‹ Monuments anciens et modernes (volume 4)Chapitre 17 sur 62 · BAPTISTÈRE ET TOMBEAU DE SAINTE-CONSTANCE · texte numérisé non relu

BAPTISTÈRE ET TOMBEAU DE SAINTE-CONSTANCE

A deux milles de distance de la porte Pie, à Borne, et près de l’église de Sainte-Agnès, sur la voie Nomen tana, s’élève un édifice circulaire, considéré par quelques archéologues comme un temple antique consacré à Bacchus, parce qu’on y voit, sur la voûte, les restes d’une mosaïque ornée de pampres et de figures d’enfants occupés à la vendange, et qu’on a conservé dans la niche qui occupe le fond, jusqu’à la fin du siècle dernier, un sarcophage en porphyre, reproduit aux figures 5 et 6 de la planche jointe à cette notice , et dont les faces principales sont décorées aussi de vignes , et de génies récoltant et foulant des raisins.

Des traditions chrétiennes, le système de construction de l’édifice, les différences de proportion et de grosseur qui se remarquent dans les colonnes, leur accouplement, disposition que les anciens évitèrent toujours, enfin l’emplacement choisi au-dessus des catacombes de Sainte-Agnès pour construire ce monument, telles sont les principales causes qui doivent le faire considérer comme un édifice des premiers siècles du christianisme. On l’attribue au règne de Constantin, et l’on pense que sa sœur, ou sa fille Constance, à la prière de laquelle il avait déjà fait ériger l’église voisine, celle de Sainte-Agnès, sur le tombeau de cette vierge martyre, le détermina, soit pour son baptême, soit aussi pour sa sépulture, à faire ériger ce petit édifice auprès du temple consacré à la sainte.

Le plan du monument est un cercle complet (fig. 1) ; le mur extérieur, qui a une épaisseur considérable, a reçu quinze niches profondes, alternativement rondes et carrées. Celle du fond, plus étendue que les autres, contenait le sarcophage en porphyre déjà mentionné précédemment; elle est carrée. Les deux niches placées aux deux extrémités du diamètre transversal sont rondes ; plus grandes aussi que les autres, elles furent ouvertes au moyen âge pour donner deux portes de sortie ; on a pensé qu’une colonnade, placée à l’extérieur, couvrait un escalier conduisant au sol plus bas de la plaine. La figure t de la planche fait voir cette disposition rétablie.

Entre le mur extérieur de l’édifice et le centre, règne un double rang de colonnes accouplées, laissant un plus large passage dans les axes qu’ailleurs : ces colonnes sont placées là pour supporter le mur circulaire de la nef centrale. La porte principale du monument est précédée d’un porche, en ruine aujourd’hui; il se relie aux murailles à demi détruites d’une construction très-étendue qui présente les dispositions d’un stade ou hippodrome, mais qui ne fut sans doute autre chose qu’un atrium ou cour sacrée, destinée à des cérémonies religieuses, peut-être à la sépulture des chrétiens qui voulurent, comme sainte Constance, être enterrés auprès des catacombes de sainte Agnès. La déclivité du terrain avait motivé dans ce lieu la construction de vastes escaliers, et, contre les murs extérieurs de cette cour, de nombreux contre-forts et pilastres pour consolider les murailles vers les pentes , et leur permettre de soutenir les terres rapportées qui avaient servi à niveler le sol de la cour.

La façade présente d’abord le porche, aujourd’hui en ruine; son toit règne avec celui de la galerie circulaire qui, à l’intérieur, enveloppe la partie centrale ; quelques arrachements de constructions et d’un toit placé plus bas que celui de cette galerie, ont fait supposer la colonnade extérieure qu’on voit figurer au plan. Au-dessus de cet étage inférieur s’élève la nef centrale, percée de douze fenêtres cintrées et d’égales proportions; un toit conique surmonte cette partie du monument.

L’intérieur de l’édifice présente de la richesse et de l’élégance ; les niches alternativement rondes et carrées qui décorent la galerie du pourtour sont cintrées en briques ; au-dessus règne une frise en mosaïque, composée d’entre-lacs et de fleurs ; elle sert de cadre à de grands panneaux peints de même en mosaïques , et qui présentent, pour la plupart, des combinaisons géométriques de losanges, de cercles, ou d’étoiles, figurant en quelque sorte des caissons très-variés de formes et de couleurs. L’un des panneaux ou grands compartiments encadrés par la frise d’entre-lacs, offre des sujets bachiques combinés avec de nombreux rinceaux de pampres, dans lesquels sont répandus à profusion des oiseaux, des enfants, et même des portraits en buste de personnages inconnus. Les motifs principaux de ces sujets sont des chariots tirés par des bœufs et chargés de raisin; on les dirige vers des cuves carrées surmontées de frontons, et dans lesquelles des enfants foulent aux pieds les grappes pour en faire sortir le vin , qui coule par des tètes de lions dans des vases placés pour le recevoir. Ces sujets occupent les parties basses de la voûte semi-annulaire, et sont plus près de l'œil du spectateur que tout le reste de la mosaïque. Ces tableaux contribuèrent à faire supposer que l’édifice avait été consacré à Bacchus. Les voûtes sont éclairées par de petites ouvertures en barbacanes, qui originairement étaient quadrangulaires, et dont plusieurs ont été agrandies et cintrées au moyen âge. C’est aussi à cette époque qu'on a percé le fond des deux niches rondes situées aux extrémités du diamètre transversal, pour y

