*) L'an de Rome 834, et de l’ère vulgaire 84. Cuspiniani, Cumin, in Aurel. Cassiocl. consul.
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étaient numérotées au-dessus des archivoltes , en chiffres d’une assez grande dimension , pour qu’on pùt les voir facilement de loin. Ces numéros extérieurs devaient avoir une certaine corrélation avec un numérotage intérieur. La médaille de Yespasien, déjà mentionnée au commencement de cette notice, fait voir que des quadriges et des statues décoraient le vide de toutes les ouvertures du premier et du second étage. Ces sculptures étaient posées sur des piédestaux établis en saillie devant l’appui ou garde-fou qui , dans le vide des arcades, protégeait des chutes au dehors ceux qui, circulant dans les galeries supérieures, s’approchaient de la façade. Les arcades inférieures, donnant entrée à l’édifice, étaient closes, dans l’intervalle de deux représentations , par des barrières en bois, qui , le jour, empêchaient les curieux d’errer dans le monument, et la nuit, les gens sans asile de s’y réfugier. On voit encore les traces de ces clôtures , ou plutôt des moyens employés pour les maintenir en place d’une manière solide : ce sont des trous carrés , pratiqués deux à deux sur chaque face des piliers qui correspond à l'épaisseur du mur extérieur; établis tous à la même hauteur, ces trous sont séparés par un intervalle qui indique l’épaisseur qu’avait la barrière de bois ; des traverses placées dans les trous, lune devant, l’autre derrière la barrière, et assujetties par un boulon mobile avec serrure, fixaient solidement la clôture, qu’on pouvait enlever à volonté très-rapidement. Les voûtes rampantes pratiquées sous les grands escaliers devaient servir à renfermer ces barrières pendant les représentations.
Une planche de détails, jointe à cette notice, fait connaître, sur des dimensions suffisamment grandes, le style des quatre ordres d’architecture qui décoraient le monument à l’extérieur. La figure l'c donne en géométral les parties principales de l’ordre dorique; la hase, qui est d’une forme particulière, repose sur trois marches ; le chapiteau et l’entablement , simples et graves dans leurs profils , s’harmonient d’une manière convenable avec la destination de l’édifice ; la frise est nue et dépourvue de triglyphes. A la figure 2 est la coupe du couronnement complet. L’imposte et l’archivolte des arcades inférieures sont tracées à la figure 3. L’ordre ionique dont est décoré le premier étage (fig. 4 et 5) est étudié avec la même simplicité que celui qui le supporte; les denticules et autres détails délicats ont été supprimés; la frise est sans ornement; le chapiteau lui-même a été très-adroitement simplifié par la suppression des filets qui encadrent ordinairement les volutes; la base est de forme attique , et repose sur un piédestal. La figure G est le détail de l’imposte et de l’archivolte qui décorent les arcs de cet étage. Le troisième ordre (fig. 7 et 8) est un corinthien, qui n’a de ce style que les proportions générales; la base est la plus simple de toutes celles qui décorent le monument, les feuilles du chapiteau , les tigettes, les fleurons , n’ont été que massés , et sont dépourvus des fines découpures qui en font ordinairement toute la richesse. Des modillons cubiques et sans sculpture couronnent convenablement ces trois étages sévères , en se mêlant aux moulures de l'entablement. La figure 9 reproduit l’imposte et l’archivolte de ce troisième ordre. Le quatrième détail (fig. 10) est l’ordre de pilastres qui décore l’attique : il est corinthien; le chapiteau massé et sans sculpture a cela de particulier que, pour éviter la maigreur à une aussi grande élévation , l’architecte a fait reproduire en pan coupé le second rang de feuilles et les volutes, au lieu de les profiler à angle droit, comme le fut du pilastre et les feuilles inférieures du chapiteau.
La frise comporte une série deconsolessurmontéesd’unprofild’architrave, pour éviter une trop grande saillie; les poteauxen bronze qui portaientle ve/armm, traversant toutee couronnement, l’interrompaientà des distances égales pour venir reposer sur les consoles figurées en coupe et en élévation sur la planche des ordres, figure 12.
L’intérieur de l’amphithéâtre avait l’aspect d’un vaste entonnoir, en raison de la pente générale établie pour qu’on pût voir de toutes les places. On nommait cavea l’ensemble de cette disposition en creux. La summa cavea était la partie supérieure qu occupaient les esclaves. Chaque banc destiné à faire asseoir le public formait un gradus , gradin ; il était divisé dans toute son étendue par des lignes gravées, également espacées et limitant les places ou siibsellia (*). Les lettres initiales, et quelquefois les noms entiers des personnages ou des corporations propriétaires de ces places , y étaient gravés profondément; le fragment de gradin (fig. 9) placé auprès du plan, indique un nom : VERO. Les places sans noms ou marques quelconques étaient libres, et pour le public sans qualités ou fonctions. Les gradins étaient réunis en plusieurs rangs, afin de placer, sans les confondre, les diverses classes de la société; chacune de ces divisions se nommait mœnianum (**) , circuit , précinction ; elles étaient séparées les unes des autres par des murs plus ou moins élevés , ou des gradins trop hauts pour être franchis; ces séparations formant en quelque sorte des ceintures qui se distinguaient des gradins par leur élévation , avaient reçu le nom de bciltei. Dans l’amphithéâtre Flavien, le mur qui séparait la troisième précinction de la quatrième, était fort élevé ; les portes et les niches qu’on y avait pratiquées étaient
(*) Vitruve, Lib. III, p. G5.— (**) Inscription des cirvali.
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décorées de colonnes, de frontons et de statues. Des détails de ces petits ordres sont reproduits sur une de nos planches, aux figures 4,5 et G , auprès du plan.
Chaque précinction était coupée dans tout son circuit par des escaliers étroits, dont ordinairement deux marches étaient taillées dans la hauteur d un gradin , comme on le voit au bas de la figure 3 , placée sur la coupe générale de l’édifice. Ces escaliers s’établissaient dans la hauteur de la précinction , devant les portes d’entrée pratiquées dans les murs de séparation ou baltei ; ils n’occupaient que la moitié inférieure de la réunion de gradins , lorsqu’on arrivait aux places par des issues que Macrobe nomme vomitaria , vomitoires et qui étaient pratiquées aux dépens des gradins eux-mêmes , comme on en voit un exemple très-orné et provenant du Colisée, qui a été reproduit à la figure 3, au-dessous de la coupe générale. Les portions du circuit comprises entre deux escaliers étaient nommées cunei (*), et avaient en effet la forme d’un coin. Ces cunei étaient numérotés par un chiffre , afin qu’on pût se diriger vers la portion du circuit où l’on devait prendre place ; il est probable aussi que chaque rang de gradins avait un numéro (voir le fragment de gradin n° 8, auprès du plan). Les bancs étaient taillés de manière à se soutenir mutuellement et à ne pouvoir glisser les uns sur les autres, comme on le voit aux figures 8 et 9 , auprès du plan. Dans les amphithéâtres dont on a retrouvé un grand nombre de gradins, on remarque de grandes différences dans leurs hauteurs, ce qui fait présumer qu’ils étaient ainsi disposés pour les spectateurs qui apportaient des coussins (**)et des tabourets de pieds; on le permettait aux femmes et aux sénateurs. Tous ces bancs avaient une largeur uniforme et plus que suffisante pour s’asseoir, afin qu’en circulant on ne pût gêner les personnes assises ; devant chaque mur de précinction ou de ceinture était une large voie, parce que c’était là qu’arrivait la foule par les issues, avant de se distribuer à toutes les places.
La summa cavea était décorée d'une loge ou galerie à colonnes, faisant le tour intérieur de l’édifice ; le chapiteau composite et la base (fig. 3, auprès du plan) proviennent de sa décoration. Sous cette loge était une suite de gradins en bois, comme on l’apprend par l’inscription des arvali, qui fut trouvée dans la campagne de Rome, et qui indique les places qu’occupaient ces prêtres, in ligneis tabulis , summo mœniano. Les câbles du velarium , partant des poteaux en bronze placés au sommet de la façade , passaient par-dessus cette galerie et se dirigeaient vers le centre du monument.
