BAPTISTÈRE DE PISE
Le baptistère s’élève en face de la cathédrale, sur cette étonnante place qui réunit les quatre merveilles de Pise, le Dôme, la Tour penchée, le Campo-Santo, et le Baptistère même. Cet édifice fut commencé eu août 1152 (*), au moyen des dons de Roger, roi de Sicile, sous le consulat de Cecco Griffi. Les chroniqueurs s’accordent pour attester que les huit colonnes et les quatre pilastres de l’intérieur furent élevés et reçurent les arcades qui les réunissent, dans l’espace de quinze jours. L’argent vint à manquer, lorsque la première assise extérieure était à peine terminée; le zèle religieux et patriotique des Pisans y remédia. Une contribution volontaire d’un florin par feu mit bientôt à même de continuer l’édifice, qui fut achevé en 1164.
L’architecte fut Dioti Salvi, ou plutôt Dio ti salvi. L’histoire, qui ne nous a rien appris sur son compte, aurait aussi probablement laissé son nom dans l’oubli, comme l’a fait Yasari, si les murs du monument qu'il éleva ne nous l’eussent conservé dans l’inscription qui se lit sur l’un des pilastres de la porte orientale :
DEOTI SALVI MAGISTER HVIVS OPERIS.
Déjà cependant, quelques historiens modernes avaient commencé à réparer l’oubli de leurs prédécesseurs. Tiraboschi a fait une mention expresse de Dioti Salvi, qu’il croit natif de Pise, et que son nom, d’ailleurs, ne permet pas de réputer étranger à l’Italie. L’auteur des Lettres siennoises le dit originaire de Sienne, mais il avoue que ce n’est qu’une simple conjecture; enfin, Alessandro Morrona, dans sa Pisa illustrata , a revendiqué pour cette ville l’honneur de lui avoir donné le jour.
Le Baptistère de Pise est de forme circulaire, surmonté d’une coupole, et élevé sur trois degrés, formant un soubassement de 1 40m 80 de circonférence. L’extérieur est décoré de deux ordres de colonnes corinthiennes, adossées à la muraille. Celles de l’ordre inférieur, formant des arcades percées de fenêtres à plein cintre, supportent des arcs également circulaires, couronnés par un entablement sur lequel s’élève une rangée de colonnes plus petites et beaucoup plus nombreuses. Ces colonnes sont surmontées à leur tour de petits cintres, au-dessus desquels sont des frontons triangulaires , entre chacun desquels est une statuette. C’est dans ce second ordre que l’architecte a le plus sacrifié au goût de son temps, et qu’il s’est le plus éloigné du style antique, que Buschetto avait commencé à remettre en honneur.
Un nouveau cordon ou entablement entoure la circonférence de l’édifice. L’espèce d’attique qui se trouve au-dessus, et qui semble être le tambour de la coupole, est percé de fenêtres, que surmonte une espèce de couronne, enrichie de nombreuses figurines.
La courbe de la coupole, que de Brosses compare avec raison à un turban, est divisée dans sa hauteur par douze côtes ou cordons dentelés, qui vont se réunir à un couronnement, dont l’amortissement forme une petite coupole, au sommet de laquelle est une statue de saint Jean-Baptiste. Cette coupole est couverte, mipartie en plomb, et mi-partie en tuiles courbes, de sorte qu’un côté présente une teinte bleuâtre, et l’autre un ton d’un rouge vif, contraste dont l’effet est loin d’être heureux.
On entre dans l'édifice, ou plutôt on y descend par trois portes ornées de sculptures. La principale est flanquée de deux grosses colonnes, et de deux plus petites en spirale, richement ciselées. Parmi les sculptures qui décorent cette entrée, on doit remarquer les onze figures en demi-relief de l’architrave, et au-dessus, trois figures entières de ronde-bosse, probablement de la main de Giovanni Pisauo. La porte a été fondue en bronze par Bonanno.
L’intérieur de l’édifice est entouré de trois degrés de marbre blanc, qui formaient comme une sorte d’amphithéâtre, facilitant aux fidèles la vue des cérémonies qu’on pratiquait au centre du Baptistère, où est placée une grande cuve de marbre de forme octogone, de I2m 76 de circonférence, composée en grande partie de brocatelle. Chaque face est décorée de rosaces sculptées, en marbre de Luni, se détachant sur un fond de mosaïque. Ces fonts, destinés au baptême par immersion, sont divisés en cinq cavités, dont la plus grande, placée au milieu, servait pour les adultes, les enfants étant plongés dans les quatre plus petites.
Pour se conformer aux rites modernes de l’Église, on a ajouté une coupe de marbre, soutenue par d’élégantes consoles. Le fond de la grande vasque est de marbres bleus et blancs; au centre, s’élève une base, d’où l’eau sortait par plusieurs ouvertures, et qui porte une colonne surmontée d’une petite statue de saint Jean , en bronze, que l’on croit de l’école de Bandinelli.
