‹ Monuments anciens et modernesChapitre 15 sur 58 · SAINTE-MARIE DES FLELRS A FLORENCE · texte numérisé non relu

SAINTE-MARIE DES FLELRS A FLORENCE

Des esprits faux ou étroits ont souvent prétendu que la monarchie seule pouvait encourager et faire fleurir les arts , et que l’architecture plus particulièrement souffrait lorsque la royauté ne l’inspirait et ne l’encourageait pas. Rien cependant n’est moins conforme à l’histoire et à la vérité, et le monument dont nous allons nous occuper en est une des innombrables preuves. Vers la fin du XIIIe siècle , les Guelfes étaient depuis longtemps à la tête de la république florentine. Cette faction de l’étranger, formée par les familles nobles , fut enfin vaincue en 1292 par le parti populaire et national. Giano délia Bella, noble lui-même, mais ennemi de sa caste , voulut que la noblesse devînt un titre d’exclusion aux affaires de la république , et de plus un commencement de peine. Un édit rigoureux, portant le nom d Ordonnance de Justice, désigna trente-sept familles guelfes de Florence, qu’il déclara nobles et grandes , et qu’il exclut à ce seul titre pour jamais de la seigneurie , leur refusant la faculté de renoncer à leur noblesse , pour s’égaler aux autres citoyens. A cette époque, Florence était remplie d’habitants ; de richesses, et au comble de la gloire; elle ne fut jamais dans une position plus élevée et plus heureuse. Elle avait dans son sein trente mille citoyens capables de porter les armes , et soixante-dix mille dans la campagne. La grandeur politique de Florence éleva le Palais-Vieux , ou Palais de la seigneurie. Mais la république voulut faire quelque chose de plus grand encore. On lit, dans le décret qui charge l’architecte de l’édification d’une nouvelle cathédrale de Florence, que le dessin pour la restauration de Santa-Reparata doit porter l’empreinte d’une pompe et d’une magnificence telles, que l’art et la puissance des hommes ne puissent rien imaginer de plus grand ou de plus beau ; que l’exécution de cette œuvre émane d’une résolution prise en conseil public et privé , par les personnages les plus habiles de Florence, de n’entreprendre pour la commune aucune œuvre dont l’exécution ne doive répondre à des sentiments d’autant plus grands et plus généreux , qu’ils sont le résultat des délibérations d’une réunion de citoyens dont les intentions ne forment qu’une seule et même volonté. La grandeur et l’élévation des idées exprimées dans ce décret ne trouvent leur pendant que dans les républiques de l’antiquité, et leur réalisation nous a donné ces grands monuments de la République de Florence , élevés avant le règne bourgeois des Médicis.

C’est en l’année 1296 que la première pierre de la cathédrale fut posée, et cela avec une pompe solennelle , par le cardinal légat, le jour de la Nativité de la Vierge , le 8 septembre, en présence de plusieurs évêques, du clergé, du podesta, des capitaines , des prieurs, des autres magistrats de la ville, et enfin de tout le peuple , qui était accouru en foule à cette grande et belle cérémonie. Comme on prévoyait les dépenses que devait exiger l’édification d’un monument aussi gigantesque , on leva une taxe de quatre deniers par livre sur toutes les marchandises qui sortaient de la ville, et un impôt annuel de deux sous par tète. De plus, le pape et le légat accordèrent de grandes indulgences à ceux qui contribueraient de leurs aumônes à l’érection de la basilique.

Ce n’est point à Arnolfo di Lapo que fut donné l’honneur d’élever le dôme de Florence. C’est bien un Arnolfo, mais il ne se nommait pas diLapo; dans la lettre d’appointements d’ Arnolfo comme architecte du dôme (*), il est dit : « Arnolfus de Colle fil. quondam Cambii (**). » C’est Vasari qui surnomme notre architecte Arnolfo , di Lopo. C’est encore une des innombrables erreurs à corriger dans le livre d’ailleurs si curieux de cet auteur peu consciencieux, et quelquefois si mal renseigné. Après la mort d’ Arnolfo, Giotto , Taddeo Gaddi, André Cione, Filippi et Brunelleschi continuèrent les travaux.

Le dôme de Florence est remarquable , non-seulement à cause de sa grandeur matérielle , mais il est encore très-intéressant aussi pour l’histoire de l’art. Le caractère de son architecture n’offre rien d’un style de transition ; il ne vous montre rien de national. Il a un cachet étranger , septentrional , et l’on ne peut douter que des influences allemandes ne soient venues là faire accepter leurs prétentions aux droits de naturalisation. Mais l’architecture à ogive, création toute septentrionale, dont l’essence est l’aspiration vers les cieux représentée par la ligne perpendiculaire , ne put se développer dans la péninsule italique avec une entière liberté, comme de ce côté-ci des Alpes , parce que le principe de l’architecture antique , qui est la ligne horizontale , était trop prépondérant eu Italie pour ne pas revendiquer toujours les prérogatives traditionnelles de son

(*) Richa delle Chiese di Firenze , t. VI, p. 17.

(**) Dans une lettre du roi Charles d’Anjou de 1277, Sept, x, Ind. vi (conservée dans les archives délia Cancellaria x virale di Perugia, A, n° 52, et imprimée par Mariotti, lett. perug.), il est nommé simplement mag. Arnulfus de Florentia. A l’étranger, on oublia le nom de sa ville natale.