Selon Victor, le Colisée contenait 87,000 spectateurs assis. Quelques auteurs ajoutent à ce nombre 20,000 personnes, qui , arrivant trop tard pour trouver place sur les gradins, pouvaient se tenir debout auprès des murs de précinction, dans les corridors de dégagement et sur toute l’étendue des petits escaliers qui séparaient les cunei. Le chiffre s’élèverait ainsi à 107,000. Pour maintenir l’ordre dans un nombre aussi considérable de spectateurs, pour empêcher en outre que les divisions de l'édifice réservées aux divers ordres de l’État par les lois Roscici et Julia , fussent envahies par la foule , les magistrats plaçaient des gardes qu’on nommait locarii , et qui veillaient à ce que chacun se plaçât selon son rang et sans tumulte ; ils devaient se tenir debout auprès des vomitoires et des portes d’entrée, et formaient, ainsi que les 20,000 spectateurs non assis, ce qu’Apulée nomme les excuneati , c’est-à-dire ceux qui étaient en dehors des cunei. Le rang inférieur de cette foule immense avait devant lui un appui, porté par le mur du podium, dont l’élévation, selon Carli (’**), était de 5 mètres. Quelques accidents ayant eu lieu dans les rangs inférieurs par l’agilité d’animaux féroces qui avaient franchi le podium , des grilles furent placées au-dessus pour en augmenter l’élévation, sans nuire à la vue de l’arène; on y ajouta des rouleaux en bois , tournant sur des axes de fer, pour empêcher les animaux de monter. Derrière le mur du podium était un corridor, élargi de distance en distance par des niches profondes. Les auteurs qui ont écrit sur le Colisée ont pensé qu’on y enfermait les animaux (****). Ce corridor est trop étroit, trop obscur, pour admettre qu’il avait cette destination ; il ne semble avoir été ménagé que pour le service , les animaux étant amenés dans des cages de fer au moment des spectacles, ou renfermés dans des constructions établies sous l’arène, comme nous l’avons indiqué dans le plan , et comme on peut le voir dans la coupe générale de l’édifice.
Avant de commencer les fêtes de l’amphithéâtre, on entrait dans l’arène, et, avec une certaine pompe religieuse, on faisait des sacrifices à Jupiter, auquel étaient consacrés les jeux. Lipse (*****) pense que l’autel était placé au centre du monument, et qu’il y était établi d’une manière stable; Maffei croit, au contraire, qu’il pouvait être enlevé, afin qu’il ne pût nuire aux spectacles. Les dimensions de ces autels étaient trop minimes
{*) Inscription des arvali.— (**) Pulvinar , pulvinus. Ovide, de Acte arnandi, LI, v. 159. — (***) A ut. ital. , T. II, p. 186 —(****) Carli, Aut. ital., T. Il, p. 205.— (*****) De Amphit. , cap. XIII.
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pour gêner dans un aussi grand espace. Il est donc probable que le petit autel figuré au n° 7 auprès du plan était consacré à Jupiter et dressé dans l’arène.
La médaille de Yespasien , reproduite à la figure 2 , auprès di plan de l’amphithéâtre , fait voir au sommet de l’édifice et dans toute sa circonférence des tiges verticales surmontées d’un cercle; de plus, dans la partie qui représente l’intérieur du monument, le graveur a figuré des courbes renversées comme des draperies. Ces diverses indications sont celles du velarium , qui couvrait l’édifice pendant les représentations théâtrales, pour mettre les spectateurs à l’abri du soleil. Les Romains devaient son introduction dans les théâtres à Quintus Catulus, qui l’avait imité de Capoue, l’an de Rome 684. Des poteaux en bronze, de 10 mètres de longueur environ, traversaient la corniche supérieure du monument par des trous pratiqués entre les modillons de cette corniche ; leur extrémité inférieure allait se fixer dans des entailles faites ad hoc dans les consoles isolées qui régnaient sur une même ligne aux deux tiers de l’ordre de pilastres dont l’attique était décoré. (Voir l’élévation restaurée et la coupe placée auprès.) Les cercles qui sont figurés sur la médaille au sommet des poteaux, rappellent probablement les boucliers cités par un auteur ancien , comme décorant le sommet de l’amphithéâtre Flavien ; ils avaient peut-être pour but de masquer les poulies qui servaient au tirage des câbles du velarium. Les poteaux , bien qu’établis en métal , auraient été trop faibles pour soutenir le poids du vélum , s’ils n’avaient été contre-butés à l’intérieur de l’édifice, sur l’épaisseur du mur de l’attique, par des contre-fiches; des pièces horizontales et des poteaux intérieurs placés sur la terrasse de couverture de la loge ou galerie supérieure (voir la coupe placée auprès delà façade restaurée) complétaient le système. Les poteaux, ainsi disposés avec solidité, pouvaient soutenir le poids immense des câbles, qui , partant de la circonférence , allaient porter audessus de l’arène la partie fixe du velarium. Les courbes renversées en forme de draperie qui se remarquent sur la médaille de Yespasien, indiquent d’une manière certaine que des rideaux mobiles et d’une largeur peu considérable pouvaient être tendus sur les câblés au moyen d’anneaux, de cordes et de poulies, et couvrir ainsi tout le circuit formé par les gradins, en se développant depuis la circonférence du monument jusqu’à celle du voile fixe tendu au-dessus de l’arène. (Voir au-dessous de la coupe générale le détail du velarium .) Ces rideaux, lorsqu'ils étaient repliés auprès des poteaux, devaient former une espèce de draperie autour du monument ; c’est ce que le graveur a figuré sur la médaille. L’ensemble du velarium devant fléchir vers le centre par le poids considérable des toiles et des câbles , il était maintenu dans cette position légèrement courbe par des cordages qui , partant de la circonférence de la partie fixe et centrale , allaient s’attacher au mur du podium. Ce système général de construction du velarium , beaucoup plus simple que ceux qui ont été proposés par Carli, Stancovicb et autres auteurs qui ont traité des amphithéâtres, a déjà été produit dans la description de l’amphithéâtre de Nîmes, à laquelle nous renvoyons pour plus de détails.
Le Colisée est trop ruiné depuis longtemps pour qu’on ait pu étudier d’une manière certaine la manière dont les eaux pluviales étaient dirigées pour éviter leur séjour sur les gradins , dans les corridors situés au pied des murs de précinction , sur le sol de l’arène et dans toutes les parties de cet immense édifice , où elles auraient causé de grands ravages si elles n’avaient été sagement détournées dans des aqueducs. Trop de soin et de luxe avaient présidé à sa construction, pour qu’on ne puisse avoir la certitude que l’architecte avait fait une étude toute particulière de ces détails essentiels à la conservation du monument. L’amphithéâtre de Nîmes, si complet dans tous ses détails , peut suppléer pour ce qui manque au Colisée ; ou peut juger par lui que , si , dans les colonies , l’intelligence de l’architecte savait tout prévoir, celui qui fut chargé par les empereurs Yespasien et Titus d’enrichir la capitale du plus beau et du plus vaste monument qu’elle ait jamais vu s’élever dans ses murs, sut se rendre digne de sa mission, en mettant tous ses soins à en assurer la conservation, en harmonisant les détails avec la conception générale.
1° Suetonii Tranquilli (C.) opus de vitis XII Cœsarmn, etc. : — in Vespasian : cap. X.
2° Cassiodori {Aurel.) opéra var., L. IV.
3° Serlio {Seb.j, Architettura, L. III; Venezia, 1551, in-4°.
4° Cuspihiam Comment, in Aur. Cassiod.consules ; Basileœ, 1553.
