PAEL HORS LES MEUS DE HOME
La belle basilique de Saint-Paul hors les murs de Kome, construite par l’empereur Constantin sur la route d Ostie, au lieu même où avait été enterré l’apôtre après son martyre, fut réédifiée sur des proportions beaucoup plus vastes par Valentinien II, Théodose et Arcadius; Honorius la termina en 395. Depuis cette époque jusqu’au 15 juillet 1822, qu'un incendie la détruisit en partie , elle avait subi peu de changements notables. Auprès de cet immense et vénérable temple que les papes font rétablir, de nos jours, à grands frais, s’élèvent les constructions plus humbles d’un monastère qui, au Xe siècle, appartenait aux religieux de Cluny, auxquels succédèrent, en 1422, par concession de Martin V, les bénédictins de la congrégation du Mont-Cassin. Déjà sans doute , dès l’origine , les empereurs y avaient établi l’habitation des clercs qui devaient desservir cette église célèbre. Les annales de Muratori font connaître, à l’an 795 que, Charlemagne insista auprès du pape Léon III pour qu'il rétablit ou étendit ce monastère ; promesse que ses prédécesseurs avaient déjà faite à cet empereur, si désireux d’embellir Rome, et de constituer d’une manière définitive les chapitres auprès des églises importantes.
Quoi qu’il en soit de la date des constructions secondaires et des habitations des religieux , la partie la plus remarquable est un vaste et magnifique cloître, établi complètement en marbre, et dont le plan, ainsi que tous les détails d’architecture , est joint à cette notice. Une inscription , placée dans le cloître, donne la date de ce magnifique travail, en faisant honneur à un cardinal, nommé Pierre de Capoue, qui l’aurait commencé, et à un abbé nommé Jean, qui l’aurait terminé. Il parait que ces deux personnages furent abbés de ce monastère à la fin du XIIe siècle et au commencement du XIIIe; en comparant l’architecture et la sculpture de ce cloître à d’autres monuments de cette époque dont la date est précise, on ne peut les attribuer qu’à la même période de l’art chrétien à Rome.
Le plan du cloître est à peu près carré {voy. pl. lre, fig. 1); il a trente-sept mètres de longueur sur trentetrois de large, mesuré dans les promenoirs. Plusieurs portes y donnent accès, tant dans la direction du grand axe qu’à l’extrémité des galeries. Des voûtes d’arête, portant sur les murs d’enceinte et sur les arcades du préau, couvrent les promenoirs dans toute leur étendue; une corniche régnant dans le pourtour supporte les retombées de ces voûtes. Des piles, dont le plan est carré, divisent les façades qui décorent le préau en cinq travées dans le sens de la longueur, et en quatre dans celui de* la largeur; deux arcades simples occupent sur les petites faces la place de la pile qui serait au milieu; sur les grands côtés du cloître, la travée centrale offre cinq petits arcs, dont un, celui qui occupe l’axe, est ouvert sur le préau; toutes les autres travées ne comportent que quatre arcades ; des colonnes engagées font saillie vers le préau sur quatre des piliers des deux grandes faces.
Les façades se composent d’abord d’un stylolate continu , orné de moulures ; interrompu par les faibles saillies des piles et par les colonnes engagées, il porte dans chaque travée dix colonnettes placées deux à deux l’une devant l’autre, pour soutenir, dans toute l’épaisseur du mur, les retombées des petits arcs, dont les archivoltes posent directement sur les chapiteaux. Cette disposition est celle qui fut adoptée par les chrétiens dès l’origine de leurs travaux, et offre un des caractères de leur architecture, depuis le style latin jusqu’à l’époque de la Renaissance. Dans chaque travée, les colonnes placées auprès des piles sont lisses; celles qui viennent ensuite ont des cannelures ou des chevrons; toutes celles qui occupent l’axe des travées sont torses. Ces dernières se reproduisent aux quatre ouvertures qui donnent accès dans le préau et qui occupent les milieux des façades. La planche 2, consacrée aux détails, fait voir des exemples de ces diverses colonnes, qui toutes, à l’exception de celles qui sont entièrement lisses, ont été enrichies de mosaïques d’émail, offrant les dessins et les tons les plus variés mêlés à des dorures. Les bases des colonnes sont dans la forme antique , assez fidèlement reproduite; les chapiteaux, qui tous sont différents, offrent dans certaines parties des imitations anciennes; ailleurs ils sont composés dans le goût du moyen âge italien, où l’on retrouve une bonne exécution jointe à d heureuses inspirations. Les fig. 5 et 6 de la planche 1 re et les fig. 2 et 3 de la planche 2e en sont des exemples variés, parmi lesquels il en est un dont le tailloir contient des mosaïques. {Voy. fig. 6, pl. lre.) Les ornements en émail se retrouvent encore dans les archivoltes des quatre arcades qui donnent entrée au préau , et forment des avantcorps peu saillants sur les façades. {Voy. pl. 2me, fig. lre.) Les grandes colonnes engagées, placées devant quatre des piliers du cloître, reposent sur des bases dont les angles sont remplis par des pattes ou des feuilles, comme on en faisait aux bases romanes et de l’architecture ogivale aux XIIe et XIIIe siècles. Leurs chapiteaux sont des imitations alourdies du corinthien {Voy. pl. 1 , fig. 3.)
— STYLE LATIN
Dans les parties pleines ou tympans que laissent, sur les façades, les archivoltes à leur rencontre, le sculpteur a multiplié des ornements en relief, qui tous sont variés dans leur composition. La planche lrc, iig. 2, en fait connaître six qui sont des fleurons, un quadrupède et deux colombes buvant dans un calice.. Seroux d’Agincourt, dans son grand ouvrage sur Y Histoire de l'Art par les monuments, planche XXXIII de Y Architecture , a publié toute la série de ces ornements sculptés. On y voit quelques sujets religieux : Adam et Ève auprès de larbre qu’enlace le serpent; deux trinités formées de trois masques réunis sousune même couronne; le soleil et la lune; puis un grand nombre d’animaux chimériques, des oiseau?, des plantes, enfin un de ces motifs si fréquents au XV siècle dans nos contrées, et qui sont des épigrammes contre les moines: il représente un loup encapuchonné , lisant sur un pupitre, devant un agneau qui lui tourne le dos.
Au-dessus de ces sculptures, règne un entablement complet, qui, bien que faisant le tour du cloître, offre des variantes dans les moulures qui le composent, ainsi que dans les ornements qui y sont distribués ; au-dessus des travées, l’architrave offre un fond d’or en mosaïque, sous lequel on lit une longue inscription en vers latins, qui a rapport à la règle du cloître ; les lettres sont dans le caractère gothique, comme on peut le voir sur le fragment delà planche 2e, fig. lre. Aux quatre points cardinaux, au-dessus des arcades d’entrée, l’architrave contient des mosaïques dont le dessin varie à chaque porte. La frise est ornée dans toute son étendue d’une riche mosaïque composée de cercles en porphyre rouge et vert, encadrés par des motifs en émail du dessin le plus riche et le plus varié, et qui produisent un effet remarquable autour de cette belle enceinte de marbre blanc ; les dessins joints à cette notice peuvent en donner une faible idée. Cette frise est séparée de l’architrave par des moulures assez bien profilées ; elle est surmontée de celles qui composent la corniche. Dans cette partie supérieure de l’entablement, sont sculptés d’innombrables modillons qui varient sur chaque façade. L’une les présente simples et sans aucun ornement; sur une autre ils sont décorésd’une feuille recourbée, comme on en voit à la planche 2. Une troisième les offre avec tous les détails que les anciens appliquèrent à ce membre des corniches corinthiennes. Enfin se développent les principales lignes, le larmier et la cimaise. Sur le premier, brille une belle mosaïque composée d'étoiles alternativement rouges, blanches et or, du plus bel effet. La cimaise, ornée dans toute son étendue de tètes d’hommes ou de lion en grand relief, présente une riche variété de palmeltes, de culots et d’autres motifs imités de l’antique.
