‹ Monuments anciens et modernesChapitre 13 sur 58 · ÉGLISE DE SAINT-FRANÇOIS A ASSISES · texte numérisé non relu

ÉGLISE DE SAINT-FRANÇOIS A ASSISES

autres combinaisons de charpente qu’elles remplacent, par la pente qui a été donnée à leurs extrados; les bois se réduisent ainsi à une suite de faîtages et de pannes portant les chevrons , excepté dans la croupe qui surmonte l’abside.

Une partie du mobilier de l’église haute n’offre pas moins d’intérêt que l’édifice lui-même. Le trône de l’évêque est contemporain de la construction première : établi sur plusieurs marches de marbre, il consiste en uu large siège dont le dossier en pointe est orné de crosses végétales ; des lions en marbre , comme le reste , servent d’appui pour les bras. Deux colonnes, précieuses par la matière, s’élèvent en avant du siège et portent, par l’intermédiaire de leurs riches chapiteaux , une corniche surmontée d’un fronton aigu , orné de fleurons rampants et d’une ouverture trilobée. Cet ensemble, s’appuyant sur le mur du fond de l’abside, forme un dais monumental. Deux portraits de papes, contemporains sans doute de la construction de l’église, et dont la mémoire s’y rattache par quelque lien historique, sont retracés au-dessus.

Une série de stalles , du plus beau travail et attribuées à Sansovino , en 1501 , fait le tour du sanctuaire et s’étend jusque dans les transsepts ; le style est celui de la transition de l’art gothique à la renaissance ; le couronnement ou dais de chaque siège se compose d’un pignon aigu et fleuronné, accompagné de pinacles dans le goût du moyen âge, et d’une petite voûte en coquille. (Voir le dessin en perspective.) Un entablement denticulaire leur sert de support commun. Les accotoirs qui séparent les stalles sont de riches consoles d’une exécution très-soignée et comparables aux plus beaux travaux de la renaissance. Dans le haut-dossier, au milieu de nombreuses moulures et de cadres en forme d’arcades, on remarque des ouvrages de marqueterie en bois, d’un dessin admirable, qui représentent des sujets d’histoire, et des portraits de moines et de prélats , exécutés avec une vérité et une expression frappante; les draperies en sont belles et d’un bon effet. Les contours de ces marqueteries sont tracés par des lignes en bois noir, les chairs en bois fauve, et les draperies en brun. Les basses stalles sont placées en avant de celles que nous venons de décrire, et décorées seulement de consoles d’une belle exécution. Le maître-autel est moderne, ainsi que tous les accessoires qui l’accompagnent. Des piédestaux, isolés et placés aux quatre angles, supportent autant de figures d’anges à genoux sur des nuages. Le lutrin est de même un meuble moderne.

Les auteurs qui ont écrit sur l’église d’Assisi , et qui ont traité l'histoire des arts et des artistes en Italie , ne sont pas d’accord sur le nom de l’architecte qui fut chargé par le frère Élie de faire les projets du monument que nous venons de décrire. Vasari dit qu’on doit les attribuer à un nommé Jacobus (Jacopo), Allemand de nation et père du célèbre Arnolfo di Lapo; on a pensé que cet artiste fut amené en Italie par l’empereur Frédéric II.

Le père Angeli, qui a écrit 1 histoire du couvent et de l’église d’Assisi, confirme l’opinion de Vasari, et nous apprend, en outre, qu’un concours s’ouvrit à cette occasion entre les plus habiles artistes, et que ce fut Jacobus qui l’emporta sur ses concurrents; il s’exprime ainsi : Propterea ex Germania , omnium archileclonices peritorum illius œvi perilissimo Jacobo Alemanno (ut refert Georgius Vasarius ) convocatisque aliis in eadem arte versatis quos inter adhuc juvenis devolione ductus adfuit Pliilippus de Campello qui postea ordinem ingressus est , et post Jacobum prediclum tolius operis prefectus est conslitutus. Consideralo emensoque situ, variis prœposilis exemplaribus , perpensisque sehematibus , omnes judicio Jacobi stelerunt,

et I5a mensis 1228 , fundamenlis fodiendis multiplex imposita fuit manus . Sub initio mensis maii

1230, ad eum statum opus redactum fuit ut pro feslo proximo Pentecosles in nova basilica et conventu facile potuerit generale capitulum, et sancti corporis ad cam fieri Iranslatio. Ici le père Angeli est trop explicite pour que les détails qu’il donne n’aient pas été pris à une bonne source ; quant au peu de temps qu’il indique comme ayant suffi à la construction de l’église, savoir du 15 mai 1228 au commencement du même mois de l’année 1230, il ne faut probablement entendre que les travaux relatifs à l’église basse et à la crypte, car pour l’ensemble du monument, il est impossible qu’il n’ait été employé que deux années; la date de la consécration se reportant à 1253 , il devient clair que ce ne fut qu’à cette dernière époque qu’on termina l’architecture, la peinture murale et sur verre, ainsi que la sculpture des ornements.