5° Lipsü {Justi),de amphitheatris, Antuerpiœ, 1621, in-f°, pl.
6° Montfaucon, l’Antiquité expliquée, t IIT, 2e partie ; Paris, 1719,in-f°,pl. 7° Fontana {Carlo), L’Anfiteatro Flavio, descritlo e delmeato ; Nel Ilaia, 1725, in-f°, pl.
s° Maffei, degli anjUealri; Verona, 1728, in-f°, pl.
9" Piranesi, le Antidata romane ; Borna, 1756, 5 vol. in-f°, pl.
10° Joseph Vasi, Itinéraire de Rome; Rome, 1786, in-8°, pl.
11° Carli, Architectura italiane, 1788.
12° Nibby, del Foro romano, clella Via sacra, delV Anfiteatro Flavio e de luoghi adjacenti ; Roma, 1819, in-8°, tig.
13° Stancovich, dello anfiteatro diPola; Venezia, 1822, in-8°, pl.
14° Canina, Architettura anticha, Partie Romaine; Rome, 3 vol. in-P et texte in-8°.
15° Quatremère de Quincy, Dictionnaire d’architecture, article Am phithédtre.
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AMPHITHEATRE DE NIMES
De toutes les colonies que Rome fonda sur le sol des Gaules, Nîmes est celle qui a le mieux conservé son antique figure : on y voit encore debout une partie de l’enceinte et les portes principales; le bel ensemble des bains et le temple de Diane, groupés autour de l’abondante fontaine qui fut l’origine de la ville ; la Tour-Magne , dominant les rochers abrupts dans lesquels sont taillés les réservoirs qu’alimentait l'aqueduc du Gard; la Maison-Carrée , temple admirable par son élégance et sa conservation; 1 amphithéâtre , enfin , qui suffirait seul pour rendre célèbre la ville qui en est ornée.
Ce dernier monument , que nous nous proposons de décrire , n’a pas les dimensions du Colisée ou des amphithéâtres de Vérone et de Capoue; mais la gravité de son architecture, si bien harmonisée avec le sujet, la belle distribution de l’ensemble, la conservation miraculeuse de tout ce qui peut en expliquer jusqu’aux moindres détails, en font un édifice des plus importants pour l’histoire de l’art et pour l’étude des usages auxquels il fut consacré.
D’après un fragment d’inscription , trouvé dans l’enceinte de 1 amphithéâtre , la construction daterait de la seconde moitié du Ier siècle de 1 ère chrétienne ; il suffit, au reste , de voir cet édifice, pour l’attribuer à la plus brillante époque de l’art chez les Romains.
Le plan est elliptique (voyez PL de Détails, fig. lrc); son grand axe est de 133m 38e, le petit de 101m 40e. Un massif de constructions, de 3 1 m 53e d’épaisseur, contient cinq vastes galeries de circulation, des aqueducs, de nombreuses salles, et 1G2 escaliers principaux, conduisant à 35 rangs de gradins qui plongent sur l’arène, espace vide et de forme elliptique , réservé au milieu de l’édifice pour les jeux et les combats. La hauteur totale du monument est de 2 lm 32e, divisés en deux étages : le premier composé de 60 arcades que séparent des contre-forts carrés ou pilastres, le second formé d’un même nombre d’ouvertures et décoré de colonnes doriques engagées que portent des piédestaux. Un attique couronne ces deux ordres; il est divisé dans toute sa circonférence par 1 20 consoles saillantes, percées verticalement de trous ronds , dont l'usage sera expliqué plus loin.
Les arcades ARCD , PL de Détails, fig. lre, situées aux extrémités des diamètres de l’ellipse , sont plus larges que les autres de 65e chacune; elles conduisent jusqu’à l’arène; percées dans des avant-corps de 30e de saillie, celles du grand axe servaient d’entrée aux combattants et aux animaux; au nord vers la ville, la porte pratiquée sur le petit axe est surmontée de deux bustes de taureaux, sculptés en grand relief, et qui paraissent avoir été un emblème de la colonie, puisqu’on les retrouve sur la porte principale de la ville. Cette décoration, reproduite au second étage des arènes, indiquait l’entrée d’honneur réservée aux magistrats qui gouvernaient au nom de l empereur.
La galerie extérieure du rez-de-chaussée, dont nous donnons la représentation (*), est voùtee en plein cintre; des arcs-doubleaux, portés par des consoles, en soutiennent la construction supérieure. Elle donne entrée, par 30 corridors , à une galerie intérieure qui lui est parallèle , et qui dessert toutes les loges des principaux citoyens de la colonie, disposées sur une première précinction de quatre gradins. L’appui inférieur de ces loges, divisées entre elles par des stalles de pierres , portait les noms des familles ou des corporations auxquelles elles appartenaient, ainsi que le nombre de places qui leur étaient réservées. On a trouvé plusieurs de ces inscriptions. Ce même appui servait de couronnement à un mur de 2™ 09e d’élévation , nommé podium , et qui, faisant le tour de l’arène, séparait les spectateurs des combattants. Dans ce mur, composé de grandes dalles de pierre placées verticalement, s ouvraient quatre portes sur les points cardinaux; celle du nord, dont nous donnons une vue dans son étal actuel (**), laisse voir, par le dérangement des pierres, les petits escaliers par lesquels arrivaient les premiers magistrats de la colonie; on trouve encore au-dessus de la porte, dans toute la hauteur de la première précinction, les traces de leur loge réservée. Au midi, une tribune semblable à celle-ci était consacrée aux décurions et aux juges des jeux.
La seconde précinction , composée de onze rangs de gradins , était destinée aux chevaliers ; elle est séparée de la première par un second podium ; 48 vomitoires y donnent entrée de la galerie basse et de celle de l’entresol. Tous les vomitoires ou issues conduisant aux gradins sont disposés de manière à éviter les courants d’air, ce que l’architecte a obtenu en n’en plaçant aucun en face des corridors qui conduisent aux galeries extérieures. L’arrivée à toutes les places est facilitée par de petits escaliers taillés dans la hauteur des sièges, vis-à-vis chaque vomitoire.
(*) Voyez la ligure placée à gauche dans la planche : Partie du podium et Vues des Galeries.
(**) Voir la planche : Partie du podium et Vues des Galeries , figure inférieure de droite.
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La troisième précinction, disposée pour les simples citoyens de la colonie, comporte dix rangs de gradins; elle n’est séparée de la seconde que par une assise plus élevée que les sièges , et couronnée d’un bandeau saillant : les spectateurs arrivaient à ces places par 30 vomitoires auxquels aboutissaient autant d’escaliers venant de la galerie du premier étage, dont nous donnons un dessin (*).
Aussi large que celle du rez-de-cbaussée, cette galerie est moins élevée, et présente dans sa construction des détails curieux. Elle s’éclaire par les 60 arcades du second ordre extérieur, et se compose d’un pareil nombre de voûtes rampantes, qui, du mur de face, se dirigent vers le centre de l’édifice. Les retombées de ces voûtes sont soutenues , dans une partie de leur longueur, par d’immenses linteaux architravés et d’une seule pièce, dont la portée est diminuée par des consoles; l’espace compris entre deux retombées de voûtes, et situé par conséquent derrière les gros piliers de la façade , est rempli par un arc-doubleau , appareillé dans le sens de la galerie et supporté par des consoles saillantes.
Au sommet des escaliers de la troisième précinction , des paliers de retour conduisent à ceux qui desservent la quatrième, destinée au bas peuple et aux esclaves. Une galerie plus étroite que toutes les autres et interrompue devant 30 vomitoires par de petits escaliers doubles, porte sur sa voûte demi-circulaire les gradins les plus élevés de l’amphithéâtre , dont le dernier va s’appuyer contre le mur de l’attique.