Ainsi qu'on peut le voir par la vue perspective, au dessus de cette corniche, qui est un peu lourde pour les façades qu’elle surmonte, s'élève unstylobate d’une grande élévation; il porte des constructions plus modernes, qui forment au premier étage, au niveau de l’habitation des religieux, des galeries couvertes et closes, nécessaires ou service de cette partie du monastère , comme les promenoirs du rez-de-chaussée sont utiles pour l'église et ses dépendances. Ces galeries supérieures, percées d'étroites croisées carrées, nuisent à l’effet général du cloître, qui devait être beaucoup mieux dans son ensemble lorsque ses riches façades de marbre n’étaient pas ainsi surchargées.
Nous ne terminerons pas la description de ce beau monument, qui n’a de rival qu’auprès de l’église de Saint- Jean de Latran, sans dire un mot des nombreux fragments d’inscriptions, de sculpture et d’architecture rangés sous les galeries, et qui en font un musée historique du plus grand intérêt. Là, l'antiquaire et l’artiste, loin du bruit de la ville, et dans une solitude complète, peuvent faire une ample moisson de notes précieuses sur l’art et la paléographie du paganisme et des premiers siècles de l’Eglise.
— E23X.IOGE.APmE. —
1° Gullelti — Capcna municipio dei Romani. Rome, 175G; in-4°, I 2° Seroux d’Aginrouit. Hi^oire <te l’Art par les monuments, .p'c/mec P- 44. | ture, pi. xxx et suivantes, .cxle, architecture, pag. 52
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Claustro de San Pal)lo. extramuros de Roma Jtaha
Italia
CHAPELLE A CIVIDALE DU FRIOl'L.
La petite ville de Cividale du Frioul, située à quatre lieues Nord-Est d’Udine, dans le royaume Lombardo- Véuitien, renferme un ancien monastère de Bénédictins, dans lequel on voit un oratoire presque abandonné depuis plusieurs siècles, et qui, par cette raison, a subi peu de changements dans ses dispositions intérieures ; c’est ce monument que nous reproduisons ici. Une ancienne chronique en attribue la fondation à Gertrude, duchesse du Frioul dans le VHP siècle, et le décrit ainsi : Edificavit pulcherrimum chorum, pulchrà testadinatum , et per circuitum ornatum tabulis marmoreis non paucis ; cum marmoreis columnis, circa altare testudinem sustinentibus.... et porta utcumque solemni habens desuper vitem imagines V sculptas supradictorum sanctorum; scilicet sanctarum Anastasiœ, Agape , Zioniœ et Irenes , et sanctorum Grisogoni et Zoëlis.
Le plan de l’édifice (Foyezpl. de détails, fig. 1) est un parallélogramme de six mètres sur dix environ dans œuvre; le mur de face a un mètre d’épaisseur, les autres ont soixante-dix centimètres. Le sanctuaire, situé a l'Orient, est éclairé par trois fenêtres ; deux pilastres, entre lesquels est placé un autel moderne, correspondent avec quatre colonnes de diamètres différents, qui occupent le devant du sanctuaire; une clôture en marbre établit une séparation entre cette partie de l’édifice et celle qui forme la nef ou plutôt le chœur, pour conserver l’expression de la chronique. Vers les deux tiers de la surface de cette division du plan, s’élève une pierre carrée située vis-à-vis la porte du sanctuaire ; elle est accompagnée à l’Orient d'un socle qui porte une colonnette en marbre, au-dessus de laquelle est un pupitre de même matière. Le chœur était éclairé originairement par cinq fenêtres : celles du Nord sont murées, ainsi qu’une qui est située au-dessus de la porte d’entrée; les deux autres paraissent avoir été soumises à un remaniement qui en a modifié les formes.
Le chœur, dont le plan esta peu de chose près un carré parfait, est surmonté d’une belle voûte d arête, qui justifie l’expression pulchrà testudinatum du texte ancien. A la naissance de cette voûte règne une corniche ornée de fleurons , et dont un fragment a été reproduit en grand dans notre planche de détails, à là fig. 2 ; elle a été supprimée à plusieurs endroits de son étendue , ou peut-être , comme elle est en stuc , ces parties sont-elles tombées d’elles-mêmes. Les boutons qui forment le centre des fleurs sont autant de bulles de verre, que leur teinte sombre fit prendre longtemps pour du bronze : un dessin au quart d'exécution en représente un sur la pl. de détails, fig. 3. Au-dessus de cette corniche, les quatre retombées de la voûte étaient décorées de culots de feuillages, dont un seul se voit encore à l’angle droit du mur occidental. C’est aussi jusqu’à cette même corniche que descendent les cinq ouvertures qui donnaient originairement du jour à lintérieur du chœur ; celles du Nord, exprimées sur le plan, sont en plein cintre ; il est probable qu elles étaient décorées de stucs. Oa les a murées, comme nous l’avons dit plus haut, à une époque inconnue. En regard de ces deux fenêtres, sur la face du Midi, en sont deux autres qüi se terminent en ogive, et dont l’ouverture a été agrandie à l intérieur pou^obtenir plus de lumière : elles ont été évidemment refaites à une époque postérieure à la construction de l'édifice La cinquième fenêtre est au-dessus de la porte, au milieu d’un bas-relief que nous décrirons plus loin. Murée au jourd’hui, ainsi que celles du Nord, elle a conservé toute sa décoration primitive. Deux colonnes de courtes proportions occupent les deux côtés de l’ouverture ; elles reposent sur des bases attiques et portent des chapiteaux corinthiens d’un style assez barbare, et dans lesquels on reconnaît le travail de sculpture des premiers siècles du christianisme. Un de ces chapiteaux a été reproduit en grand à la fig. 4 de notre pl. de détails. L’archivolte, qui orne le cintre de la fenêtre (fig. 5), est d une grande richesse : elle est décorée de deux zones concentriques, dont l’une contient des entrelacs, et l’autre des palmettes encadrées dans des courbes que séparent des feuillages
Des deux côtés de cette fenêtre sont groupées, trois par trois, les statues de saints et de saintes mentionné!) dans la chronique ; elles ont deux mètres de proportion et sont exécutées en stuc. La corniche à fleurons qui les supporte se reproduit au-dessus de leurs tètes. Les deux personnages placés auprès des colonnes de la fenêtre paraissent être des hommes : la simplicité de leurs costumes, la forme du vêtement de dessus relevé sur les deux bras comme celui des prêtres du moyen âge, le capuchon dont ils sont coiffés, semblent ne laisser aucun doute à cet égard, bien que le sculpteur n’ait pas caractérisé des figures d’hommes. Des deux femmes que la planche reproduit en grand {fig. 6), celle qui occupe la gauche paraît être Anastasie, en raison de la richesse de son costume , elle avait épousé Publius Probus qui la fit emprisonner, parce qu’elle professait la religion chrétienne. Sortant de prison à la mort de son mari, elle voulut rejoindre à Aquilée le prêtre Chrysogône, qui y avait été déporté par ordre de Dioclétien. Arrêtée, selon les historiens ecclésiastiques, par le préfet de l’Illyrique, elle fut décapitée. Ce récit doit faire penser que le saint placé du même côté qu’Anaslasie, est Chrysogône.
Les vêtements des quatre figures de femmes sont plus ou moins enrichis de broderies, de perles et de pierreries, suivant la mode orientale, ce qui doit faire supposer qu’elles furent exécutées par un artiste byzantin, a moins d'admettre qu’au Yllle siècle, époque probable de la construction de cet oratoire, le costume des femmes d Occident eût beaucoup d’analogie avec celui qu elles portaient dans l’empire grec. Indépendamment des perles et des pierreries, le manteau d’Anastasie présente de nombreux cercles brodés, comme on en voit sur les ligure* impériales, reproduites par les ivoires et les peintures exécutés en Orient dans les premiers siècles de l’Eglise
Les six figures sont nimbées; les tètes des femmes sont décorées en outre de riches couronnes , elles
— STYLE ROMAN
en portent aussi dans la main gauche; de la main droite elles tiennent une croix grossièrement exécutée.
