‹ Monuments anciens et modernes (volume 3)Chapitre 51 sur 55 · DOCKS DE LONDRES · texte numérisé non relu

DOCKS DE LONDRES

DOCKS DE LONDRES (the london docks).

C’est en 1800 que s’est formée la compagnie qui a construit et qui exploite ces docks. En vertu de l'acte du parlement qui en a autorisé l’existence, pendant vingt et un ans, à partir du jour de l’ouverture des bassins, qui eut lieu le 30 janvier 1805, trente-deux mois seulement après la pose de la première pierre, les bâtiments chargés de vins, de tabac, d’eaux-de-vie et de riz, et destinés pour Londres, furent tous obligés, à l’exception toutefois de ceux des compagnies des Indes, d’y opérer leur déchargement. Les docks de Londres s’étendent depuis la rue dite East-Smithfield, où se trouve l’entrée des voitures, jusqu’au lieu dit Shadvvell, sur le bord de la Tamise. Ils renferment deux vastes bassins de forme presque rectangulaire et profonds de 29 pieds (8m ,80) : l’un, celui de l’ouest (A), occupe une superficie de plus de vingt acres, et peut contenir cinq cents vaisseaux ; il a 1 2G0 pieds anglais (380 mèt.) de longueur sur 9G0 (292 m.) de largeur ; celui de l’est (B), construit il y a quelques années, est beaucoup moins considérable ; sa superficie n’est guère que de sept acres; il communique à 1 est avec la rivière par un canal, et par un autre canal, vers l’ouest, avec le grand bassin. Ce dernier communique lui-même avec la rivière par deux autres passes, de sorte que les navires peuvent pénétrer dans les bassins par trois entrées, celle de l’Ermitage (a), celle de Wepping (b) et celle de Shadwell (c). La totalité de la superficie du terrain compris dans le mur d’enceinte est d’un peu plus de 71 acres (environ 300,000 mètres).

D’immenses magasins à cinq étages, bâtis en briques, s’élèvent sur le bord des bassins. Celui qui sert à entreposer le tabac occupe quatre acres, et procure à la compagnie une rente annuelle de 1 5 ,G00 livres sterling (390,000 francs). Au-dessous des magasins s’étendent de vastes caves voûtées destinées aux vins et aux spiritueux, et dont le sol, couvert de sciure de bois, est sillonné par une foule de petits chemins de fer. L’aspect de ces caves, dont les voûtes surbaissées s’appuient sur des colonnes en fonte, est d'un effet extraordinaire. Une multitude d’engins perfectionnés servent aux manœuvres; iis ont été construits sous la direction de l’ingénieur H. R. Palmer, Esq., qui a également introduit un grand nombre d’améliorations dans la construction des hangars et des ports. Les docks de Londres, administrés par un conseil de directeurs, s’ouvrent chaque jour à sept heures du matin et se fermenta la nuit.

DOCKS DE SAINTE-CATHERINE (saint-Catherine docks).

Ces docks , les plus modernes que renferme le port de Londres , sont les plus parfaites constructions de ce genre qui existent. Nulle part, en effet, le génie de l’industrie n’a su tirer un meilleur parti du terrain , imaginé un système de construction plus convenable, inventé des machines plus ingénieuses, réuni enfin d’aussi nombreux avantages. Leur position, d’ailleurs, est des plus favorables ; car , situés entre la Tour et les docks de Londres, auxquels ils touchent , ils sont les plus près de la Maison des douanes, de la Bourse , et des autres établissements où s’opèrent principalement les transactions commerciales. Le seul inconvénient qu’ils présentent, c’est que leur entrée destinée aux navires n’est pas toujours aisée, par suite de l'innombrable quantité de bâtiments de toute espèce qui y abordent.

Le projet des docks de Sainte-Catherine a été conçu par sir John Hall, qui est actuellement le secrétaire de la compagnie qui les exploite. Cette compagnie émit des actions pour la somme de 1,500,000 livres sterling (37,500,000 fr.), dont 1,352,800 liv. sterl. (33,920,000 fr.) furent consacrées aux frais de construction et à l’achat du terrain , sur lequel il se trouvait douze cent cinquante maisons, et qui, conséquemment, fut vendu fort cher. Le plan des docks , dont les magasins furent élevés sous la direction de Philip Hardwick , Esq. , fut donné par feu Thomas Zelford , président de l’Institut des ingénieurs civils. La première pierre eu fut posée le 3 mai 1827 , et à partir de ce jour , deux mille cinq cents ouvriers ne cessèrent d’y travailler jusqu’au 25 octobre 1828 , jour auquel l’ouverture en eut lieu avec grande pompe , et en présence de milliers de spectateurs.