Si les jeux étaient interrompus par un orage , les cinq galeries placées aux différents étages de l’édifice , pouvaient en un instant mettre les spectateurs à l’abri, et ils retournaient aussi promptement à leurs places en raison des facilités de la distribution ; à la fin des jeux , lorsqu’ils évacuaient l’amphithéâtre , ils le pouvaient faire simultanément et sans confusion , les escaliers s’élargissant toujours en se rapprochant des étages inférieurs d’une quantité égale à la largeur des vomitoires qui leur fournissaient de nouveaux spectateurs disposés à sortir. Cette combinaison pour éviter le désordre, était indispensable dans un vaste édifice qui, aux jours de fête, d’après une appréciation exacte du développement linéaire des gradins, pouvait contenir 24,200 spectateurs.
Pour satisfaire aux besoins d'un aussi grand nombre d’hommes réunis dans le monument, on avait disposé à tous les étages et dans toutes les galeries de communication , des cuvettes en pierre au nombre de 240 ; des égouts habilement disposés dans l’épaisseur des constructions portaient , sans odeur, toutes les eaux à un aqueduc situé dans les fondations de l’édifice.
L’architecte avait dû faire une étude spéciale des moyens de dégager une construction aussi vaste des eaux pluviales, qui, sans sa prévoyance à cet égard , auraient pu la dégrader facilement. On reconnaît encore quels furent les moyens simples et ingénieux dont il fit usage pour arriver à ce but.
Tous les gradins ont une légère pente vers leurs bords, de sorte que les eaux s’écoulent du supérieur sur celui qui est au-dessous ; aucun obstacle ne les arrêtant depuis le sommet de l’édifice jusqu’au second podium, qui sert de limites à la seconde précinction, retenues là par ce mur, elles s’y accumuleraient bientôt si 24 égouts, percés dans l’épaisseur du marchepied de cette précinction , ne les portaient dans un grand aqueduc circulaire situé directement au-dessous. Des dispositions analogues avaient été prises pour dégager la précinction inférieure ; mais comme elle n’était composée que de quatre gradins, 12 égouts avaient été jugés suffisants pour ce service.
Les vomitoires ouverts sur l’amphithéâtre recevant aussi une certaine quantité d’eau, les galeries intérieures auraient pu en souffrir ; on avait pourvu au dessèchement de ces nombreuses ouvertures en plaçant à chacune d’elles un large seuil ayant une légère pente sur sa longueur et sur sa largeur , et portant l’eau dans un angle percé d’un trou circulaire, qui la dirigeait par des rigoles placées dans la maçonnerie jusqu’au grand aqueduc intérieur ; un système de pentes et d’égouts conduisait aussi au même aqueduc toutes les eaux , qui , battues par le veut, pouvaient entrer dans les galeries extérieures du rez-de-chaussée et du premier étage; enfin, l’eau de pluie qui tombait sur la surface «tendue qui forme l’arène , allait, par les pentes du sol, dans un aqueduc ou Enripe de forme elliptique , situé à 2m,42c en dehors du podium et couvert de dalles, dessous lesquelles l’eau passait par de petites rigoles tracées dans les pierres qui bordaient l’aqueduc, PI. de Détails , fig. 2, EE.
Une issue était donnée à toutes les eaux réunies dans les conduits souterrains, par un canal qui les portait jusqu’aux fossés de la ville, situés à peu de distance vers le midi. Cet égout traverse l’édifice du nord au sud, en formant un angle obtus au milieu de l’arène (**), de sorte qu’il coupe tous les aqueducs intérieurs sur deux
(*) Voir sur la planche : Partie du podium et J'ues des Galeries, la figure supérieure placée à droite.
(**) Voyez Planche de détails, figures 1 et 2, GGG.
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points, afin d’éviter les engorgements ; de plus, se prolongeant au nord sous une partie de la ville, il apportait des eaux courantes de la fontaine de Nîmes, tant pour nettoyer les conduits souterrains que pour donner au besoin, dans l’arène, une assez grande quantité d’eau pour porter de petites galères dans lesquelles se plaçaient les soldats ou les jouteurs lorsqu’on représentait les naumachies. Les précautions prises dans le jointoyement des pierres qui forment le podium, l’isolement ménagé entre elles et le mur qui porte les gradins inférieurs de la première précinction, PL de Détails, fig. 6, 1, pour y placer de la terre glaise, l’abaissement du sol de l’arène relativement à celui des galeries du rez-de-chaussée , tout concourt à faire croire que des combats sur l’eau pouvaient être exécutés dans l’amphithéâtre.
Les autres spectacles devaient être à peu près les mêmes que ceux qui étaient donnés généralement dans ces édifices ; un des appuis des arcades du premier étage représente un combat de gladiateurs , sculpté en bas-relief. Il est malheureux que tous les autres appuis aient disparu , ils donneraient à cet égard des notions précises. Quant aux combats d’animaux , ils se réduisaient sans doute à ceux des taureaux et des sangliers très-communs dans le pays, et n’offrant aucun danger pour les spectateurs, qui n’étaient séparés de l’arène que par un podium de 2m,69c d’élévation, barrière qui eût été bien insuffisante si l’on admettait que des lions et des tigres yeussent été abandonnés à toute la liberté de leurs mouvements.
Les amphithéâtres étaient couverts d’une toile immense qui mettait les spectateurs à l’abri des rayons du soleil pendant les jeux , précaution indispensable dans des contrées méridionales. Cette tente est nommée par les auteurs anciens Velarium , ou Vêla au pluriel, ce qui indique qu’elle était composée de plusieurs pièces de toile, formant dans leur ensemble un système complet de couverture légère.
Nous avons indiqué en commençant une suite de consoles saillantes en pierre faisant le tour de l’attique â l’extérieur des arènes de Nîmes. Elles sont toutes percées d’un trou rond, de 30 centimètres, qui correspond à un autre de même dimension, pratiqué immédiatement au-dessous de la saillie de la corniche du second ordre, PL de Détails, fig. 3 et 4. Des poteaux étaient plantés dans ces trous, et retenus par des colliers en fer dont on retrouve encore les scellements , et qui avaient pour but d’éviter le contact immédiat de la pierre avec le bois, dont le gonflement en temps de pluie aurait occasionné la rupture des consoles.
Ces poteaux élevés au-dessus de l’attique devaient soutenir latente par un système de cordages qui, partant du centre, venaient s’y rattacher, PL de Détails , fig. 5. Mais ces cent vingt poteaux, quel que fût leur diamètre, n’auraient pu soutenir le poids d’une aussi grande quantité de cordages et de toiles, surtout lorsque le vent soufflait avec violence. L’architecte avait suppléé â la faiblesse des poteaux , en les arc-boutant de l’extérieur â l’intérieur, Pl. de Détails , fig. 3, et par conséquent dans le sens de l’action directe exercée par le poids de la tente. On trouve au sommet de l’attique les traces de pièces horizontales qui , partant de chaque poteau , allaient se relier à des poutres verticales placées à l’intérieur, dans des trous pratiqués sur le dernier gradin, PL de Détails , fig, 3 et 4. Ces sablières horizontales devaient supporter les jambes de force qui contre-butaient les poteaux, et leur donnaient la possibilité de soutenir le poids du velarium.
On a vu précédemment que la tente était composée de plusieurs parties distinctes. D après les notions qu on peut tirer des textes anciens sur les velaria , il est certain qu’une partie fixe , et d une seule pièce , quelquefois décorée de broderies, et affectant â peu près la forme de l'arène, était suspendue au milieu de 1 amphithéâtre par les cordages tendus jusqu’aux poteaux (*) ; une corde solidement cousue autour permettait un tirage suffisant pour obtenir une tension complète, qui devait se faire au moyen de poulies fixées à 1 extrémité des pièces de bois. Des numéros gravés sur les consoles indiquaient aux esclaves attachés à ce service la place qu ils devaient occuper, et la manœuvre pouvait alors se faire avec régularité. Mais cette toile centrale ne suffisait pas , l ombre qu’elle projetait ne mettant â l’abri du soleil qu’une faible partie des spectateurs.
