‹ Monuments anciens et modernes (volume 4)Chapitre 25 sur 62 · ÉGLISE DE SAINTE-MARIE A TOSCANELLA · texte numérisé non relu

ÉGLISE DE SAINTE-MARIE A TOSCANELLA

Toscanella, l’antique Tuscania , est une petite ville des Etats du pape, située entre Viterbo et la Méditerranée, sur la Marta, rivière encaissée dans de profonds ravins. Elle doit, sans doute, à sa position excentrique la conservation presque intégrale de ses monuments du moyen âge. Nous essayerons de faire connaître ici l’un des plus remarquables.

Entre l’ancienne enceinte et celle de la cité moderne , dans un lieu nommé Panthéon ou Panlano , on voit deux églises : l’une est consacrée à saint Pierre , l’autre à la Vierge. C’est celle-ci que nous reproduisons dans tous ses détails. Une inscription , qui se lit à l’intérieur, indique qu’elle fut consacrée seulement le 6 octobre mccvi ,.par Kaynier, évêque de Toscanella, assisté des évêques Pierre de Sutri, Gérard de Nepi, Matthieu d'Orvieto et de plusieurs autres. Cependant de nombreuses traditions et le style de son architecture feraient croire à une construction plus ancienne. Il est certain qu’elle remplace une église antérieure, dont le siège épiscopal fut transféré au milieu du VIIe siècle, dans l’église de Saint-Pierre; ce qui est confirmé par une bulle de Léon IV, adressée, au IXe siècle, à Virobono, évêque de Toscanella, et qui s’exprime ainsi: Ecclesiam Sanctœ- Marice, quœ olim, caput Episcopii exlitit.

L'architecture de Sainte-Marie de Toscanella est romane ; partout règne le plein-cintre ; une ornementation large et empreinte des souvenirs de l’antiquité et du ciseau byzantin domine particulièrement à l’intérieur , ce qui donne à l’édifice une physionomie que n’ont pas les temples romans des contrées septentrionales. De nombreuses peintures conservées sur les murailles, autour du ciborium, de la chaire, et jusque sur les colonnes, s harmonisent parfaitement avec la sévérité du monument.

Le plan est fort simple; plus large au fond du temple qu’à la façade, c’est un rectangle peu allongé, à l'extrémité orientale duquel sont trois absides, dont l une est dans un massif carré. L’intérieur est divisé en trois nefs par deux rangs de colonnes non parallèles vers la porte principale ; trois marches conduisent au sanctuaire et aux transcepts , qui sont précédés de deux piliers épais formant des groupes de pilastres et de colonnes engagées, disposition ordinaire aux édifices romans. Les murs latéraux sont ornés de colonnettes engagées; des niches comprises dans l’épaisseur du mur septentrional contiennent des autels particuliers. Une construction moderne forme une chapelle à l’angle nord de la façade. Le clocher, qui n’est pas dans l’axe du monument , s’élève à sept mètres de la porte principale ; un mur peu élevé le relie à la façade , et forme un parvis peu étendu. (Voir le plan, Planche détails, fig. Ie.)

La façade, construite en pierre, se compose de quatre parties distinctes. 1° D'un avant-corps peu saillant contenant la porte principale, au-dessus de laquelle est une galerie composée de dix arcades que supportent neuf colonnes ; des animaux occupent les extrémités. Plus haut, règne une corniche portée par des consoles sculptées. Un petit toit couvre l’avant-corps. 2° D’une face carrée annonçant la nef principale, et percée d’une magnifique rose formée de plusieurs cercles concentriques, ornés de colonnes, de nombreuses ouvertures en étoiles ou à plusieurs lobes. Le fronton de la façade a été détruit; on ne voit plus que les appendices d’une arcature qui formait sa corniche inférieure. 3° et 4° De deux murs latéraux qui closent les petites nefs , et contiennent les deux belles portes qui y conduisaient. On reconnaît sur les faces latérales de l’église que ces murs ont été exhaussés a plusieurs époques.

La porte principale, construite en marbre, est décorée de deux larges pilastres, surmontés de riches chapiteaux. Les figures de saint Pierre et de saint Paul y sont représentées en demi-relief dans des costumes remarquables parla finesse et la multiplicité des plis, caractères empruntés à l'Orient. Saint Pierre, reconnaissable aux clefs qu'il porte, et à une inscription ainsi conçue : Petre liga, est seul placé dans une niche. L’autre figure, plus grande, dépasse les limites du pilastre; elle a conservé quelques traces de coloration. Au-dessous de ces statues sont des entrelacs d’une extrême finesse, parmi lesquels on trouve des représentations d’hommes et d’animaux monstrueux.

Les pilastres supportent le linteau et le tympan de la porte. A peu près au milieu est une Vierge, patronne du lieu; assise sur un trône orné de colonnes, sa tète est nimbée ; elle porte sur ses genoux l’enfant Jésus. Le costume singulier de ces deux figures offre de l’analogie avec celui des statues latérales , mais il est d’un travail plus grossier, la sculpture en est évidemment plus ancienne. A gauche de la Vierge, on voit l’Agneau portant la croix , inscrit dans un cercle. Du côté opposé , deux, petits bas-reliefs circulaires représentent le sacrifice d’ Abraham et , probablement, la fuite en Égypte.

