TOMBEAUX DE TRÊVES
bauer, son corps fut rapporté à Trêves, et là, il fut enterré dans la cathédrale, à la gauche du chœur, auprès de 1 autel de Sainte- Agnète.
Voilà la suite des archevêques, parmi lesquels doivent se trouver ceux auxquels appartiennent nos deux tombeaux.
Quant au style et au caractère du premier, que nous pensons appartenir au milieu du XIIe siècle, ne seraitil pas celui de l’archevêque Àlbéron Ier, mort en 1152, et enterré dans le collatéral du midi, devant l’autel de Saint-Étienne? C’est ce que nous ne pouvons affirmer d'une manière positive, mais c’est ce que le style du tombeau nous permet au moins de présumer. Le caractère de ce monument a quelque chose de sauvage, de robuste, de mâle qui appartient bien au milieu du XIIe siècle en Allemagne, qui est toujours d’une cinquantaine d’années en retard sur nos styles d’architecture française. Il n’y a rien de plus vigoureux et de plus primitif que ces animaux qui soutiennent les deux colonnes isolées qui supportent l’archivolte. Les deux colonnes sont courtes et robustes ; leurs chapiteaux reproduisent les volutes du chapiteau corinthien. Le tailloir est trèsélevé et il a peu de saillie ; il est, de plus, orné de sculptures. L’archivolte est extrêmement élégante ; elle a vingtcinq centimètres de largeur, y compris la moulure qui la circonscrit ; elle se compose de neuf bouquets ou touffes formées de deux feuilles de plantes grasses de l’Orient, dont les côtés et le sommet se terminent par des fruits. Les feuilles de ces touffes sont agencées avec un goût parfait et ont un galbe gracieux et aisé. Dans la partie inférieure de quatre de ces touffes, on voit deux quadrupèdes et deux oiseaux. Sur chaque côté de l’archivolte s’élève une partie droite de 0m,35 d élévation. Là est la naissance d’un rampant de 23 degrés d’inclinaison, formant un tympan offrant un angle à son sommet de 43 degrés. Dans la partie supérieure de ce tympan, en dessus de l’archivolte, l’on voit un médaillon qui contient une petite croix grecque de Om,ll de hauteur et autant de longueur. Nous pensons que le tympan a été couronné anciennement d’une corniche, qui a été détruite. L’ensemble de ce tombeau s’élève sur une base simple, offrant encore un caractère entièrement antique. La face du devant est décorée de neuf panneaux, nombre qui se retrouve aussi dans l’archivolte, comme nous l’avons vu.
La distance entre les deux monstres qui servent de base aux colonnes n’est que de lœ,58. La statue couchée, représentant la personne en l’honneur de laquelle était élevé le tombeau, devait donc être moins grande que nature. Il est probable que l’archevêque était enterré sous le sol, et que le monument fut élevé au-dessus de cet endroit.
Le second des tombeaux dont nous nous occupons est infiniment plus élégant , et surtout plus léger que le premier. Il a 9m,07 de longueur au-dessus de sa base; sa hauteur totale est de 4m, 12. Il est composé de trois arcades gracieuses, dont tous les détails rappellent le style du XIIIe siècle en Allemagne. Le style de transition s’est maintenu beaucoup plus longtemps en Allemagne qu’en France, témoin l’église conventuelle de Saint-Georges de Limbourg sur la Lahn, pour ne citer qu’un exemple, et qui n’a été terminée qu’en 1242. Les colonnettes que nous offre notre tombeau sont fines et élancées; leur chapiteau n’est plus écrasé comme au siècle précédent ; nous y remarquons déjà l’origine de ces belles feuilles à crochet dont le XIIIe siècle ornait la presque totalité de ses chapiteaux. L’ornementation des trois belles archivoltes conserve encore la plante grasse. Il en est de même de la corniche de couronnement, dont l’ornement tend cependant au caractère aigu et pointu qui caractérise la sculpture d’ornement du siècle de saint Louis. Les trois arcades de notre tombeau étaient sans doute destinées à recevoir des sujets peints à fresque, tirés de la vie du personnage en l’honneur duquel était élevé le monument, et que le temps ne nous a point permis de connaître.
Nous avons vu, plus haut, que l’archevêque Théodoric, comte de Wied, mourut en 1242; qu’Arnold ÎI d'îsenbourg mourut en 1258, et qu’ils furent enterrés tous les deux dans le dôme de Trêves. Le style de notre second tombeau appartient à cette époque; mais il ne nous est pas permis de l’assigner à l’un des deux prélats que nous venons de nommer. Pour résoudre cette question, il faudrait avoir des documents qui certes n’existent plus ou n’ont jamais existé. Mais il y a une grande présomption en faveur de l’un des deux archevêques, Théodoric et Arnold.
Il est vivement à regretter que les auteurs allemands qui se sont occupés de l’histoire du dôme de Trêves et de ses tombeaux n’aient pas cherché quels étaient nos deux monuments. M. Schmidt n’en dit mot dans son grand et intéressant ouvrage sur les monuments de Trêves, et MM. Günther et Hansen, qui ont publié en 1833 deux opuscules sur les tombeaux de la cathédrale de Trêves, se taisent également sur nos deux monuments historiques. Ils énumèrent bien vingt-six tombes d’archevêques de Trêves, dont quatorze ne conservent que les épitaphes ; mais ils ne font même pas mention des deux tombeaux qui nous intéressent.
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