ÉGLISE DE ST. FRANÇOIS A ASSISES
La petite ville d’ A ssisi , située dans l’État romain à sept lieues Nord-Ouest de Spoleto , sur une haute colline, avait déjà quelque importance dans l’antiquité, si l’on en juge par le beau temple dédié à Minerve qui se voit encore sur la place principale, et dans lequel fut établie une église vers les premiers temps du christianisme. Cette ville devint célèbre au XIIe siècle par la naissance de saint François, instituteur de l’ordre des ï'rères Mineurs, en 1209, et mort le 4 octobre 1226. En mémoire de cet ardent serviteur de l’Église , le bel édifice ogival dont nous donnons ici les dessins, fut construit avec tout le luxe de l’architecture et du système de décoration alors en faveur. Commencé vers l’époque de la canonisation du saint, en 1228, il fut consacré en son honneur en 1253 sous l’invocation de Noire-Dame.
Le frère Élie, successeur de saint François dans le généralat de son ordre, projeta l’édification du monument et du monastère dont il dépend, et en suivit la construction avec un zèle infatigable ; il choisit pour le faire établir le penchant d’une colline qu’on nommait précédemment Collis inferni , parce qu’on y faisait les exécutions judiciaires j la disposition des lieux permit de donner deux étages à l’édifice principal; de plus, une crypte ou confession souterraine, destinée à recevoir les restes mortels de saint François, fut établie au-dessous de l’église basse qui s’élève au niveau du sol d’une vaste cour du couvent dont elle occupe le fond. De ce côté le monument est d’un aspect pittoresque; d’énormes contre-forts maintiennent la poussée des voûtes de l’étage inférieur ; ils portent des arcs-boutants qui remplissent les mêmes fonctions pour les voûtes légères de l’église liante ; une immense tour carrée, divisée en six étages ornés de pilastres et d arcades géminées, s’élève sur la façade latérale du Nord, à l’angle de la cour sacrée qui précède l’édifice.
Les dispositions de la crypte ont été modifiées à une époque peu ancienne, comme on peut le voir par son tracé géométrique, indiqué par des lignes ponctuées au centre du plan général de l’église sur la planche 2, figure 1. La coupe de cette crypte, placée au-dessus du plan, ainsi que sur la planche 3, suffit pour faire reconnaître quelle a été reconstruite dans le style de l’architecture classique. On y descend du rez-de-chaussée par deux escaliers disposés symétriquement dans la nef, et du couvent par une porte placée derrière l’abside de l’église, dans une galerie qui sert de communication entre le monastère et le monument.
Le plan du rez-de-chaussée, teinté en gris sur la planche, offre quelques irrégularités causées par la base du clocher et plusieurs chapelles ajoutées sans symétrie. Une terrasse, qui porte la façade occidentale de l’église haute, ne permet pas d’entrer dans le même sens dans celle d’en bas : on y arrive par une porte latérale, conduisant dans une première nef transversale située à l’Occident; deux chapelles, terminées en polygone, en occupent le fond. Perpendiculairement à la nef d’entrée s’élève celle qui est dans l axe de l’édifice, ainsi que le seul bas côté qui soit accessible, l’autre ayant été dénaturé par la construction du clocher. Le maître-autel, établi au milieu des transsepts, est d’architecture gothique ; il est entouré de grilles que supportent des pilastres de la renaissance, reliés entre eux par une corniche; des anges s’élèvent aux angles de cette clôture sacrée. Une abside semi-circulaire occupe le fond de l’église; vers la naissance de sa voûte surbaissée est une tribune saillante, disposée pour l’usage des moines ; elle s’étend jusque dans les transsepts, et complète, avec les stalles de l’abside , le chœur de l’église. Les constructions de cet édifice inférieur sont peu élevées ; de grands arcs doubleaux en plein cintre soutiennent les voûtes et reposent sur des piliers très-courts, ainsi que les nervures en ogive qui se croisent au milieu des travées. L’ensemble de ces voûtes voisines du sol offre l’aspect d’une crypte; la simplicité des moulures, la sévérité des ornements peints qui les décorent, la gravité des tableaux religieux dont les murailles sont partout revêtues, enfin le peu de lumière qui pénètre indirectement dans ce saint lieu, lui donnent une physionomie particulière qu’on ne peut décrire, et qui fut rendue avec une rare perfection par M. Granet, dans un tableau célèbre placé aujourd’hui dans le Musée du Luxembourg.
Aux extrémités des transsepts, dans la nef principale au Nord, et à l’extrémité de la nef d’entrée, on a construit, aune époque postérieure, des chapelles terminées en pans coupés; leurs colonnettes légères, la décoration peinte de leurs murailles , la sculpture des chapiteaux, indiquent assez qu’elles n’ont pas été conçues en même temps que le reste de l’église basse; en effet , ces constructions accessoires , le bas côté méridional , et peut-être le clocher , ont été ajoutés , d’après les dessins d’un religieux de l’ordre, nommé frère Philippe de Campello. Son but, en ajoutant ces constructions, fut de supprimer une partie de la lumière pour donner a 1 église cette teinte mystérieuse qui la caractérise: il y a complètement réussi.