Toute la partie centrale qui vient d’être décrite est encadrée de colonnettes légères annelées par le milieu et supportant de nombreuses moulures , dont trois seulement sont enrichies de feuillages. Les chapiteaux bien conservés sont très-variés et d’une exécution délicate ; on y retrouve des restes de couleur. Eu dehors de l’or-

— STYLE ROMAN

dormance principale, on voit deux colonnes d’une autre proportion, finement cannelées en hélice, et portées par des lions, dont un est mutilé. Les chapiteaux , de forme composite , supportent des groupes assez bizarres : l’un se compose d'un oiseau tenant un jeune enfant dans ses serres; l’autre, d’un lion informe prêt à dévorer un enfant ; un nain barbu , dont le costume est singulier, se tient sur le devant. Les lions placés au dehors de la porte de l’église rappellent l’usage de rendre la justice à la porte du moutier, inter leones , entre les lions.

Au delà de ces colonnes isolées , dans l’espace qui de chaque côté de la porte complète l’avant-corps , étaient deux figures colossales peintes sur mur ; elles représentaient probablement saint Pierre et saint Paul , comme on en peut juger par les restes très-mutilés de celle qui était à droite. Sur la saillie de l’avant-corps, on retrouve aussi des restes d’ornements peints , composés de rinceaux légers.

La galerie qui surmonte la porte est en marbre ; elle s’élève sur une moulure saillante d’un profil très-simple et finement ornée; les colonnes qu’elle supporte sont de petite proportion , et n’ont pas plus de trois diamètres, sans compter les bases et les chapiteaux. Ces colonnes, isolées du mur de face de manière à laisser passer difficilement un homme , soutiennent des arcs pris chacun dans une seule pierre carrée ; l’archivolte est taillée en pointes de diamants , des pilastres occupent les angles de la galerie ; au delà , sont figurés des monstres ailés , espèces de griffons qui dévorent d’autres animaux. Les consoles qui supportent la corniche et le toit de l’avantcorps sont composées de tètes d’hommes, de béliers, de taureaux et d’animaux chimériques.

La rose précédemment indiquée occupe presque toute la face supérieure; elle est de marbre blanc, et se compose d’abord d’un grand cadre circulaire formé de larges moulures renfoncées. Douze colonnes partant de ce cercle extérieur, et se dirigeant au centre comme les rayons d’une roue, appuient leurs bases sur un second cercle saillant orné de pointes de diamants. Entre ces colonnes, douze tables de marbre sont percées de manière à donner du jour à la nef. L’ouverture principale, pratiquée dans chacune d’elles, a la forme d’une fleur a six lobes égaux ; des étoiles à jour occupent les angles des tablettes. Au centre de la rose est une petite ouverture circulaire richement encadrée; douze colonnes plus petites que les premières et très-rapprochées à leurs bases partent de ce point central , se dirigeant vers le grand cercle ; elles soutiennent autant de petits arcs trilobés, entre lesquels on a pratiqué un pareil nombre d'ouvertures en forme d’étoiles multiples. L’aigle de saint Jean occupe le sommet de la rose ; au bas est le taureau de saint Luc ; saint Marc et saint Matthieu sont figurés par le lion et l’ange placés aux extrémités du diamètre horizontal.

Les deux portes latérales sont de dimensions différentes; celle de gauche , qui est la plus petite, s’encadre de riches pilastres et de deux colonnes, surmontés de chapiteaux de formes originales. Le linteau est occupé par urn ornement qui affecte la forme d’une fleur de lis. Un bas-relief, au centre duquel est un personnage à queue de poisson, entouré de pampres et d’oiseaux chimériques , orne le tympan. Des chevrons brisés et deux moulures richement sculptées forment le cintre de l’arcade.

Le tympan de la porte de droite a de l’analogie avec celui que nous venons de décrire , à l’exception qu’au milieu des pampres sont distribués des serpents ailés et autres animaux fantastiques. Les voussures de l’arcade se composent de quatre moulures principales , dans lesquelles sont des ornements du meilleur goût ; on y remarque particulièrement deux rangs de larges feuilles dans le style antique et de la plus belle exécution. Les cintres reposent sur des pilastres et des colonnes engagées , dont l’effet est très-heureux , par la manière dont les ornements y sont distribués. Au-dessus de ces deux portes régnent des arcatures formant corniches; elles sont peintes alternativement en jaune et en rouge.

La nef principale de l’église de Sainte-Marie est ornée de chaque côté de quatre colonnes portant de grands arcs en plein-cintre encadrés de fortes moulures, dont l’ensemble forme une archivolte de belle proportion; les claveaux s’étendent au delà de cette décoration; l’intrados présente une suite de petits caissons carrés, dans lesquels on a sculpté des rosaces simples qui s’harmonisent bien avec les chapiteaux sur lesquels les arcs reposent Les colonnes ont sept diamètres et demi ; les bases et les chapiteaux , richement ornés, sont compris dans cette mesure. On peut voir, dans notre Planche détails , quel parti les artistes ont tiré de l’ornementation byzantine alliée aux souvenirs de l’antiquité, pour décorer la partie la plus importante de l’ordre intérieur. Deux rangs de feuilles d'acanthes aiguës , dans le style grec , portent des volutes disposées comme celles du chapiteau forinthien ; le tailloir, d’une proportion élevée , est décoré de fleurs, de croix grecques , de rinceaux ou d’entrelacs d’un très-bon goût.

Au-dessus des arcs règne une corniche composée de quelques moulures soutenues à des distances égales par des modifions très-variés dans leurs formes. Us sont généralement décorés de têtes d hommes et d’auimaux; quelques-uns présentent des signes du zodiaque; on y voit des chevaux, des oiseaux, etc. Cette corniche s’arrête, ainsi que la suite régulière des arcades, aux piliers épais déjà signalés dans la description du plan. Les

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