Les cordes tendues , au nombre de 120 , et se dirigeant de la partie fixe jusqu aux poteaux, avaient assez de force pour supporter d’autres toiles plus ou moins larges, PL de Détails, fig. 5, M, et dont 1 ensemble formait une surface égale à la courbe décrite parles gradins. Fixés aux cordes par des anneaux, ces voiles devenaient mobiles, et pouvaient être tirés du centre à la circonférence, et réciproquement, selon que le besoin d ombre se faisait sentir dans telle ou telle partie de l’amphithéâtre N, PL de Details , fig. 5.
Le poids d’une aussi grande quantité de toiles, de cordages et d anneaux, devait nécessairement faire fléchii le velarium dans la partie centrale ; un vent violent pouvait donc soulever tout cet ensemble, et causer des ruptures dangereuses pour les spectateurs. On avait obvié â cet inconvénient en fixant de longues cornes a la circonlérence
(*) Voyez la Planche de Détails, filtre 5, L.
— STYLE GRECO-ROMAIN
de la partie fixe de la tente , et en les amarrant au mur du podium. Vers le gradin inférieur de la première préemption , de nombreux trous de scellement qu’on trouve dans cette partie des dalles verticales , des rainures formées dans quelques pierres de couronnement , et qui indiquent un frottement causé par la vibration des cordes, expliquent ce complément indispensable à la solidité du velarium. ( Voir ce detail du podium à la fig. G de la planche de Détails.)
L’édifice dont nous venons de faire connaître l’ensemble et l’harmonie n’est pas moins remarquable par les soins apportés à sa construction. Trois carrières fournirent les matériaux. La pierre, dure et compacte, a été employée en grand appareil de 2 et 3m cubes ; posées sans ciment, les assises sont si bien taillées qu’on trouve difficilement les joints ; des coins en bois de chêne reliaient toutes ces pierres entre elles. Les difficultés que présentait la forme courbe de l’édifice , coupée dans tous les sens par des voûtes rampantes , par les projections variées des portiques, des arcs doubleaux, etc., ont été surmontées avec une grande précision. Enfin, après dix huit siècles d’existence, ce monument n’offre d’autres avaries que celles qu’il doit à la main des hommes.
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AMPHITHEATRE DE POLA
L’Istrie, province de l’empire d’Autriche depuis les traités de 1814, est située au fond de la Mer Adriatique, qui limite ses côtes de toutes parts, excepté au Nord , vers la Carniole. Soumise l’an 473 de Rome (*), elle vit bientôt les colonies militaires s’établir sur ses rivages. Pola, nommée plus tard Pietas Julia, fut une des plus florissantes, si l’on en juge par les nombreux monuments antiques qu’on y voit encore. Le plus vaste et le plus remarquable de ces édifices est un amphithéâtre construit en dehors de la ville, sur la pente d’une colline, et qui, vu de la mer qu'il avoisine, produit par son ensemble un très-bel effet.
11 est difficile de fixer l’âge de ce monument d’une manière précise. Le chanoine Stancovich, qui l’a décrit dans une savante notice, publiée à Venise en 1822, croit qu’il est antérieur au siècle d’Auguste; ce qui est peu probable, puisqu’à cette époque Rome elle-même ne possédait que des amphithéâtres en bois. Quoiqu’il en soit, les dispositions particulières qui distinguent cet édifice de tous ses analogues encore en si grand nombre, l'ont fait juger nécessaire à une publication qui a pour but de faire connaître les monuments de tous les âges, et les nuances qui font différer ceux d’un même genre et d’une même période.
L’amphithéâtre de Pola a conservé presque intacte toute son enceinte extérieure (Voyez le plan, fig. 1 , de la lre planche de détails). Sa position spéciale, sur le revers d’une colline, est cause que la moitié environ de l’ellipse en A esta un plan plus élevé que le reste ; l’architecte y a vu un moyen d’économie, puisque le soubassement et le premier étage sont supprimés de ce côté, et qu’une grande partie des gradins se trouvait ainsi sans substructions, la pente de la montagne les supportant directement. Cette disposition fort raisonnable a été cause de plusieurs méprises delà part des voyageurs et des écrivains célèbres qui ont parlé de cet édifice. Pietro Martire di Angera le vit en 1501, et le prit pour un théâtre. Mafféi, visitant Pola en 1728, commit la même erreur, en prenant l’arène pour un orchestre ; ensuite des difficultés s’élevant pour cette application , et d’ailleurs, la ville possédant les ruines d’un véritable théâtre, il pensa que ce pouvait être un palais somptueux.
Les découvertes que fit Carli en 1750 et en 1788, au moyen de fouilles dirigées par l’ingénieur Rocco Sbisà, les publications de Stuart et de Cassas, les nouvelles recherches faites aux frais du maréchal Marmont, duc de Raguse, lorsqu’il était gouverneur de l’Illyrie, en 1810, et enfin les derniers travaux ordonnés en 1816 par l’empereur d’Autriche, François 1er, et poursuivis jusqu’en 1821, ne laissent plus aucun doute sur la destination du monument, et sur ses distributions intérieures. Nous essayerons de faire connaître dans cette notice ce qu’il offre de plus remarquable.
Le plan de l’amphithéâtre est elliptique ; son grand axe est de 137 mètres 8 centimètres, le petit de 1 10 mètres 50 centimètres. Soixante-douze arcades sont établies dans son contour ; elles portent sur des piles carrées que décore extérieurement un pilastre. La régularité du périmètre est interrompue sur quatre points par des avantcorps R, occupant chacun la largeur de deux arcs, et n’ayant qu’une faible saillie; nous en ferons connaître plus loin l’usage. Sébastien Serlio, qui, en 1551 , a écrit sur ce monument, pense qu'ils n’avaient été construits que pour fortifier la façade, et les considère comme des contre-forts. Mafféi, voyant dans cet édifice un théâtre, affirme qu’ils servaient à la scène comique en représentant des habitations ; opinion qui tombe d’elle-même, puisqu’ils sont situés extérieurement, et ne pouvaient être vus des spectateurs, que des représentations d’une tout autre nature rassemblaient en ce lieu.
Les arcades situées aux extrémités du grand axe conduisaient directement à l’arène; elles ont 5 mètres de largeur : toutes les autres en ont quatre. La moitié de l’édifice qui est opposée à la montagne en C et regarde la mer (c’est celle qui est teintée en noir dans le plan), s’élève sur un soubassement, dont les ouvertures, surmontées de plates-bandes, étaient pour la plupart bouchées, a l’exception de celles qui conduisaient directement aux escaliers destinés à desservir les corridors intérieurs du premier étage et le podium. Derrière le mur de face régnait une large galerie D, interrompue au delà du grand axe en E par la pente de la colline. Au-dessus du soubassement, la même distribution se reproduisait, avec cette différence, que la seconde galerie intérieure F conduisait aux escaliers de la première précinction, et faisait le tour complet de l’amphithéâtre, son niveau ayant été établi aux dépens de la montagne, dans la partie de l’édifice opposée à la mer. Là cette galerie , à demi taillée dans le roc, est dominée par le sol qui porte la façade extérieure en A, et on y parvient en descendant une dizaine de marches, tandis que vers la mer elle dominait le pavé de la première galerie, située au-dessus du soubassement. Il résulte de cette disposition, que le spectateur qui arrivait par la montagne, se trouvant
* Tite-Live, lib. LI, cap. 8.
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au niveau du second étage d'arcades, devait descendre pour gagner le podium G et les gradins de la première p réduction, tandis que celui qui venait de la mer avait à monter un demi-étage, puis quelques degrés situés à l’extrémité des couloirs qui tendent au centre, pour être au niveau des gradins inférieurs, voisins du podium. On parvenait aux vomitoires H des précinctions principales, par des escaliers directs ou à double révolution , selon qu’on se dirigeait vers l’édifice, par les points élevés ou par la mer.
