‹ Monuments anciens et modernes (volume 2)Chapitre 86 sur 97 · TOMBEAU DE CÉCILIA MÉTELLA, PRÉS DE ROME · texte numérisé non relu

TOMBEAU DE CÉCILIA MÉTELLA, PRÉS DE ROME

La via Àppia, la plus magnifique de toutes celles que construisirent les Romains, fut commence'e par Appiug Claudius, censeur; Jules César la répara; Auguste, Vespasien, Domitien et Nerva l’étendirent, desséchèrent les marais Pontins ; Trajan la continua jusqu’à Rénévent et Brindes. Cette route célèbre offrait sur ses deux revers les tombeaux des familles romaines et des personnages les plus illustres; on en suit encore les ruines jusqu’à Albano. C’est au milieu de ces restes de la magnificence de Rome que s’élève le tombeau de Cécilia Métella, le plus beau et le mieux conservé de tous ces monuments funèbres. Comme on l’apprend par une inscription en marbre placée dans la partie supérieure du mausolée, Métella était fille de Q. Cécilius Métellus, surnommé Creticus à l’occasion de ses victoires dans l’ile de Crète , qu’il soumit à la puissance romaine ; elle avait épousé Crassus le triumvir.

Les constructions se composent d’abord d’un soubassement carré , établi pour obvier aux inégalités du terrain et faire une base solide à la partie principale du monument, qui est de forme circulaire. Le diamètre est de 28 mètres 64 centimètres, l’épaisseur des murs est de 10 mètres; une chambre occupe le centre : elle est ronde, et ses parois se rapprochant à mesure qu’elles s’élèvent, donnent à penser que la pièce, lorsqu’elle était complète, avait la forme d’un cône , dont le sommet s'élevait au-dessus du monument, à l’instar des tombeaux étrusques, des nouraghes de la Sardaigne, et du monument funèbre qui se voit encore à Albano, et qu’on nomme vulgairement le tombeau des Horaces.

Sous le pontificat de Paul III, on trouva dans cette chambre circulaire la belle urne sépulcrale de Cécilia Métella , dessinée à la fig. 3 ; elle est en marbre et de forme ovale. Une base richement ornée porte la tombe, qui est cannelée; deux tètes de chevaux décorent la face principale. Un couvercle enrichi de méandres, de consoles et de rinceaux couvre ce cercueil (voir la coupe fig. 4) , qui fut transporté, à l’époque de sa découverte , dans la cour du palais Farnèse, où il est encore aujourd’hui. A l’extérieur, le monument présente une masse imposante, construite eu morceaux de travertin d’une grosseur prodigieuse; toute la partie circulaire est divisée en assises réglées , dont les joints sont profondément tracés. Au-dessus, à la hauteur de 12 mètres, règne une belle frise en marbre , dont un détail est gravé sur la planche 2 , fig. lre. Cette frise comporte une suite de têtes de bœufs desséchées ou bucràncs, reliées deux à deux par d’amples guirlandes de fleurs et de fruits attachées par des bandelettes; de belles rosaces très-saillantes se développent au-dessus des guirlandes : cette frise a fait donner au tombeau le nom vulgaire de Capo-di-Iîove , tète de bœuf. Sur la partie du monument qui est dirigée vers la via Àppia , et au-dessus de l’inscription de Cécilia Métella, la frise s’élargit aux dépens de la dernière assise horizontale , pour laisser place à des trophées militaires, qui se composent chacun d'un casque placé au-dessus d’un paludamentum ou chlamyde militaire, et de deux grands boucliers richement décorés. L’un de ces boucliers a la forme d’un losange tronqué par les extrémités; 1 autre est ovale. Au pied des trophées sont assis des prisonniers de guerre presque nus et enchaînés. Ces insignes militaires furent sans doute placés ici pour rappeler les exploits du père et de l’époux de Cécilia Métella. Entre ces marques de triomphe était sculptée une femme assise, de grande dimension, et qui est aujourdhui presque entièrement détruite.

Une corniche , d’un dessin sévère, surmonte la frise du tombeau dans toute sa circonférence {pi. 2, fig. lrc) ; elle porte une assise qui forme acrotère , et devait servir d’appui au sommet de la construction, lorsque, selon toutes les apparences, le monument était surmonté d’une plantation de cyprès, comme il y en avait, d après le récit de Strabon, sur le mausolée d’Auguste. En effet, la grande épaisseur des murailles du tombeau de Cécilia MéteJla doit faire admettre qu’elles portaient des plantations , au centre desquelles s élevait le cône qui couvrait la chambre sépulcrale.

A la fin de la république, lorsque ce monument fut conslruit, le marbre commençait à peine à s introduire dans les constructions, établies jusque-là uniquement en pierre ou en briques. Ici toute la frise, le bas-relief qui contient les trophées, l’inscription et l’urne de Cécilia Métella sont en marbre blanc, et fout prévoir le luxe qui devait bientôt s introduire à Rome , non-seulement dans les monuments publics, mais aussi dans les constructions commémoratives que les particuliers élevaient à leur gloire ou à leur vanité. Ce tombeau est donc

— STYLE GRÉCO- ROMAIN

un de ceux , fort rares aujourd'hui , qui indiquent cette transition de la simplicité républicaine à la magnificence sans bornes de la période impériale.

Au commencement du quatorzième siècle, le pape Boniface VIII, de la famille Gaëtani , à l'occasion des guerres civiles qui désolaient alors la péninsule italique, fit construire , en travers de la voie Appia , une forteresse ou petit château militaire qui le rendait maître des communications par cette route, puisqu'il fallait traverser le château pour entrer à Rome de ce côté : une chapelle dans le style ogival s’éleva dans l’enceinte du fort ; elle existe encore , ainsi que des habitations sur les portes desquelles on voit les armes de la famille Gaëtani. Les murs crénelés du château formaient un circuit assez étendu que l’on peut suivre, et ils venaient se relier au tombeau de Cécilia Métella. La solide construction de cette sépulture la fit convertir en tour principale ou donjon du château fort ; c’est alors que furent ajoutés le mur de briques qui en augmente la hauteur, ainsi que les créneaux nombreux qui font le tour du couronnement moderne ; l’aspect militaire qui se lie au caractère funéraire du monument antique ne contribue pas peu à la physionomie pittoresque que prend l’cdifice, de quelque côté qu’on l’examine. De plus, il fut élevé sur une colline que traverse la route, de sorte que la vue s’étend sur Rome et sur la campagne environnante, dans une des parties où elle offre l'aspect le plus varié par les mouvements du terrain et par les nombreuses constructions antiques ou modernes qui y sont répandues.

— BIBLIOGRAPHIE

1* Bartoii. Sepolcri antiqui. Rome, 1699, in-P, pi.

2e Montfaucon. L’antiquité expliquée, t. V. Funérailles des Grecs et des Romains. Paris, 1719.

3e V8SÜ. Itinéraire instructif de Rome, 1786. 2 vol. in- 1 2.

4® Nibby. Itinéraire de Rome d’après l’état actuel des monument* Rome, 1824.

5° Canina. Architettura antica (partie romaine), 3 vol. in P, pl.

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