‹ Monuments anciens et modernes (volume 4)Chapitre 52 sur 62 · CLOITRE DE MOISSAC · texte numérisé non relu

CLOITRE DE MOISSAC

Le cloître est la partie la plus caractéristique d’un monastère; aussi a-t-on souvent, prenant la partie pour le tout, nommé ainsi l’ensemble d’un couvent. Or, un couvent étant avant tout un lieu de réclusion, et le cloître en étant le symbole, il est facile de comprendre l’étymologie de ce mot cloître ( clauslmm ), dérivé du latin claudere , qui veut dire enfermer.

Les cloîtres ont donné lieu à divers rapprochements mystiques de la part des anciens auteurs religieux, pour qui ces rapprochements, pris à la lettre par bien des auteurs modernes , semblent n’avoir été qu’un pieux exercice d’esprit. Les cloîtres tirent leur origine, suivant la réflexion de l’abbé Fleury, des péristyles que renfermaient les maisons romaines. Il est facile de s’en rendre compte. Du moment où un certain nombre d’hommes se réunissaient dans un lieu d’où ils ne pouvaient plus sortir, il fallait que ce lieu fût disposé de manière à ce qu’il offrît un espace propre à la promenade; le péristyle des habitations romaines, dont les galeries étaient calculées pour garantir en môme temps du soleil et de la pluie, était un type tout trouvé qu’il était naturel qu’on imitât ; c’est ce que l’on fit, et le type ancien a fidèlement été conservé jusqu’à nos jours. Les cloîtres ont donc toujours présenté une cour plus ou moins vaste, entourée de galeries, qui permettaient de circuler autour, un temps indéfini , sans être dans la nécessité de revenir sur ses pas. L’usage auquel étaient surtout destinées ces galeries est rendu évident par les noms de deambulatoria, ambulatoires , promenoirs , qu’on leur donnait.

Le plan des cloîtres était ordinairement en rectangle; mais la forme en était souvent modifiée par suite de quelque obstacle de terrain. Parfois aussi un motif symbolique a pu donner un résultat pareil : on cite le cloître de l’abbaye de Saint-Riquier, fondée par saint Angilbert, gendre de Charlemagne, comme étant de forme triangulaire. Ce cloître était l’emblème de la sainte Trinité, à laquelle l'abbaye était consacrée. L’ensemble des bâtiments de l’abbaye de Fleury-sur-Loire avait également la forme d’un delta. On ne connaît point d’autres exemples d’une disposition analogue.

La partie centrale du cloître , celle qui se trouvait comprise entre les galeries , s’appelait le préau ( clausum ). Elle était ordinairement employée comme jardin ; quelquefois aussi elle était employée comme lieu de sépulture , et il s’y trouvait constamment une fontaine ou réservoir. C'est là que les moines faisaient leurs ablutions avant d’aller prendre leurs repas; c’est également là qu’ils lavaient le corps des frères qui venaient de mourir, avant de procéder à leur enterrement. D’autres fois, et généralement à une époque avancée , la fontaine était placée dans les promenoirs, à l’entrée du réfectoire. Au lavoir du cloître de Glocester, on remarque une niche destinée jadis à contenir les serviettes communes.

Les galeries servaient encore de lieu de sépulture, et, dans certains cloîtres, le pavement en était, à cause de cela, semé de pierres tombales. D'autres tombes, au reste, s’y trouvaient aussi. Les promenoirs étaient souvent ornés de peintures, et généralement la décoration en était riche; fréquemment voûtés en pierre, et toujours dans ce cas voûtés d’arête, parfois ils n’étaient couverts que par un comble en charpente, formant un toit à un seul rampant. Cela provenait de ce que l’un des côtés des galeries consistait dans le mur même des bâiiments de l’abbaye. Le cloître, en effet, était toujours attenant à l’église, avec laquelle il communiquait, et presque toujours aussi à la salle capitulaire (*), au réfectoire et au dortoir. Dans quelques monastères, le cloître était surmonté d’un ou même de deux étages, consacrés à différentes destinations.

