PIERRES BRANLANTES
Parmi les monuments celtiques , les plus étonnants peut-être sont ceux qu’on désigne en France sous le nom de pierres branlantes, tremblantes ou vacillantes, en Angleterre, sous ceux de rocking stone ou de router , et non rouler comme le dit M. Mahé (*).
Ainsi que l’indique la dénomination de pierres branlantes, ces monuments sont composés d'un bloc pose, soit sur le sol , soit sur une autre pierre , de telle sorte qu’un faible effort puisse lui communiquer un mouvement d’oscillation sensible. Il est bien certain que la nature a pu quelquefois produire seule ce phénomène , et il faut bien se garder de prendre pour des monuments druidiques toutes les pierres branlantes qu’on peut rencontrer. C’est ainsi que plusieurs auteurs ont évidemment eu le plus grand tort de regarder comme telle l’énorme pierre de Huelgoet (Finistère), qui n’est autre chose qu’un quartier de rocher qu’un autre rocher a v arrêté dans sa chute , et qui par hasard y est resté en équilibre ; mais quand en mille endroits différents on retrouve cette disposition singulière , on ne peut se refuser à y reconnaître la main des hommes , dirigée évidemment par une pensée que nous n’avons pas encore saisie.
Ces chefs-d’œuvre d’équilibre se rencontrent dans les contrées les plus éloignées les unes des autres. Pline l’ancien en avait vu en Asie Mineure; M. d’Hancarville (**) prétend qu’il en existait en Grèce, en Phénicie, et même sur les côtes de la Chine :« Dans la province de Fo-Kien, dit-il, on trouve de ces pierres immenses qui sont disposées de manière à se mouvoir par le seul contact de l’air.» Olaus Magnus décrit des monuments semblables , qui se voient dans la Suède et la Norwége ; on en a trouvé même en Amérique , au New-Hampsliire.
Quelle put être la destination de ces singuliers monuments ? c’est une question qui a été résolue de bien des manières, et que cependant on peut regarder comme attendant encore une réponse positive. Je me contenterai de passer en revue les principales opinions émises à ce sujet , laissant à nos lecteurs le droit d’adopter celle qui leur paraîtra la plus plausible , ou même de n’en adopter aucune.
«Les pierres branlantes, dit M. Cambry, peuvent offrir beaucoup de conjectures à l’imagination, mais elles ne présentent rien de certain à l’ami de la vérité.... Peut-être, et je le crois , les sages qui les posèrent avec tant de soin et tant d’art , voulant parler à la postérité dans le langage le plus simple , n’ont-ils voulu nous donner qu’une idée de leur puissance en mécanique , en faisant ce que, malgré toutes nos recherches et nos lumières , nous ne pourrions exécuter. Le triangle, le pentagone, le pentalpha consacrés par ces premiers peuples, les pierres mobiles, etc., sont un hommage rendu par eux aux mathématiques qu’ils cultivaient. Cette idée simple et naturelle, appuyée de quelques faits, est presque une certitude pour moi, qui pourrais, laissant un libre cours à mes conjectures, supposer que ces pierres suspendues dans l’air, pour ainsi dire , sont des images du monde dans l’espace , de la puissance qui meut l’univers avec le moins de force possible , ou du mouvement par qui tout vit dans l’univers. »
« Le mouvement de ces pierres , dit M. Dulaure (***) , avait un motif , car ce n’était ni sans intention ni sans un but considéré comme nécessaire , qu’on leur procurait avec tant de peine un équilibre et une situation propres, à se mouvoir facilement. Nous trouvons dans l’antiquité quelques pratiques qui paraissent avoir du rapport avec le mouvement imprimé à ces pierres ; les Grecs et les Romains avaient leurs oscilles ou figures suspendues à des arbres, à des colonnes, et qu’on mettait en mouvement pour détourner les enchantements ; les Romains avaient leur pierre monalc que dans des temps de sécheresse les prêtres mettaient en mouvement et portaient même autour des champs pour obtenir de la pluie. Le mouvement imprimé aux pierres branlantes avait-il pour objet d’éloigner les enchantements , ou d'amener une température favorable à la récolte? avait-il pour objet quelques autres opérations superstitieuses? c’est une question sur laquelle je ne me permettrai pas de prononcer, et je crois qu’avec les secours des seuls documents que j’ai réunis, il y aurait témérité à le faire. »
(*) Antiquités du Morbihan.
(**) Recherches sur l’origine et les progrès des arts de la Grèce, Londres, 1785.-
(***) Mém. des Ant. de France, t. II, 2" série.
— MONUMENTS CELTIQUES
Dans le même mémoire , M. Dulaure infère du voisinage d’autres monuments sépulcraux dont les caractères ne sont pas douteux , que les pierres branlantes ont pu être au nombre de ces monuments.
Selon certains écrivains, ces pierres servaient de limites aux peuples; selon d’autres, de points de réunion. Les derniers se fondent sur leur nom anglais de router , du substantif rout, assemblée. On pourrait en consultant l’étymologie avec tout autant de vérité faire venir le mot router du verbe to rout, mettre en fuite , en déroute, et faire des pierres branlantes un monument de la défaite, soit des ennemis, soit des mauvais génies. Dans ces différents cas, il est évident qu’un simple men-bir aurait tout aussi bien rempli le but, que ce monument qu’il était si difficile d’élever ; on ne peut donc s’arrêter à ces diverses suppositions. Mais en observant que bien des auteurs anglais écrivent ce mot roiclcr, on trouve une explication bien plus simple du nom, sinon de la chose ; il vient alors du verbe to row , ramer, et en effet, il y a quelque analogie entre les oscillations de la pierre et le mouvement que le rameur imprime à l’aviron.
Dans le troisième volume des Mémoires de l Académie celtique , M. Baudoin-Maison-Blanche émet une opinion toute différente ; il suppose que la pierre branlante put servir à faire connaître la fidélité des femmes. Soit par le nombre des oscillations , soit par l’impossibilité ou la difficulté que la femme trouvait à ébranler la pierre, ou reconnaissait celle qui avait respeclé ses devoirs, ou celle qui y avait manqué. « Le charlatanisme du ministre, ajoute M. Baudoin, rendait probablement à son gré la pierre remuable ou immobile, et le résultat avantageux au sacerdoce druidique était de tenir sous sa dépendance un sexe dont l'influence est si grande dans la société. »
A l’appui de son opinion, qui est adoptée par M. Mahé, M. Baudoin cite la pierre branlante du Yaudet, qui s’appelle encore roc’ h rcerc’hel, la roche aux vierges, et le nom de pierre aux C*** qu’on donne à ces pierres dans presque toute la France. En Bretagne on les nomme Baou-gan (deux engendrent) , mot dont la signification est la même, et également injurieuse. Peut-être ces oscillations servirent-elles aussi à tirer des oracles sur tout autre sujet. Peut-être ces pierres étaient-elles des symboles de la Divinité. Toutes ces conjectures me semblent aussi peu satisfaisantes les unes que les autres, et, ainsi que je l’ai dit : adhùc sub judice lis est.