Les docks de Sainte-Catherine n’occupcnt qu’un espace de vingt-quatre acres environ ; ils contiennent deux grands bassins de forme irrégulière, désignés sous les noms de Bassin de l'Esl (H) et Bassin de l'Ouest (G) , et un troisième bassin (I) de moindre dimension , placé entre les deux autres , avec lesquels il communique , et où pénètrent les bâtiments venant de la rivière , au moyen d’un canal garni de vannes (e). Ils ont 8m,50 de profondeur, sont calculés pour pouvoir contenir cent quarante ou cent cinquante vaisseaux , indépendamment des petits bâtiments , et l’on estime qu’il y entre chaque année quinze cents navires.

Les magasins, disposés pour pouvoir abriter deux cent dix mille tonnes de marchandises, sont surtout remarquables. Placés fort près du bord des bassins , de telle sorte que , au moyen d’engins , les marchandises peuvent y être amenées sur-le-champ des navires , ils présentent sur leur face qui longe les quais un développement de 1398 mètres, et le service s’y fait avec tant d’activité, que la charge d’un bâtiment de mille tonneaux peut y être transportée des flancs nu navire dans l’espace de trois jours seulement. Ils sont d’ailleurs construits de manière à présenter toutes les garanties désirables , tant par rapport à la solidité que par rapport à la conservation des matières qu’on y renferme. Ils sont construits tout en fer , et l’on pousse les précautions jusqu a entretenir pendant l’hiver une chaleur égale de douze degrés , dans les magasins particuliers où sont déposés les sucres , les grains et l’indigo. L’entrée par terre des docks est située à l’angle du nord-ouest (f) des magasins , presque en face de la Monnaie.

Les docks de Sainte-Catherine sont les seuls de Londres où les vaisseaux puissent entrer la nuit comme le jour. Le chenal , long de 57™, 80 sur une largeur de 13™, 70, est construit de façon à pouvoir recevoir les vaisseaux de six cents tonneaux pendant les trois heures qui précèdent ou suivent la marée haute. La profondeur de l’eau à l’entrée de la passe est de trois mètres à marée basse , ce qui fait une différence de près de 1"', 20 avec les autres docks du port. Les bassins contiennent aussi en tout temps la quantité d’eau nécessaire , une machine à vapeur de la force de cent chevaux étant disposée pour pouvoir à toute heure les remplir ou les vider.

Indépendamment de ces avantages, les docks possèdent encore celui de contenir un quai sur le bord de la Tamise même. Ce quai s’étend entre l’entrée du chenal et la Tour de Londres, sur une longueur de 57 mètres ; il est le débarcadère des nombreux bateaux à vapeur et embarcations de toute espèce, qui amènent constamment des passagers. Des salles d’attente, où se retrouve tout le comfort britannique, sont disposées pour recevoir ces derniers. Des machines ingénieuses, et placées aussi sur le quai, servent à effectuer l’embarquement des équipages, des chevaux, du bétail, etc.

Les docks de Sainte-Catherine sont, nous l’avons dit, les plus complets et les plus habilement construits qui existent. Tout tendait au reste à amener le succès de ce magnifique établissement , dont la prospérité ne peut que s’accroître; aussi la création en est-elle devenue une spéculation fort heureuse pour les capitalistes qui l’ont réalisée.

1° James Elmes, architect and civil engineer. A scienli/ic historical and commercial survey of London.

2° il/. M'Ctilloch. Dictionary of commerce.

3° D. Colquhon. The police régulations of the river T liâmes.

4° Cruchley. New piclure of London. Londres, 1839, 1 vol. in-18. 5° Blanqui. Article Docks dans le Dictionnaire de l’industrie manu facturière, commerciale cl agricole. Paris, 1835, 10 vol. in-8°.

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Par Jules G-aiIkaca;. .1

MONUMENTS MEXICAINS

Depuis environ un demi-siècle, il appartient à l’archéologie, maintenant en possession de nombreuses observations et de méthodes certaines , de nous faire connaître l'antiquité des peuples et de les faire entrer dans l’histoire. Cette œuvre est longue et difficile : elle appelle de nombreux travailleurs, des recherches hérissées de difficultés , et ne fait que commencer. Mais , animée du zèle le plus puissant, de la patience la plus infatigable, elle poursuit sans relâche ses belles et curieuses investigations. C’est ainsi que l’archéologie, après nous avoir initiés à l'antiquité asiatique, africaine et grecque, nous a ouvert l'étude et l’exploration des pays et des peuples du Nouveau Continent, des Amériques du nord, du centre et du sud.

