‹ Monuments anciens et modernes (volume 4)Chapitre 26 sur 62 · ÉGLISE DE SAINTE-MARIE A TOSCANELLA · texte numérisé non relu

ÉGLISE DE SAINTE-MARIE A TOSCANELLA

colonnes engagées et les angles saillants qui forment ces piliers s’élèvent plus haut que l’ordre qui porte les arcades de la nef , ce qui est motivé par les arcs ouverts sur les transcepts ; beaucoup plus grands que les autres, ils exigeaient des retombées plus hautes. Des pilastres adossés aux murs latéraux de la nef, et s’élevant beaucoup plus que la cornicbe , indiquent qu’un premier projet abandonné était d’établir un grand arc triomphal jusqu’au sommet de l’édifice, pour séparer la nef du sanctuaire. Au-dessus de la corniche, de rares fenêtres d’une forme très-allongée, et surmontées d’une large archivolte décorée de feuillages, donnent un faible jour dans l’édifice. Vers le sanctuaire, au-dessus des arcs des transcepts, on a établi dans les temps modernes deux petites ouvertures quadrangulaires , sans doute pour donner plus de lumière à 1 autel.

Le mur qui fait le fond du temple termine aussi la nef principale ; une abside semi-circulaire , surmontée d'une voûte , y est établie avec luxe ; elle est précédée de plusieurs angles saillants et rentrants , reproduits dans la partie supérieure , encadrement qui donne de la richesse à cette partie importante du monument. Une corniche simple et d’un bon profil règne à la hauteur de l’imposte et s’étend sur tout le fond de la nef principale. A la gauche du sanctuaire , une petite niche carrée, prise dans l’épaisseur du mur et décorée de peinture, était destinée à placer les burettes et à verser les eaux : c’est la piscine.

Au-dessus de l’abside, le mur du fond s’élève à une grande hauteur et se termine par un angle obtus dont les côtés suivent la pente du toit apparent qui surmonte la nef principale et celles des collatéraux, suivant un usage transmis par les premiers siècles du christianisme.

Les petites nefs sont décorées , dans, toute l’étendue des murs latéraux du temple , par des colonnes légères et engagées qui portent des arcs encadrés de moulures. Ces arcades , comme on peut le voir par le plan ainsi que par notre vue, n’ont pas la même largeur que celles de la nef principale, de sorte que les supports ne sont pas placés sur des axes communs ; contre le mur de la façade du temple, on voit plusieurs piliers prismatiques , ainsi que des faisceaux de colonnettes annelées , comme nous en avons fait remarquer dans la décoration de la porte principale à l’extérieur. Les chapiteaux de ces piliers et de ces faisceaux présentent aussi la plus grande analogie avec ceux des portes , différents en cela des couronnements et des colonnes engagées dans les murs latéraux des petites nefs, qui tous sont dans le style roman le plus caractérisé, comme ou peut le voir par ceux que nous reproduisons sur la planche de détails.

Les nefs latérales sont séparées des transcepts par de grands arcs qui reposent d’une part contre les murs du temple et, d’une autre, sur des demi-colonnes faisant partie des piliers épais déjà mentionnés plusieurs fois et qui sont établis à l’origine du sanctuaire. Ces grands cintres sont surmontés d’une arcature légère qui détermine le point de départ des toits et reproduit celle qu’on voit à l’extérieur autour da monument.

Au delà des transcepts, vis-à-vis des nefs latérales, sont deux petites absides établies dans le mur du fond ; elles offrent peu de saillie à l’extérieur de l’édifice ; celle du nord est construite dans un massif carré , l’autre est aujourd’hui masquée par des cloisons vitrées qui enveloppent le transcept dont on a fait une sacristie. Ces absides secondaires offrent peu d’intérêt, leur décoration architecturale est nulle ; elles ont conservé quelques traces de peintures qui les harmonisaient avec le reste de l’édifice.

La décoration peinte de l’église de Sainte-Marie de Toscanella , bien que d’une époque un peu postérieure à celle de la construction, complète l’ensemble de ce bel édifice; sur les colonnes de la nef principale , et dans la direction de l’entrée , sont représentés des saints de grandeur naturelle ; on y voit des évêques en grand costume avec la crosse et la mitre , des diacres , une sainte Geneviève entourée de son troupeau , et toutes ces figures ont le nimbe autour de la tète ; malheureusement plusieurs de ces personnages sont détruits en partie. La seconde colonne, àgauche en entrant, conserve les restes d’une décoration plus riche que les autres ; c’estd abord un grand sujet représentant la Vierge sur son trône ; une belle étoffe est fixée derrière elle ; l’enfant Jésus, placé debout sur ses genoux, tient dans ses mains un oiseau ; cette peinture est mutilée. Auprès de ce tableau en sont deux de plus petite dimension ; celui du haut représente un prêtre à l’autel , deux femmes s approchent , un ange les accompagne ; le cadre situé au-dessous offre trois personnages conversant entre eux . Les petites nefs présentent aussi de nombreuses peintures : presque toutes les chapelles établies dans l’épaisseur du mur latéral du nord contiennent des tableaux au-dessus des autels et de riches ornements dans l'épaisseur des arcs ; une de nos planches fait connaître une partie de la décoration conservée au-dessus des fonts baptismaux c’est une Vierge tenant Jésus dans ses bras ; deux anges surmontent le trône sur lequel elle est assise ; des saints sont placés auprès , ainsi que dans les deux arcades voisines. Les archivoltes des arcs sont elles-mêmes peintes eu jaune et en rouge ; des ornements de diverses couleurs ornent les plus larges moulures.

