ÉGLISE DE S. MINIATO, PRÉS FLORENCE
est parallèle à l’axe de l’église, on a sculpté en grand relief trois des attributs des évangélistes, ainsi disposés : le lion de saint Marc , appuyé sur une console saillante ; au-dessus, l’ange de saint Matthieu ; sa tête est coiffée d’un chapiteau sur lequel repose l’aigle de saint Jean , dont les ailes étendues supportent le pupitre des Évangiles. La sculpture de ces trois emblèmes indique l’art roman , comme toute celle qu’on voit sur la façade de l’édifice. On arrive à la chaire par un escalier situé dans le premier entre-colonnement de la troisième travée.
La clôture du chœur ou chancel s’étend jusque dans les bas côtés (voir la coupe transversale.) Elle est de la plus grande richesse, comme on peut levoir par les détails gravés sur notre 2e planche de détails, fig. 1 , 2 et 3 ; exécutée en marbre , on l’a décorée de grands panneaux carrés contenant chacun quatre caissons dont les contours variés forment une alliance de sculpture et de marqueterie du plus bel effet. L’entablement qui la surmonte contient dans sa frise de nombreux motifs d’animaux dans lesquels on peut voir l’origine de la mosaïque de Florence. Derrière le chancel s’étendent les stalles fabriquées aussi avec beaucoup d’art.
C’est à la clôture du chœur que commence la troisième travée de l’église , bien différente des deux autres par les colonnes courtes et ramassées qui supportent ses arcades , disposition motivée par l’exhaussement du sol et dans laquelle on doit voir un des caractères romans que nous avons déjà fait remarquer dans cet édifice.
Le pavé du sanctuaire , composé de marbres précieux , se divise en compartiments dont quelques-uns contiennent des arabesques ; une inscription portant le millésime de 1207 y est inscrite et indique l’époque de sa construction.
Au fond du chœur , deux marches conduisent au maître-autel , disposé au-dessus du tombeau de saint Miniato que renferme la confession ; plus loin s’élève l’abside qui termine l’église. C’est dans cette partie, ha plus retirée du sanctuaire, qu’on a réuni tout le luxe de la décoration; un banc demi- circulaire règne dans la partie basse pour l’usage du clergé ; au-dessus , six colonnes en marbre précieux et à demi engagées supportent des arcs entourés d’archivoltes ; des compartiments variés occupent les demi-cercles ; les arcades renferment des chambranles encadrant autant de fenêtres qui sont closes non avec des vitrages, mais par de grandes tablettes de pierre spéculaire , laissant pénétrer un jour mystérieux qui se répand vers l’autel et dans tout le sanctuaire ; c’est au-dessus de cette riche architecture que se développe la belle mosaïque de l’abside , exécutée sur fond d’or. Au milieu des emblèmes des évangélistes , de palmiers , symboles du triomphe de la religion, et de monogrammes sacrés, on voit le Christ assis sur un trône, la main droite levée et le livre saint dans l’autre ; d’un côté est figurée la Vierge avec une belle expression de piété; de l’autre , saint Miniato fait au Christ l’offrande d’une couronne qui indique probablement sou martyre, à moins que le peintre n’ait voulu faire allusion à une tradition apocryphe qui le désigne comme le fils d'un roi d’Arménie.
Au-dessus de l’archivolte qui encadre la voûte s’élève verticalement le mur, dont la partie supérieure supporte les pannes du comble et prend la même inclinaison que lui ; il est décoré comme le sommet de l’arc triomphal et de celui qui le précède ; au-dessus de la toiture , ce mur porte un petit clocher formé seulement d’un arc construit sur deux étroits piliers , disposition fréquemment usitée en Italie pour les cloches d’un poids peu considérable. Une tour moderne , située à peu de distance de l’abside , sert à prévenir au loin les fidèles des rares cérémonies qui ont lieu à l’église de Saint-Miniato, aujourd’hui à peu près abandonnée ; ce clocher est figuré dans la vue perspective ; la coupe longitudinale fait voir que les contre-forts situés derrière l’abside ont la plus grande analogie avec ceux des édifices romans.
Les nefs latérales n’ont point d’absides et se terminent par deux murs dans lesquels on a percé des fenêtres, une de chaque côté ; au-dessous sont placés des autels secondaires ; la nef de gauche contient trois fenêtres sur le mur latéral et vis-à-vis les trois arcs de la travée du chœur ; dans celle de la droite on a pratiqué deux portes , l’une pour le couvent et l’autre conduisant à la sacristie.
Entre ces deux portes , on voit encore les restes d’une peinture byzantine représentant saint Miniato ; plus loin , au delà du chancel, ainsi qu’à la hauteur du grand escalier qui du chœur conduit à la nef occidentale , des fresques dans le même style décorent la muraille ; sur le pilier situé en dehors de la clôture, on a figuré dans une ogive une sainte portant un bouquet ; plus loin , sous des arcs en plein cintre , on voit un Christ et plusieurs saints dont les têtes et les draperies sont d’un assez beau caractère. Au-dessous de ces peintures est une entrée de la confession , située entre l’escalier et le mur latéral , disposition qui se reproduit dans la nef opposée (Voir la coupe transversale .)