Le mur intérieur des galeries s’ouvrait sur le préau par des arcades supportées par des colonnes élevées sur un soubassement à hauteur d’appui, et, pendant l’époque ogivale, par de petits piliers garnis de colonnes engagées. Pendant cette dernière période, les arcades présentèrent souvent toutes les dispositions des fenêtres, divisées comme elles en plusieurs jours, avec un réseau. Dans certains pays même, les intempéries du climat les firent remplacer par des fenêtres véritables, ornées de vitraux colorés.

Les cloîtres ne servaient pas exclusivement à la promenade; ils étaient le lieu consacré pour différents exercices ou travaux. Dans le mur méridional de celui de Glocester, que nous venons de citer, se trouvent les restes d’espèces de niches, appelées en vieil anglais carols (**), qui contenaient des sièges et des pupitres. On suppose que les moines s’y plaçaient pour travailler à la copie des manuscrits (***). C’est pour veiller à l’exécution des exercices du cloître et à l’observation des règlements qui lui étaient propres, par exemple, l’observation du

(*) Voy. notre notice sur la salle capitulaire de Salisbury.

(**) L’expressiou de Carolle se trouve sur un dessin palimpseste qu’a fait graver M. Renouvier, pour son ouvrage sur les tailleurs de pierre de Montpellier; mais le sens en est très-obscur. La phrase où elle se trouve est ainsi conçue : « C’est un dessing de la « face d'un portai des Carolles, au-dessus des vitres et du pignon avec leurs enrichissemens. «

(***) Il existait aussi des salles consacrées à ce genre de travail : on les appelait à cause de cela Scriptoria.

— STYLE ROMAN

silence, souvent de rigueur, que, dans certains couvents, il existait un frère chargé spécialement delà sur» veillance du cloître, et, par cette raison, appelé Prior claustri.

La révolution , en provoquant la vente des bâtiments appartenant aux abbayes , a causé la destruction d’un grand nombre de cloîtres -, cependant ils ne sont point rares encore , et l’on en pourrait citer une liste assez longue de remarquables. Peu, au reste, le sont autant que celui qu’illustre notre planche; Il faisait partie de la célèbre abbaye de Moissac , dont les anciennes constructions sont presque entièrement détruites. Cette abbaye, fondée au VIIe siècle par saint Amand, évêque de Maëstricht, était autrefois fort riche et puissante ; il n’en reste plus que l’église et le cloître.

Le cloître de Moissac est rectangulaire : il n’est pas régulièrement orienté, parce que l’église à laquelle il attient par son côté sud-ouest, ne l’est pas elle-même. Au nord-ouest, il est fermé par un simple mur; au nordest, il est circonscrit par le réfectoire et la cuisine; et au sud-ouest, par une chapelle dédiée à saint Cyprien et à saint Féréol. 11 n’est pas voûté; mais simplement couvert d un comble en bois formant berceau. Il était surmonté de deux étages qui n’existent plus (*).

La figure I est ùue vue perspective du cloître : on y remarque une petite fontaine; une autre, connue sous le nom de fontaine du Griffon , existait dans l’angle nord-est. La figure II est l’élévation géométrale de deux travées des galeries , lesquelles sont construites en briques , et offrent alternativement une colonne simple et une double. Nous y avons joint des dessins des bases et des chapiteaux. Ces derniers offrent la plus grande variété, ils sont ornés de scènes du Nouveau et de l’Ancien Testament, de feuillages, d’attributs, d’animaux fantastiques, de cette multitude de motifs, enfin, que savaient si bien créer les artistes du XIIe siècle. Dans les piliers d’angle du cloître sont pratiquées des niches où étaient placées les statues des douze apôtres; l’une d’elles a été enlevée et placée au porche de l’église; on y a substitué celle de l’abbé Durand, qui fut évêque de Toulouse. Toutes ces statues sont accompagnées d’une inscription déterminant leur individualité, et permettant ainsi d’étudier, sans erreur, les attributs, souvent peu faciles à reconnaître, des compagnons du Christ.

Il existe, dans le cloître de Moissac, une inscription établissant qu’il a été construit l’an 1 100, sous l’abbé Auqmstillus. Cette inscription, écrite en onciales et dont les cinq premières lignes sont formées de lettres liées est ainsi conçue :

ANNO AB INCARNA TIONE ÆTERNI PRINCIPIS MILLESIMO CENTESIMO FACTUM EST CLAUSTRUM ISTUD TEMPORE DOMINI

Anquistiui

Page 1