L’étude des monuments d’architecture de l’Amérique est encore dans l’enfance ; à peine n’est-elle qu’à ses premiers débuts. Nous ne connaissons encore qu’un petit nombre de ses monuments , et ce que nous en connaissons n’est que limité et très-superficiel. Les édifices remarquables ne nous ont été montrés que sous leur côté pittoresque : nous ne les possédons pas dans leurs plans, leurs coupes, leurs détails et leurs élévations géométriques ; nous ne pouvons les étudier que dans les reproductions de voyageurs paysagistes. Ensuite, les voyageurs qui se sont voués à leur recherche ne nous font connaître que quelques-uns des plus remarquables, groupés dans de certaines localités. Il ne nous est point donné encore d’en étudier une série assez nombreuse pour les classer avec une sûreté chronologique, pour en échelonner une suite méthodique, et pour ensuite en déduire des connaissances propres à éclairer l'histoire , la religion et les mœurs des peuples qui les ont élevés. Nous ne pouvons donc, dans l’état actuel de la science archéologique américaine, en parler que d’une manière générale.

La science a trouvé les peuples de l’Amérique dans une barbarie qui semble avoir succédé à une certaine civilisation; mais elle n’a pu les envisager comme étant dans un état primitif de barbarie. Le résultat principal de toutes les recherches historiques modernes, sur l’état des peuples américains avant la découverte du Nouveau Continent par Ch. Colomb, est que les conquérants espagnols trouvèrent la partie orientale de l’Amérique bien moins civilisée que la partie ouest qui longe l'Océan. Et ces peuples américains occidentaux, eux-mêmes, n’ont existé qu’au milieu des débris d’un passé plus glorieux et plus avancé, qui nous a laissé ces monuments gigantesques qui attirent sur eux les études et les investigations des savants et artistes modernes. Ensuite, la science historique nous indique quatre points principaux, comme sièges de la plus ancienne civilisation : 1° la contrée située aux sources des fleuves Rio Columbia, Rio Gila et Rio Colorado; 2° le haut plateau du Mexique , où est la ville de Mexico , le point central et le noyau de l’antique royaume d’Anahuac; 3° la province de Guatimala, vers le nord jusqu’à Chiapa; 4° le territoire de l’ancien royaume des Incas, au Pérou. Ces quatre points diffèrent essentiellement entre eux , tant dans leurs monuments que dans leurs traditions et le caractère de leurs habitants; et c’est encore de ces quatre contrées que rayonna une civilisation particulière à chacune d’elles.

Nous devons nous borner, dans cette notice, aux monuments du haut plateau du Mexique. Et d’abord, nous dirons que l’état de la science historique constate que ces monuments ne datent que du moyen âge. A diverses périodes de cette époque il y eut des migrations d’hommes du nord au sud , qui fondèrent, dans la partie méridionale du Mexique, et surtout sur le plateau de Mexico, l’ancien Anahuac, des États civilisés et florissants. Là régnait le despotisme asiatique le plus absolu , au pouvoir d’un sacerdoce nombreux et inhumain , qui l’exploitait au nom d’une religion qui demandait des saci’ifices humains en telle abondance , que ces sacrifices offraient une véritable boucherie, et que le nombre des victimes est tellement considérable, qu’il dépasse toute croyance humaine. Le sacerdoce américain rappelle celui du Thibet et du Japon. Le costume des prêtres, leur coiffure jaune et rouge surtout, nous transporte dans le cercle des cultes bouddhistiques, dans lesquels les sacrifices humains nous apparaissent à la vérité comme un élément étranger et forcé. Il y a plus : les statues colossales, les expiations, les flagellations, les jeûnes, les sacrifices de fleurs et l’amour des fleurs, que nous retrouvons chez les anciens Américains, ont un cachet bouddhistique, que nous retrouvons avec l’idée modifiée de la métempsycose et les monuments gigantesques d’architecture dans l’Inde septentrionale et méridionale. Ce sacerdoce américain avait aussi des chants hiératiques et une antique langue secrète.