Au-dessous de ces statues se développe un grand cintre , exécuté en stuc blanc grisâtre et richement décoré par la sculpture (voyez un fragment, pl. de détails , fig. 7); il repose sur deux chapiteaux fort mutilés, et qui ont perdu les pilastres qui les supportaient. Ce cintre est orné, dans sa partie la plus apparente, d’un bel enroulement de feuilles de vigne et de raisins, mentionné dans le texte latin. Découpée à jour avec beaucoup de soin, cette sculpture s’enlevait sur un fond de verre teint en couleur d’azur, dont on retrouve quelques restes. Deux bandes, décorées de perles et de fleurons, encadrent la vigne; les boutons des fleurs sont en verre, comme ceux de la corniche qui faisait le tour du chœur. A l’extérieur du cercle, on a sculpté un rang de perles et un ornement découpé, dont l’élément ressemble assez aux petits boucliers qu’on donne aux Amazones.
Dans l’intérieur du cintre est une peinture à fresque , postérieure de beaucoup à l’édifice et fort mutilée. Elle repose sur un ornement courant, en stuc, qui relie entre eux les deux chapiteaux et surmonte le chambranle de la porte composé de trois grands morceaux de marbre. Cet ornement, dont un détail est reproduit à la fig . 8, comporte d’abord une baguette enveloppée de bandes étroites, puis un riche entrelacs, un rang de perles, enfin une décoration dans le goût antique, et qu’un dessin fait mieux comprendre que toute description.
Auprès de la porte et du grand cintre qui la surmonte, on voit sur la muraille quelques traces de peintures anciennes ; il s’en trouve de même sur les parois du Nord et du Midi. Il est probable qu elles remplacèrent les tablettes de marbre, que la chronique mentionne comme ayant décoré les murs du chœur, et per circuitum ernatum tabulis marmoreis. A la gauche du cintre de stuc qui enrichit la porte d’entrée, on voit un fragment orné, qui doit être un reste de ces placages depuis longtemps détruits. Sur les faces latérales, les peintures les mieux conservées sont celles qui occupent les parties cintrées de deux grandes arcades , peu profondes , qui semblent avoir été disposées pour la décoration plutôt que pour établir des communications avec l’extérieur. En admettant qu elles aient été ouvertes, elles seraient depuis longtemps supprimées, car les peintures qui en occupent le sommet sont fort anciennes.
Le pavé du chœur se compose de grandes dalles; il est divisé en trois compartiments par deux lignes de mosaïques en matières dures ; aux deux tiers de sa surface, s’élève, sur un socle orné, une colonnetteen marbre surmontée d'un chapiteau; elle porte un pupitre formé de deux tablettes de marbre, disposées en pente pour placer la musique ; une marche placée en avant servait à exhausser le chantre. La clôture sacrée ou chancel, qui sépare le chœur du sanctuaire, repose sur une marche, et se compose de grandes dalles de marbre encadrées de moulures; deux pommes de pin occupent les extrémités voisines des murs. Auprès de la porte pratiquée au milieu du chancel, s’élèvent deux pilastres surmontés de chapiteaux corinthiens. Us portaient certainement une architrave qui complétait la porte sainte , et servait à soutenir un voile fermant le sanctuaire , usage conservé de nos jours dans les églises grecques, et que I on sait, par plus d’un témoignage authentique, avoir été longtemps en pratique dans les temples chrétiens de l’Occident.
Au delà du chancel, quatre colonnes antiques de marbre, variant dans leurs diamètres, portent des chapiteaux dans le style corinthien dégénéré, et comme on les exécutait dans les premiers siècles de l’Église; ils sont de formes pesantes ; les feuilles aiguës y ont été distribuées sans grâce et refouillées maladroitement ; les petites volutes sont supprimées (voir la pl. de détails , fig. 9 ). Sur ces chapiteaux reposent de grands fragments an tiques, arrachés, ainsi que les colonnes, à quelque édifice païen. Ils s’étendent depuis les chapiteaux antérieurs jusqu’au mur du fond du sanctuaire, et servent d’architraves pour supporter les retombées de trois voûtes qui surmontent celte partie de l’édifice : tout cet ensemble se rapporte parfaitement à la description donnée dans le texte latin que nous avons reproduit en commençant cette notice. Le plus intéressant de ces fragments d'architrave est situé à gauche ; il est en pierre d’Istrie et contient de beaux rinceaux de feuillages ; on y voit un ibis et un hibou combattant des reptiles. Nous en reproduisons une partie sur la planche de détails, fig. JO.
Les trois voûtes qui couvrent le sanctuaire., offrent des peintures à fresque plus ou moins dégradées. Sur celle du milieu on voit un Christ dans une auréole elliptique ; deux sujets religieux l’accompagnent. Moins importantes que celle du milieu , les deux autres voûtes contiennent quelques restes à peine visibles de leurs décorations peintes. Les tableaux sont encadrés par de larges bordures de la même époque et qui s’arrêtent à la hauteur des impostes. Un autel moderne occupe le fond du sanctuaire; deux autres, plus petits, «ont placés latéralement. C’est au-dessus de ces autels qu’ont été pratiquées les trois fenêtres cintrées qui éclair ent cette partie de l’antique oratoire.
Le monument que nous venons de faire connaître, nous semble d’une grande importance pour l’histoire de l'art au moyen âge. Seul parmi tous les monuments chrétiens connus, il contient des statues de grandes proportions, offrant des costumes byzantins, qui ne sont parvenus jusqu’à nous que par des mosaïques ou des peintures, des ivoires sculptés ou des bas-reliefs. A lui seul aussi on doit un exemple ancien de ces beaux ornements en stuc, rehaussés de verres de couleurs, décoration que plus tard l’architecte de saint Louis développa avec tant de goût et de luxe à la Sainte-Chapelle de Paris ; enfin , les nombreux chapiteaux qui s y trouvent réunis, les belles sculptures de la porte, précisent l’état de l’art à l’époque carlovingienne.
BAPTISTÈRE SAINT-JEAN , A POITIERS
Pour faire apprécier la haute valeur du baptistère de Poitiers, il nous suffira de dire que c’est le seul monument de cette espece qui existe en France, et que c’est l’édifice religieux le plus ancien qu’on y connaisse. Une seule de ces circonstances suffirait certainement pour qu’il fut d’un extrême intérêt; la réunion des deux en décuple l'importance. Nous espérons donc que nos lecteurs verront avec plaisir la large place qui lui a été faite dans cet ouvrage.
L 'époque à laquelle a été fondé le baptistère Saint-Jean (*) est inconnue. Le premier document qui en fasse mention est le cérémonial cité par D. Martenne, dans son Voyage littéraire ; ce document établit qu’au XIIIe siècle il était effectivement consacré à l’administration du baptême, sacrement qui, au XVIIe siècle encore, ne se donnait à Poitiers que dans ses murs. Devenu église paroissiale, il fut sur le point d’être vendu à la révolution ; mais un bibliothécaire de la ville obtint qu’il serait rayé de la liste des domaines à vendre, et le sauva ainsi de la destruction. Successivement employé comme fonderie de cloches, fourneau de soupes économiques, et enfin comme magasin pour la fabrique de l’église St-Pierre, il avait cette dernière destination quand, en 1832 , il fut plus que jamais près d’être anéanti, et cela par l’acte de vandalisme le plus stupide, le plus révoltant qu’on puisse imaginer. Des ingénieurs en demandaient avec opiniâtreté la démolition, dans l’unique but d’éviter, à un chemin qu’ils traçaient, un détour d’une dizaine de mètres, qui devait causer aux charrettes une perte de temps de trente ou quarante secondes! Ce projet, d’une brutalité incroyable, aurait été exécuté, malgré les réclamations unanimes qu’il fit naître, sans l’intervention zélée et énergique de M. Vitet, alors inspecteur des monuments historiques, qui parvint à obtenir l’ordre de changer la direction de la route.
Acheté alorsà la ville, au moyen de fonds accordés par le Gouvernement, le baplistèrefut destiné à devenir le musée de la Société des Antiquaires de l’Ouest. Ce projet, imité de celui que Siauve avait déjà conçu trente ans plus tôt, est excellent en soi; il est seulement à regretter que l’exécution en ail eu lieu avec peu d’intellL geuce, et que, au lieu de placer le monument dans les conditions les plus favorables pour être étudié, on ait ajouté aux obstacles qui le masquaient et aux maculatures dont il était souillé.