Nous rencontrons des pierres branlantes dans les parties les plus opposées de la France. Celle de Perros- Guyrech (Côtes-du-Nord) est la plus volumineuse de toutes ( fig . 24) ; elle a près de 14 mètres de long sur 7 d’épaisseur, La surface est naturellement aplatie et offre une excavation centrale, avec une sorte de rigole ou déversoir qui parait creusé de main d’homme, d’où il semble qu’on doit conclure que ce singulier monument a pu servir cl’autel aussi bien que les dolmen. La face inférieure présente au centre une espèce de mamelon sur la pointe duquel la pierre repose sur une roche encore plus grosse qu’elle. L’équilibre est si parfait, qu’un seul homme peut facilement imprimer un balancement sensible it cette masse énorme, dont le poids par le cubage peut être évalué à 500,000 kil.
La Bretagne possède encore plusieurs autres pierres branlantes; les plus remarquables pour leurs dimensions sont celles de Kerisquillien et de Trécung, près Concarneau (Finistère). Le département de la Lozère en offre un assez grand nombre d’exemples; à 8 kil. de Mende, sur la route de Chàteauneuf-Bandon , il en existe deux que M. Jorand a publiées dans l’atlas des Mélanges archéologiques de Bottin. Dans un bois, à 12 kil. d’Autun (Saône-et-Loire) , près d’un village nommé Uchon , est une pierre nommée par les paysans la pierre qui crotde. C’est un bloc de granit d’environ 10m de circonférence, dont la base ovoïde pose sur une autre masse granitique ; la plus légère impulsion met cette pierre en mouvement.
Dans mon Introduction à l’histoire de France , j’ai donné le dessin d’une belle pierre branlante qui se voit dans le vallon de Gros sur la route de Clermont au mont Dore (Puy-de-Dôme) ; le bloc a 7IU dans sa plus grande dimension. Une autre existe en Auvergne également, à 46 kil. O. de Clermont, au village de Mont- Ja-Côle. Les paysans, qui l’appellent la roche branlaire , attachent à cette pierre quelques idées religieuses : « C’est , disent-ils , la sainte Vierge qui en filant sa quenouille apporta cette pierre dans son tablier, et la posa telle qu’on la voit aujourd’hui. » Enfin, je signalerai encore à l’attention des antiquaires, dans le Périgord , la pierre branlante qu’on remarque dans la commune de la Garde ; celle qui porte le nom de Branlo bruno, près de Beleymas; une troisième qu’on trouve entre Baurdeil et le Ghadeuil; celle qui près de la ville d’Excideuil est connue sous le nom de pierre Gretière ; enfin celle de Saint-Étienne, appelée la Don.
On voit aussi une belle pierre branlante à droite du chemin de Montfaucon à Saint-Germain (Maine-et- Loire). SI. Barailon (*) décrit ceux de ces monuments situés dans le département de la Creuse , l’un près de Toul , l’autre dans la commune de Saint-Silvain au village de la Boussille.
(*) Recherches sur plusieurs monuments celtiques et romains.
— TUMULUS
Nous pourrions indiquer en Angleterre un assez grand nombre de pierres branlantes , nous ne citerons que les plus remarquables. En première ligne se présente celle qui se voit dans le comté de Sussex, à West- Hoadley ; le peuple la nomme Great upon Utile (grand sur petit), ftg. 25. Sa hauteur est d’environ 7m. Nous devons la connaissance de ce monument le plus important de ce genre qui existe dans la Grande-Bretagne , à un mémoire de Thomas Pownall, inséré dans le VF volume de l’Archœologia , et à la planche qui l’accompagne et que nous reproduisons ici. Le célèbre antiquaire anglais évalue le poids de ce monolithe à 500 tonneaux (500,000 kil.).
On voit sur le coteau de Golcar, dans le Yorkshire, une pierre branlante qui est citée par le docteur John Watson dans une dissertation sur les antiquités druidiques, du 21 novembre 1771. Gette pierre n'a que 3“ de large sur 3m 80 de longueur et lra 80 d’épaisseur.
A l’extrémité S. du Stanton Moor, dans le Derbyshire , près du village de Birchover, est une pierre branante qui n’a pas moins de 10m de circonférence ; elle offre, ainsi que celle de Perros-Guyrech , une sorte de bassin avec déversoir.
Nous signalerons encore une énorme pierre branlante qui se voit en Espagne près du Cap Finistère , et à côté d’une chapelle nommée Notre-Dame dé la Barque; un enfant peut la faire mouvoir avec facilité , et ce phénomène singulier est regardé par les habitants comme un miracle.
Nous possédons en France, sur le bord du Lot, près de Livernon (Lot), une pierre branlante fort remarquable par sa disposition, qui diffère complètement de tous les monuments de ce genre; c’est une énorme table de pierre posée sur deux piliers ; elle a 12ra de long, 7m de large, Om,75 d’épaisseur. Quoique ayant ainsi deux points d’appui, la moindre pulsation la met en mouvement. Les habitants la nomment lo Pegro Martino, la Pierre Martine.
TUMULUS
Nous avons vu que la première, la plus simple de toutes les sépultures fut la pierre brute, le men-hir élevé sur le tombeau; les grands personnages, les familles puissantes réclamèrent bientôt des mausolées plus imposants par leur masse , sinon plus somptueux. Dans ces temps primitifs où l’on ne comprenait guère d’autre grandeur que la grandeur matérielle, un grand amas de terre amoncelé sur la sépulture, devint le mode le plus usité d’honorer les morts, et les pyramides même ne furent peut-être que des tumulus perfectionnés. Cette coutume si simple, si naturelle, prit naissance et se développa chez tous les peuples à la fois; ce fut même pour ces peuples un sujet d émulation ; chacun d’eux s’efforça de surpasser en hauteur les tertres funéraires élevés par ses voisins. C’est ainsi que celui érigé par les Lydiens sur le tombeau de leur roi Alyattes , père de Crésus, avait, dit Hérodote (L. I) , plus de six stades de circonférence, c’est-à-dire plus d’un kilomètre. Le tombeau de Ninus était si considérable et si élevé, que de loin on le prenait pour la citadelle de Ninive (*). C’est un tumulus qu’Homère nous représente en dépeignant le tombeau élevé par Achille à son ami Patrocle (**).
Dans un autre passage, Homère décrit aussi un tumulus qui existait près de Troie : Devant la ville, à quelque distance de ses murailles, il y a une colline assez étendue, d’une pente douce et facile de tous côtés; les dieux l’appellent le tombeau de l’agile Myrinne (***). »
Il fait encore mention ( ****) du tombeau de Tityas qui était situé dans la Phocide, où Pausanias ( *****) dit l’avoir vu. Telle était sa grandeur, que par la suite, les peuples crurent qu’il n’y avait qu’un géant à qui l’on eut pu donner une sépulture semblable. Bemarquez qu’en Allemagne et dans la marche de Brandebourg , où les tumulus sont communs , on les appelle encore lits de géants.
Le tombeau dressé pour Achille lui-même, sur le promontoire de Sigée, était de la même nature; car Euripide (******) dit que l’ombre de ce héros apparut sur le sommet de son tombeau, et Sénèque (*******) dit que pour immoler Polixène aux mânes du héros, Pyrrhus dut gravir la haute montagne qui formait le tombeau, ardui sublime montis tetigit. Ce tombeau existe encore, ou du moins on croit le reconnaître dans un grand tumulus qui se trouve au cap de Sigée , et que M. de Choiseul-Gouffier fit fouiller en 1787. Vers le centre on trouva deux grosses pierres appuyées lune sur l’autre par le haut, et formant une espèce de toit sous lequel
(*) Diodorede Sicile. L. II.— (**) Iliade. L. XXIII, v. 252.- (***) Iliade. L. II, v. 814.— (****) Odys. L. XI. -(*****) L. X —
(**«*»*) uécube, act. I. — (»******) Troas, act. V, v. 1419.