La sacristie, qui est de construction ogivale, a été faite aux frais de Benoît de Nerozzo , vers 1380. Peu
— STYLE ROMAN
«le temps après son achèvement, don Jacob, abbé du monastère, la fit décorer de peintures remarquables par Spinello d’Arezzo ; elles représentent seize sujets de la vie de saint Benoit. Yasari pense que ce peintre a surpassé Giotto pour le coloris et l’a égalé pour tout le reste (On trouvera la description de cette partie du monument au chapitre Sacristies de Style Ogival.
Dans la nef latérale située à l’orient , vers le commencement de la seconde travée de l’église , on voit la magnifique chapelle funèbre du cardinal Jacob de Portugal, mort à Florence à lage de trente-six ans. Vasari nous apprend que le mausolée fut exécuté par Antoine Gamberelli dit le Rossellino ; il ajoute qu'on ne peut rien imaginer de plus remarquable pour le dessin et l’exécution.
La chapelle est décorée avec la plus grande magnificence ; on y a réuni les marbres les plus précieux. Luca délia Robbia , aidé de ses frères Ottaviano et Agostino, chargé d’orner la coupole, y a représenté les quatre évangélistes et le Saint-Esprit. Yasari, dans la vie de Luca, fait le plus grand éloge de ce travail. Le tableau de l’autel , placé aujourd’hui à la galerie de Florence, a été peint par Antonio del Pollajolo; il représente saint Jacob , saint Vincent et saint Anastase.
L’architecte de l’église de Saint-Miniato est inconnu ; cet édifice est cependant un des plus intéressants de l’Italie du moyen âge, puisqu’on y trouve une transition adroitement ménagée entre la basilique latine et le style roman, qui, à l’époque de sa construction , dominait déjà dans une partie de l’Europe ; elle prouve en outre qu'à l’égard de cette architecture les Florentins , toujours préoccupés de l’art antique, se tinrent sur la même réserve que plus tard , lorsque le style ogival vint prendre la place de celui qui l’avait devancé. C’est donc dans cette église plutôt que dans tout autre édifice qu’on doit voir le germe de la renaissance de l'architecture en Toscane.
BIBLIOGRAPHES
1® Richa (G.), Notizie storiche dette chiese florentine; Firenze. 1754- 02, 10 vol. in-4°.
2° Lami (J.), Sanctœ ecclesice fiorentinœ, etc. ; Florence, 1758, 3 vol. in-fol •
3° Viaggio pittorico delta Toscana; Firenze, 1801-1803, 3 vol. in-fol., planches.
4° Agincourt (Seroux d’) , Histoire de l’Art depuis sa décadence , etc. Paris, 6 vol. in-fol.
5° Famin et Grangeant, Architecture toscane, etc. Paris, 1818, in-fol. ,pl.
6° Wiebeking , Architecture civile, etc. Munich, 1821-23-25, 3 vol. in-4° et atlas in-fol.
7° Castellan, Lettres sur l’Italie. Paris 1819, 3 vol. in-8°, pl.
s® Willis, Remarks on the architecture of the middle âges especially of Italy. Cambridge, 1835, in-8°, pl.
9° Hope (Th.), An historical Essay on Architecture, illustrated from drawings made by him in Italy and Germany. London , 2e édit., 1835, 2 vol. in-8°, pl.
10° Delécluze, Florence et ses vicissitudes. Paris, 1837, 2 vol. in-8°.
11° Nouveau guide de la ville de Florence et de ses environs. Florence, 1836, in-12.
12° Renouvier (Jules) , Notes sur les monuments gothiques de quelques villes d’Italie ; Bulletin monumental publié par M. de Caumont, Tom. VII.
13° Dusommerard , les Arts au Moyen Age. Paris, 1843 et suiv., 5 vol. gr. in-8°, et atlas et album in-fol.
14° Gally Knight (Henry), The ecclesiastical architecture of Italy from the time of Cons tan fine to the fifteenth century with introduction and text. London, 1843, in-fol, pl. coloriées.
Commtmiqué par M H. Labrouste
l^Oil DE ST MmiIATO, FBIS ML'01IFJ(G1.
// /-r// , /'C/iu/fr Art .
Innere Aasiclt
Monument; Anciens et Modem
CHTOECH
Bchcllc de la Coupe
~J~ | y ' ' ' j o Mètres
Fig. 2
IMMMEÔSMl SSMME2ÜM11S1 mù&
£mj*^UM2F^UÙU»lMU. MXÆ3E3J731 ÏUK2L ^Um'^UAU»t^lU»'^iraC7',CTïT
ï!ü i\'iïRyyrt'ï jl'â'tjCîù. /lEbeTë
<fô> <#> <$> <fe
EgigiiiMpB
Burv t-L Jourdan del
ÜË&Mfê BIS S? immT©, FIEE S
y?-??z Details, 11,2
OIURCH ©F ST MIHIAT© WTCAlft 3? ü,. D'IRE W CE
lôlesia de San Mitualo, cerca de F I oreu cia . , Oeta/Uv /
- , E//E//A - l'fM.