AMBONS DE L’ÉGLISE DE S. LAURENT HOBS DES MURS DE ROME
L’église de Saint-Laurent hors les murs de Rome, riche en précieux souvenirs des anciennes dispositions des basiliques chrétiennes, contient aussi plusieurs meubles, parmi lesquels on remarque deux ambons, dont les plans, les façades et les nombreux détails sont joints à cette notice.
Sur les faces latérales de l’enceinte du chœur qui décorait la nef principale des basiliques, s’élevaient les ambons ( ambones ) ou chaires destinées à la lecture des livres sacrés et aux prédications religieuses. Ils étaient presque toujours au nombre de deux, comme leur nom semble l'indiquer ( ambo , deux), et comme le démontrent tous les exemples qui se voient encore dans les basiliques de Sainte-Marie in Cosmedin , de Saint-Clément, de Saint-Laurent hors les murs à Rome; ces meubles, établis avec des marbres précieux et décorés de mosaïques, sont construits dans un excellent principe et avec beaucoup de soin, ce qui fait qu’ils ont traversé les siècles sans éprouver aucune altération dans leur stabilité. Généralement au nombre de deux , les ambons n’étaient pas pour cela semblables, bien qu’ils décorassent le chœur, toujours disposé avec beaucoup de symétrie; cette différence de formes venait de ce qu’ils étaient construits pour des usages divers. En effet, celui qui ordinairement était dépourvu de mosaïques, comme l’indique l’une de nos planches, présentait à son sommet un pupitre en marbre, destiné à porter les livres sacrés pendant la lecture. La façade et le plan font voir la place donnée à ce pupitre, auquel on arrivait par onze marches, savoir, quatre placées dans la hauteur du soubassement, et sept entre les parois du meuble. Le lecteur, élevé ainsi sur le palier supérieur, était presque entièrement à découvert et pouvait être entendu des assistants. Une colonnette en marbre, qu’on ne peut voir dans les dessins, porte le pupitre, auquel ou a donné la forme d’un livre ouvert.
La construction du meuble est, comme nous l’avons dit, fort simple; un soubassement, composé d’un seul bloc de marbre richement veiné et orné de quelques moulures, porte des tablettes en brèche violette, reliées entre elles et soutenues par des pilastres en même matière; une base continue et une corniche limitent les pilastres en bas et en haut. La partie culminante du meuble, celle qui renferme le pupitre, s’élève sur une corniche plus saillante que la première ; elle est construite, comme le reste, avec des tablettes de marbre, encadrées par des pilastres et une corniche. Des boules de marbre sont placées sur les moulures, dans l’axe des pilastres, partout où des constructions supérieures ne se sont pas opposées à ce couronnement. Le second ambon, dont le plan est tracé à la fig. 1, et la façade sur la seconde planche, était destiné aux prédications religieuses, et sert encore à cet usage. 11 est situé vis-à-vis le précédent, et au midi ; son plan, très-régulier dans l’origine, ne l'est plus aujourd'hui j une mutilation ayant fait disparaître l'un des escaliers qui servaient à y monter, ainsi que toutes les parties du soubassement et des appuis situés du même côté.
Tout mutilé qu’il est, cet ambon est encore un des plus beaux qui se voient en Italie, tant par la richesse des marbres précieux et des mosaïques dont il est décoré, que par ses nobles proportions; la façade se compose 1° d'un soubassement contenant deux rangs de gradins pour asseoir les clercs, d'un escalier situé à l’orient et conduisant par cinq marches au premier palier; c’est la partie parallèle et en tout semblable à celleci, qui a été détruite à l’occident. Au delà de l’escalier, encore en place, s’élève sur un piédestal une riche colonne torse, ornée dans ses cannelures de brillantes mosaïques en émail. La base, de forme attique, est linement exécutée; le chapiteau, dans le style corinthien, ne manque pas d’élégance; une pointe de fer le surmonte: elle est destinée à recevoir le cierge pascal.
La seconde partie de la façade est une zone quadrangulaire, encadrée de moulures, et contenant deux grands panneaux en porphyre, puis un cercle en même matière, placé au milieu. Les encadrements de ces panneaux et les quatre triangles qui accompagnent le cercle sont décorés de mosaïques en émail, qui produisent l’effet le plus brillant auprès de ces matières, dont la couleur grave fait une opposition heureuse. Enfin, la partie supérieure de bambou contient, au centre, une saillie évidée à l’intérieur et destinée à placer l'orateur, et à lui permettre de s’avancer vers les fidèles pour se faire mieux entendre. Cette avance, qui est au niveau du palier supérieur de la chaire, est de forme polygonale, et porte sur des moulures profilées en encorbellement, pour former saillie sur l’ambon. Chacun des angles du polygone est décoré d’un pilastre eu marbre, orné de sa base et de son chapiteau. Les panneaux encadrés par les pilastres sont aussi en marbre précieux; une corniche surmonte le tout et s’incline des deux côtés, de manière à indiquer sur la façade la J pente que suivent les marches à l'intérieur; cette inclinaison a été pratiquée dans le but de laisser voir l’orateur dans sa marche ascendante jusqu'au sommet de l’ambon. La corniche, ainsi disposée, descend jusqu’aux pilastres qui occupent les angles de la zone quadrangulaire, reprend sa direction horizontale sur ces pilastres, et porte de grosses boules en marbres précieux.
— STYLE LATIN
De vastes triangles résultent, sur la façade, de l’inclinaison de la corniche et des lignes verticales et horizontales données par les diverses parties environnantes. L’artiste habile qui dirigea la construction de cet ambon, et dont le nom est inconnu, a décoré ces triangles avec beaucoup de richesse; des cercles en porphyre occupent la partie centrale ; des mosaïques, variées dans leur dessin et les ornements qui les composent, encadrent ces précieuses matières, ainsi que les petits triangles qui sont arrangés avec art pour remplir l’espace intérieur du grand tympan.
Dans les premiers siècles de l’Église, les fidèles occupant plus particulièrement les nefs latérales des basiliques, on disposa les ambons de telle façon que l’orateur pouvait se diriger aussi bien vers le bas côté de l’édifice que vers la nef centrale. Le monument que nous décrivons ici présente donc sur sa surface postérieure les mêmes dispositions que celles jqui viennent d’être examinées ; les gradins destinés aux clercs dont les fonctions étaient de faire le service du chœur, n’ont pas été reproduits du côté opposé ; ils y étaient inutiles. Les escaliers ne s’y présentent pas non plus, parce qu’il était plus convenable que l’orateur montât dans la chaire par le chœur, puisqu’il descendait du sanctuaire. Tout le reste s’y retrouve, avec quelques modifications dans la richesse des marbres et de leurs encadrements.
Une peinture du XIe siècle, publiée par Dagincourt (*), et tirée d’un exultet latin de la bibliothèque Barberini, représente un prédicateur parlant au peuple du haut d’un ambon, semblable en tout point à celui de Saint-Laurent hors les murs. Cette forme de chaire ancienne étant la seule qui se trouve dans les basiliques de la capitale chrétienne, plus d’une contrée voisine en présentant aussi des exemples identiques, on peut conclure, de cette suite d’observations, que c’était là le type créé par le style latin, et qu’il se conserva au moins jusqu’au XIIIe siècle, puisqu’on en voit un modèle à l’église de Saint-Pierre de Corneto, sur lequel on trouve le millésime m. cg. viii.
(*) Dagincourt, Histoire de fart , etc., tom. V, Peinture, pag. 55.
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