Le sanctuaire est la partie de l’église qui réunit encore les plus belles peintures : on voit au-dessus des grands arcs des transcepts, une Annonciation et plusieurs autres sujets de l’histoire de la Vierge. La niche carrée qui ser-

— STYLE ROMAN

vait de piscine est décorée de rinceaux et de vases sacrés ; au-dessus , dans un encadrement allongé, est figuré uu saint, aux pieds duquel sont prosternés deux personnages de très-petite dimension, selon l’usage adopté par les peintres du moyen âge , pour donner plus d’importance à la figure principale. L'hémicycle de l’abside est couvert d'un grand tableau contenant les douze apôtres de grandeur naturelle ; uu nimbe entoure leurs têtes ; leurs vêtements sont ceux de l’antiquité. Au-dessus, dans la voûte, un Christ colossal, et presque entièrement détruit, est environné de débris de peintures qui semblent indiquer des anges. Les parties renfoncées qui encadrent l'abside sont décorées de colonnes arabesques et d’ornements dans le goût du temps.

Une immense peinture représentant le Jugement dernier s’est conservée sur le mur qui forme le fond de la nef principale. On voit au sommet un Christ dans une Gloire soutenue par des anges; les attributs des évangélistes occupent la partie triangulaire du tableau ; au-dessous sont figurés les douze apôtres assis à la droite et à la gauche de Jésus-Christ; dans une région plus basse , une croix, auprès de laquelle sont les instruments de la Passion, a été figurée dans l’axe; les élus occupent la droite , et des flammes partant du trône du Christ vont dévorer les damnés placés dans la partie gauche. Les deux angles inférieurs de cette vaste composition renferment la résurrection des morts d’un côté , et de l’autre le démon qui jette les damnés dans le gouffre de l’enfer figuré par la gueule d’un monstre.

Les meubles de l’église n’offrent pas moins d’intérêt que toutes les parties qui viennent d’être décrites. L’abside contient encore la cathedra ou trône épiscopal exécuté en pierre; un banc semi-circulaire s'étend dans toute la courbe; le maître-autel, élevé sur une marche, se compose d’un cube en marbre dont les angles sont occupés par d étroits pilastres ; une grande table encadrée de moulures est placée au-dessus ; quatre colonnes de proportions légères soutiennent un ciborium d’une forme remarquable : les arcs ouverts sur les quatre faces sont découpés en lobes multipliés; une pyramide quadrangulaire surmonte ce petit monument et porte une grande croix dorée; des figures de saints sont peintes sur toutes les parois extérieures du ciborium , et la voûte d’arête construite à l’intérieur contient, sur de grandes dimensions, les attributs des évangélistes. Une colonne torse située près de l’autel portait le cierge pascal. Au bas des trois marches qui séparent le sol du sanctuaire de celui de la nef, s’élève un ambon parfaitement conservé et dont le style est en harmonie avec le reste de l’édifice : quatre colonnes de marbre , sans bases et très-courtes dans leurs proportions , servent de supports à des arcs surbaissés qui s’ouvrent dans la partie inférieure de la chaire ; sur les archivoltes de ces arcs , et dans les parties courbes qui les encadrent , sont sculptés des ornements très- variés que surmontent une corniche et une frise dont la plus grande partie est peinte ; des restes de couleurs dans les chapiteaux , ainsi que dans les pilastres ornés qui encadrent les arcs, augmentent encore la richesse de cet ambon. Un appui en marbre , comme tout le reste , forme le couronnement général , excepté dans la partie voisine de l’escalier, pour laisser entrer le prédicateur. Cet appui , décoré de palmes et d’entrelacs variés, présente sur sou angle le plus apparent un ange et un aigle sculptés en ronde-bosse ; ils portent le pupitre sur lequel on plaçait le livre des Évangiles. L’escalier de la chaire tourne autour d’un des gros piliers du sanctuaire ; il est composé de grandes marches de pierre portant sur un massif demi-circulaire. Un autel, à peu près semblable à celui qui a été décrit précédemment, s’élève entre les quatre colonnes ; des armoiries décorent sa face principale (*).

Les fonts baptismaux sont octogones et occupent le milieu de la nef méridionale; ils se composent de deux marches portant une cuve formée de grandes dalles de pierre ornées de profils et de riches sculptures , qui consistent en rosaces et entrelacs , parfaitement harmonisés avec le reste de la décoration architecturale de l’édifice. Cette cuve, dans laquelle on ne pouvait recevoir le baptême que par immersion , démontre que cet usage de la primitive Église se maintint fort tard , malgré les conciles.

Nous avons observé , en commençant , que l’église de Sainte-Marie de Toscanella ne fut consacrée qu’aux premières années du XIIIe siècle ; cependant , comme on a pu le voir par les dessins que nous joignons à cette notice, les principales parties du monument sont romanes; toutefois, en examinant attentivement les détails de la façade , on trouve dans la maigreur des colonnes qui décorent les portes , dans le style et la forme des chapiteaux, dans le galbe des colonnettes de la galerie et de la rose, une empreinte de la transition qui s’opérait au commencement de la période durant laquelle devait se développer l’architecture dite gothique ; on peut conclure de là que l’église n’a été livrée au culte qu’après l’entier achèvement de la façade.

(*) Ces armoiries indiquent peut-être un tombeau, comme on en voit un sous l’ambon de Saint-Ambroise de Milan , mais pourquoi lui a-t-on donné ici la forme d’un autel, et des dimensions trop restreintes pour couvrir une sépulture? Nous ne pouvons expliquer cette singularité.

BIBLIOGRAPHIE

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