C’est à partir du second étage que les tours, qui font quatre saillies sur le plan , devenaient utiles aux dégagements de l’amphithéâtre. Leurs arcades étant bouchées à cette hauteur , elles contenaient d’étroits escaliers placés entre leur face principale et le mur continu de l’édifice. Par ce moyen on arrivait à la hauteur d’un étage d’attique, situé au-dessus du second rang d’arcades, et contre lequel s’appuyait, à l’intérieur, une galerie à colonnes L couverte en terrasse. Sous cette galerie s’élevait une précinction de gradins en bois, qui étaient destinés aux esclaves et aux femmes publiques, selon l’usage consacré dans la plupart des théâtres antiques (voir le plan). Enfin la partie des tours qui s’élevait dans la hauteur de l’attique contenait un second escalier, par lequel les hommes attachés au service du velarium montaient jusqu’au sommet du monument.
Nous allons compléter l’examen du plan parla recherche des moyens employés par l’architecte pour dégager un aussi vaste édifice des eaux abondantes qui, en temps de pluie, auraient bientôt rendu impraticables l’arène, les précinctions et les galeries.
Entre les deux tours situées sur la colline en A, règne un aqueduc qui, recueillant les eaux amenées vers l’amphithéâtre, par les pentes voisines, les conduisait dans le monument par des canaux dirigés vers le centre; dans ces conduits arrivaient les eaux des gradins supérieurs. Arrêtées par le mur du podium, elles faisaient le tour de l’arène, dans un aqueduc destiné à réunir celles qui y tombaient; de là, par six issues ménagées sous les principaux corridors de la partie basse de l’édifice , elles étaient dirigées dans un canal principal, construit dans le petit axe C, et portées par lui jusqu’à la mer.
La façade de l’amphithéâtre de Pola , comme on peut en juger par la vue perspective que nous en donnons, est d’une architecture grandiose et sévère. Le premier rang d’arcades, qui manque vers la colline, est porté, du côté de la mer, par un soubassement que consolident des contre-forts; dans sa hauteur, et particulièment sur la saillie des deux tours situées de ce côté de la façade, sont pratiquées des portes carrées, dont plusieurs ont été bouchées : elles servaient, comme nous l avons dit en expliquant la disposition du plan, à diriger, vers les corridors et escaliers, les spectateurs arrivant du côté de la mer. Ce soubassement (fig. 3) est construit avec des pierres énormes en bossages, surmontées d’une corniche, dont le profil est tracé à la figure 10. Audessus de ce couronnement, s’élèvent les piliers qui portent le premier rang d’arcades ; ils sont ornés de pilastres doriques , placés sans bases sur un lourd piédestal , profilé sur la même figure 10. Le chapiteau du pilastre est dessiné figure 8 ; l’imposte des arcs à la fig. 9. L’entablement qui surmonte cet ordre est rustique; l’architrave sans moulures ne se distingue delà frise que par une légère saillie. La corniche offre un profil simple, dont le dessin est reproduit fig. 7. La coupe de la façade fait voir que les tours sont, sur leur face latérale, ouvertes d’une baie allongée, dans la hauteur du premier ordre.
Le second rang d’arcades est porté sur des piliers moins larges que les premiers ; ils posent sur un stylobate continu, et sont décorés de pilastres doriques sans bases, dont le chapiteau, identiquement le même que ceux de l’ordre inférieur, est profilé à la figure 5. Sur les tours, les chapiteaux seuls ont été reproduits; les fûts n’existent pas. Les deux arcades comprises dans la largeur des tours sont bouchées jusqu’à l’imposte, dans le but, comme nous l’avons dit en décrivant le plan, de masquer les escaliers compris dans l’épaisseur des tours, pour conduire à l’étage supérieur. Des meneaux verticaux en pierre servent encore de clôture aux arcs à partir de l’imposte. Le profil de ce dernier membre de l’architecture du second ordre est dessiné à la fig. 6. L’entahlement qui couronne cet étage offre les mêmes conditions que le premier : architrave saillante et sans moulures, frise rustique, corniche simple, formée d’un large cavet et d’un talon (voir le profil, fig. 4).
Le troisième étage forme attique sur les deux ordres inférieurs ; il est percé , dans les axes des arcades , de baies carrées, surmontées d immenses linteaux d’une seule pièce. Pour éviter la rupture de ces longues pierres , les constructions supérieures sont disposées en claveaux , et s’isolent par un vide étroit qui s’oppose au contact des lits. Entre les baies, une longue rainure, occupant toute la hauteur de l’étage, indique la place qu’occupaient les poteaux destinés à porter le velarium; l’extrémité inférieure de ces poteaux venait reposer sur des cubes placés sur la corniche de couronnement du second ordre; les bois traversaient le couronnement de l’attique, et passaient devant un acrotère continu posé au-dessus. L’acrotère est composé de trois assises, celle du bas offrant de longues ouvertures horizontales entre les points qu’occupaient les
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poteaux. A cette hauteur, une suite de gargouilles portait au dehors les eaux de pluie qui tombaient sur la terrasse dont était recouverte la galerie placée intérieurement à la summa cavea. Le troisième étage des tours renfermait les escaliers destinés à conduire au sommet de l’édifice les hommes attachés au service du velarium ; quatre baies éclairaient les escaliers dans chaque tour ; on y voit encore les tablettes de pierre évidées en croisillons pour laisser pénétrer la lumière; détails précieux qui font connaître d’une manière exacte comment les anciens établissaient la clôture des fenêtres dans les édifices publics.
L’appareil des pierres employées dans la construction de cet édifice peut servir à combattre l’opinion des auteurs qui lui donnent une origine antérieure au règne d'Auguste. On n’y voit aucun des principes adoptés pendant la république , et dont assez d’exemples sont répandus dans l’Italie, pour que les formes données alors aux pierres soient bien connues. Quant aux profils , et particulièrement celui de la fig. 4 , ils pourraient faire admettre qu’un architecte , pénétré des dernières lueurs de l’école grecque , a présidé à la construction ; la position géographique de l’Istrie , et particulièrement de Pola , peut le faire admettre sans aucune difficulté.
Avant les fouilles ordonnées par Carli, en 1788 ; par le maréchal Marmont, en 1810, et celles que lit faire l’empereur François 1er, de 1816 à 1821, tous les auteurs qui ont écrit sur l’amphithéâtre de Pola s’accordaient à dire que les bancs étaient en bois ; erreur aujourd’hui complètement détruite , puisque de nombreux fragments de gradins en marbre ont été découverts aux- diverses dates indiquées ci-dessus. L’erreur provenait de ce que tous les bancs ont été déplacés à une époque fort ancienne, et que les murs qui les portaient furent détruits comme eux, probablement pour construire dans la ville. Il est résulté de là, que le seul mur d’enceinte est resté debout , ce qui rend la restauration de l’intérieur plus difficile que dans aucun autre amphithéâtre. Nous essaierons cependant, en nous guidant sur la hauteur des galeries et sur quelques largeurs données, tant par l’emplacement certain du podium que par les traces des dispositions générales qu’on retrouve jusqu a 16 centimètres d’élévation au-dessus du sol , de rétablir la cavea et ses principales divisions.
Le soubassement établi vers la mer pour porter le premier étage d’arcades, s’élève à 4 mètres au-dessus du sol; la galerie, située derrière, était recouverte par des architraves eu pierre , portant Faire de la galerie située au-dessus, et la mettant au niveau de l’arène. Vers la montagne, les parties de roche conservées dans l’enceinte même du monument pour porter de ce côté les gradins inférieurs , s’élève de 8 mètres 40 centimètres au-dessus du sol destiné aux jeux : c’est à ce même niveau que commence à se dresser la façade vers la montagne. La somme de 12 mètres 40 centimètres qui résulte des deux chiffres précédents donne le nivellement complet du terrain , dans le sens du petit axe ; elle équivaut précisément à la hauteur du soubassement et du premier rang d’arcades vers la mer.