Depuis près d’un siècle qu’il a commencé à attirer l’attention des savants, le baptistère de Poitiers a été l’objet d’assez nombreuses dissertations; nous nous bornerons à rappeler les principales.
Le premier auteur qui se soit occupé du baptistère Saint-Jean est Dreux Duradier, qui, dans une lettre adressée au rédacteur du Journal historique de Verdun , en 1750, le signala à l’attention des savants, et soutint que c’était une construction romaine du temps d’Auguste, élevée par un certain Marcus Censor Pavius, et destinée à servir de tombeau à sa femme Varenilla. 11 se fondait sur une inscription gravée sur un bloc de marbre placé dans la cathédrale, mais qui provenait, suivant la tradition, du baptistère (**) , et il arrangeait une description de l’édifice correspondant à l’idée qu’il s’eu faisait. L’année suivante, D. Fontenau réfuta Dreux Duradier, et, se fondant sur la présence des croix dans les façades de l’édifice, conclut que le monument avait été élevé par les premiers chrétiens dans le IIP siècle. D. Martenne, à son tour, sans avoir une opinion bien arrêtée, fit observer que la forme en croix du baptistère balançait, si elle ne détruisait pas, 1 opinion de Dreux Duradier. Enfin Lebeuf, avec la sagacité dont il a donné tant de preuves, nia que, l’inscription de Varenilla eût-elle réellement été trouvée dans l’église Saint-Jean , il en résultât que cette église avait été originairement un temple païen, et se rangea de l’avis vers lequel penchait D. Martenne. Plus tard, en 1804, Siauve qui a étudié sérieusement la question et l’édifice, donna comme résultat de ses recherches que la construction du baptistère remontait au IVe ou au Ve siècle (cette dernière date lui avait été suggérée par Alex. Leuoir), et que ce monument d origine païenne avait été converti eu baptistère dans le VIIe siècle seulement (¥*‘). En 1830, M. de Gaumont soutint de nouveau que le baptistère était d’origine chrétienne , et il parut, quant à la date, partager l’opinion de Siauve. En 1836, au contraire, M. Mérimée en revint à l’hypothèse du tombeau romain, qu’il n’eût vraisemblablement pas essayé de faire prévaloir, s'il eût été plus au fait des éludes publiées sur le monument, particulièrement s'il eût su que Siauve avait découvert la piscine presque intacte.
Ainsi qu’on le pense généralement aujourd’hui, le baptistère Saint-Jean a été, dès sa fondation, une construction chrétienne, consacrée à l’administration du baptême; et quoi qu’on ait pu dire, peu d’édifices, remontant à une époque aussi obscure, fournissent de meilleurs témoignages de leur destination primitive. En effet,
(*) Les baptistères étaient ordinairement placés sous l’invocation de saint Jean Baptiste, qui , comme on sait , est le premier qui ait prêché le baptême.
(**) Elle s’y trouve actuellement.
(,***) C’est sans doute à l’opiuion mixte de Siauve qu’on doit le nom absurde de Temple Saint-Jean, sous lequel on désigne le monument à Poitiers.
— STYLE LATIN
et qu’on veuille bien le remarquer, il n’y a absolument rien dans le baptistère qui indique une origine païenne; car la tradition relative à l’inscription de Varenilla doit être écartée, puisque rien n’en prouve l’exactitude, comme lereconnaîtDreuxDuradier, et ne le fût-elle, on ne pourrait en tirer aucune conséquence, car il est d’autres exemples de tombeaux païensdansdes églises chrétiennes. L’architecture du monument indique, d’ailleurs, une époque trop avancée pour qu’on puisse en faire remonter l’érection au temps oùle paganisme bâtissait encore des templesoudes tombeaux somptueux ; également, la présence des croix sur les façades et sur les chapiteaux, croix qui sont trèsbien caractérisées et qu’on n’a pu ajouter après coup comme nous le ferons voir plus loin, établit d’une manière irréfutable son origine chrétienne. D’un autre côté, la forme en croix du plan, qui n’est pas non plus le résultat d’un remaniement, en même temps qu’elle confirme cette origine, prouve que le monument n’était pas une église, mais bien un oratoire ou baptistère : car les baptistères, au lieu d’être disposés en longs vaisseaux comme les basiliques, affectaient plutôt des formes carrées, polygonales ou circulaires. Enfin l’existence d’une grande piscine à gradins, genre de piscine dont l’usage a été abandonné, à peu d’exceptions près, depuis les premiers siècles du moyen âge, jointe à celle des poissons, emblèmes du baptême, sur les chapiteaux de l’en trée de l’apside, achève de former un faisceau de probabilités qui, sans avoir la valeur d’une démonstration mathématique, en ont certes une considérable, et qui ne permet guère le doute.
Ici se présente naturellement la question de l’âge réel du baptistère, question qu’il faut faire précéder d’une autre, celle de savoir si toutes les parties du monument sont contemporaines. Un simple coup d’œil suffit pour convaincre que l’espèce de porche polygonal du Sud-Ouest est une addition très-probablement du XIe siècle, et qui ne peut être, dans tous les cas, postérieure au commencement du XIIe siècle ; mais la détermination de l’époque de la construction des autres parties présente, au contraire, de grandes difficultés.
On croit assez généralement que l’apside trapéziforme du Nord-Est est postérieure de deux ou trois siècles au grand corps de bâtiment, mais cette opinion, que nous sachions, n’a jamais été appuyée de preuves ayant la moindre valeur. Il nous parait certain que cette apside a été bâtie en même temps que le reste, parce qu’il eu est uuc preuve très-positive, dont il est surprenant que personne ne se soit emparé ; et cette preuve, c’est qu’une de ces rosaces si caractéristiques qui se voient dans les frontons des façades, se retrouve dans celui de l’apside, ce qu’il est impossible d’expliquer autrement que parla contemporanéité de ces différentes parties.
Au reste, on se rend facilement compte des motifs qui ont produit l’erreur de ceux qui croient l’apside postérieure. Il est certain que, comme style, l’intérieur du baptistère paraît, au premier aspect, différer sensiblement de celui de l’extérieur ; or cette différence est surtout sensible dans l’apside , parce que les détails en sont plus faciles à étudier. D’un autre côté, l’extérieur de l’apside, à l’exception toutefois de l’ornement dont nous venons de parler, ne présente aucun caractère qui frappe, en rappelant le style des façades. Ce sont ces deux circonstances qui ont , nous n’en doutons pas , donné naissance à l’opinion soutenant la prétendue postériorité de cette exèdre. Quant aux apsides semi-circulaires, et qu’il n’est plus possible d’étudier puisqu’elles sont détruites, la forme qu’on sait qu’elles affectaient, et l'examen de l’arcade à laquelle elles étaient accolées, tendent à prouver qu’elles ont dès l’origine fait partie du monument.
Nous ferons remarquer que tous les détails architectoniques de l’intérieur du baptistère sont identiques de style ( voyez la planche VI), et que si certains détails, tels que les feuilles d’acanthe de quelques-uns des chapiteaux, tendent à établir une antériorité relative , il est impossible d’y attacher la plus légère importance, le faire et la matière de ceux des chapiteaux où ces feuilles ne se retrouvent pas étant absolument semblables au faire et à la matière de ceux où elles se retrouvent. Nous le répétons, tout est contemporain à l’intérieur, à l’exception peut-être de quelques bases qui peuvent dater de la restauration romane.
Maintenant, si on compare les détails architectoniques de l’intérieur à ceux des façades, on voit bientôt que la disparité que nous signalions tout à l’heure est bien plus apparente que réelle, car ce profil unique qu’on retrouve dans toutes les parties des façades est reproduit également à l’intérieur partout où il peut l’être. La seule différence réelle, c’est celle qui s’observe en rapprochant les chapiteaux de l’intérieur de ceux des pilastres extérieurs; clleest considérable, ou du moins elle le semble, et on ne se l’explique que d’une manière peu satisfaisante, eu l'attribuant au plus ou moins d’habileté des ouvriers, ou même à l’usage commun parmi les premiers chrétiens de réserver les richesses de décoration de leurs temples pour l’intérieur.