Le père de la Valle voudrait attribuer la construction de cette église à Niccola Pisan , opinion qui n’est pas acceptable , puisque l’art de l’école pisane a une physionomie qui lui est particulière et dont on ne retrouve aucune trace dans le monument d’Assisi; Niccola se dirigea de bonne heure vers l imitation de l’antique , et sur son architecture ce goût se révèle dans les détails. On sait en outre qu’à l’époque de la construction de l’église d’Assisi, Niccola Pisan était occupé à Bologne au monument que l’on considère comme son chef-d’œuvre, \ Area di San Domenico. L’opinion de Vasari paraît donc bien établie. Un artiste étranger, né dans une con-

— STYLE OGIVAL DE L’OCCIDENT

trée où l'art ogival était déjà depuis longtemps en faveur, semble seul avoir pu concevoir complètement, et dans toute son harmonie, ce beau monument qui , à son étage inférieur, rappelle, par ses voûtes basses et ses arcs doubleaux en plein cintre, les cryptes des bords du Rhin, et dont l’ensemble et les détails de l’étage supérieur sont constamment gothiques, et purs par conséquent de la physionomie toujours un peu païenne qu’on remarque dans tous les autres édifices ogivaux de la Péninsule. Quant à la décoration peinte, livrée à des artistes nationaux , on devait s’attendre à lui voir prendre une teinte tout italienne, que les détails reproduits sur la planche 2 ne permettent de comparer en aucune façon aux peintures qui ornaient, au commencement du XIIIe siècle, les murailles et les nervures de nos édifices du Nord. Dans la nef supérieure , les arcs trilobés, les hauts pignons à jour, les chapiteaux à crosses végétales, détails si communs alors dans nos contrées, sont employés avec trop d’assurance pour être attribués à des Italiens, encore novices alors dans ce style septentrional ; ajoutons que les meneaux des croisées ont le galbe et les contours de ceux qu’on exécutait alors en France et en Allemagne, et que cet édifice est le seul exemple au delà des Alpes , où l’on trouve une suite de verrières aussi complète et harmonisée de la sorte avec l’édifice. L’art ogival était encore une nouveauté en Italie, lorsqu’au commencement du XIIIe siècle s’éleva l’église d’Assisi; ou le nommait tudesque ou tedesco , allemand ; quelques essais seulement avaient été tentés. A cette époque, quel artiste italien aurait pu concevoir un ensemble aussi complet, aussi bien proportionné, dans un genre alors tout nouveau pour lui? Nous rappellerons enfin ici ce que nous avons dit précédemment à l’occasion de la façade : son pignon isolé et sans but sous le climat d’Italie , et si raisonnable dans le Nord , paraît une preuve de l’origine septentrionale de l’architecte , qui n’aura pu se résoudre à dénaturer les formes aiguës auxquelles il était habitué, pour les faire descendre jusqu’aux proportions basses des toits à l’italienne, modifications que firent subir à l'architecture gothique Niccola Pisan lui-même à l’église de Saint- Antoine de Padoue , Simon Andreozzi sur les faces latérales de l’Ara-Cœli à Rome , et beaucoup d’autres architectes italiens contemporains de la période ogivale, dans les monuments nombreux, mais généralement incomplets, qu’on trouve depuis Venise jusqu’au royaume de Naples.

— BIBLIOGRAPHIE

Yasari, Vile de plu eccellenti Pitlori, article : Arnolfo di Lapo. Francise. Mariœ-Angeli, Collis paradisi ameenitas, seu S. conventus Assisiensis historien, 1704.

Délia Veille, Lettere sanesi sopre le belle arti.

Dagincourt, Histoire de l’art par les monuments; Paris, 1823. Cicognora, Storia délia Scultura, etc .Prcito, 1873

Page 1