MONUMENTS CELTIQUES,
étaient une petite Minerve placée sur un char et une urne remplie de cendres , de charbons et d’os humains. Sozomène (L. II, c. 2) parle du tombeau d’Ajax qui s’élevait au lieu où l’on dit qu’était le camp des Grecs pendant le siège de Troie. Or, ce tombeau est un tumulus qui existe encore bien qu’en ruine, et qui a conservé le nom de tombeau d’Ajax. Dans Iphigénie en Tauride , Oreste, sur le point d 'être immolé, supplie Pylade de lui élever un tombeau, et ce sont les mots tu[x6ov -/moov, tombe formée de terres rapportées, qu’Euripide met dans la bouche de son héros. Il en était de même du tombeau de Polynice dépeint par Sophocle (*). Les Grecs ont encore vanté les tumulus de Laïus , de Lycas et de Tydée. Athénée , contemporain de Marc-Aurèle, est encore plus explicite que les autres écrivains grecs : « Dans les plaines de la Laconie , on voit, dit-il, des collines élevées de main d’homme , plus fréquentes en ce pays que dans tous les autres ; elles ont été construites avant la naissance des arts pour servir de tombeaux à des chefs. »
Virgile dit que les Latins rendant les derniers devoirs à ceux des leurs qui avaient perdu la vie dans une bataille , élevèrent une masse de terre sur leurs os à demi brûlés :
Mœrentes altum cinerem , et confusa ruebant
Ossa focis, tepidoque onerabant aggereterræ (**).
On voit encore , dans l’Énéide , Éuée élever un tombeau à Polydore , et ce tombeau est un véritable tu inulus :
Ergô instauramus Poiydoro funus et ingens
Aggeritur tumulo tellus (***).
Il en est de même du tombeau de Dercennus :
Ingens monte sub alto
Regis Dercenni terreno ex aggere bustum (****)
Servius , commentateur de Virgile , a soin de faire observer qu’on faisait des amas de terre sur les ossements, et qu’un monticule de cette nature se nommait tumulus : terrœ congestio super ossa tumulus dicitur.
Les sépulcres étrusques dont l’Italie et principalement l’ancienne Étrurie sont couvertes, étaient, comme on peut le voir encore, de véritables tumulus, revêtus parfois de maçonnerie, mais conservant toujours leur forme primitive. Les plus anciens même, comme celui de Cere , paraissent n’avoir jamais été autre chose qu’un amas de terre, dans lequel étaient disposées des chambres sépulcrales un peu moins grossières, ii est vrai , que celles que nous trouvons dans les tombeaux celtiques, mais offrant avec elles la plus grande analogie.
Je n’en finirais pas si je voulais énumérer toutes les contrées si éloignées les unes des autres où des tumulus ont été reconnus. Je ne parlerai pas ici des Scandinaves qui en élevèrent en grand nombre ; nous les décrirons lorsque nous passerons en revue les monuments de ces peuples.
Palîas dit avoir observé des tumulus chez plusieurs nations du nord de l’Asie, chez les Tchouvaches , les Ostiaks, les Baltires , les Samoyèdes. Le baron de Tott raconte qu’il en existe un grand nombre chez les Tatars-Noguais. Voîney (*****) dit en avoir vu une foule dans le pachalik d’Alep; l'un d'eux avait plus de 30"‘ d’élévation. Il en existe tout le long du cours du Danube ; on en retrouve dans les plaines de la Mœsie et de la Tbrace , aussi bien que dans toutes les parties de l’Amérique. Le voyageur Bartram en a vu chez les sauvages de la Floride orientale. Il en est de même au Brésil , où , après un combat, les Botocoudos enterrent leurs morts dans une grande fosse , sur laquelle ils amoncellent de la terre, jusqu’à former une assez haute montagne (******). Autour des pyramides du Mexique s’élèvent une quantité de petits monts qui paraissent avoir été le tombeau des seigneurs mexicains. Le chemin qui conduit à ces monuments, conserve encore le nom de Micaotli , chemin des morts (*******). Dans les temps modernes, nous trouvons cet usage encore en vigueur chez les naturels de la Guyane française : « Quand un homme a terminé ses jours, ouïe pose tout debout dans un trou profond creusé en forme de puits. On met à côté de lui ses armes, les objets auxquels il était le plus attaché ,
(*) Antigone, act. 5.— (**) Enéide, L. XI, v. 211.— (***) Enéide, L. III, v. 62.— (****) Ibid. L. XI, v. 849.— (*****) Voyage en Syrie. T. II. — (******’; Debret. Voyage au Brésil. T. I, p. 26. — (*******) Prévost. Histoire générale des Voyages. T. XLIV.
— TUMULUS
des ustensiles de ménage, et même des vivres, dans la persuasion qu’il aura besoin de toutes ces choses dans l’autre moude. On remplit de terre les vides et la fosse, qui devient une espèce de mausolée (* ). »
A une époque encore fort récente, s’était conservé en Écosse l’usage de mettre sur les tombeaux des amas de pierres appelés cairns , auxquels chaque passant se faisait un devoir d’en ajouter une. Walter Scott fait souvent allusion à cette coutume.
Du temps de la première croisade de saint Louis , Joinville fut témoin des obsèques d’un grand seigneur du pays , du roi des Commains ; après avoir déposé divers objets avec le corps , « ils firent sur la fosse une grande montagne de pierres et de terre (**). »
Le désir de prouver la généralité de l’usage des tumulus dans tous les temps et chez tous les peuples , nous a entraîné un peu loin des Celtes, qui seuls en ce moment doivent nous occuper. Plus qu’aucune autre nation , ils ont tenu à honneur de signaler par des montagnes factices la sépulture des personnages importants soit par leur rang, soit par leur courage. « Chez les Germains, dit Tacite , les funérailles étaient simples , et toute la distinction qu’on y accordait aux personnages illustres , était d’être brûlés avec certains bois. On ne jetait sur les bûchers ni habits, ni parfums , mais les armes du mort, et quelquefois son cheval ; puis on élevait sur son corps une butte , sepulchrum cespes erigit (***). »
Tite-Live (****)citeun tumulus près de Carthagène, appelé Tumulus de Mercure. On sait que Mercure était le dieu conducteur des mânes. Enfin, on lit dans Ossian : « Ami , élève-moi un tombeau composé de quelques grosses pierres et d’un monceau de terre (***** ) , afin que quand le voyageur s’assoira près de moi, il dise : Un guerrier est couché là dans la bruyère ( ****** ). » Ailleurs, dans le même poème : « Quelques pierres grisâtres et un monceau de terre conserveront ma mémoire. »
« Dans le Wilshire , dit Camden, sont un grand nombre de collines rondes qu’on appelle burrow ou barrow , élevées sans doute en mémoire de soldats tués ; car on y trouve des ossements ; et il était en usage chez les peuples du Nord que les soldats qui avaient survécu au combat, apportassent sur le tombeau de ceux qui avaient péri, autant de terre que leur casque pouvait en contenir. >>
Voici, ce me semble, un assez grand nombre de preuves écrites de la destination funéraire des tumulus ; nous verrons tout à l’heure que les preuves matérielles fournies par les fouilles sont encore plus nombreuses et plus positives.
