Monuments anciens et modernes
Saint Sabas, abbé, né en 453, mort en 531, au commencement de l’empire de Justinien, avait fondé de nombreux monastères en Palestine. La ville de Borne en présente un sous le vocable de ce saint; il est d’origine fort ancienne; des moines grecs de l’ordre de Saint-Basile l’occupaient autrefois, ce qui peut faire admettre que sa fondation est due à des Asiatiques. Situé à peu de distance de la porte Saint-Paul, ce monastère fut construit dans un lieu nommé Cella nova; sainte Sylvie, mère de saint Grégoire le Grand, y avait sa maison. A la fin du XVIe siècle, le pape Grégoire XIII érigea ce monastère en commande, et l’unit au college Germanique.
Le plan général de la maison religieuse comporte une surface assez étendue ; un mur d'enceinte le limite de toute part; la porte d’entrée est précédée de deux colonnes formant un avant-porche sur le parvis. L’église est disposée en basilique latine ; la figure lre de la planche jointe à cette notice en fait connaître le plan. Un porche formé par six pilastres carrés précède les nefs, qui sont au nombre de trois; sept colonnes placées de chaque côté divisent ces nefs; deux petites chapelles modernes, situées sur les parois des nefs latérales, ont été supprimées dans notre plan , comme ne faisant pas partie de la construction primitive. Le maître-autel, placé en avant de la tribune, est décoré de deux colonnes précieuses, qui se relient à quatre autres de même diamètre, décorant le fond de la nef principale. Deux portes conduisent à l’exèdre , banc semi-circulaire, destiné au clergé, et placé dans la courbe de l’abside. Deux petits escaliers, situés auprès du chœur, conduisent dans une crypte étroite (voir la fig. 4), formée de grandes tablettes de marbre dressées, supportant celles qui composent le plafond. Un autel décoré de la croix grecque, ornée de mosaïques et gravée à la fig. 6, occupe le fond de cette crypte.
La façade (fig. 2), prise en dehors de l’enceinte du monastère, est précédée , dans la planche , de l’avantporche, dont une vue en grand est gravée au-dessus. Cet avant-porche se compose d’abord de deux colonnes en granit, portant des chapiteaux ioniques placés à contre-sens, par une bizarrerie assez fréquente dans les constructions chrétiennes des premiers âges. De forts pilastres en marbre blanc, placés derrière ces colonnes, au point d’arrivée des murs de l’enceinte du couvent, portent sur leurs chapiteaux de grands linteaux aussi en marbre, qui s'étendent, d’une part, jusqu’aux colonnes, où ils se terminent par des consoles ornées ; d’une autre, jusqu’à la porte de l’enceinte: retournant là vers la baie, ils s’y profilent pour porter le tympan qui surmonte l’ouverture. Une représentation peinte de saint Sabas, abbé, accompagnée de celle de saint André, décore ce demi-cintre; l’archivolte présente, au milieu de sa face antérieure, une mosaïque d’ornement en émail et en porphyre, dont le détail est gravé à la fig. 5. Un agneau, surmonté de la croix, interrompt, à la clef du cintre, la courbe de cette mosaïque. La voûte en berceau qui couvre l’avant-porche s’appuie sur les linteaux en marbre, et se termine, sur le devant, par un demi-cercle de briques; le tout est couvert par un toit à deux rampants.