On arrive à 1 église supérieure par un grand escalier découvert conduisant au sol d’une haute terrasse qui
— STYLE OGIVAL DE L’OCCSDENT
occupe le fond de la cour du couvent; une porte divisée en deux parties sert d’entrée à une seule nef de grande dimension comportant quatre travées; deux transsepts très-saillants donnent à cette partie supérieure du monument la forme d’une croix latine; l’abside occupe le fond à l’Orient. ( Voir la partie du plan teintée en noir, planche 2, fig. 1 ,e.)
La façade est richement décorée de marbres et de sculptures ; la porte, ornée de colonnettes et de voussures multipliées, présente au milieu un piédroit qui la partage en deux portions égales, surmontées chacune d’un arc trilobé ; plus haut, un riche oculus ou fenêtre circulaire , divisé par plusieurs cercles concentriques, forme une rose des plus variées par ses combinaisons d’arcatures, de colonnes et de fleurons à jour. Les attributs des évangélistes, sculptés en grand relief, l’accompagnent; au-dessus de cette ouverture principale qui. éclaire la nef, en est une plus petite pour donner de l’air et du jour au comble. Elle est percée au centre du pignon dont la façade est surmontée. Une croix placée sur de petites bornes en pierre, qui figurent les sept collines de Rome, occupe le sommet du fronton et indique la domination papale sur la contrée où s’élève le monument.
Comme on peut le voir sur les coupes transversale et longitudinale, planche 2, fig. 2, ce haut pignon qui surmonte la façade ne remplit pas le but que se proposèrent les architectes du Nord en créant les formes aiguës des façades gothiques. Le climat des contrées septentrionales exigeait des couvertures élevées : les décorations architecturales furent conçues pour satisfaire à ce besoin. En Italie on avait de tout temps couvert les édifices avec des combles bas; l’architecture, même au moyen âge , aurait dû se conformer à cet usage basé sur la pratique. Ce haut pignon inutile, formant une muraille isolée d’un mauvais effet et exposée à tous les vents, est une anomalie qui semble indiquer l’origine septentrionale de l’architecte de l’église d’Assisi. Nous reviendrons sur ce sujet en terminant cette notice.
La nef de l’église supérieure est d’une grande élévation, et rappelle par sa disposition générale la Sainte- Chapelle de Paris. De nombreux faisceaux de colonnes légères, peintes du bas en haut, divisent les travées, portent les nervures des voûtes sur d’élégants chapiteaux, et déterminent sur les murailles latérales de l’église de grands encadrements dans lesquels sont figurés des sujets du Nouveau Testament, dus au pinceau de Giotto et de ses élèves, les plus habiles artistes de l’Italie au XIII" siècle (*). Chaque travée présente six sujets, trois de chaque côté, séparés par des colonnes torses arabesques portant une corniche, et basées sur un stylobate peint comme tout le reste, sur lequel sont figurées des étoffes drapées. Nous en donnons un détail planche 2, figure fi, et sur la planche 4.
Sur ces parois inférieures ainsi décorées, règne une galerie de circulation qui fait le tour du monument et permet d’approcher des verrières peintes placées dans la claire-voie. Les fenêtres, de proportion allongée sur toute l’étendue de la nef, et divisées dans leur hauteur par un seul meneau vertical que surmonte un quatrefeuilles à jour au centre de l’ogive, deviennent plus larges aux extrémités des transsepts, se divisent en quatre panneaux couronnés d’ogives, de cercles et de roses. Les murs voisins des fenêtres sont couverts de sujets peints, tirés de l’Ancien Testament. Les parois situées à l’Orient et à l’Occident des transsepts sont sans ou\erlures. (Voir le dessin en perspective.) Des colonnes en saillie, surmontées d’arcs trilobés et de pignons découpés, encadrent des peintures qui représentent des saints, figurés debout dans chacun des entre-colonnements. Au-dessons de ces décorations anciennes, on a placé, cà une époque voisine de la renaissance, de grands autels dans le goût moderne , surmontés de tableaux cintrés et flanqués de lourdes colonnes torses qui produisent le plus mauvais effet dans cet ensemble si complet d’ailleurs.
Les voûtes en ogive de 1 église n’offrent pas moins de richesses que ses parois. Les nervures sont couvertes d arabesques variées , dont nous donnons un échantillon planche 2, figure 4. Auprès de ces nervures est un large cadre formé de feuillages et de rinceaux composés avec beaucoup de goût, et prenant naissance dans des vases portés par des enfants ; le cadre enveloppe des sujets sacrés peints sur fond bleu dans les voûtes; des semis d'étoiles cl’or alternent avec les sujets. Les arcs doubleaux contiennent des portraits de saints et de saintes ajustés dans des cadres circulaires, octogones ou d’une forme particulière au XIII" siècle, comme on en voit des exemples aux figures 3 et 5 de la planche 2. Ces peintures ont conservé, en général, une fraîcheur remarquable.
Au-dessus des voûtes, la construction du comble présente une particularité remarquable, et peut-être unique. De grands arcs en maçonnerie reproduisent dans tous les sens , mais sur des proportions surbaissées, les dispositions des nervures de l’église, et servent ainsi à porter la couverture sans le secours des fermes, et
(*) Voir la planche 4, qui contient des détails de ces décorations peintes.