Si l’histoire de l’architecture des premiers siècles du moyen âge n’était pas totalement inconnue, s’il était possible, par exemple, d’établir que l’art fut généralement plus habilement traité en se rapprochant de l'époque de la domination romaine qu’en s’en éloignant, il est une hypothèse qui expliquerait tout : on pourrait croire que les chapiteaux et les cordons en marbre proviennent d’un édifice chrétien de l’époque la plus reculée ; qu’ou les conserva lors de sa destruction, et que, lors de la construction du baptistère, on les y employa,
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en les considérant comme des types qu’il fallait imiter, ce qu’on ne put faire que grossièrement. Cette supposition expliquerait aussi comment les fûts de marbre non poli, qui semblent avoir tous été taillés dans d’autres plus gros, ne s’ajustent pas avec les chapiteaux qui les surmontent, ce dont il est difficile de se rendre compte si l’on admet qu’ils sont l’ouvrage des ouvriers, certainement possesseurs d’une certaine habileté, qui ont exécuté les chapiteaux.
Par tout ce qui précède on comprend combien il est difficile de se prononcer sur l’époque de la construction du baptistère Saint-Jean. Là encore l’opinion la plus répandue est la plus vraisemblable; elle reporte au Ve ou au VIe siècle cette construction qui, nous le croyons, pourrait même n’avoir eu lieu que dans le VIIe; mais ce dont nous sommes surtout convaincu, c’est qu’il est impossible de trancher plus nettement la question, sans faire preuve d’une confiance dans ses lumières que, dans l’état actuel de la science, il n’est permis à personne d’avoir : combien compte-t-on de monuments mérovingiens en France?
Les peintures 11e peuvent pas avoir la haute antiquité qu’on leur a attribuée, car elles se continuaient sur le mur roman du XIe siècle, où elles ne sont point encore entièrement effacées. Elles sont donc postérieures à l’érection de ce mur. La frise du sommet des murs n’est d’ailleurs, malgré sa physionomie antique, pas plus ancienne que le reste, ainsi qu’on s’en aperçoit quand on peut la voir de près. Si nos souvenirs ne nous trompent pas, il existe un motif analogue peint sur les voûtes de l’église romane de Civray, située à dix lieues de Poitiers, et sur l’àge de laquelle il n’est pas de contestation possible.
Le baptistère de Poitiers se compose d’un corps de bâtiment principal, dont la forme est celle d’un rectangle allongé, ayant, hors œuvre, en moyenne 13m,90 de largeur, sur 1 0 m , 5 5 de longueur. Sur la face Nord- Est de ce rectangle est appliquée une sorte d'apside de 5ra,45 desaillie, qui, extérieurement, ala forme d’un trapèze dont le sommet est de 6m,50. Au contraire, à l’intérieur, elle présente cinq pans qui en font une portion d’hexagone irrégulier. Sur les faces Sud-Est et Nord-Ouest du grand corps étaient également appliquées des apsides, mais celles-ci étaient semi-circulaires et couvertes d’une voûte en cul de four exlradossée. Nous les avons indiquées par des lignes pointées sur le plan. L’une de ces apsides existait encore au commencement du siècle, car elle est figurée sur une des planches de l’ouvrage de Siauve, qui a été publié en 1805. Sur la face Sud-Ouest du rectangle une adjonction, datant vraisemblablement du XIe siècle, est venue modifier considérablement le plan primitif de l’édifice. Cette adjonction se compose d’une sorte de porche formé par les cinq pans d’un octogone irrégulier, dont deux sont en prolongation des murs de face du grand corps. Cette construction, ayant 9 mètres de saillie , fait que le monument a aujourd’hui en longueur totale, hors œuvre, 25 mètres.
M. de Caumont qui, dans son Cours d’ Antiquités , a décrit le baptistère Saint-Jean, dit qu’il est persuadé qu’a la place de l’addition du XIe siècle, il existait jadis une chapelle semblable à celle qui se trouve au Nord-Est, de sorte que l’ensemble de l’édifice présentait la forme d’une croix; et il cite, comme venant à l’appui de son opinion, ce fait qu’il a trouvé dans le mur d’une maison peu éloignée, une rosace absolument semblable à celle qui existe encore au fronton de l’apside, ajoutant avec raison qu’il faut bien que cette sculpture provienne de quelque partie détruite du baptistère. Pour nous, nous ne pensons pas qu’il y ait pu avoir au Sud-Ouest une apside semblable à celle qui existe au Nord-Est, par la raison que cette disposition étant admise, on ne voit pas comment la porte d’entrée pouvait être placée ; mais il nous parait très-possible que cette porte ait été pratiquée dans un porche en saillie balançant l’avant-corps du mur opposé. Au reste, comme tous les remaniements qu’a subis le baptistère dans ses parties anciennes datent dune époque fort reculée, par rapport à la construction des maisons qui l’avoisinent, nous ne nous expliquons pas comment, dans le mur d’une de ces maisons, peut exister le fragment dont parle M. de Caumont, et que nous n’avons pas pu découvrir.
L’extérieur du baptistère est barbare, mais plus encore par l’exécution que par la conception. Cet extérieur, au reste, doit, mieux que l’intérieur, exemplifier le style de l’époque à laquelle le monument a été bâti ; car il est fort homogène, ou du moins les additions sont si faciles à saisir, qu’elles n’empêchent pas qu’on ne se figure avec facilité quel en était l’état primitif. Dans toutes les parties anciennes, il ne se mêle aucun fragment qui n’ait été fait pour la place qu’il occupe, et il en est tout autrement à l’intérieur.
La façade du Sud-Est, que nous avons reproduite planche II, et quia actuellement 14'“, 60 de hauteur, paraît aujourd’hui moins élevée que dans l’origine, par suite de l'exhaussement du sol, qui atteint maintenant les impostes de l’arcade en plein cintre qui s’ouvrait dans l’apside semi-circulaire dont nous avons parlé. Cette arcade , appareillée eu claveaux minces, est dépourvue d’archivoltes sur ses deux faces; elle donne vraisemblablement la hauteur de l’apside à laquelle elle attenait; la trace du toit à double égout qui cou-
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vrail celle-ci est encore visible à travers le badigeon qui couvre la partie inférieure du mur. A lm,58 de l'extrados de l’arcade existait un cordon dont il ne subsiste plus que des fragments. Comme tous ceux de l’éditice, il était composé d’un membre carré, d’une doucine et de filets. Au XIe siècle, on a remplacé les parties qui manquaient en leur donnant un autre profil; le morceau qu’on voit à gauche est de cette époque.
Placées à peu près à la môme hauteur au-dessus du cordon que celui-ci l’est au-dessus de l’arcade, sont percées deux fenêtres en plein cintre, de 2 mètres environ de hauteur, sur lm,05 de largeur, à l’extérieur. Elles n’offrent plus actuellement que des ouvertures circulaires, parce que les parties inférieures des baies ont été étoupées en maçonnerie, de manière à ce qu’elles présentassent cette forme. Les peintures pratiquées à l'intérieur sur ce remplissage prouvent que c’est au XT siècle qu’il a dû être exécuté.