Les Américains brûlaient leurs morts, autre rapprochement avec les cultes de l’Inde. Ce n’est que dans certaines circonstances que l’on plaçait les morts dans des sépultures monumentales, assis sur une petite chaise, jepolli; alors on mettait à côté d’eux les instruments de leur profession ; on plaçait encore auprès d’eux de petites idoles, comme cela se pratiquait aussi dans l’Inde. Ces idoles étaient, comme dans ce pays , fabriquées de diverses matières : il y en avait en métal, en bois, en terre cuite et en pierre. Ensuite, nous voyons. encore en Améri-

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que les serpents, l’adoration du lingam et du phallus, jouer un rôle dans le culte religieux. Nous trouvons ces objets représentés sur les monuments. Dans la religion polythéiste des Américains régnait le principe dualiste, sans cependant qu’il soit possible de décider si le principe du mal est primitif ou postérieur, ou admis comme éternel. La croyance des peines et des récompenses dans une vie future se lie naturellement au principe de dualité et à 1 idée de la métempsycose.

Quant aux traditions historiques, nous en trouvons trois catégories au Mexique. 1° Celles des Aztèques, qui commence avec l’invasion d'Anahuac, vers l’année 361 avant la conquête du Mexique par les Espagnols, par conséquent 1160 de notre ère. Cette migration fut accomplie par sept tribus ou peuplades, sous le nom collectif de Nahuatlachi, les Aztèques, les Colhui, les Chalcesi, les Sosimilchi, les Tepanechi, les Tlahuiches et les Tlascalèses. Ils fondèrent des Etats. Les Colhui établirent l’empire de Colhuacan, dont dépendaient les Aztèques. Colhuacan semble avoir eu la prépondérance dans cette beptarchie ; elle passa ensuite aux Tepanechi, et, jusqu’au temps de F. Cortès, tout l’empire conserva le nom de Colhuan. En 1325, les Aztèques saisirent la suprématie ; ils bâtirent ou agrandirent leur capitale, TenoehtiLlan (nommée Mexico plus tard). Us ne tardèrent pas à se diviser en deux partis, dont l’un , les Tenochihi , resta à Tenocblitlan , pour former bientôt après le noyau principal du peuple. La puissance des Aztèques de Tenocblitlan s’accrut sous le règne de leur roi Akapamizin, en 1352. Montézuma fut leur sixième et dernier roi.

2° La tradition historique des Toltèques remonte à 560 ans plus haut que celle des Aztèques; elle commence donc vers l’année 600 de notre ère. Les Toltèques aussi apparaissent comme envahissant de même Anahuac. Ils furent vainqueurs, fondèrent un empire qui subsista jusqu’en 1 an 1000, et qui dura par conséquent quatre cents ans. La famine et la peste détruisirent cet empire : quelques Toltèques émigrèrent vers le sud, d’autres se dispersèrent. Cent ans plus tard, vers 1 100, les Chichimèques, alliés aux Toltèques, mais plus barbares qu.’eux, se sont fixés , dit la tradition , à Anahuac, en se liguant en partie avec les Toltèques, d’où est venu le royaume de Acolbuacan , et conservant en partie la vie nomade. En tète de la tradition toltèque est l’idole Quetzalcoatl (le serpent couvert de plumes) , ancien souverain pontife de Tula, capitale de Toltéqua, homme de couleur blanche, au front large, ayant de grands yeux, une longue chevelure noire, une barbe épaisse, de mœurs sévères , vêtu de longues robes, et d’un caractère doux. 11 était législateur; il enseigna l’art de fondre les métaux et celui de polir les pierres précieuses. On dépeint les Toltèques comme des géants, mais sans doute par rapport seulement aux habitants primitifs de l’Amérique, qui étaient de petite stature. On pourrait tout au plus envisager les Patagons comme leurs descendants, car les Toltèques, à la suite de la dissolution de leur empire, émigrèrent vers le sud, comme le rapporte la tradition.

3° D’après les recherches les plus exactes , la tradition historique de Volan , ou plus justement l’émigration des Toltèques, descend jusqu’à l’an 596 de notre ère, et la fondation de leur royaume aurait eu lieu en 667. Yotan , dit-on, raconte dans son ouvrage quels sont les pays et les peuples qu’il a visités; qu’il a vu la grande maison construite par ordre de son grand-père, et qui devait monter de la terre au ciel; qu’il est le premier homme envoyé par Dieu pour diviser les terres parmi les Indiens; que, dans le pays où il vit la grande maison, il fut donné une langue spéciale à chaque peuple.