Quelques auteurs cependant pensent que, dans certains cas, ces amas de terre purent avoir quelque autre destination, et ils s’appuient principalement sur ce que quelques fouilles n’ont amené aucun résultat. M. Mahé croit que dans ce cas , ces tumulus peuvent n’avoir été que des cénotaphes. MM. Cambry et de Laborde supposent que les tumulus furent parfois, comme les menhirs, consacrés à rappeler le souvenir défaits mémorables ; leur hauteur et leur largeur auraient été proportionnées à l’importance des faits dont ils devaient consacrer la mémoire.
D’autres tumulus, selon M. Taillefer (****¥**)} servirent de tribunal pour rendre la justice. Non-seulement on y prononçait les jugements, mais on y exécutait les criminels. Les Scythes, selon Hérodote, élevaient des montagnes de fascines , sur lesquelles ils plaçaient une épée, symbole de leur divinité , et c’était là qu'ils lui sacrifiaient les prisonniers de guerre.
M. Bodin (********) a tiré de ce passage une nouvelle supposition que je citerai, quoique je sois loin de 1 approuver, mais afin de n’omettre aucune des opinions émises. « Les rapports que les Celtes eurent avec les Scythes, dit-il, introduisirent peut-être dans les Gaules l'usage de sacrifier au dieu Épée sur des montagnes factices. Dans la suite , au lieu de les composer avec des fascines qu’il fallait renouveler tous les ans, les Celtes auront élevé ces monticules de terre que nous nommons Tombelles, afin qu’en plaçant dessus la lance ou l’épée qui représentait parmi eux la divinité , lorsqu’ils l’invoquaient pour la guerre , elle pût être aperçue de tous les assistants. »
Les antiquaires donnent à ces terres amoncelées sur les sépultures les noms de Tumulus , Tombelles , Mallus ou Barrow. On désigne plus spécialement par le nom de Mallus celles de ces buttes que l’on croit avoir servi de tribunal. Le mot Barrow , employé par les Anglais , et adopté par les antiquaires français , dérive de Bar, mot qui , dans plusieurs langues, exprime à la fois une colline et une frontière.
\ De la Rue. Histoire du 18 Fructidor. T. II. — (**) Joinville. L. XI. — (***)De moribus Germ., c. 27. — (****) l. XXVI, c.44.
(“***) Mealdo'n uir, molem telluris , traduit Macpherson. — (****“) Ossian. Carraig-Thura. — (*****«*) Antiquités de Vésoue.
C *******) Recherches historiques sur la ville de Saumur.
— MONUMENTS CELTIQUES
Certains tumulus sont composés de pierres et non de terres amoncelées ; on les appelle Galgals ; c'est le nom que leur donnaient les Celtes ; il signifie effectivement en leur langue un amoncellement de petites pierres, Gais , d’où vient notre mot galet. Les antiquaires anglais les nommaient Cairn.
On trouve aussi des monuments de ce genre en Grèce ; et parmi les tumulus que M. Leclievalier trouva en Troade , il en reconnut un qui n’était qu’un énorme amas de cailloux jetés sans ordre les uns sur les autres. On en trouve aussi des exemples chez les Hébreux : « Après qu’Achan eut été lapidé , ils amoncelèrent sur lui un grand amas de pierres , qui existe encore aujourd’hui (*). « On jeta dans une fosse le corps d’Absalon , et ils élevèrent sur lui un énorme monceau de pierres (**).
Enfin , Virgile fit dans sa jeunesse l’épitaphe d’un brigand dont le corps fut couvert d’un monceau de pierres :
Monte sub hoc Iapidum tegitur Balista sepultus.
Nocte, die, tutum carpe, viator, iter.
D'après les trois exemples que nous venons de citer, on pourrait croire que ce genre de tombeau était souvent un monument d’infamie , et non un mausolée honorifique.
C’est à l’époque qui a précédé l’établissement des Grecs et des Romains dans les Gaules qu’appartiennent presque tous les tumulus. Il est certain pourtant que quelques-uns de ces monuments furent élevés après l’invasion , puisqu’on y trouve des médailles et des poteries romaines ; que plusieurs placés le long des voies paraissent moins anciens qu’elles. Mais cet usage , entièrement étranger aux Romains , dut nécessairement s’affaiblir et disparaître sous leur gouvernement ; aussi voyons-nous que dans les provinces méridionales où leur influence se fit sentir plus tôt et d’une manière plus immédiate, les tumulus sont extrêmement rares, tandis qu’ils sont très-nombreux dans les parties septentrionales de la Gaule, qui résistèrent plus longtemps aux armes civilisatrices des conquérants , et conservèrent avec plus d’opiniâtreté leurs anciens usages , leurs antiques superstitions. M. de Gaumont pense toutefois que nul de ces monuments n’est postérieur au nc siècle, et, en effet, jusqu’à ce jour, aucune découverte n’est venue démentir cette assertion. Suivant M. Witaker , l’usage n’en aurait été abandonné en Angleterre que vers le milieu du vme siècle , lorsque Cuthbert, archevêque de Cautorbéry, obtint une loi pour établir les cimetières dans les villes.
Les dimensions des tumulus sont très-variables ; il en est d’énormes, tandis que d’autres n’ont pas plus d’un mètre d’élévation. Ils sont encore plus nombreux en Angleterre que sur le sol de la France; aussi est-ce dans cc pays qu’ils ont d’abord attiré l’attention des antiquaires ; et c’est à la langue anglaise qu’ils doivent leurs principales dénominations. La classification la plus complète de ces monuments nous a paru être celle que nous empruntons à l’excellent ouvrage de M. de Gaumont (***).
1° Le tumulus boule , boivl barrow , ainsi nommé à cause de sa forme ronde , est celui qui paraît le plus commun en Angleterre ; il est quelquefois entouré d’un petit fossé.
2° Les tumulus larges, large barroivs , ressemblent beaucoup aux tumulus arrondis ; mais leur diamètre est beaucoup plus considérable ; ils n’ont quelquefois que 5 à G n) de hauteur , sur 30 , 50 et même jusqu’à 70 ,D de largeur.
3° Les tumulus allongés, long barrows , ressemblent quelquefois à la moitié d’un œuf coupé sur la longueur qui serait posé sur le côté plat ; en effet , on n’a trouvé qu’un petit nombre de tumulus allongés, dont les extrémités eussent un diamètre égal; ces tumulus sont, dans quelques localités, trois, quatre et cinq fois plus longs que larges ; on y remarque assez souvent des dépressions vers le centre ; presque toujours ils se rencontrent isolés sur des éminences ; très-rarement on en a trouvé plusieurs rangés sur une même ligne; quelques-uns sont entourés de tumulus d’une autre forme ; les tumulus allongés et les tumulus larges sont assez ordinairement les galgals , et ce sont eux principalement qui contiennent les galeries ou passages souerrains qui conduisent à des niches sépulcrales.
4J Les petits tumulus coniques, conical barroivs, étaient autrefois très-communs en Angleterre; mais ils ont été nivelés en partie par la charrue , et on ne les retrouve plus aujourd’hui que dans les terres incultes ; ils sont ordinairement faits en terre ; leur diamètre excède rarement 10 ,n, et il u’en a parfois que 5 à 7 ; plusieurs sont entourés d’un petit fossé.