La face de l’église (fig. 2) présente, dans sa partie inférieure, un porche dont les supports sont des piles carrées aux arêtes abattues; elles soutiennent d’énormes linteaux en marbre, que surmonte une moulure. Un étage, éclairé par cinq fenêtres , surmonte le porche, et le sépare d’une loge ou galerie ouverte qui sert de promenade aux religieux ; de là ils jouissent d’une vue magnifique, s’étendant sur l’Aventin et une partie de la ville de Borne et de ses environs. Cette galerie se compose de petites colonnes doriques en marbre, supportant une série d’ares en briques; un toit en appentis couvre cette partie antérieure de la façade, qui s’appuie contre le mur de la nef principale et en laisse voir le sommet ou pignon, percé d’un oculus. Les faces latérales de l’église n’offrent rien de remarquable; mais celle de l’abside (fig. 3), outre la disposition ordinaire, présente, au sommet de ses murailles, trois ouvertures circulaires semblables à celle de la façade principale. La partie postérieure de la loge est couronnée d’arcatures en briques, peu communes dans les constructions de ce genre à Borne; Venise, au contraire, présente fréquemment cette décoration au-dessous des corniches de ses églises. Cette particularité doit faire admettre que la façade occidentale de la basilique de Saint-Sabas a été reconstruite ou au moins restaurée au moyen âge, car ce genre de décoration n’appartient aucunement aux époques anciennes de l’architecture latine.
Du porche on entre dans l’église par une porte encadrée d’un chambranle en marbre sans ornements. L’intérieur de l’édifice est d’un aspect grave ; les colonnes sont antiques, en marbre de Paros et en granit; elles sont, pour la plupart, surmontées de chapiteaux ioniques; les autres sont corinthiens , et proviennent, comme les premiers , d’édifices antiques détruits. Ou monte au sanctuaire par plusieurs marches , et on arrive au maitre-autel, décoré de deux colonnes en porphyre. Le couronnement est formé d’un fronton brisé, portant
— STYLE LATIN
des résultats assez beaux pour fixer l’attention des fidèles, et de contribuer ainsi à la splendide décoration des temples. Ces belles mosaïques, qu’on ne rencontre guère qu’en Italie , présentaient de grandes difficultés d’exécution, tant parce qu elles sont incrustées péniblement dans du marbre, qu’en raison de ce que les dessins géométriques qui y sont formés, et leurs petites dimensions, demandaient une extrême précision dans toutes les pièces de rapport. Ce genre de travail eut beaucoup de succès durant les XIIe, XIIIe et XIVe siècles, dans tous les États romains particulièrement; et certaines églises, celle d’Orvieto par exemple, en présentent sur une partie de leurs façades ; les grands cioitres des églises de Saint-Paul hors les murs, et de Saint-Jean de Latran , à Rome, sont couverts des dessins les plus riches exécutés de la sorte. On ne peut douter que des travaux de cette nature, couvrant d aussi grandes surfaces, ne soient dus à la patience des moines. On sait, du reste, que des abbés des grands monastères de l’Italie, et particulièrement Didier, abbé du Mout-Cassin , firent établir, au XIe siècle, des écoles de mosaïque dans leurs maisons religieuses.
Pendant qu’on pratiquait ce genre de mosaïques, des meubles portatifs, en bois ou en ivoire, étaient décorés au moyen d’une marqueterie parfaitement analogue; nos collections de curiosités, nos musées même, font voir des objets mobiliers ornés de la sorte, et avec une telle finesse , que les détails gravés sur notre planche peuvent seuls en donner une idée ; fréquemment ces marqueteries ne dépassent pas nos dessins par leurs dimensions. Le bois n’offrant pas la possibilité de tailler des pièces de rapport aussi fines, parce que les fibres s’y opposent, on employait l’ivoire, qu’on teignait préalablement en vert ou en quelque autre teinte durable. Ce genre de décoration, appliquée à l’industrie, se pratique encore aujourd'hui eu Perse. Celle contrée le doit-elle à l'Italie? Cela n’est pas probable; on peut croire, au contraire, que l’Orient, auquel nous devons tant de choses, nous a transmis aussi ce genre de mosaïques; il rentre parfaitement, du reste, dans le système de décoration des pavés orientaux, que les auteurs anciens nomment opus alexandrinum , et qui fut en usage dans les églises de 1 Orient et de l’Occident depuis les premiers siècles chrétiens jusqu’au milieu du moyen âge.
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