A son retour, Yotan a rencontré sept familles du peuple des Tzéquil. 11 les a reconnues issues de Culébra, et il les adopta. Ces familles bâtirent la ville de Tzéquil. Yotan leur enseigna tout ce qu’il était nécessaire et bienséant de faire relativement aux repas (des prières et des ablutions sans doute). Ces familles lui avaient fait connaître le vrai Dieu, et la manière dont on devait l’adorer. Ensuite, elles le proclamèrent leur chef, roi et prêtre. Celte tradition est très-remarquable : elle se rapporte à une seconde transformation religieuse, et à un pacte entre la religion ancienne et la nouvelle.

La plupart des monuments mexicains sont des sanctuaires religieux. Ils ont essentiellement un caractère architectonique développé. Leur masse est diversement enrichie par une ornementation des plus variées. Tantôt celte ornementation consiste dans un jeu harmonieux de ligues, tantôt dans des créations organiques, œuvres originales d’un génie développé pour la sculpture. Ces œuvres ont , à ce qu'il paraît , comme les hiéroglyphes d’Egypte, un véritable caractère monumental, en ce qu’elles manifestent la signification particulière du monument qui les contient. Ensuite, on y voit encore des figures de divinités destinées à l’adoration religieuse, des figures de simples mortels dont ou voulait sans doute honorer la mémoire. La peinture a aussi concouru à l’embellissement des monuments mexicains, et elle retrace, par des images, le passé de ces peuples remarquables, qui nous sont connus par la tradition et les chefs-d’œuvre d’art qu’ils nous ont laissés.

Les monuments mexicains nous offrent une forme générale, celle de l’autel, mais exprimée dans des dimen-

— MONUMENTS MEXICAINS

fions colossales. Ces autels sacrés sont de forme carrée et pyramidale. On les désigne sous le nom de Téocaîli (de Qeôç, dieu, et xaXid, maison; maison divine, maison de Dieu). Chacune de leurs faces correspond exactement à un des quatre points cardinaux. Ces pyramides sont tronquées à leur sommet, où elles forment une plateforme spacieuse, et qui contient ordinairement un petit temple, ou un plus petit autel. Ces édifices sont composés de degrés ou de gradins de grande dimension , qui forment souvent des terrasses. Des escaliers fort roides conduisent à leur sommet. Ces escaliers sont, ou bien uniques, ou pratiqués sur chacune des quatre faces. Ces Téocaîli étaient placés au centre de vastes cours, où étaient disposés les logements des prêtres, ainsi que toutes les dépendances destinées et nécessaires au culte.

Quant aux détails , aux moulures surtout , nous voyons dominer, dans les monuments mexicains, comme membre principal, la bande simple qui couronne et subdivise horizontalement; la ligne droite, le filet et la bande divisent verticalement. On rencontre rarement la ligne courbe et sinueuse dans cette architecture, qui reflète on ne peut plus positivement la timidité et l’enfance de l'art. Mais ce qui est digne de remarque, c’est que nous voyons au Mexique, la grecque, le zigzag, le méandre, et ce qu'on est convenu de nommer, dans l’architecture du moyen âge occidental et européen, les nébules , comme en offre le couronnement delà porte d'Uxmal, et le palais dans le même lieu. Mais la manière dont ces ornements sont employés et disposés prouve incontestablement la naïveté de l’art et le degré tout à fait inférieur de son développement pratique. Quant à la couverture des espaces intérieurs, elle est de la nature la plus simple. Des sortes de dalles plates, d’une seule pièce, couvrent les salles en posant sur les murs qui les forment. Si l’apparence et le caractère général des monuments américains rappellent les monuments de ITudc , et jusqu’à un certain point même les pagodes de la Chine, ces toitures plates, dont nous venons de parler, ont leurs analogues dans l’antiquité grecque, romaine et égyptienne. On voit aussi, au Mexique , un autre genre de couverture qui consiste en dalles, qui se superposent de telle sorte, qu’en formant saillie l'une sur l'autre vers l’intérieur, elles arrivent à se joindre vers le centre, et forment ainsi une espèce de couverture en pente. Nous retrouvons également ce genre de toiture en Grèce, chez les Romains et chez les Égyptiens. Les grandes portes, ou portails, sont formés aussi de cette manière.