(*) Congregaoerunt super eum acervum magnum Iapidum qui permanet usque in præsentem diem. ( Josue, c. 7, v. 26.)
(**) Comportai' erunt super eum acervum Iapidum magnum nimis. (Rois, !.. II. c (8, v. 17.)
(***) Cours d’A iniquités monumentales. T. I.
TUMULUS
5° Le tumulus géminé , double barrow , consiste , comme le nom l’indique , en deux tumulus accolés ; il est probable que ces tumulus recouvrent deux personnes unies par l’amitié ou par les liens du sang ; ils sont d’ailleurs beaucoup plus rares que les autres.
6° Le tumulus en forme de cloche, bell barrow , est commun dans les environs du Mone-Stenge. Sir IL Hoare le regarde comme moins ancien que les précédents , à cause de sa forme plus symétrique.
7° On rencontre encore en Angleterre des tumulus qui se distinguent des autres sous plusieurs rapports ; ils sont entourés d’un fossé creusé avec beaucoup de régularité, et leur pente est quelquefois garnie d’une allée en terrasse ; de plus, on a fréquemment découvert à l’intérieur du tertre des colliers et quelques autres ornements. Le l)r Stukely les avait distingués sous le nom de tumulus druidiques, druidical barrows , pensant que les objets d’art qu’ils renferment pouvaient avoir appartenu aux prêtres druides; mais cette opinion a été combattue avec beaucoup d avantage par sir R. Hoare , suivant lequel les objets découverts dans ces tumulus paraissaient bien plutôt convenir à des femmes qu’à des prêtres.
Telles sont les diverses formes sous lesquelles se présentent les tumulus, avec lesquels il faut bien se garder de confondre les buttes naturelles , ou les élévations factices appelées l;eep par les Saxons et les Normands , et sur le haut desquelles étaient érigées des tours. Ces éminences, auxquelles on donna aussi souvent le nom de moites , sont faciles à reconnaître à la dépression que présente leur sommet ; ce qui leur donne la forme d’un cône tronqué. Telle pourrait bien êtreune éminence appelée la Motte de laYillenièrc, et qui existe dans la commune de laPouèze, canton du Lion d’Angers (Maine-et-Loire). Son plan est elliptique; son plus grand diamètre est de 33 m , son plus petit de 17, son élévation d’environ 15. Du côté de l’orient, une rampe déplus de 70 m de longueur conduit au sommet de la butte. C’est sans doute aussi à cette destination qu’on peut rapporter le terrier du Peu , élévation qui se voit dans la commune de Saint-Saturnin de Léchaud , près de Saintes (Charente-Inférieure) ; on remarque au sommet une sorte de cratère ou de trou en forme de puits , mais sans revêtement de maçonnerie, qui paraît descendre jusqu’à sa base.
Sur la route de Brioude au Puy , près de Borne (Haute-Loire) s’élevaient trois monticules factices qui longtemps furent regardés comme des tombelles. M. de Ribier de Cheyssac les ayant fait fouiller, y trouva deux médailles de Robert, duc de Rourgogne, qui vivait au XIe siècle. Il suppose que ces trois éminences élevées à une époque si peu reculée, furent destinées à servir de guide aux pèlerins qui , après avoir fait leurs dévotions au fameux tombeau de saint Julien de Brioude , se rendaient à l’église du Puy. On eût placé des signaux sur le point le plus apparent de la route, pour les empêcher de se jeter dans le vallon marécageux qui s’étendait entre Saint-Paulien et Polignac. Ces exemples montrent combien on est exposé à attribuer aux Gaulois des tertres qui, bien que présentant toute l’appareuce de leurs tumulus, ont été élevés beaucoup plus tard , et dans une tout autre destination.
Les tumulus se rencontrent soit isolés, soit réunis : les premiers sont les plus communs. Tel est celui je Silbury , dans Wilshire, près du village de Ivennet (fig. 26), cité par Camden, et décrit avec soin par S. Hyggins. Ce tumulus est d’une énorme dimension. Le docteur Stukely pense que ce monument, si voisin du temple d’Abury, doit être le tombeau du roi qui l’a fondé. En effet, Silburxj-Hill , comme on l’appelle , est exactement au S. d’Abury , et au milieu des deux extrémités des deux avenues qui partent de ce monument. La circonférence du tumulus , mesuré aussi près que possible de la base, est de 740 m.; la hauteur perpendiculaire est de 62 m. S. Hyggins croit que ce tumulus dut faire partie intégrante du monument d’Abury, et non point avoir été un tombeau. Cette opinion me semble dénuée de preuves, et la grande quantité de tumulus, Windmill - hill , Hakpen-hill , Long-barrow , etc., qui se trouvent dans les environs d’Abury, méfait penser qu’au contraire beaucoup de grands personnages voulurent être inhumés dans le voisinage d’un des principaux sanctuaires de leur culte.
Le plus grand tumulus qui existe en Erauce , est celui qui s'élève au milieu d’une plaine, à 6 kil. de Sarzeau (Morbihan), à peu de distance de la mer et de l’abbaye de Saint - Gildas de Rhuis , si célèbre par le séjour d’Abailard; il est connu sous le nom de Grand-Mont, ou Butte de Tumiac (*). M. de Eréminville donne à ce tumulus 33 m. de hauteur perpendiculaire, et 120 m. de circonférence à la base; sa forme est celle d’un cône; il est dans toute son élévation couvert de bruyères et d’ajoncs. On l’aperçoit de fort loin en mer, et il sert de point de reconnaissance aux bâtiments caboteurs.
Près de Locmariaker (Morbihan) est un autre grand tumulus de forme allongée, connu sous le nom de
(*) On sait qu’en langage celtique turn signifie élévation, et que c’est de la qu’est venu le latin tumulus, tumere , tumescere , etc.
— MONUMENTS CELTIQUES
Mont-Héleu; il est composé de terre et de pierres. On a coupé un de ses flancs, dit M. Mahé , et dans le plan vertical laissé à découvert , on a vu successivement des couches de terre glaise , et d'une matière noire, brûlée, et mêlée de charbons.
A l’extrémité opposée du même bourg, est un gal-gal appelé la butte de César; il a environ 12 m. d’élévation, et 180 de circonférence. On voit qu’il rentre dans la catégorie des tumulus larges. A ses pieds sont trois menhirs renversés.
Le Mont-Saint-Michel , à Carnac (Morbihan), n’est autre chose qu’un tumulus élevé sur un monticule naturel, et sur lequel on a bâti une chapelle dédiée à l’archange.
Je citerai encore en France les tumulus de Cuz-yar (la cache du comte) près Lannion , la butte de Mongrolle , et la motte de Jarry dans la forêt d’Orléans, et la butte de Beaugency (Loiret), la motte du Pougard , près de Dieppe (Seine-Inférieure), la tomhelle du bois de Levés , près de Chartres (Eure-et- Loir); le tumulus de Condé-sur-Laison (Calvados), fouillé en 1834 sous la direction de M. Galleron (*), la butte du Lion , la butte du Mont aux Prêtres , la butte de Messière , et le tumulus de Sainl-Cyr-en- Val (Loiret), le tumulus de Colombiers (arrondissement de Bayeux), ceux de Saint - Martin , près de Sens (Yonne), du Camp de César à Soing ( Loir-et-Cher), de Roquefort (Bouches-du-Rhône) , etc.