— STYLE OGIVAL

antiquité. L’église de Saint-André de Vercilli, bâtie au commencement du XIIIe siècle par le cardinal Guala, n’aura sans doute pas été sans influence sur le parti pris par l’architecte de se servir de l’ogive dans le dôme de Florence. Quant aux colonnes , il n’a point voulu les employer cà l’intérieur. C’est le système de pilastres qui y règne.

Le plan de Sainte-Marie des Fleurs , de Florence , forme une croix latine , dont les trois branches supérieures ont une égale dimension. Le choeur et les deux transsepts sont polygonaux et construits par l’octogone ; ils offrent trois faces. Cinq chapelles carrées rayonnent sur les faces apparentes de l’octogone en question. L’intersection présente également une figure à huit pans. Quatre grandes travées forment la nef et ses collatéraux. Elle devait avoir une travée de plus dans sa longueur. Mais les familles des Falconieri et des Bischieri ne voulurent pas sacrifier des bâtiments qu’elles possédaient à l’est du dôme , et l’architecte fut obligé de se contenter de donner à son monument la longueur qu’il a actuellement. Car l’architecte avait l’intention de bâtir cinq travées au lieu des quatre qui existent. C’est ce que peut prouver la disproportion de la nef avec l’étendue du chœur, qui, pour fœil exercé habitué à l’étude des plans des églises de l’époque de la nôtre, est trop étendu pour la dimension longitudinale de la nef. Il est évident que l’architecte a voulu appliquer dans son œuvre le beau système des chapelles rayonnantes en usage dans les pays du Nord, et tel que nous le voyons pratiqué à Reims , Beauvais et Cologne. Mais il n’a point tiré parti du bel effet d’ombre et de lumière que produit ce système à l’extérieur , par le périmètre des lignes obliques et angles rentrants et sortants , tel qu’on le voit dans les cathédrales que nous venons de citer. Au dôme de Florence , les cinq chapelles du chœur et de chacun des transsepts sont englobées et circonscrites dans la moitié d’un octogone , et trois faces seules de cette ligure se présentent à la vue du spectateur. Ces chapelles sont prises entièrement dans l’épaisseur du mur. Cette disposition , qui malgré cela est fort belle à l’intérieur , ne peut être excusée que par l’intention de l’artiste de couvrir l’intersection par une immense coupole , pour laquelle il a été obligé d’établir des points d’appui solides et vigoureux. La cathédrale de Pise avait sa coupole, et Saint-Marc de Venise avait la sienne. Arnolfo di Cambia voulut doter Florence d’une autre coupole , dont la grandeur et la magnificence devaient effacer les autres. 11 en conçut le projet ; il ne put l’exécuter, mais des dispositions avaient été prises à cet effet dans son plan de l’édifice. Ce n’est que cent vingt-cinq ans plus tard que fut commencée la coupole qu’on admire aujourd'hui , comme une des plus belles qui existent.

Ce ne sont pas des colonnes qui soutiennent les arcades de la nef, mais des piliers carrés à angles rentrants aux extrémités, dans lesquels est placée une colonnette. Nous n’y voyons pas, comme dans le Nord, l’application des demi-colounes sur les grandes faces et qui produisent un si bel effet. Les piliers de notre cathédrale empruntent quelque chose de l’aspect des pilastres. Coupés d’abord à une hauteur de 1 lm, 50 environ par le chapiteau, sur lequel est adaptée une sorte de frise avec corniche, servant de bases aux pilastres supérieurs, coupés ensuite une seconde fois à une élévation de 20m par la continuation horizontale de l’archivolte des arcades, ces piliers n’ont point d’élégance ni de légèreté ; ils semblent lourds et écrasés. Les arcades qui séparent la nef des bas côtés, sont à ogives. Immédiatement au-dessus de ces arcades, règne une élégante balustrade supportée par de riches consoles très-saillantes et composées de feuillages. C’est du pied de cette balustrade que s’élèvent les arcs-doubleaux transversaux et les nervures diagonales. Ainsi que notre coupe le fait voir, il n’existe point de triforium dans Sainte-Marie des Fleurs de Florence. Au lieu de nos belles claires-voies du Nord, il n’existe dans notre cathédrale qu’un mur plein, percé de quatre grands oculus de chaque côté. S'ils ne sont pas aussi beaux que nos claires-voies du XIIIe siècle sous le rapport esthétique, ils sont suffisants pour la lumière qu’ils doivent faire entrer dans le monument. Car, n’oublions pas que le soleil du Midi est infiniment plus éclatant et plus vif que le nôtre : qu’en hiver, le ciel n’est point aussi longtemps brumeux que chez nous, et que, par conséquent, les baies qui doivent éclairer l’intérieur d’un édifice n’ont pas besoin d’être aussi spacieuses que dans le Nord. Toutes les arcades intérieures du dôme sont à ogives. Les fenêtres des bas côtés sont élégantes et élancées. Elles sont d'une grande simplicité à l’intérieur, n’ayant qu’un seul meneau. La partie octogonale de l'intersection n’offre pour ainsi dire que des parties de murs lisses, si l’on en excepte les trois galeries qui en font le tour à l’intérieur. Les chapelles du chœur et des transsepts ont également une grande sobriété d’ornementation. La galerie qui règne au-dessus des arcades de la nef, qui se prolonge aussi sur les quatre faces pleines de l’octogone de l’intersection, règne également dans les transsepts et le chœur, de sorte qu’en partant du mur de la façade occidentale, l’on peut faire le tour de la cathédrale (*).

; ) La longueur du dôme de Florence dans oeuvre est de 153 m. ; la nef a 18“50 de largeur; la largeur de la net et des

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