- STYLE LATIN

établir des portes; et, après avoir fait cette opération, on a peint dans les demi-coupoles de ces niches des représentations du Christ, entouré d’apôtres, d’agneaux et de feuillages.

La galerie que nous venons de décrire est séparée de la partie centrale de l’édifice par des colonnes , ainsi que nous l’avons déjà fait observer en décrivant le plan. Ces colonnes, accouplées dans le sens du rayon du cercle, portent sur des bases attiques (fig. 2). Les marbres et les diamètres en sont variés; les chapiteaux, tous à peu près semblables, sont d’un style composite dont on peut voir un exemple à la figure 4. Des entablements complets, mais de formes pesantes, régnent sur ces chapiteaux, et sont interrompus à chaque couple de colonnes , pour porter des arcades cintrées , en briques , sur lesquelles repose toute la muraille circulaire qui forme le sommet de la nef centrale du monument.

Les arcs soutenus par ces colonnes sont plus larges et plus élevés dans les axes que vers les autres parties; de plus, ils s’évasent du centre à la circonférence, ce qui n’a pas lieu pour les autres. Au-dessus de ces cintres, et à une assez grande distance, s’ouvrent les douze baies de fenêtres déjà indiquées lorsque nous avons parlé de l’extérieur. Ou ne voit à ces fenêtres aucune trace de clôture ancienne ; il serait difficile de dire même comment elles étaient fermées, car on n’y trouve aucune feuillure pour arrêter les châssis dormants des croisées.

La coupole surmonte ces baies; un oculus occupe le centre. La construction de cette partie supérieure de l’édifice offre des différences avec le reste, qui, en général, est en briques et en blocage : ici, de nombreuses chaînes en briques s’élèvent de la base au sommet, et se relient par des assises horizontales pour former des encaissements, dans lesquels, sans doute, le constructeur a placé des pierres ponces pour obtenir une plus grande légèreté; système fréquemment employé dans l’antiquité et vers les premiers siècles chrétiens. Cette coupole, nue aujourd’hui, était couverte d’une peinture en mosaïque, dont Ciampini a donné une gravure dans son ouvrage sur les monuments sacrés des premiers siècles. Bien qu’elle ne fût pas précisément dans le même style que celles qui décorent les voûtes de la galerie circulaire, elle ne paraît pas moins avoir été exécutée à la même époque. Les sujets de vendange qui se voient dans la galerie n’étaient pas rares, aux premiers siècles chrétiens, sur les monuments funéraires; les peintures des catacombes en font foi; et, pour le confirmer ici, il suffit d’examiner la belle urne en porphyre dont les dessins sont gravés aux fig. 5 et 6 de notre planche. Cette urne, exécutée certainement pour renfermer les restes de Constance, et compléter sa sépulture avec l’édifice qui la contenait, offre, quant aux dimensions, à la matière, et plus encore au style de la sculpture, la plus grande analogie avec l’urne contemporaine que Constantin fit faire pour contenir le corps de sainte Hélène , sa mère , et qu’il plaça dans l'église de Saint-Pierre et Saint-Marcellin , sur la voie Labicane, au lieu nommé aujourd'hui Torre Pignatarra ; or cette urne de Sainte-Constance présente, ainsi que la voûte, 1° sur la face principale, des rinceaux et des pampres au milieu desquels l’artiste a place des oiseaux, des génies et des vases destinés à la vendange; 2° sur la face latérale, trois enfants montés sur une cuve et foulant le raisin.

— BIBLIOGRAPHIE. -

1° Ciampini. Vetera monimenta. T. ni, cli. x.

2° Ficoroni. Vestigia e rarita di Borna. Lib. I , c. 28. 3" Bottari. Borna sotterr. T. 111, p. 132- 4° Vasi. itinéraire instructif de Rome.

VIII; sculpture, pl. VI.

6° Nibby. Rome et ses environs .

7° Isabelle. Temples ronds.

5° Dagincourt. Histoire de l’art par les monuments. Architecture, pl-

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