A la hauteur de la naissance des arcs des fenêtres règne un second cordon, placé à 2m,95 au-dessus du premier, et sur lequel s’appuient quaire pilastres courts et très-peu saillants; nous en avons donné un en grand (Pi. II, fig. 3). Ils ont de hauteur totale lm,53, et semblent caractériser parfaitement l’art romain ayant atteint sa dernière décadence, et ne contenant encore aucun des germes qui le régénérèrent plus tard en le transformant. Leurs chapiteaux, semblables deux à deux, ne présentent que de très-légères différences. Les motifs en sont formés par des espèces de volutes, des feuillages et des paîmettes d’un goût fort grossier, et d’un travail plus grossier encore, car il ne consiste que dans une entaille triangulaire décrivant le contour des ornements, et dont nous avons essayé de donner une idée par la fig. 3. Au-dessus des pilastres court un troisième cordon de 0m , 1 (> de hauteur, dontle profil consiste en quatre filets en retraite; il sertde base à deux frontons d’inégale grandeur, placés au-dessus des fenêtres, et à un arc archivolté qui forme le couronnement des pilastres centraux. Les figures 1 et 2 permettent de saisir les détails de ces ornements, précieux spécimens d’un art presque inconnu. On y remarquera le profil des moulures où figure toujours la doucine, les chapelets imités de l’antique, les rosaces à six pointes, les consoles et les pointes de diamant de l'arc, et enfin la croix pattée et cerclée qui en orne le tympan ; elle est aussi caractérisée que possible, et ne peut pas, comme on l’a dit, avoir été ajoutée après coup, car elle est taillée dans la même pierre que les moulures qui l’entourent et accuse le même procédé d’exécution. L’espèce de frise, haute de 0m,68, qui sépare le dernier cordon de la corniche, est coupée par trois chaînes de briques qui se continuent sur les trois faces anciennes de l’édifice; ces briques sont les seules qui y figurent, mais Siauve assure qu’il s’en trouve également sous les murs de l’apside du Nord-Est. La corniche a O"1, 4 5 de hauteur ; elle est tellement mutilée, que nous avons eu peine à en trouver une partie assez intacte pour la profiler ; tronquée à ses deux extrémités, elle n’est plus soutenue que par vingt-trois modillons dont la forme bizarre étonne au premier abord, mais qui ne sont autre chose que la simplification, l’épannelage de modillons corinthiens. L’amortissement de la façade est formé par un fronton peu élevé, suivant le génie antique ( I ,70 à l'",80 de hauteur dans l’origine). Le tympan en est orné par une pierre formant un encadrement rectangulaire de 0",7Û de hauteur sur 0m,92 de largeur, dans laquelle est sculptée une rosace fort peu saillante à dix-huit rayons. Elle est surmontée par un petit fronton, haut de 0",50, encadrant une autre rosace incrustée en terre cuite. Deux autres frontons plus grands, et ornés d’une rosace à six pointes incrustée, sont placés de chaque côté. D’autres incrustations de même nature forment vingt-six quadrilatères curvilignes qui suivent le rampant de la corniche, dont le profil est encore formé d’un larmier, d une doucine et de deux filets (PI. 11, fig. 8).
La façade opposée à celle que nous venons de décrire ne diffère de celle-ci que par des modifications trèspeu importantes dans les détails des chapiteaux des pilastres (voy. un de ces chap., PI. If, fig. 4) et des frontons. Ou y retrouve la croix pattée disposée de la même façon.
Le mordu Nord-Est reproduit également l’arrangement des façades, à l’exception des petits frontons et de l’arc orné d’une croix. La corniche ne s’y continue pas non plus, mais nous ne doutons pas que le contraire n’eût lieu dans l’origine. Actuellement, le sommet du mur est tronqué; cette mutilation a eu lieu afin de donner au toit une inclinaison plus grande, résultat auquel on a aidé encore en élevant le sommet des frontons des façades (vcy. PI. II). Le toit a dû être toujours disposé à deux égouts : c’est le système de ceux des temples antiques et des basiliques latines, et, comme dans ces dernières, les fermes du comble ont toujours dû être apparentes. Celles qui existent maintenant et qui sont composées d’arbalétriers, d’entraits, de poinçons et de contre-fiches, ne sont vraisemblablement pas plus anciennes que le X VIe siècle.
L’avant-corps du Nord-Est n’a guère de remarquable que la rosace de son pignon. Nous avouons du reste
(*) Siauve fait une description de cette face qui ne se rap; orte pas du tout avec le dessin qu’il en donne, et avec ce que nou3 avons pu en voir.
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n’avoir pu l’étudier convenablement, une échoppe accolée à un de ses côtés et une vigne fort touffue couvrant le mur de face, l’ayant presque complètement dérobé à nos regards. Nous n’avons pu ainsi vérifier si l’apside était voûtée dans l’origine, ce qui ne nous paraît que peu probable; et nous assurer de la hauteur primitive du toit, qui semble avoir été exhaussé, car le premier cordon pénètre la voûte actuelle pour courir sur la partie du mur nord-est qui fait parement dans l’apside, au-dessus de l'arcade par laquelle on y pénètre, et on ne s’explique pas que cela ait eu lieu dans le plan ancien.
La partie ajoutée au XIe siècle est sans intérêt. Les angles des pans sont butés par des contre-forts de 0'n,GG de largeur, et saillants seulement de 0m,25. La corniche est soutenue par des modillous à figures grimaçantes. La porte n’a aucun caractère; elle a été refaite au XVIIIe siècle; elle est surmontée d’un petit campanile ogival à double baie.
On remarque avec surprise, sur la prolongation du mur de la façade sud-est, les jambages d’une cheminée de la fin du XVe siècle (voy. PI. I, fig. 2). On nous a dit que cela provenait de ce que le mur avait été mitoyen avec des constructions servant d’habitations. Cette circonstance seule peut expliquer la présence d’une cheminée à une pareille place ; elle explique également celle des corbeaux de la façade, qui paraissent avoir servi à porter les abouts des solives d’un plancher.
Les parties romanes du baptistère Saint-Jean sont construites en blocage d’assez mauvaise qualité; au contraire, les parties les plus anciennes sont maçonnées avec soin. Leur appareil est à. peu près celui que les an ciens désignaient sous le nom d'opus ad empleclon, consistant en un massif de blocage, revêtu d’un parement de petites pierres appareillées, en liaison. Celles des murs du baptistère (lesquels murs ont environ 0m,90 d’épaisseur) sont hautes d’une dizaine de centimètres, et beaucoup plus longues que hautes, à l’exception de celles des frontons qui sont à peu près carrées. Ces pierres sont généralement fort dures. De nombreux remaniements, faciles à saisir, ont eu lieu sur divers points; mais ils n’ont guère modifié que le revêtement.
Il n’y a absolument rien à dire de l’intérieur de la partie romane du baptistère, dont les murs ont entièrement disparu sous un récent crépissage qu’on a appliqué également, et avec un crétinisme rare, sur des parties où sa présence est bien autrement fâcheuse. Cette sorte de porche communique avec la partie centrale du monument, au moyen de trois arcades d’inégale largeur (2m,8G, tm,83,2m,54) dont les pieds-droits offrent un ou deux redents, et sont couronnés par une imposte composée d’un larmier et d’un chanfrein séparés par un anglet.
Le sol intérieur, quoiqu’il ait été exhaussé, est encore de beaucoup en contre-bas par rapport au sol extérieur. Ainsi, le sommet de l’extrados du grand arc bouché, pratiqué dans le mur sud-est, qui est à l’extérieur de 2m,85 au-dessus du pavé, en est, au contraire, à 4m,48 à l’intérieur. De ce côté, il retombe sur des colonnes dont les chapiteaux sont devenus informes, et sont d’ailleurs cachés en partie sous le crépissage appliqué partout. Leur abaque se continuait sur le parement du mur en formant imposte. Un cordon, correspondant à celui du dehors , existait aussi au-dessus de l’arc, et courait sur toutes les quatre faces de l’édifice. Sur celle dont nous parlons, il n’en reste plus qu’un fragment (reproduit PI. VI), lequel est en marbre, et doit, s’il provient d’un édifice antérieur, comme on peut le croire, avoir servi de prototype à tous les profils du monument.