J’indiquerai aussi, dans les Iles-Britanniques, quelques autres tumulus isolés qui méritent d’attirer l’attention :
En Angleterre, dans le comté de üorset, est un tumulus surmonté d’une énorme pierre appelée Adlingestone ou Jggleslone. Cette pierre a la forme d’une pyramide renversée. Sur sa surface sont creusés trois bassins; sa plus grande circonférence est de 30 m. environ. Cette mesure est également celle de la hauteur du barrow. Ce monument a été signalé par Hutchins dans son histoire du comté de Dorset.
Dans le Yorkshire , sur la route de Whitby à Gisborough , est un grand tumulus appelé Freeburgh-hill ; mais l’auteur de A tour in Scolland pense que, selon toute probabilité, ce monument est l’ouvrage des Danois, et qu’il a pu être élevé à l’occasion de la victoire gagnée par Ivar, prince danois, sur Ella , roi de Bernicia.
En Écosse, près d’Old-Aberdeen , est un tumulus appelé Tillie Dron.
Souvent, ainsi que je l’ai dit, plusieurs tumulus se trouvent dans le voisinage les uns des autres, soit alignés, soit groupés. Nous avons un exemple de ces alignements dans les trois tombelles qui s’élèvent dans une plaine près de Tirlemont, en Belgique (fig. 27).
A l’extrémité N. -O. du comté d’Essex, dans la paroisse d’Ashdon, s’élèvent quatre grands tumulus coniques entourés de plusieurs petits. Ces tumulus, appelés Bartlow-hills , ont été décrits avec soin par S. John Gage, dans le 25e vol. de Y Archœologia Britannica , à laquelle nous avons emprunté notre dessin (fig. 28). La hauteur du plus grand des quatre tumulus est de 31 m. ; celle du plus petit de 15 m. ; celle des deux autres de 23 m.
En Écosse, près de la muraille romaine appelée G raliam’dike , sur le bord du fleuve Carron, non loin de la ville de Sterling, sont deux tumulus qu’on appelle Duni pacis , buttes de la paix. Ce nom semblerait indiquer que ces tumulus ont dû être élevés non pour servir de sépulture, mais pour consacrer le souvenir de quelque traité de paix.
Arrivons maintenant à l’examen de l’intérieur des tumulus; c’est là qu’ils vont nous offrir F intérêt le plus vif, et les distributions les plus variées. Les Celtes paraissent avoir employé deux modes bien distincts de disposer des dépouilles des morts; ils durent commencer par l’inhumation; plus tard, l’usage de brûler les cadavres s’introduisit, mais sans détruire entièrement celui de confier les corps entiers à la terre; les deux coutumes paraissent avoir subsisté concurremment. Il est très-rare que les matériaux formant le tumulus soient amassés sans précaution sur les restes du défunt, quoique dans quelques-uns on ait découvert une quantité considérable d’ossements confusément entassés, d’où l’on a conclu qu'ils contenaient les restes de guerriers tués dans un combat; mais la disposition du lieu où ces restes sont déposés n’est presque jamais complètement la même dans plusieurs tumulus ; ceux , d’ailleurs , qui renferment plusieurs corps , et qui , sans doute, étaient des tombeaux de famille, devaient nécessairement offrir des salles et des galeries plus vastes et plus nombreuses que ceux qui étaient destinés à couvrir le corps d’un seul personnage.
A 1 kil. au N. -O. de Pornic ( Loire-Inférieure ) , au milieu d’une plaine, s’élèvent plusieurs tumulus. Le premier qu’on rencontre présente dans sa partie N.-E. l’entrée de deux galeries à peine déblayées. La galerie S.-E. a de 0m,80 à O"1, 90 de largeur, sur une hauteur de lm,50, le sol primitif n’étant pas entièrement décou-
(*) Mémoires de la Société des Antiquaires de Normandie. T. IX.
— TUMULUS
vert. La galerie N. *0. a l'n,50 de largeur, et autant de hauteur. L’une et l’autre ne sont pas praticables au delà de 2 m. environ. Le diamètre de la butte, qui est en grande partie détruite, est de 24 à 25 ni. Ce tumulus large est un galgal composé de fragments amoncelés de quartz grossier et d’arkose schisteux. A côté de ce monument est un moulin qui paraît être placé sur un autre tumulus ; des fouilles pourraient seules confirmer cette conjecture. Du reste, cette hutte est placée sur une même ligne de l’E. a 10. que le tumulus dont nous venons de parler, et un troisième qui a été entièrement fouillé, et qui est par cela même le plus curieux des trois. Celui-ci présente, comme le premier, deux galeries parallèles dont l’ouverture est tournée au S.-E. (fig. 29). Ces galeries sont composées de grosses pierres brutes, disposées comme celles qui forment les grottes aux fées. Mieux que tout ce que je pourrais dire, l’aspect du plan que j’ai relevé avec le plus grand soin (fig. 30), pourra donner une idée exacte de la disposition de ces salles. La longueur totale de la galerie du S.-O. est de I Om ,55 , la plus grande largeur de 4m,35. La galerie N. -E., longue de 10 m., est large de 3m. Au fond de celle-ci, on remarque dans le sol une dépression qui indique le lieu où étaient déposés les ossements. Les galeries ont lm, 60 de hauteur. La dimension de ce monument, qui est formé de terre mêlée seulement de quelques pierres, est à peu près la même que celle du premier tumulus; il appartient également à la classe des tumulus larges.
La plus curieuse des fouilles faites en France dans un tumulus est celle exécutée il y a peu d’années aux frais de la Société des antiquaires de Normandie dans le grand tumulus de Fontenay le Marmion, près de Caen (Calvados). Ce tumulus large est formé de pierres sèches, entassées les unes sur les autres. Son diamètre vers la base est d’environ 50 m. ; mais il a dû être plus considérable , car on a pris tout autour beaucoup de pierres pour les réparations des chemins de la commune. Cette éminence , dont la hauteur n’est plus aujourd’hui que de 7 à S m., renferme plusieurs caveaux grossièrement arrondis (fig. 31), dont les murs construits en pierres plates et brutes , superposées sans aucune espèce de ciment ni de mortier, s’élèvent en se rétrécissant. On peut hardiment admettre que dans l’origine ces tombes présentaient des espèces de voûtes à peu près coniques, dont nous verrons tout à l’heure un exemple bien plus important; aujourd’hui elles sont toutes plus ou moins tronquées, et ressemblent à des fours à chaux. Toutes ces salles ont été trouvées encombrées de pierres plates comme celles des murs, et qui vraisemblablement provenaient de la rupture du faite. Après l’enlèvement de ces décombres, on a constamment découvert, à une profondeur de 3 à 4 m., une couche d’argile épaisse de 0m,70 cà O"1, 80, dans laquelle reposaient des ossements humains brisés, dont les uns avaient éprouvé l’action du feu , tandis que les autres étaient dans leur état naturel. Ces caveaux ont des dimensions peu différentes : leur diamètre est de 4 à 5 m ; leur hauteur dans l’état actuel est de 3m,S0 à 4m,80. Chaque tombe est munie d’une allée couverte ou galerie souterraine tournée vers la circonférence du tumulus. Le diamètre de ces galeries, qui sont carrées, varie de O"1 ,80 à 1 m ,30. On n’a trouvé dans ces tombes aucun objet de métal, mais seulement une petite hache en pierre verte, et deux vases en terre noire d’une forme singulière, qui paraissent avoir été formés à la main sans le secours du tour (*).