Le second étage d’arcades comporte 8 mètres 60 centimètres d’élévation ; les traces d’un plancher en bois, qu’on reconnaît à l’intérieur de l’édifice au niveau de la corniche de cet ordre , exprime d’une manière certaine qu a ce niveau se terminaient les gradins en marbre ; la hauteur totale de ces deux rangs d’arcades , moins celle du podium , devait comprendre les trois précinctions réservées, 1° aux sénateurs ou décurions de la colonie; 2° aux chevaliers ; 3° au peuple. Les gradins devaient être au nombre de 32, en prenant la hauteur moyenne de ceux dont on a retrouvé des fragments dans les différentes fouilles opérées depuis un demisiècle dans l’amphithéâtre. On arrivait aux diverses précinctions par des vomitoires disposés comme dans tous les monuments du même genre; deux grands fragments de marbre, trouvés dans les fouilles, indiquent comment était taillé le sommet de ces ouvertures. On y voit une voussure formée par de petits arcs en encorbellement les uns au-dessous des autres, pour ménager l’échappée de tète de ceux qui montaient les escaliers des vomitoires en se rendant à leurs places. Le chanoine Stancovich a publié un de ces fragments intéressants, nous le reproduisons auprès de la coupe générale.
Les gradins étaient construits , comme au Colisée , de manière à se soutenir mutuellement les uns les autres , le premier rang du bas servant d’appui au second , ainsi de suite jusqu’au sommet de chaque circuit ou mœniane. Une entaille assez profonde , pratiquée à la partie postérieure du gradin , suffisait pour arriver à ce résultat important. Plus que dans aucun autre amphithéâtre , les gradins trouvés à Pola ont donné des exemples de noms gravés soit en entier, soit seulement par des initiales , pour indiquer les propriétaires des places, celles-ci étant tracées , comme à Nîmes, par des ligues profondes. Ces noms sont gravés sur le devant du banc ou sur la partie même où l’on devait s’asseoir; il y en a qui sont reproduits aux deux endroits, afin, sans doute, que les propriétaires pussent reconnaître de loin leurs places, soit en arrivant dans l’édifice par les portes pratiquées dans le mur de précinction ou ceinture , soit en débouchant par les
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vomitoires placés au milieu des gradins. Les lignes de démarcation des places occupent, dans certains fragments, toute la hauteur et toute la largeur du gradin; dans d’autres elles s’arrêtent à moitié de la largeur; on en voit aussi de fort courtes sur le sens vertical et horizontal; là les noms manquent, et les places quelles limitent étaient certainement réservées au peuple : c’est ainsi qu’à l’amphithéâtre de Nîmes on ne trouve de ces marques de place que dans les rangs de sièges destinés aux classes secondaires. Stancovich pense que les noms tracés sur les bancs d’une manière aussi durable, pourraient bien indiquer que l’édifice a été construit aux frais des principaux citoyens de la ville; il a retrouvé les mêmes noms ou initiales sur plusieurs pierres tumulaires du pays. Les petits escaliers établis au débouché de chaque vomitoire pour diriger les spectateurs à toutes les places , étaient taillés aux dépens des gradins , deux marches occupant la hauteur de chacun d’eux. Plusieurs fragments de ces escaliers ont été retrouvés. On a rencontré aussi dans les fouilles les conduits placés dans les corridors pour l’écoulement des urines. L’amphithéâtre de Nîmes, si complet dans toutes ses parties , donne à cet égard les renseignements suffisants pour expliquer comment les architectes anciens savaient disposer tous les détails nécessaires aux grandes réunions d’hommes.
Les fouilles ont produit encore des fragments utiles à l’explication de l’intérieur de l’amphithéâtre : ce sont des fûts de colonne provenant de la loge ou galerie à jour placée à la summa cavea , et recevant la lumière par les croisées carrées percées dans le développement de l’attique, dont elle occupait toute la hauteur ; dans le haut, on voit les trous des solives qui formaient le plafond de cette loge. Ces trous sont disposés de telle sorte, qu’on y reconnaît que le plancher retenait l’écartement des colonnes et de leur couronnement, et que chaque pièce de charpente pouvait être enlevée isolément en cas de réparation , sans que des scellements fussent nécessaires pour la maintenir solidement à sa place.
Comme nous l'avons dit précédemment , le plancher établi au niveau de la corniche du second ordre , et conséquemment du dernier gradin en marbre, était en bois; cette construction indique d’une manière certaine que, sous la galerie à colonnes qui commençait à ce niveau, était une série de gradins en planches, ligneis tabulis, comme au Colisée, un plancher en bois ne pouvant supporter des bancs établis avec une matière plus pesante. La largeur de la loge à colonnes était déterminée par celle des galeries situées audessous aux deux étages d’arcades; on ne peut y admettre que trois gradins, qui, joints aux trente-deux autres construits en marbre, donnent un total de trente-cinq. Le public arrivait à cette loge , comme on l’a vu à la description du plan , par des escaliers en bois établis dans les quatre tours , à partir seulement du plancher de la seconde galerie en arcades. Ces escaliers se continuaient pour conduire à la terrasse portée par la loge ; ils étaient consacrés au service du velarium.
Les trente-cinq gradins de l'amphithéâtre de Pola , déterminés exactement par des mesures de hauteur et de largeur qui ne permettent pas d’en admettre un plus grand nombre; les dimensions des places, fixées aussi par les lignes gravées sur les bancs , un calcul devient facile à faire pour apprécier avec exactitude le nombre de spectateurs qui pouvaient s’y réunir ; il porte à 26,000 le chiffre des personnes qui trouvaient à s’y asseoir. Les exçuneati, placés debout sur les petits escaliers et daus les corridors de précinction , pouvaient s’élever de 4 à 5,000 durant les représentations extraordinaires.
BIBIjIOGXL aphie .
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CIRQUE de romllus, VULGAIREMENT APPELÉ DE CARACALLA, A ROME.
En l’absence de monuments entièrement complets de cette espèce , la science en est encore réduite aujourd'hui, pour étudier les cirques, à avoir recours à l’interprétation de quelques médailles romaines sur lesquelles on en trouve plusieurs représentations figurées. Eh bien, lorsqu’on compare les notions qu’elles fournissent avec les rares vestiges qui en restent, on remarque que ces édifices étaient, à peu près, tous disposés de la même manière. C’était, en général, une grande construction, beaucoup plus longue que large, et dont l'une des extrémités présentait une figure semi- circulaire, tandis que l’autre affectait souvent une ligne un peu courbe, quelquefois disposée sur la diagonale; et, ainsi constitués, les cirques offraient, à l’extérieur, des portiques surmontés d’un plus ou moins grand nombre d’étages à arcades, des galeries et des issues qui conduisaient aux gradins destinés aux spectateurs des jeux.
Après avoir fait connaître les dispositions probables que présentait cette partie de l’édifice, il s’agit maintenant de pénétrer à l’intérieur, qui était le but ou l’objet principal de la construction ; car il y avait là plusieurs lieux spéciaux et distincts dont il est indispensable d’indiquer la destination ainsi que les formes particulières.
Parlons d'abord de l’arène ou sol sur lequel se donnaient les jeux ; elle était circonscrite et renfermée par les rangs de gradins où se plaçaient les spectateurs. Ceci n’était point du ressort de la construction, mais tenait seulement aux dispositions essentielles de ce genre d’édifices.
La partie architectonique, spécialement relative aux jeux, comprenait les gradins , les carceres , la spina , etc.