;*) Cette année correspond, dans l’ancienne manière de compter des Pisans, à l’année 1153; c’est ce qui fait que cette dernier* date se lit sur une destolonnes.
— STYLE ROMAN
Le pavé de l’édifice est formé de compartiments de marbres blancs et bleus; dans le chœur s'y joignent le porphyre, le serpentin, et autres pierres dures.
Sur les degrés qui suivent la circonférence intérieure du monument, s'élèvent huit colonnes et quatre pilastres carrés, soutenant des arcades ; ici, comme à l’extérieur, règne un second ordre, mais il est formé, au lieu de colonnes, de pilastres de marbres blancs et bleus; la muraille est revêtue des mêmes marbres. Audessus s’élève la coupole, dont la coupe intérieure, très-différente de la coupe extérieure, s’allonge en forme de poire.
Dioti Salvi eut besoin d’autant d’intelligence et d’habileté que Buschetto, dans l’érection de la cathédrale, pour employer le grand nombre de colonnes différentes qu’il eut à mettre en œuvre. Il lui fallut plier ses conceptions à toutes les formes et à toutes les proportions des matériaux qui se présentaient à lui, et qui, pour la plupart, avaient déjà été employés dans des monuments antiques. On voit en effet dans le Baptistère de Pise des colonnes provenant des ruines d’édifices romains, jointes à d'autres, tirées des carrières de l’ile d Elbe et de la Sardaigne. La difficulté de se procurer, dans certains cas, un nombre suffisant de colonnes égales entre elles, obligea l’architecte d’appeler à son aide d'autres ressources. Ainsi, nous voyons qu’aux huit grandes colonnes qui forment au dedans du Baptistère l’ordonnance du portique inférieur, Dioti Salvi fut force d’associer quatre piliers carrés de même dimension. De ces huit colonnes, deux, celles de l’entrée, plus massives, sont d’un très-beau granit oriental, tandis que les autres sont d’un granit provenant des îles voisines, ainsi qu’en font foi les annales de Pise.
Le Baptistère est en quelque sorte un musée de fragments et d’ornements, dus à toutes les époques de la sculpture antique. Divers chapiteaux furent imités au temps de Dioti Salvi, et il est à remarquer que, dans les deux siècles suivants, l’art de tailler les feuillages fut loin d’égaler celui qui brille , au XIIe siècle, dans le monument de Pise.
Un des plus beaux ornements de cet édifice est la chaire, de forme hexagone, isolée, et soutenue par neuf colonnes de granit oriental, portées par des lions et des figures accroupies. Le marbre statuaire de Luni et le fcrocatelle rouge ont servi à la composition de la chaire elle-même ; les bas-reliefs qui la décorent représentent le jugement dernier, et des traits de la vie de J. G. Ils sont au nombre des ouvrages les plus estimés de Nicolas Pisano. Autrefois , le samedi saint, jour où l’on renouvelle l’eau bénite, et par conséquent jour de grande affluence, le podestat envoyait un de ses agents avec des gardés ayant mission spéciale de veiller à la conservation de cette chaire précieuse.
Nous donnons, en terminant cette notice, les principales mesures du Baptistère de Pise.
Circonférence extérieure . 107“ 50
Circonférence intérieure. . . 78 40
Hauteur totale . 54 70
Diamètre extérieur . 36 08
Diamètre intérieur . 30 25
L’extérieur de eet édifice a été entièrement restauré en 1844, avec le plus grand soin, et sans en altérer aucunement le caractère.
— BIBLIOGRAPHIE
T Cii. de Brosses. L’ilalie il y a cent ans; lettres écrites en 1739, publiées à Paris en 1830. 2 vol. 111-8°.
2° Bicbard. Description historique et critique de l’Italie. Paris* 1770, 6 vol. in-12,
3° Morrona. Pisa antica et moderna. Pise, 1821, in-8°.
4° Alph. Dupré. Relation d’un voyage en Italie. Paris, 1820, 2 vol. in-8°. 5° Quatremère de Quincy. Histoire de la vie et des ouvrages des plus célèbres architectes. Paris, 1830, 2 vol. in-8°.
6° Valéry. Voyages historiques et littéraires en Italie. Paris, 1833,5 vol. in-8°.
7° Audot. L’Italie, la Sicile, les îles Éoliennes, etc. Paris, 1834, 3 vol. in-8°, pl.
8* Artaud, L’Italie. Paris, 1835. ln-8°.
9° Italie pittoresque. Paris, 1836, 1 vol. gr. in-8°.
10° Ernest Breton. Monuments de tous les peuples. Bruxelles, 1840 — 1847, 2 vol. in-8°, pl.