A Bougon , près de la Mothe-Saint-Heray, arrondissement de Melle (Deux-Sèvres), existent trois tumulus qui ont été fouillés récemment. Les deux premiers n’ont présenté aucune particularité remarquable , mais le troisième est du plus haut intérêt. 11 est élevé de 5m,40, et sa circonférence est seulement de 150 m. L’amoncellement qui le forme est beaucoup moins considérable du côté du midi que du côté du nord. Nous avons déjà dit que cette particularité se présentait souvent dans les tumulus allongés. Des fouilles exécutées en 1840 par MM. Ch. Arnaud et Baugier ont amené la découverte d’une salle rectangulaire partagée en deux par deux pierres plantées perpendiculairement dans le sol (fig. 32). Les supports qui forment les parois ne se touchent pas, et les intervalles sont remplis par des espèces de constructions en pierres sèches. Cette grotte, qui a 7m,48 de l’E. à 10. et 5m,40 du N. au S. , est couverte par une pierre conique de calcaire siliceux, dont l’épaisseur est de 0'”,90. Sur l’un des piliers isolés au centre de la grotte sont tracées quelques figures grossières dont il serait bien difficile de deviner la signification, si toutefois elles en eurent jamais. L’intérieur de cette grotte offrait le spectacle le plus curieux : elle était entièrement encombrée d’ossements humains. La tète de chacun des squelettes touchait aux parois, et tous avaient à côté d’eux des vases en terre cuite contenant quelques provisions, parmi lesquelles des noix et des glands parfaitement conservés. On y a aussi trouvé deux haches et deux couteaux en silex, plusieurs instruments tranchants plus petits, deux cuillers dont l’une en coquillage ,
(*) M. Deshaves. Mémoires de la Société des Antiquaires de Normandie. T. VII. Le modèle en relief de ce curieux tumulus est déposé au Musée de la Société, cà Caen.
— MONUMENTS CELTIQUES
et l’autre en terre cuite, plusieurs défenses de sanglier, les os d'un chien, et quelques fragments d’une assiette portant l’empreinte d’un dessin grossier. Ces fouilles ont été décrites en grand détail par l’un de ceux qui les ont fait exécuter, par M. Ch. Arnaud , dans ses Monuments du Poitou. C’est à son ouvrage qu’est emprunté le plan que nous publions.
Nous venons de voir un exemple de l’usage qu’avaient les Celtes de déposer dans les tombeaux , outre les squelettes ou les cendres, quelques objets qui attestent la simplicité de leurs mœurs, ou les idées superstitieuses de l’époque, tels que des trophées de chasse, ossements de chien, de cheval, cornes de cerf, défenses de sanglier, etc. La coutume de placer dans les tombeaux ces preuves de l’habileté à la chasse, dont les peuples barbares ont toujours fait un si grand cas, est souvent rappelée dans les poèmes d’Ossian.
Dans Fingal , ch. IV : -> Oscar, souviens-toi de placer cette épée, cet arc et ce bois de cerf dans mon étroite et sombre demeure , que tu marqueras par une pierre grisâtre. »
Dans Témora , ch. 1 : « Porte-moi sur une colline; élèves-y des pierres en ma mémoire ; place près de moi un bois de cerf et mon épée. Un jour le torrent enlèvera la terre, et le chasseur voyant ce fer dira : Voici l’épée du vaillant Oscar. »
On voit par ces passages que l’usage de déposer des armes auprès des restes des guerriers était également général ; aussi est-ce dans ces monuments qu’ont été découvertes presque toutes les armes celtiques que nous possédons.
Le huitième volume de 1 ' Archœologia britannica renferme un intéressant mémoire de M. Molseworth sur la découverte faite en 1787 d’une salle sépulcrale dans un tumulus situé sur le sommet d’une colline près Saint- Hillary, dans l’ile de Jersey. M. Molseworth et S. H. Seymour Conway, auteur d’un autre mémoire sur le même sujet, regardent ce monument comme un temple que les Druides auraient voulu mettre à l’abri de la profanation sous un monceau de terre. Je ne crois pas qu’on puisse y voir autre chose qu'un tombeau. La salle est circulaire (fig. 33), composée de quarante-cinq grosses pierres ayant 2m,30 de hauteur. La circonférence est de 22 m. Dans le pourtour sont ménagées cinq espèces de niches ou chapelles; on pénétrait dans le monument par une galerie couverte faisant face à 1E., longue de 5 m. et large de 0m,80.
Dans le comté de Sommerset, à Wellow Stoney Litleton, est un grand tumulus allongé de 34 m.de longueur, 17 m. de largeur, et 4m,30 de hauteur, qui a été exploré en 1816 par S. R. Hoare (*). 11 était construit en pierres sèches; son entrée, tournée vers l’E., présentait une espèce de porte formée de trois grosses pierres, et qui avait lm,30 de hauteur; une autre pierre en fermait l’entrée (fig. 34). Cette porte donnait accès à une galerie droite, longue de 16 m., large de lra,80à lm,30, et divisée en trois parties par trois transepts, formant trois espèces de chapelles de chaque côté de l’allée. Les murailles étaient formées de pierres plates posées les unes sur les autres sans ciment, et de larges pierres brutes posées sur champ; la voûte était à peu près conique, et formée par la projection de pierres plates qui se recouvraient les unes les autres, système d’encorbellement que l’on a rencontré dans presque tous les tumulus.
Un autre tumulus à galerie souterraine existe près de Bath, dans le comté de Sommerset , où il est connu sous le nom de Fairy's toote ; il a 50 m. de l’E. à l’O. et 25 m. du N. au S. Il renferme une galerie découverte en 1789, et qui conduisait à un caveau contenant un squelette.
Un autre tumulus, ouvert en 1772 dans lune des Orcades, présentait à 1 intérieur cinq sarcophages sans communication l’un avec l’autre, et irrégulièrement disposés dans le massif du tumulus (fig. 37).
L’auteur de A tour in Scolland décrit en ces termes un monument singulier qui se trouve dans la province de Sutherland : « Non loin de Dunrobin, dit-il, est une antiquité très-entière, de celles connues dans l’Ecosse méridionale sous le nom de Pictish-Castles , châteaux des Pietés, et appelées dans l’Écosse septentrionale Cairn-Lean , tours grises. Elle peut avoir 130 yards de circonférence ; elle est ronde et élevée si haut audessus de la plaine, qu’elle forme une montagne considérable. Au sommet est un creux large, mais peu profond, oii sont trois basses galeries concentriques à peu de distance l’une de l’autre, couvertes en dessus avec de larges pierres, et dont les parois sont formées de pierres épaisses de 4 à 5 pieds, grossièrement travaillées. Etait-ce, ajoute l’auteur, une resserre pour les blés, ou un refuge contre l’hiver, ou un monument religieux? »
Quant à nous, nous ne croyons pas qu’on puisse y voir autre chose qu'un tumulus.