Les fenêtres, devenues de simples oculi , sont assez ébrasées pour avoir 1 m ,60 de largeur à l'intérieur. Elles n’ont point d’archivolte, et sont séparées par une arcature triangulaire (forme primitive et rare, qu’on retrouve dans les constructions anglo-saxonnes), laquelle repose de chaque côté sur une des deux petites colonnes qui garnissent les pieds-droits de chaque baie. Ces colonnes, d’une hauteur totale de lm,30, sont formées de quatre morceaux, le chapiteau , son abaque, le fût et la base, qui s’ajustent mal ou pas du tout, et d’ailleurs ne tiennent point ensemble, probablement sans doute parce que le mastic qui les unissait est tombé. Elles présentent, d’ailleurs, à toutes les fenêtres, les mêmes caractères. Les chapiteaux sont tous en pierre et peints en jaune ; les quatre de chaque face sont semblables. L’exécution manque de légèreté, mais elle ne décèle aucun tcàtonnement, et, dans tous les cas, est fort supérieure à celle des chapiteaux de la façade; le profil en est d’ailleurs gracieux, et la composition élégante. Ils sont formés d’une corbeille garnie de quatre grandes feuilles galbées qui viennent se recourber sur des volutes, à la naissance desquelles est un fleuron, réminiscence des caulicoles. Un tailloir à cornes, muni de ses fleurons, et orné d’un chapelet ou d’une torsade, porte sur la corbeille. Le tout a une hauteur de 0m,29 à 0m,30 , et une largeur égale, d’une volute à l'autre. Un abaque en marbre, et du même profil que les cordons, vient coiffer le chapiteau; il a 0m,13 à 0m,l4 de hauteur, et se continue sur le parement du mur.
STYLE LATIN
Les fûts sont en marbre noirâtre, veiné de blanc; quelques-uns portent une astragale grossière , d’autres n’en ont pas; plusieurs sont renflés, et ils paraissent avoir été taillés tous dans d’autres plus gros; l’absence de poli tend du moins à le faire penser. Ils ont environ 1"’,20 de hauteur. L’un d’eux étant trop court, il a fallu exhausser la base sur un socle supplémentaire, pour qu’il pût s’y appuyer.
Les bases sont toutes en pierre et d’une hauteur de 0m, 16; elles reproduisent le type attique, mais plus ou moins défiguré; elles ne s’ajustent pas avec les fûts; la différence est même considérable chez quelques-unes.
Les peintures devaient couvrir les quatre murailles depuis le haut jusqu’au bas; aujourd’hui le temps et les dégradations de toutes sortes n’en ont laissé que dans les parties hautes, et encore y sont-elles en plusieurs endroits effacées. Ces peintures, d’un grand caractère, sont exécutées sur un enduit blanc de quelques millimètres d’épaisseur; elles sont ainsi de véritables fresques, dans l’acception réelle du mot. Personne au reste n’a encore expliqué les sujets qu’elles représentent. Elles étaient accompagnées d’inscriptions dont des fragments subsistent encore, et que des paléographes liraient sans aucun doute. Nous nous bornerons, nous, à décrire les figures.
Au centre de l’arcalure angulaire du mur du sud-est est un personnage tenant d'une main une pique et de l’autre un bouclier. 11 est nimbé et vêtu d’un manteau jaune et de deux tuniques, l’une rouge et l’autre bleue. Placées à sa gauche, et l’une au-dessus de l’autre, sont les lettres suivantes avrisivs. Sur le remplissage des baies de fenêtre, sont peints un dragon ailé et, un paon, emblème de l’immortalité (voir PI. VI). A droite, au-dessous de l’imposte, et près du mur roman, est une autre figure qui frappe avec son épée sur un être ou une chose qui est disparue. A côté de lui est une autre inscription. Du côté opposé, est le bas du corps de deux figures qui continuent la série de celles qui existent sur le mur nord-est. Sur la place qu’occupait l’imposte de la fenêtre de gauche existe un ornement peint en rouge et singulier; il semble inspiré des rais de cœur antiques. D’autres peintures, où Ion remarque des galons disposés en zigzags, forment une archivolte à l’arcature du milieu et aux fenêtres, dont le plafond laisse voir des palmetles. NI ais ce qui est surtout remarquable, c’est l’espèce de frise placée au sommet du mur. Elle est formée de bandes rouges, jaunes et • bleues, entourant une sorle de grecque, composée de compartiments de même couleur, et dont le motif est très-difficile à comprendre, et conséquemment h copier. Celle grecque qui, comme nous l’avons dit, a une physionomie antique, et rappelle certaines peintures d’IIerculanum , est interrompue par trois médaillons contenant des oiseaux palmipèdes , symboles du baptême, à cause de l’élément où ils vivent. Cette peinture est certainement d’un haut intérêt. Nous nous félicitons de l’avoir fait connaître par la gravure.
Nous ne décrirons pas la face du nord-ouest qui est exactement semblable à celle dont nous venons de parler. Les peintures en sont presque complètement effacées. Nous n’avons pas à parler non plus du mur roman qui est entièrement nu. et dont la décoration peinte est devenue invisible, a l’exception toutefois de l’amphore que nous avons reproduite, et dont les contours se distinguent encore.
Le mur nord-est présente trois arcades, dont deux aveugles, de 3'", 75 de bailleur, et une centrale de 6m,00, celle-ci en encadre une autre haute seulement de 5"', 90, et large de 4m,28, qui forme l’entrée de l’apside. Les arcatures latérales reposent sur des colonnes sans bases, dont les luis, en marbre rougeâtre, sont renflés, et les chapiteaux, en marbre d’un blanc tirant sur le gris, sont extrêmement mutilés. Cependant un d'eux laisse voir qu’ils devaient offrir une grande ressemblance avec ceux des fenèlres, que nous avons décrits. Un autre, qui reçoit la retombée du grand arc, est surmonté de fragments romans, qui lui constituent une sorte d’entablement. Un arrangement analogue existait peut-être de l’autre côté. Dans 1 arcature de gauche, on remarque les claveaux d’une baie actuellement fermée, dont nous ignorons la destination.
Les colonnes de l’arcade par laquelle on pénètre dans l’apside ont des fûts monolithes, comme tous ceux du monument, en marbre noir, rendes, et d’un diamètre semblable, tandis que ceux des arcatures diffèrent tous de grosseur. Les chapiteaux (*) de ces colonnes sont peints en rouge, mais des cassures laissent xoir que le marbre dont ils sont faits est aussi d’un blanc tirant sur le gris. Ils sont ornés de feuilles d’acanthe d'un travail peu habile, et on y remarque les poissons si caractéristiques que nous avons déjà mentionnés. Leur abaque est différent des autres; nous en avons donné le profil. La partie supérieure de la muraille est semblable a celle du mur sud-est que nous venons de décrire; seulement , à l’exception des fûts des colonnettes, tout est eu pierre.
(*) Ces chapiteaux s’ajustent beaucoup mieux que tous les autres avec leurs fûts, lesquels ont 3m,d0 de hauteur, et ont sans aucun doute été faits pour eux. Anciennement les colonnes devaient avoir des hases; on les aura fuit disparaître en exhaussant le pavement.
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La décoration peinte offre également la plus grande analogie avec celle du mur sud-est; mais les détails et les figures diffèrent, et méritent d 'être étudiés. Les intrados de la double arcade centrale sont ornés d’un gracieux rinceau, et d’une suite do médaillons qui rappelle les broderies des étoffes de l’époque. Au-dessus de cette arcade est un nimbe crucifère avec une main bénissante, symbole de Dieu le Père. De chaque côté des fenêtres sont représentées une suite de grandes figures en pied, qui, réunies à celles des murs attenants, sont au nombre de douze. Elles ne portent aucun attribut bien caractéristique, mais leur nombre, leur nimbe, leur place à l’entour de Jésus-Christ, tout porte à croire qu’elles représentent les douze apôtres, sujet, d’ailleurs, qui est commun dans les baptistères d’Italie. Dans l’arcature angulaire est peinte, la composition la plus commune des fresques romanes, le Christ, couronné d’un nimbe à croisillons, entouré d’une auréole, tenant l’Évangile de la main gauche et bénissant de la droite. Près de lui sont deux anges qui volent en montrant d’une main le ciel, et de l’autre le Cils de Dieu. Nous n’avons jamais rien vu d’aussi extraordinaire, d’aussi saisissant que celui qui est à droite. Cette figure est certainement une des créations le plus étrangement mystiques et grandioses qui existent ; et, nous n’hésitons pas à le dire, sous le rapport de la sévérité et de la grandeur du caractère, elle laisse à une immense distance derrière elle les conceptions les plus célèbres des grands maîtres classiques.