On entendait par les gradins toute la construction où s’élevaient, en retraite, les places réservées aux spectateurs. Ces gradins étaient disposés parallèlement sur les deux côtés du grand axe, et ils se prolongeaient aussi du côté de l’extrémité semi-circulaire jusqu’aux murs d’une grande porte. Les médailles ne nous font point connaître si, à leur sommet, se trouvait une galerie couverte destinée à procurer aux spectateurs un abri contre les variations fortuites du temps.
Les carceres étaient des espèces de remises bâties, transversalement, à celle des extrémités du cirque qu’on avait disposée sur la diagonale. Cette disposition particulière avait pour but spécial de répondre à la nécessité de leur destination. En effet, là étaient renfermés , en attendant le signal du départ, les chars montés par les cochers qui entraient en lice; et, pour que l’espace à parcourir fût le même pour tous, un certain esprit de justice avait fait courber et incliner la construction d'une manière mathématique (*), afin que chaque cocher pût arriver en même temps à un point donné oii toutes les chances devenaient alors égales.
Ce point se trouvait vers l’extrémité antérieure d’une construction nommée spina , qui occupait, parallèlement aux gradins, le centre d'une des parties de l’arène. Cette spina avait un double but. C’était à la fois et un objet d’utilité pour les jeux et la grande pièce décorative de l’intérieur. Comme objet d’utilité, elle divisait l’arène et formait ainsi un parcours que les concurrents devaient franchir un nombre de lois déterminé. Sous le rapport de la décoration, et à en juger par les renseignements que donnent les médailles, elle était ornée d’édicules et de monuments divers, dont quelques-uns, toutefois, avaient leur emploi pendant les jeux. Ces édicules semblent, pour la plupart, des autels, des statues et des monuments votifs ; mais ils étaient toujours accompagnés , au centre , d’un obélisque égyptien, qui les dominait par sa masse et sa hauteur.
A chaque extrémité de la spina, on remarquait une petite construction isolée, dont la partie supérieure était surmontée de trois pyramides de forme conique ; on leur donnait le nom de melœ. L’unique but d’une de ces bornes était de faire connaître celui des concurrents qui , par son habileté , avait su , après les divers tours fixés , l'atteindre le premier et remporter ainsi la victoire. Dans cette lutte, les concurrents avaient toujours la spina et les metœ à leur gauche, et leur adresse consistait à passer le plus près possible des bornes sans y briser leurs chars , afin d’abréger la course.
A ces notions principales, nécessaires pour l’intelligence des jeux du cirque et pour celle de la construction de ce genre de monuments, on doit ajouter encore quelques autres détails complémentaires.
Au centre des carceres se trouvait une porte, qui correspondait, par son importance, à celle de l’autre extrémité du cirque; ces deux portes servaient particulièrement à l’entrée et à la sortie de la pompa circensis. Des tours, de formes différentes, surmontées de quadriges, occupaient l’extrémité de ces carceres , où l’on avait encore
(*) Nous ne croyons point qu’on puisse à ce sujet demander, comme le pense M. Quatremère, une- solution de ce genre aux représentations données par les médailles. Celles-ci peuvent bien nous fournir des notions générales, mais point celles de détail. Ainsi, nous ne citerons, pour preuve à l’appui de notre opinion, que la disposition de la spina, qui , sur les médailles, vient toucher les carceres, au lieu de laisser, entre elles et cette partie, un certain espace.
STYLE GRÉCO-ROMAIN
pratiqué des issues secondaires. La place qu’occupait l’empereur pendant l’exécution des jeux ( pulvinar ) était disposée à l’intérieur et sur l’un des côtés des gradins, à peu près en face de la meta que devait atteindre le vainqueur. Il y avait encore un emplacement spécial pour le préteur, qui donnait, en agitant la mappa , le signal de l’ouverture des jeux ; enfin , le podium était un lieu réservé , au sommet du mur de l’arène , pour recevoir le corps sacerdotal , les vestales, les sénateurs et les autres personnages revêtus de la dignité curule. Mais, entre cette partie et l’arène, on avait quelquefois ménagé un certain espace ( euripus ), afin de garantir ces spectateurs contre les incidents des jeux ou des combats.
Telles étaient, assez vraisemblablement, les principales dispositions qui caractérisaient les cirques : nous disons vraisemblablement , parce qu’aucun de ces édifices ne nous étant parvenu dans son intégrité complète, il a fallu , pour en avoir une idée quelque peu exacte , avoir recours aux renseignements qu’offrait ici la numismatique de ce peuple, renseignements assez vagues en eux-mêmes, qui ne nous éclairent pas encore sur tous les points. L’extrême rareté de ces édifices porterait donc à supposer que ce genre de monuments n’était pas très-considérable dans l’empire ; cependant, on sait qu’il y en avait quinze dans Kome et qu’il s’en trouvait aussi en France, en Espagne , en Afrique , et même en Asie Mineure, pays où l’on en voit aujourd'hui des vestiges assez importants. Quoi qu'il en soit, on en serait encore réduit aux seuls renseignements de la numismatique, s’il n’était resté, dans la capitale de l’empire, un de ces cirques dont leç ruines, nouvellement explorées, ne fussent venues nous initier aux principales notions de leur distribution générale.
Ce monument, comme tous les autres cirques, avait été, très-probablement, délaissé pendant le moyen âge, qui le transforma , sans doute, en une espèce de carrière d’extraction d’où l’on tira , ainsi qu’on le pratiquait aux autres édifices romains, les pierres destinées aux nouvelles constructions. Le temps et les hommes aidant, ce cirque perdit bientôt ses dispositions particulières ; aussi , dès le XVe siècle, ou même antérieurement , peut-on supposer qu’il ne renfermait plus qu’un nombre assez restreint de matériaux convenables. On l’abandonna donc à lui-même ; et , dès lors , les terres et les décombres , en s’amoncelant autour de lui , recouvrirent peu à peu toutes ses parties inférieures. Or, on ne distinguait à cette époque que sa configuration générale, exprimée, à l’extérieur, par les vestiges des tours, par des pans de murailles et par une partie du soubassement de la spina et des metœ ; l’obélisque , cassé en plusieurs morceaux, gisait à terre, à demi enfoui dans le sol. C’est dans cet état qu’il fut vu, étudié et dessiné par les artistes et les antiquaires des XVe, XVIe et XXIIe siècles; mais, comme on ne fit, pendant cette période, aucune exploration, on ne tira de son étude que fort peu de renseignements: aussi, fallut -il, pour en connaître les dispositions principales, arriver cà une époque toute moderne, à l’an 1825. En cette année, un Romain , ami des arts, le duc de Torlonia , y fit faire des fouilles assez importantes qui produisirent d’heureux résultats ; et, dès ce moment, la question des cirques parut s’éclaircir. En effet, on découvrit successivement les carceres , la spina , le pulvinar , la grande porte d’entrée, etc. , toutes parties qui constituaient particulièrement ce genre d édifices et dont on acquit la notion des dispositions particulières. Mais ces fouilles eurent encore cela d’utile, qu’elles nous ont probablement fixés sur l’àge de l’édifice, âge que viendrait confirmer ici l’appareil de sa construction , dont le mode indique celui de la décadence de l’art et des derniers jours de l’empire. Or, la lecture des inscriptions, trouvées encore en place, porte à croire qu'il fut consacré, dans les premières années du IVe siècle de notre ère, à Romulus, fils de Maxence.
L’espace ne nous permet point d’entrer ici dans une description des différentes parties de ce cirque; nous renvoyons donc , pour son examen , aux dessins que nous en avons publiés. Toutefois , il est , parmi les notions plus ou moins intéressantes que fournit à la science l’exploration de ces ruines , une particularité sur laquelle nous devons appeler l’attention de nos lecteurs: c’est celle de l’emploi des vases en terre cuite, disposés dans les voûtes qui supportaient les gradins. On sait que ce système avait pour but particulier d’allégir cette partie des édifices, et qu’on fit, à plusieurs époques, usage de ce procédé dans la construction de divers genres de monuments.
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