Parmi les Téocaîli connus, la pyramide de Papantla, dans la province de la Vera-Cruz, est un des monuments les plus remarquables. Elle se compose de sept gradins, s’élevant les uns sur les autres, et le dernier supérieur forme une plate-forme. A sa base, elle a 75 pieds, et 54 pieds de hauteur. Les quatre côtés correspondent exactement aux points cardinaux, et ils sont revêtus d’un parement de porphyre travaillé avec grand soin. Sur la face orientale, au centre, existe un grand escalier principal, ayant 57 marches, flanqué de chaque côté de deux escaliers latéraux, qui mènent ensemble au sommet du monument. Sur les faces perpendiculaires des gradins sont pratiquées des niches carrées, semblables presque aux cartouches qui contiennent les hiéroglyphes égyptiens ; elles sont au nombre de 387, et disposées avec symétrie et un ordre tel, qu’on en compte 24 sur le premier gradin, 20 sur le second, et 16 sur le troisième, etc.

Dans l’antique ville de Santiago-Guatusco , à neuf milles est de Cordova , dans la province de la Vera-Cruz, est un petit Téocaîli formé de trois gradins à faces perpendiculaires et sans ornements. Un large escalier conduit à la plate-forme, qui contient un petit édifice offrant trois divisions horizontales, et de forme également pyramidale. Il existe un autre monument à Tusapan, qui ressemble à celui que uous venons de décrire.

Dans la province de Puebla, près de Téhuacan, ville de 10,000 âmes, se trouve un autre Téocaîli, dont les quatre faces sont convexes. Au-dessus d'elles s’élève, sur quatre faces verticales, subdivisées horizontalement en quatre parties par trois bandeaux , une plate-forme où l’on voit les quatre murs d’un sanctuaire : quatre escaliers y conduisent, et coupent les faces perpendiculaires de la plate-forme.

La pyramide de San-Cristoval Teapantepec, au sud de Tlacotepec, a une forme plus aiguë : elle se compose dé quatre gradins; l’escalier ne mène pas en droite ligue sur le plateau; il monte en zigzag le long des faces du Téocaîli.

A Tehuantepec, sur le bord de l’Océan Pacifique, dans la province d’Oaxaca, il existe parmi les Téocaîli un monument pyramidal dont les huit gradins ne sont pas carrés, mais de forme circulaire. Cet édifice est également d’apparence fort aiguë, et ressemble à un cône.

La Porte à Labnah , dans le Yucatan , a un grand caractère de sévérité ; sa forme est imposante. Là aussi nous retrouvons l’intention de la voûte exprimée par ces pierres en saillie les unes sur les autres.

L’intérieur de l’édifice de Kabah , également dans le Yucatan, est remarquable par la voûte qui lui sert de

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couverture. Cette voûte est eu ogive, et offre une clef. Cette circonstance prouve déjà un certain degré de développement de l’art.

Mais, parmi tous les monuments que nous venons de voir, ce sont ceux d’Uxmal (l’ancienne Itzalane), dans ie Yucatan, qui sont les plus intéressants. Nos deux vues générales peuvent en donner un aperçu suffisant. Là il existe une pyramide colossale, surmontée d’un temple de plus de 80 pieds de longueur. Auprès de cette pyramide est une vaste cour de 227 pieds de longueur sur 172 de largeur, entourée d’habitations pour le sacerdoce, qui sont ornées avec toute la magnificence que comporte l’architecture mexicaine. Dans l’ornementation on remarque des serpents gigantesques, comme des restes de statues , qui prouvent que la statuaire a été cultivée avec succès dans le Yucatan. La porte du grand Téocalli , ainsi que les ruines du .palais d’Uxmal , représentés par nos planches , peuvent donner une idée suffisante du caractère de l’architecture mexicaine, et de la richesse comme de la bizarrerie de son ornementation et de son style. Mais il faut surtout feuilleter les grands ouvrages qui nous représentent les merveilles architecturales du Nouveau Continent, pour bien étudier cet art nouveau, que le format et le cadre de cet ouvrage n’ont pu rendre que brièvement et sur une petite échelle.

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1° Antiquities of Mexico, par lord Kingsborougli. 4 vol. in-fol. 1831.

2° Voyage pittoresque et archéologique dans la province de Yucatan , Amérique centrale, pendant les années 1834 et 1836, par Frédéric de Waldeck. Paris, 1 vol. in-fol. 1838.

3° Voyage pittoresque et archéologique dans la partie la plus intéressante du Mexique, par C. TSebel. In-fol. Paris, 1836.

4° Ueber die Alt-Americanischen Denkmaler, von J. D. von Braua* scliweig. Berlin, 1840. In-8°.

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