L’apside biaise un peu vers le nord ; elle renferme huit petites colonnes, dont deux décorent les pieds-droits de la fenêtre, et les six autres font partie des quatre arcatures qui sont pratiquées dans les murs latéraux. Ces colonnes, où l’on retrouve tous les défauts d’ajustement que nous avons déjà signalés, ont toutes des chapiteaux eu marbre d’un blanc sale, dont les corbeilles sont garnies de quatre larges feuilles tenant de 1’ acanthe et de l’olivier. Ils ont tous aussi des volutes, des tailloirs à cornes et à fleurons, ne faisant qu’un avec la corbeille, et des abaques carrés, en pierre, dont plusieurs se projettent considérablement afin de se raccorder avec les impostes. Le plus remarquable de ces chapiteaux est le second du côté du nord-ouest. 11 est vraiment d’une grande beauté, et par bonheur il est bien conservé. Les volutes en sont ornées de croix pattées (*). Tous les fûts des colonnes de l’apside sont en marbre, et renflés, à l’exception d’un seul qui est trop gros pour sa corbeille, et semble n’être qu’un fragment appartenant à une autre colonne. Les bases sont toujours attiques et mal profilées.
La fenêtre est éb rasée. A la fin du XVe siècle, elle a été remaniée et divisée en deux jours, au moyen d’une sorte de réseau à ogives subtrilobées. On observe à droite, dans le soubassement des arcatures, une petite piscine, qui, élevée seulement de CU,20 au-dessus du sol actuel, prouve que celui-ci a dù être exhaussé d’environ 1 mètre. Cette piscine devait servir au prêtre qui disait la messe sur l’autel que contenait jadis l’apside.
La voûte de l’apside est une partie de voûte en arc de cloître à trois pans, unie à une portion de voûte en berceau. Des peintures qui paraissent postérieures aux autres, etqu’on croit du commencement duXIIP siècle, ornent celte voûte, ainsi que la partie du mur qui surmonte l’arcade. Sur cette dernière, on voit un cercle crucifère (PI. VI), de chaque côté duquel sont deux anges à genoux, agitant d’une main un encensoir, et tenant de l’autre un objet qui ressemble à une coupe et est peut-être une navette. Au-dessus est placé un personnage sans barbe et dont le nimbe n'est pas croisé. Il a des ailes et est vêtu d’une tunique violette recouverte d’une draperie jaune. Ses deux bras sont étendus, et il tient dans chaque main des couronnes. Au centre de la voûte est l’image du Christ; ses cheveux sont longs et il a peu de barbe. 11 est assis sur un trône et entouré d’une auréole tétrafoliée, cantonnée des figures qui symbolisent les évangélistes. Deux autres grandes figures, dont l’une est saint Pierre, sont également peintes sur la voûte; enfin, une troisième dont on ne voit que le buste et qui est assise dans une gloire, existe, en partie effacée, au plafond de la fenêtre.
La piscine, placée au centre de l’édifice, est aujourd’hui complètement dégradée. En 1801, elle était comblée depuis si longtemps qu’on en avait perdu le souvenir; c’est, en effet, en cherchant le massif sur lequel il supposait que le tombeau de Varenilla avait dù s’élever, que Siauve eu a fuit la découverte, qu’il raconte eu ces termes : " A peine les ouvriers eurent-ils enfoncé le pic dans la terre, qu’on découvrit un mortier de ciment d’une dureté extraordinaire. Je crus alors avoir trouvé le nœud de l’énigme, et je me serais volontiers écrié avec Archimède, Je l ai trouvé; mais quelle fut ma surprise, quand je vis un mur se couder, et décrire d’abord la deuxième, troisième et quatrième ligne d’un octogone parfait que je ne tardai pas à découvrir entièrement . Ce lut alors que je me rappelai les expressions suivantes de D. Martenne : « Cette église était autrefois le baptis- « tère de Poitiers, dans lequel on descendait par des degrés dans les fonts baptismaux. >* En faisant continuer
(*) Ces croix n’avaient jamais été remarqu es. Le badigeon qui les recouvrait et que nous avons enlevé, en rendait les conteurs impossibles à saisir.
STYLE LATIN
le déblai, je commençai à distinguer la dernière marche de l’antique piscine. Les murailles étaient construites de la même manière que celles du temple; mais au lieu d’un revêtement de pierre, il y avait une chape de ciment très-dur et très-uni. La largeur de la dernière marche était de 206 millimètres, et sa hauteur, jusqu’au fond de la piscine, de 402 millimètres. L’enduit déciment cessait à cette profondeur, et il me parut qu’on avait enlevé le pavé, qui probablement était de pierre ou de marbre ; mais sur le béton qui le supportait, j’aperçus le canal destiné à l’écoulement des eaux, qui partait du milieu de la piscine (*), et se dirigeait par une pente douce du côté de l’est, où il se dégorgeait dans un tuyau de grès de 30 centimètres de circonférence. » Plus loin il ajoute que « la marche la plus élevée a été détruite quand on a exhaussé le pavé de l’église, et qu’on a comblé la piscine. Mais à en juger par l’épaisseur du mur d’enceinte (l'n,30 du côté du nord-ouest), et le niveau de l’ancien pavé, il devait y avoir trois marches au moins, qui régnaient sur toutes les faces de l’octogone. On avait employé dans la construction de cette piscine, autant que je puis croire, le mortier que Vitruve désigne sous le nom de signinum , et qu’il conseille pour la confection des citernes. On aperçoit de distance en distance un rang de ces grandes briques à double rebord, que je crois être les lateres pentadoron de Pline, ainsi que je l’ai dit(**). »
Siauve parle également d’un trou dans lequel on prétendait que le sang des victimes se répandait, et qui se retrouvait au sud-ouest de la piscine; il n’existe plus. Au-dessus de ce trou, était placé, à la fin de l’autre siècle, le bassin de pierre dans lequel on administrait le baptême. Voici ce que Siauve en dit : « Le pavé n’existait plus depuis longtemps, et ce n’est pas sans peine que j’ai réuni les deux fragments de la dalle qui était placée à l’ouverture de ce trou, qui avait 13 pouces ou 332 millimètres de longueur. Après avoir fait fouir dans cet endroit, j’ai découvert, cà la profondeur de 50 centimètres, le canal perpendiculaire en maçonnerie , qui était carré et de la largeur de 6 pouces, ou 182 millimètres. Je le faisais détruire assise par assise, pour parvenir à l’endroit où il devait se terminer, quand les ouvriers ont remarqué qu’il était obstrué. On a cru d’abord que c’était par des cailloux ; c’était par deux tètes de morts placées l’une sur l’autre, qu’on en a retirées avec peine. En creusant et en démolissant encore le conduit, j’ai rencontré, à 20 pouces, ou 540 millimètres de distance, du côté de la piscine, une dalle percée par une seconde ouverture circulaire du diamètre de 6 pouces ou 182 millimètres, et au-dessous, un autre canal perpendiculaire, aboutissant, ainsi que le premier, à un canal horizontal, se dirigeant, dune part, du côté du porche, et de l’autre, du côté de la piscine, mais sans aucune inclinaison sensible de part ou d’autre. Ce canal horizontal est à lm,30 de profondeur du pavé moderne. »
En décrivant, aussi minutieusement que nous l’avons fait, le baptistère de Poitiers, notre but a été d’en taire comprendre l’importance, et par suite, d’attirer l’attention des archéologues sur la classe des monuments précieux a laquelle il appartient, eu les engageant à les rechercher avec zèle. Ces monuments sont, en effet, si rares, que la découverte d’un seul est un événement. Nous serions donc heureux que nos efforts déterminassent quelques-uns de nos lecteurs à entrer dans la voie que nous indiquons, et que nous essayons de pa r co u r i r nous- m ème .
(*) Le canal ne part pas du milieu de la piscine, il la traverse; nous n’avons pu déterminer jusqu’où il s’étend.
(**) En déblayant la piscine, on a trouvé des fragments de fûts, des chapiteaux et des bases qui proviennent sans doute des fenêtres du mur sud-ouest démoli au XIe siècle. D’autres fragments de fûts d’un diamètre de 0in,6Q, provenaient peut-être du porche que nous supposons avoir existé à l’entrée. Ces fragments n’ont point été conservés.
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