Arrivons à un monument fort important, le grand tumulus de New-Grange, près Drogheda, dans le comté de Meath, en Irlande. Sa hauteur est d’environ 23 m. ; il est entouré à sa base d’un grand nombre de grosses
(*) Archæologia britannica. T. XIX.
— TUMULUS
pierres brutes. Ce turaulus,dans son état actuel, n’est plus qu’une ruine, car longtemps il a servi de carrière. L’intérieur (fig. 35) présente une longue galerie dont l’entrée était cachée à plus de 13 m. dans lintérieur de la butte ; cette galerie était formée de pierres brutes de hauteur inégale (fig. 36) , variant de 0'n,6G à 2m,35 de hauteur. Cette galerie, de 10 m. de long et lm,60 de large, aboutit à une salle octogone haute de 12m., surmontée d’une espèce de coupole formée par les pierres des parois se rapprochant par encorbellement. Cette disposition rappelle grossièrement la construction de la chambre sépulcrale du tombeau de Cécilia Metella dans la campagne de Rome. Aux côtés de cette salle sont trois cellules irrégulières, dont l’une contenait une espèce de large coupe en pierre.
Depuis peu d’années, nous devons à M. de Freminville la connaissance d’un monument unique jusqu’à ce jour. Ce savant antiquaire l’a décrit avec soin (*), et récemment j’ai pu moi-même vérifier sur place la fidélité de sa description et de ses dessins. Ce grand galgal est situé dans l’ile de Gavrennez (l’île aux Chèvres), dans le golfe du Morbihan, entre Port-Navalo et Locmariaker. L’intérieur présente une seule galerie aboutissant à une chambre un peu plus large (fig. 38 et 39). La longueur totale du souterrain est de 16 m. ; neuf pierres forment le plafond de la galerie , mais une seule dalle énorme recouvre toute la salle. Ce que ce monument présente d’extrêmement remarquable, c’est que toutes les pierres qui composent les parois sont couvertes d’ornements bizarres qu’il serait fort difficile de décrire; ce sont des lignes concentriques parallèles, elliptiques, en demi-cercle; quelques-unes présentent des coins rangés en ordre, d’autres cette disposition connue des Romains sous le nom d'opus spicatum. La pierre que nous publions (fig. 40) en donnera une idée plus juste que tout ce que nous pourrions dire. Une autre pierre (fig. 41) présente aussi une particularité singulière; elle est percée à peu près à moitié de sa hauteur de trois trous î-onds placés à côté l’un de l’autre. Ces trous ne pénètrent pas la pierre de part en part , mais communiquent latéralement l’un avec l’autre , de sorte que leurs séparations ne font pas cloison , mais forment à peu près l’anse de panier, et qu’on peut passer le bras au travers. Ces ouvertures semblent avoir été destinées à introduire des liens pour garrotter des captifs ou des victimes, peut-être des malheureux condamnés à être enterrés avec leur prince ou leur maître. Peutêtre aussi ce tumulus a-t-il simplement servi de prison , ainsi que le savant antiquaire anglais Pcnnant croit que cela arrivait quelquefois. Quoi qu’il en soit, le tumulus de Gavrennez nous paraît être le seul exemple bien constaté d’un grand travail de sculpture exécuté par les Celtes, et, à ce titre, il méritait de nous arrêter un instant.
Les tumulus sont les plus intéressants à fouiller de tous les monuments druidiques ; c’est là, plus que partout ailleurs, qu’on rencontre les objets qui viennent enrichir la science et nos musées. Outre les haches et autres instruments de pierre et les ossements, on y découvre une foule d’objets divers ; c’est ainsi que dans des tumulus ouverts dans l’ile Sandwick, l’une des Orcades, on a trouvé des paniers de jonc contenant des ossements et une multitude de scarabées, insecte qui, par un singulier rapprochement, se trouve souvent dans le coffre contenant l’ibis sacré des Égyptiens ; ailleurs ce sont des peignes, des grains de verre , des bracelets, des ustensiles divers, des armes offensives et défensives , des médailles, etc.
Avant de terminer ce chapitre, il nous reste à parler de quelques sépultures gauloises qui, élevées à moins de frais, durent recevoir les restes de personnages moins importants. Parmi celles-ci, les plus anciennes de toutes sont des pierres brutes, simplement posées sur le sol, sans aucun ordre, souvent réunies en grand nombre et indiquant chacune un tombeau. Ces espèces de cimetières sont désignés par les antiquaires sous le nom de Carneilloux , du celtique Carn , charnier (fig. 42). Ces monuments, si toutefois on peut leur donner ce nom, sont communs dans la Bretagne ; les plus remarquables sont ceux de Perros-Guyrech (Côtes-du-Nord), de la Pallue, de Treberon, de Trégunc et de Cléder (Finistère). On en a reconnu aussi dans diverses autres parties de la France, telles que les départements d’Eure-et-Loire, de l’Ailier, etc. En Angleterre, dans le comté de Cornouailles, est un carneillou dont les pierres sont appelées par le peuple Wring-Cheese, les fromages pressés. Quelques-unes, disposées plus régulièrement dans la plaine voisine, sont appelées Hurlers , les lanceurs, parce que, selon la tradition, ce sont des hommes changés en pierre pour avoir violé le repos du dimanche en s’exerçant à lancer le javelot.
Quelques cercueils déformé carrée, ronde, ou ovale, et grossièrement composés de pierres plates posées sur champ et ensevelies sous la terre à une profondeur de 0,n, 60 à 1 m, sont regardés comme des tombeaux gaulois, parce qu’on y trouve des ossements humains dans le même état et accompagnés des mêmes objets que
(*) Mémoires de la Société rovale des antiquaires de France, tome XIV.
— MONUMENTS CELTIQUES,
dans les tumulus. Quelquefois aussi, on découvre des ossements simplement déposés dans la terre, sans aucun ouvrage accessoire, mais accompagnés d’objets qui annoncent l’époque celtique.
En 1839, à Hérouval, près Gisors (Eure), M. Gau, architecte, auteur du grand ouvrage de Nubie, découvrit on tombeau gaulois composé de six pierres brutes appliquées deux à deux par leur extrémité supérieure, de manière à former au-dessus des six squelettes qu’elles recouvraient, une espèce de toit à double rampant (fig. 43).
Dans le dernier siècle, on trouva à Lonzac (Charente-Inférieure), en coupant un rocher, des souterrains dans lesquels étaient pratiquées des chambres ou niches sépulcrales, dont plusieurs contenaient des cendres et des ossements, monuments gaulois d’une antiquité reculée, et dont on remarque les analogues chez les Egyptiens et les Étrusques, et même chez les anciens Péruviens et les Chinois. Il y a peu d’années qu’entre Dôme et Sarlat (Dordogne), on a trouvé un monument semblable contenant aussi des ossements d’hommes et d’animaux, et des couteaux en pierre. Des fouilles faites par M. Thibaut en mars 1820, sur le monticule de Mouchette, territoire de Joigny (Yonne), ont amené la découverte de cent trente-sept fosses creusées dans le tuf, contenant chacune un cadavre et quelques vases. En un mot, le sol de la France est couvert de ces sépultures ; malheureusement leur découverte est presque toujours due à des laboureurs qui les heurtent du soc de la charrue, et qui les recouvrent, trop heureux encore s’ils ne les brisent avec tout ce qu’ils contiennent, dont leur ignorance ne peut apprécier la valeur.