‹ Monuments anciens et modernes (volume 4)Chapitre 56 sur 62 · TOMBEAUX DANS LA CATHEDRALE DE TREVES · texte numérisé non relu

TOMBEAUX DANS LA CATHEDRALE DE TREVES

Dans l’antique et remarquable cathédrale ou dôme de Saint-Pierre de Trêves, on voit deux tombeaux, dont la style est d’une élégante sévérité. Ces monuments sont placés sur la face du mur du collatéral du sud, dans la grande travée orientale, près de la porte qui communique du dôme dans la sacristie. Aucun document éent ne retrace l’âge ni la destination de ces deux tombeaux , mais leur style général et le caractère de leur ornementation nous les désignent comme appartenant aux XIIe et XIIIe siècles. L’un, le plus petit, nous semble être du milieu de la première époque; l’autre, composé de trois arcades, paraît être du milieu de la seconde. Mais en mémoire de quels personnages ces tombeaux furent-ils érigés? C’est ce que l'histoire ne nous dit pas , et c’est ce que nous allons essayer de découvrir.

L’empereur Charlemagne défendit d’inhumer les morts dans les monuments cousacrés au culte; mais on ne suivit pas strictement cette ordonnance, et le concile de Mayence arrêta de nouveau qu’il n’était point permis de déposer les morts dans les églises, à moins qu’ils ne fussent évêque, abbé ou prêtre vénérable ou laïque réputé pour ses vertus extraordinaires. Mais ils ne devaient pas être enterrés dans le voisinage de l’autel, lieu où l ou consacrait le pain et le vin. Le concile provincial de Tribur, de l’année 895, ordonna encore qu’aucun laïque ne serait enterré dans un lieu consacré à Dieu, et qu’il devait l’être dans le cimetière commun et public.

Ces ordonnances furent observées, quant au dôme ou cathédrale de Trêves, jusqu’en l’année 1077. En cette année mourut l’archevêque Udon, fils du comte Evrard de Nellenbourg. C’est ce prélat qui continua les restaurations de la cathédrale, commencées par ses deux prédécesseurs. Udon est le premier archevêque enterré dans la cathédrale de Trêves. Yingt-six ans auparavant, en 1051, l’archevêque de Mayence, Bardo, fut également enterré dans son église métropolitaine en dessous de l’autel de la paroisse.

A l’archevêque Udon succéda Égilbert, mort en 1101, et enterré dans le dôme de Trêves. Égilbert, d une famille noble de Bavière, fut promu à l’archevêché de Trêves par l’empereur Henri IY, contre la volonté du clergé et du peuple. Ce n’est pas à ces deux archevêques que peuveut appartenir les tombeaux qui nous occupent.

Bruno, comte de Lauffeu, prévôt de Trêves, de Spire et de Saint-Florin de Coblentz, fut nommé archevêque de Trêves par l’empereur Henri V, sur la demande du clergé de Trêves et de la noblesse. C’est sous ce prélat que fut bâti le chœur de Saint-Nicolas, c’est-à-dire la partie occidentale de la cathédrale. 11 consacra aussi 1 autel érigé dans ce chœur. Ces constructions furent terminées en 1121, dans la vingtième année de l’épiscopat de Bruno, qui mourut en 1124. Il fut enterré dans sa cathédrale.

Geoffroi, ancien doyen du chapitre de la cathédrale de Liège, lui succéda. Mais en 1127, trois ans seulement après sa nomination, il se démit de ses fonctions. Après sa mort, son successeur, Méginher, le fit enterrer dans la cathédrale, dans le collatéral de droite, sous l’arc ou arcade méridionale (*).

A Geoffroi succéda Méginher, comme nous l’avons dit ; il mourut en Italie en 1131, et fut enterré dans le dôme de Parme (**). Albéron de Monsterol, primicier et archidiacre de Metz, lui succéda. Il fut élevé à l’épiscopat par le clergé et contre la volonté de la noblesse, et particulièrement du préfet de la ville et burgrave Louis. Le pape Innocent II le consacra à Vienne en Dauphiné. Il mourut en 1152 (***). Ses entrailles furent déposées dans le couvent de Himmerode; mais son médecin, Philippe, Lombard de naissance, rapporta sou corps embaumé à Trêves, et il fut enterré daqs la cathédrale, au midi, devant l’autel de Saint-Étienne {****)■

Hillin de Fallemannien succéda à Alberon en 1152. Il agrandit la partie orientale de la cathédrale et ses dépendances, et mourut le 23 octobre 1169. On ignore le lieu où il fut enterré. Arnold 1er lui succéda. Il mourut à Trêves en 1183. Il est incertain s’il fut enterré dans sa cathédrale ou dans l’église de Himmerode.

Après la mort d’Arnold Ier, il y eut un interrègne de six ans, au bout duquel Jean, chancelier de l'empire, fut élevé à l’archevêché de Trêves. Il termina en 1196 les travaux commencés au chœur oriental par Poppo, mort en 1047, et continués par Hillin. Il mourut en 1212, et fut enterré, selon ses vœux, non dans la cathédrale de Trêves, mais dans l’église du couvent de Himmerode. Théoderic, comte de Wied, prévôt de Saint- Paulin, lui succéda. Il mourut en 1242, et fut enterré dans le dôme de Trêves.

Arnold (11) d lsenbourg lui succéda. Mort en 1258, sur la rive droite du Rhin, dans le château de Moutlia-

(*) Godefridus circa finem tertii anni ab episcopatu est absolutus, quem sepehvit successor ejus in basilica Sancti Pétri Majoris, ecclesiæ sub areu , qui est ad meridionalem plagam. Gesta trevir., oap. lxxiv.

(**) Gesta trevir ., cap. lxxvi.

(***) Sigebertus Gemblacensis.

(****) Gesta trevir., cap. lxxxix.

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